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pu naitre les caractères de ces êtres. Pour répondre à cette question, il faudrait pouvoir soumettre les plantes qui nous occupent à l'expérience les isoler de leur hôte et les faire végéler normalement. Nous avons dit que cela ne paraîl pas réalisable, au moins dans l'état actuel de nos connaissances, parce que les parasites sont tellement accommodés à leurs conditions de nutrition qu'il leur est impossible de vivre sans leur hôte habituel.Cependant rien ne prouve qu'on ne réussira pas un jour dans cette voie, et les quelques recherches que nous avons rapportées plus haut dans cet ordre d'idées sont grandement suggestives (1). Nous avons vu qu'on pouvail dans certains végétaux accélérer ou empêcher la production de la chlorophylle, suivant que le parasitisme était entravé ou favorisé. Or certainement l'apparition où la disparition de ce pigment est un fait fondamental, qui ne peut manquer d'avoir ie retentissement le plus profond sur toute l'organisation d'un végétal; par conséquent, bien que l'expériencesoitencore isolée, elle n'en a pas moins la plus haute portée, el une varialion de cette nature chez une plante permet d'entrevoir la possibilité de transformations bien plus grandes encore : elle est susceptible vraisemblablement d'expliquer les plus singulières structures que nous avons décrites.

Si les essais pour supprimer le parasilisme des plantes phanérogames n'y ont pas encore élé suffisamment poursuivis, du moins pouvons-nous nous servir d'un certain nombre d'expériences sur la greffe pour entrevoir quels résultats ces recherches pourraient donner.

L'implantation d'un greffon sur une autre plante est, en etfet, une opération qui n'est pas sans présenter de grandes analogies avec l'installation d'un parasite sur son hôte, car, dans les deux cas, le mode de nutrition s'opère dans des conditions très spéciales et assez semblables. On a réalisé les grelfes avec les plantes les plus variées et on a pu observer ainsi dans le greffon des variations morphologiques et physiologiques de la plus grande importance.

M. Strasburger notamment a réussi à greffer diverses Solanées les unes sur les autres, il s’est servi en particulier d'une Belladone sur laquelle il implantait une Pomme de terre ; il a

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vu ainsi celle dernière plante former des tubercules dans Fair, ce qui n'a jamais lieu normalement, comme chacun sait, ces portions renflées de la tige se formant loujours dans le sol; ce n'était d'ailleurs pas la seule modification de ce végétal : une analyse permellait, en effet, d'y déceler la présence de l’atropine, substance qui avail été évidemment empruntée à la Belladone. Un changement de nutrition doit donc grandement modifier la forme d'un être, puisqu'il transforme si complètement ses fonctions normales.

I y à d'ailleurs un argument d'une véritable portée à ajouter à tous les précédents qui nous laissent supposer que le parasitisme modifie profondément les végélaux, c'est celui qui résulte de la considération des animaux parasites. Il est très remarquable de constater que les caractères des animaux qui vivent aux dépens des autres présentent des analogies tout à fait frappantes avec ceux que nous venons de décrire pour les parasites du règne végétal : au milieu de l'infinie diversité de types de ces êtres, presque partout on constate que le parasitisme se manifeste par Fablation des organes de digestion et de relation (atrophie ou suppression du tube digestif, des organes des sens, de la vue), par laccroissement des appareils de fixation et par le développement prépondérant des organes de reproduction. En laissant de côté ce dernier caractère que nous allons examiner plus loin, nous voyons que, pour les plantes comme pour les animaux, ce sont les appareils de nutrition et de fixation qui changent, puisque ce sont les conditions d'alimentation et d'adhésion qui sont modifiées chez ces êtres, Comment est-il possible d'interpréter de pareilles similitudes se manifestant pour des formes vivantes aussi différentes, sinon par l'intervention des mêmes causes ? Ces convergences remarquables s'expliquent tout naturellement dans la théorie de l'évolution, elles restent un phénomène incompréhensible avec une autre manière de voir. On conçoit aisément, en effet, qu'un être qui s'installe sur un autre, et ytrouve des aliments tout préparés, n'ait plus à se préoccuper de développer les appareils qui lui servaient à se nourrir. Dans ces conditions, l'animal perd son tube digestif, puisqu'il n'a plus rien à digérer; ses yeux s’atrophient, car il n'a plus de proie à chercher. La plante doit de même réduire ses feuilles el sa tige, perdre sa chlorophylle

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puisqu'elle n'a plus besoin de l'acide carbonique de l'air pour se nourrir, car on sait que les feuilles vertes ne servent qu'à cette nutrition (1); elle doit tendre en outre à s'enfoncer de plus en plus dans le corps de l'hôte et elle peut finir par y disparaître complètement à la manière d'un Champignon parasite, S'il s’agit d'une plante supérieure; el, dans ce cas ultime de perfectionnement de la vie parasitaire, l'appareil végétatif d'une plante à fleur ressemble pour une raison que l'on saisit aisément au thalle de Ja moisissure la plus dégradée.

On conçoit, en examinant ce dernier cas, par quelle longue série de transformations progressives ont dû passer les êtres qui sont arrivés aujourd'hui à un pareil état de dégénérescence. Ces stades successifs de Fadaptation, nous pouvons les entrevoir en étudiant l'ensemble des formes parasites qui s'observent actuellement à la surface du globe. Partout dans la nature, nous croyons constater la stabilité par suite de la faible durée de nos observations, partout une étude approfondie nous révèle, au contraire, l'instabilité et le mouvement.

1) Exceptionnellement, chez les Ximenia (Olacacées), parasites à racines suçoirs, il existe au début de la germination des écailles incoores, à géotropisme positif, qui se dirigent vers la terre et qui ressemblent à des racines. Les curieuses recherches de M. Heckel viennent d'établir que ces plantes semées en grand nombre vivent aux «épens les unes des autres; un pied de Ximenia peut même présenter des phénomènes d'autoparasitisme, en ce sens qu'il s'attaque luimême.

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