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CHAPITRE XII

GÉNÉRALITÉS SUR L'ÉPIPHYTISME

Nous ne nous sommes occupés jusqu'ici que des espèces qui germaient sur le sol de la forêt et nous avons vu comment ont dû se constituer les arbres et les lianes. Nous allons aborder maintenant l'étude des plantes qui vivent sur les arbres. Parmi ces dernières, il y a lieu de distinguer deux catégories bien distinctes de végétaux : ceux qui sont simplement posés sur l'arbre et qui ne l'endommagent en aucune façon, ce sont les épiphytes ; ceux qui perforent l'écorce et se nourrissent aux dépens dela sève qui circule dans l'individu servant de support, ce sont les parasites. Ces deux séries d’espèces sont intimement liées l'une à l'autre, et l'on a pu dire que celles qui se rattachent à la première étaient des parasites de place. Malgré leurs ressemblances, elles doivent être soigneusement distinguées au point de vue qui nous occupe, car, les conditions de leur existence étant très différentes, elles doivent avoir des constitutions très dissemblables.

Comment la vie épiphyte a-t-elle pu naître? C'est là un premier problème que nous pouvons examiner tout de suite et qui nous permettra d’entrevoir quels caractères les plantes actuelles devront nous présenter. On peut imaginer d'abord qu'une espèce dont les graines germent normalement à terre et qui grimpe le long des arbres se sépare du sol par destruc-

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Uion de la partie inférieure de sa tige ; le haut de la liane étant solidement allaché au luleur mène alors une vie complètement aérienne ; il est bien évident que ces plantes ne peuvent se comporter ainsi que si elles sont très fortement fixées après l'arbre el il y a des chances pour que ce soit parmi les représenlants des lianes à crampons que nous les rencontrions. C'est en effet ce qui peut quelquefois s'observer, et M. Schimper a indiqué le Monslera deliciosa, le Vanilla planifolia, les Philodendron comme plantes pouvant vivre soit reliées au sol, soit indépendantes de lui et totalement aériennes.

Évidemment, par le procédé que nous venons de décrire, un cerlain nombre d'espèces ont pu s'adapter ainsi progressivement à la vie épiphyle, mais l'accommodalion a dû être plus complète et plus rapide par une autre méthode. Imaginons, en effet, qu'une graine, au lieu de tomber sur le sol soil déposée sur un arbre, ce simple fait contribuera à rendre la sélection beaucoup plus rapide que le processus précédent. La graine qui est ainsi tombée sur une écorce est desüinée à y périr rapidement si elle ne présente pas un certain nombre de caractères qui lui permettent de résoudre les difficiles problèmes qui se posent pour elle et qui tiennent le plus souvent à la pénurie d'eau. Le transport sur ce milieu aérien amène donc le triage des plantes par élimination de celles qui sont inaptes à y vivre. On conçoit, d'après cela, comment, de généralion en généralion, la sélection a pu se faire parmi les espèces de mieux en mieux accommodées à la vie sur l'écorce des arbres.

Si le pays est trop sec, Loutes les graines que le vent déposera sur la branche seront vouées, un peu plus tôt ou un peu plus tard, à une mort certaine.

La remarque précédente nous permet donc d'entrevoir que la vie épiphyte ne pourra se développer que dans les régions où l'atmosphère sera fortement chargée de vapeur d'eau, où les pluies seront fréquentes el persistantes. Par conséquent, nous devons nous attendre à constater l'absence de plantes aériennes dans les déserts et dans les pays septentrionaux relativement desséchés. Les contrées équatoriales qui sont caractérisées par les pluies fréquentes, presque journalières, nous fourniront, par contre, des exemples nombreux et variés du mode de vie qui nous occupe.

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Ce qui justifie bien lopinion précédente, c'est qu'en dehors des régions chaudes nous pouvons voir apparaître accidentellement quelques plantes épiphytes : par exemple, le LA long des fleuves où au bord de la mer, là où l'atmosphère se trouve chargée de vapeur d'eau d’une manière un peu anormale. M. Schimper a observé près du littoral, à Alger, sur les débris des pétioles des Palmiers, une végélation adventive accidentelle tout à fait intéressante ; M. Loew a remarqué également un développement anomal de cette flore aérienne = sur les vieux Saules, à l'embouchure de la Trave.

3 Il ne s'agit, dans tous ces cas, que d'une flore purement accidentelle, et les espèces qu'on a signalées sont d'ordinaire toujours terrestres. Il va de soi, par conséquent, que la légèreté des graines contribue le plus souvent à permettre apparition de cette flore adventice. On constate, parmi les plantes ainsi relevées, une forte proportion de types à semences très délicates qui sont transportées sur les arbres par le vent. Cest ainsi que l'on signale des plantes comme l'Achillea Millefolium, le Cerastium cœspilosum, le Mæœhrengtia trinervia (Trave), des Sonchus, des Crepis, des Epilobium, des Rumex dont les semences peuvent être aisément emportées par les courants aériens, soil à cause de leur petitesse, soit à cause des appareils servant au transport |aigrette, etc.) qu'elles possèdent. M. Loew a calculé que, parmi les plantes rencontrées à l'embouchure de la Trave sur les vieux Saules, 50 pour 100 se rallachaient à celte catégorie. À côté de cetle première série d'espèces, on en signale une autre dont les fruits ou les réceplacles sont charnus comme ceux du Rubus Idæus, des Fraisiers, des Lonicera, ele. ; il est probable que, dans ce cas, les graines de ces plantes ont été transportées (1) par des

(1) Les anciens Germains avaient déjà constaté des phénomènes d'épiphytisme accidentel pour le Sorbier ; quandils observaient la présence de celte plante sur un autre arbre,ils lui attribuaient des propriétés merveilleuses : et, d’après Adalbert Kuhn, on célébrait encore d en Westphalie, au commencement de ce siècle, à l'aide des baguettes Fe - de cette plante, des cérémonies tout à fait semblables à celles que | pratiquaient les anciens Indiens avec le Lulea frondosa (ou palaca, qui . n'aurait été qu'une plume d'épervier transformée en arbre). Une relation

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