CHAPITRE X VIII
En abordant l'étude des lianes, nous avons supposé qu'une graine d'une espèce des régions découvertes avaitgermé dans la partie profonde de la forêt vierge, et que la plantule s'était étiolée dans ces conditions ; malgré l'affaiblissement résultant pour elle dela privation de lumière, cette jeune pousse ayant pu s’élever, — en s'appuyant sur les herbes, en s’'enroulant autour des arbustes ou en s'accrochantaux arbres, — jusqu'à la couronne de la forêt, la formation de ses fleurs avait été rendue par cela même possible. Dans ces conditions, une plante de la sa vane avait pu, en se transformant, devenir une espèce grimpante.
Nous avons admis que tous les individus qui ne parvenaient pas à gagner la partie lumineuse du bois étaient dans l’impossibilité de produire leurs fleurs et par cela même de se maintenir. Cette manière de voir est le plus souvent exacte ; on peut cependant imaginer à priori qu'il existe des êtres capables de fleurir à une lumière très atténuée.
Dans quelles conditions cette floraison pourra-t-elle s'opérer ? Nous pouvons à ce propos rappeler une expérience de Sachs. Quand on fait germerune plante quelconque à l'obscurité, elle n'arrive pas d'ordinaire à produire de fleurs, mais sion laisse quelques feuilles s'épanouir à la lumière, la floraison et la fructüification peuvent avoir lieu même dans une boîte complètement close : c'est ce que le célèbre physiologiste alle-
mand a prouvé pour les Cucurbitacées. La floraison peut donc se produire à l'obscurité, pourvu que l'on fournisse à la région qui porleles fleurs des matériaux nulriifs en quanllé suffisante. Dans l'expérience précédente, cette nutrition résulle de l'assimilation du carbone de l'air par la chlorophyile des parties vertes; mais celle méthode de nutrition peut être modifiée, et Loute plante qui sera capable de nourrirautrement ses fleurs conduira l'évolution de ces organes jusqu'à son terme, Une autre expérience de Sachs le prouve nettement, car les plantes bulbeuses telles que les Tulipes ou les Jacinthes peuvent entièrement fleurir à l'obscurité.
Les résultats très intéressants que nous venons de rappeler nous amènent à penser que cerlaines plantules étiolées dans la partie sombre de la forêt vierge pourront S'y reproduire si elles ont la bonne fortune de pouvoir nourrir suffisamment leurs fleurs.
C'est là le problème qu'ont eu évidemment à résoudre les végétaux saprophyles dont nous abordons maintenant l'étude. Voyons comment ils Font résolu. Si lon vient à faire une section dans la racine d'une de ces plantes, on ne larde pas à remarquer qu'il existe dans les cellules corlicales des pelotons de filaments incolores qui appartiennent d’une manière bien incontestable à un Champignon. I y a déjà longtemps que celte observation a été faite (1}, mais c'est M. Drude qui a alliré le premier l'attention sur ce point. Selon lui, de la présence de cet hôte dans les cellules du Veotlia | Orchidée saprophyte de nos pays) il résulle une forte circulation de substances organiques dans la plante. Mais celte remarque devait être reprise, et ce sont MM. Pfelfer (en 1877) et Kamienski (en 1882) qui ont compris le véritable rôle du Champignon qui fonctionne pour nourrir le saprophyte : 1ls ontvu qu'il s'établissait une symbiose, c'est-à-dire une association à bénéfice réciproque, entre la racine et la moisissure. Cette association est même si bien entrée dans les mœurs du saprophyte, si l'on peut s'exprimer ainsi, qu'il lui devient impossible de se nourrir autrement. Nous avons déjà eu
(1) La plus ancienne remarque faite au sujet de ces Champignons de.
l'écorce de diverses plantes est de Von Schleiden de Reissek (1846). Cette observation a été confirmée par Schacht (1854), M. Prillieux (1856), M. Drude (1873) et M. Reinke (1873).