CHAPITRE XVII
L'étude de l'appareil végétatif des plantes parasites nous a montré jusqu'où peut aller son atrophie. La partie reproductrice de ces végétaux est-elle susceptible de se modifier comme les portions stériles ? Cest là un dernier point qu'il nous reste à examiner. Son importance est considérable, car si la fleur élail inaltérable, elle serait, pour ainsi dire, le refuge des forces héréditaires, et les agents cosmiques pourraient modifier seulement l'apparence des êtres sans en altérer le fond, c'est-à-dire la substance. C'est l'idée que soutenait fortement Jordan, c'est celle qu'invoquent tousles partisans de la fixité des espèces : « Vous pouvez, disait le botaniste lyonnais, transformer un lingot d'or en une bague, en un bracelet, en un objet quelconque, mais vous n'altérez en rien ce qui se cache derrière ces formes changeantes, la substance de l'or. »
Pour répondre à cette objection, au moins en tant qu'elle touche à la question actuelle du parasitisme — car nous avons déjà donné des réponses assez probantes dans d'autres cas (1) — nous ne pouvons invoquer actuellement aucune expérience directe, mais l'étude des greffes nous fournit encore des renseignements précieux.
Les modifications produites par cette méthode que nous mentionnions dans le chapitre précédent sont-elles de simples variations éphémères, de pures monstruosités sans grand intérêt ou correspondent-elles à l'apparition de caractères suscepübles de devenir héréditaires ?
(1) CosraxTix, Végétaux el Milieux cosmiques, p. 83 à 97.
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Bien que les recherches sur cette question soient encore très peu nombreuses, l'attention étant appelée depuis peu sur elle, nous pouvons cependant en citer une qui nous paraîl avoir une véritable portée. M. Daniel a montré que le sujet (ou plante servant de base dans une greffe) influe plus ou moins sur la postérité du greffon : ceci est surtout marqué dans la famille des Crucifères. Les graines fournies par un greffon soudé à un autre végétal donnent souvent naissance à des plantes qui, à des degrés divers, montrent à la fois les qualités du greffon et du sujet qui a nourri ce dernier. En s'appuyant sur ces principes qu'il a établis par l'étude de plantes sans utilité pratique, ce botaniste est arrivé à créer une race nouvelle de Chou moellier qui offre pour l'agriculture une véritable importance. Les cultivateurs éprouvent à la fin de l'hiver et au commencement du printemps de sérieuses difficultés pour nourrir leur bétail : les seuls fourrages verts dont ils peuvent disposer à cette époque sontles Choux etles Navets ; or, tous les Choux à tiges ou à racines tuberculeuses gèlent facilement, et leur culture cause toujours des pertes sérieuses. Guidé par les idées que nous venons de formuler, M. Daniel a créé une race de Chou moellier qui ne succombe pas à la gelée : il a greffé pour cela un Chou Rave (Brassica gongyloides) sur un Chou de Mortagne résistant aux basses tem pératures. Les propriétés de ce dernier se sont transmises aux graines du greffon ; ces graines donnent en germant des individus qui diffèrent par leur aspect de la plante mère et qui de plus se comportent très bien au froid.
La portée de pareilles expériences n'échappera à personne, elles permettent d'entrevoir l'origine des diverses races d'arbres fruitiers cultivés par greffe depuis un temps reculé: elles font prévoir pour lavenir la découverte d'applications intéressantes pour toute l'horticulture (1). Elles expliquent l'origine de ce que l’on a appelé les hybrides de greffe, dont
le Cylisus Adami est l'exemple classique ; il a été obtenu
par grefle de deux espèces de Cytises lune sur l’autre (Cytisus Laburnum et C. purpurea); il se distingue des deux types primilifs par ce fait qu'il présente des grap-
pes qui ont des caractères intermédiaires (grappes de
(1) La Société d'horticulture de France s'est aussi beaucoup occupée de cette question et, dans ces derniers temps, elle l'a mise au concours.
fleurs rouges à côlé de grappes de fleurs jaunes ou panachées) entre ceux des deux plantes parentes.
L'étude des races de divers Champignons qui a été entreprise dans ces derniers Lemps par M. Eriksson confirme les résullats précédents. On sait que le Blé est attaqué par une Urédinée qui produit une maladie connue sous le nom de fouille. Depuis longtemps, onavailsignalé la présence du même parasile sur d’autres Graminées de grande culture comme l'Avoine, l'Orge, le Seigle. Jusque dans ces derniers temps, on croyait avoir affaire au même ennemi : en réalité, d'après les recherches du savant suédois, plusieurs races spéciales se sont adaptées à ces différents hôtes el ont fini par s'accommoder si bien des substances nutrilives qui s'y trouvent qu'elles ne peuvent plus s'en passer ; de sorte que, si l'on cherche à inoculer au Blé Ia maladie de l'Avoine, on n°y parvient pas. Tout fait donc présumer, dans ce cas, qu'une modification de la nutrition maintenue pendant un certain nombre de générations a produit une race physiologique présentant des caractères d’une certaine fixité.
Les résultats remarquables auxquels conduisent les recherches de M. Daniel sur la greffe et celles de M. Eriksson sur les Rouilles nous amènent donc à penser qu'un changement dans la nutrition d’un être peut modifier ses caractères héréditaires. Nous avons donc lieu de croire que, si la fleur des parasites est l'organe dans lequel se maintient l'hérédité, son immutabilité n'en est pas par cela plus certaine ; 1l est au contraire vraisemblable que la région reproductrice se transforme peu à peu comme toutes les autres parties de ces végétaux.
Pour essayer de découvrir les caractères qui ont pu varier dans le cours des siècles, à mesure que le parasitisme se perfectionnait, nous n'avons qu'une méthode, l'anatomie comparée. Bien qu'en l'absence d'étude expérimentale nous ne puissions pas avoir de renseignements indiscutables sur la nature de ces variations, nous devons cependant attribuer la plus
grande valeur aux renseignements que nous pouvons ainsi ac- :
quérir. Nous savons à l'heure actuelle, par de très nombreuses recherches entreprises expérimentalement sur le mode d'action des milieux ou des agents cosmiques, que les résultats donnés par cette dernière méthode ont toujours été d'accord, dans leur
ensemble, avec ceux que fournissait la comparaison de la struc-
Lure de végétaux poussant spontanément dans des conditions de vie différentes.
Or, que nous apprend l'anatomie comparée des plantes parasites ? Au milieu de caractères très dissemblables, celle nous montre que ces végétaux présentent des caractères communs que l'on n'est pas habitué à trouver chez les êtres qui appartiennent à des familles éloignées. L'identité du mode de vie fait penser qu'on doit lui attribuer l'origine des similitudes que nous constatons ainsi. Celle conclusion a pour elle la plus grande vraisemblance, sinon l’absolue certitude (1). Examinons donc quels caractères analogues s'observent chez les parasites éloignés: nous voyons qu'ils se rencontrent surtout dans l'étude des organes femelles de la fleur.
Il y a parmi les Phanérogames parasites rois types d'ovules et d'ovaires. Dans une première catégorie, l'ovaire et les ovules sont normaux mais, les embryons indifférenciés. Dans un second type, ce sont les ovules qui ne se différencient pas, les embryons étant au contraire normaux. Enfin, dans un dernier groupe, la dégradation de la structure porte à la fois sur l'ovaire et l'ovule d'une part et sur l'embryon de l'autre.
On voil, en somme, que la métamorphose régressive peut se manifester soit avant, soit après la fécondation, soit enfin à la fois avant el après ce phénomène.
Ï. Les Orobanches se rattachent à la première catégorie. L'ovaire et l’ovule sont à peu près normaux ; ce dernier orsane ne possède cependant qu'une seule enveloppe tégumenlaire (2) ; le sacembryonnaire de l’ovule produit un albumen (3). L'œuf donne au débutun corps cylindrique ousüuspenseur quine: présente pas de division transversale ; l'embryon se constitue à la base, mais il ne se différencie pas, il reste formé d'ur
(1) Ce cas est très intéressant, car il prouve nettement quelle importance capitale et prépondérante jouent les résultats de l'expérience: la certitude sera obtenue le jour où l'expérimentation aura pu se prononcer. I n'y a plus à insister sur un pareil point : l'oubli des faits acquis par les sciences expérimentales peut seule faire douter d'un tek principe
(2) I n'y à pas de vaisseaux dans ce tégument,
(3) Cet albumen ne tarde pas à s’atrophier dans la partie qui se trouve près du micropyle et dans la région opposée.
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+? pelit massif de cellules où l'on ne distingue ni cotylédons, é ni ligelle, ni radicule (1) Les recherchesde M. de ST DT h ont élabli qu ‘ilexiste 4 chez les Rafflésiacées une structure tout à fait semblable, qu a" + MR s'agisse du Æafflesia qui végète sur les racines de Cissus où k du Pilostyles qui croît sur les branches des Légumineuses. LA
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La graine possède un tégument formé d’une assise de cel. é
re F x TPE ÿ : / Re À Î A ER TE | , re 4: | L'ATNCX - RÉ | 26 7 JC Eu KTY ».+ / / à \ | | TS LT { F V” À D l j / \ > M À \ t É F16. 112 et 113. — 1, Pilostyles, contenu d'une graine: e, 7 embryon; 2, embryon de Rafflesia (d'après M. de
Solms-Laubach).
lules à parois épaissies sur la face interne, et l'embryon qui «.
est plongé dans l'albumen est petit et homogène (/ig. 112 et
À 113). Il en est de même des types de la famille des Hydnoracées, qui sont également des parasites tropicaux des. plus singuliers. D Le Re des graines de Cuscule est aussi très remarquable, l'embryon y reste simple : il ne se forme pas de
DS
14 cotylédons, il n’y a pas, à proprement parler, de radicule, c'est # ; [ un simple corps cylindrique (2). d RS D On voit donc que la même réduction de l'embryon s’observe chez des plantes très éloignées : les Orobanchées (fig. 114et D: 115), p. 199, et les Cuscutes sont des Gamopétales, lés pre Ÿ mières zygomorphes, les secondes actinomorphes ; les Rafflé- ‘4 # siacées et les Hydnoracées sont des Apétales; malgré les
b différences profondes qui existent entre ces groupes, late 2 à f: phie de l'embryon s'y observe avec des caractères analogues. “à
(1) I y a cependant sous le suspenseur un groupe de quelques cel è lules que M. Koch regarde comme l'hypophyse. a
(2) Il porte à son extrémité une sorte d'hypophyse rudimentaire, < selon M. Koch.
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