‹ La nature tropicaleChapitre 55 sur 113 · UE MERE · texte numérisé non relu

UE MERE

1G. 124 à 190. — 1. Port d'un Cecropia ; 2. Acacia Sphærocephala dont les aiguillons présentent des orifices par lesquels pénètrent les fourmis ; 3, organes de Müller, au milieu de poils; 4, organes semblables de l'Acacia au sommet des folioles ; 5, tige de Cecropia avec l'orifice d'entrée des fourmis : 6 et 7, sections de la lige creuse de Cecropia montrant les loges des fourmis (d'après M. Schimper).

observé cependant, une seule fois, une invasion d'un arbre prolége par des Azleca; ce cas était intéressant, car c'élait grâce à un arbre voisin que les coupeuses de feuilles avaient

pu arriver à la région supérieure du Cecropia sans passer par sa lige: elles avaient ainsi dû passer inapercues de leurs redoutables adversaires.

Il arrive cependant quelquefois que les Cecropia sont envahis par les coupeuses de feuilles. Fritz Müller la constaté une foiselt M. Schimper a observé une douzaine de cas analogues; dans ces conditions, la plante ne larde pas à être saccagée.

Les résultats que nous venons de décrire s'appliquent aux Cecropia pellala el adenopus ; il y a cependant une troisième espèce de ce genre observée par M. Schimper sur le Corcovado qui se comporte tout autrement. Sur cette plante, on ne trouve ni Azleca, ni Atla : il n'y a pas de coupeuses de feuilles, aussi les fourmis protectrices font-elles défaut. Dans

ce cas, la surface de la tige est tellement enduite d'une couche

épaisse de cire que l’arrivée des fourmis se trouve, par cela même, absolument empêchée.

On conçoit, pour les deux premières espèces, que la présence des insectes qui prennent leur défense ait la plus grande importance. On imaginera par conséquent aisément que tout arbre offrant un caractère nouveau utile aux fourmis présentera, vis-à-vis des individus du voisinage de la même espèce, des avantages marqués dans la lutte pour la vie; sa descendance aura plus de chances de survivre, car il sera seul habité par des Azleca, ses congénères élant voués à la destruction par des coupeuses de feuilles.

À priori, il peut sembler étrange qu'un arbre cherche à se perfectionner four plaire à un insecte et l'histoire des plantes myrmécophiles qui se seraient métamorphosées de manières variées pour rendre des services à ces animaux a provoqué l'incrédulité. M. Treub et M. Gœbel ont fait justice de certaines exagéralions, ils ont montré que les espèces étranges que l'on appelle Aydnolria où Myrmecodia — dont la tige renflée tuberculeuse es! creusée de galeries labyrinthiformes — produisent ces canaux sinueux, même quand les fourmis n'y élisent pas domicile. Ces plantes ont besoin de ces liges renflées pour une autre raison, ce sont des épiphytes qui ont à redouter la sécheresse, et, grâce à ces chambres internes remplies d'air humide, elles peuvent affronter sans danger de longues périodes de dessiccation. Il se trouve que

des fourmis, qui sont des animaux très intelligents, ont su se rendre compte que ces vastes labyrinthes feraient pour elles d'admirables demeures, c'est pour cela seulement que ces insectes y installent régulièrement leur nid. Il ne semble pas cependant que le cas examiné par M. Schimper soit de même ordre que les précédents. Certes la lacune médullaire qui se trouve au centre de chaque nœud de la tige des Cecropia n'a pas été créée pour servir de nid à des fourmis ; mais il y a cependant deux caractères très singuliers de ces plantes qui paraissent avoir grandement contribué à faciliter l'invasion de ces insectes, animaux rendant aux végétaux qui leur fournissent un asile, des services

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que personne ne pourra nier.

On remarque d'abord sur le milieu de chaque entre-nœud une dépression qui n'estoblurée que par un diaphragme très mince ; c'est le point que perfore la mère pondeuse pour pénétrer dans la cavité qui lui servira de nid. Ce choix est parfaitement justifié car le cercle des faisceaux de la tige est interrompu en celte région et le collenchyme y est remplacé par du parenchyme beaucoup plus mou ; le diaphragme est donc dépourvu de tous les tissus qui rendraient le forage difficile. M. Schimper s'est demandé quelle était l'origine de cette

4 dépression. Il est certain que la pression du bourgeon axillaire (a LE * contribue primitivement à faire naître cet enfoncement, mais

cetteactionest de courte durée. On s'en rend compte par les considérations suivantes : à cause de l'accroissement intercalaire, la dépression arrondie primitive se transforme en une rigole, mais bientôt celte rigole disparaît ; cependant l'enfoncement primitif continue à s'accroitre, et on ne s'explique pas quelle en est la cause. Aussi M. Schimper a-t-1l qualifié le caractère précédent « d’énigme morphologique ». Cette énigme disparail cependant si l'on lient compte de l'intervention des fourmis, el l'on conçoit par des considérations très simples et naturelles que les arbres où la dépression précédente, originairement causée par le bourgeon, était plus large prêtaient plus flanc à l'invasion par les fourmis ; ils avaient donc plus de chances de survie, Ce caractère, en apparence infime, sans signification pour la plante, en prend une très grande pour l'insecte.

Nous avons cru devoir un peu insister sur ce point, car il

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