‹ La Navarre françaiseChapitre 10 sur 131 · LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ

I . Le dergë selon le for. — II. L'évéque de Pampdvne. — III. L^^éqne de BayoDDe. — IV. L'ëvéque de Dax. — V. Les monattèreB de Rooetram, d'Oliva, de Leyre, d^YraUu, de Filère el de Sainle-EngrAce. — VL Le for el les ordres religieux. — VII. État e€cl<^iastique de la Navarre française. Les donatM. — VIII. Les benoUet de la Navarre.

LE CLBRCi SELON LE FOR.

Nous remarquerons souvent que le for, empreint d*UQ caractère profondément religieux , n'accorde pas cependant un grand rôle au clergé dans les affaires de l'Etat.

II n'admet pas les évéques ou les prêtres à lever avec les ricombres le pavois sur lequel le roi était proclamé.

Il n'admet pas le prêtre pour la célébration du mariage, qui peut être valable sans aucune cérémonie religieuse. Il semble séparer l'Église de l'État.

Cependant le clergé, qui était éclairé, acquit une grande influence dans ces temps d'ignorance. L'évéque, qui d'après le for ne figurait pas dans le conseil imposé au roi, devint le conseiller le plus ordinaire du souverain, et le clergé prit la première place dans les certes.

Tant que le croissant domina en Espagne et que la libération du territoire navarrais ne fut pas achevée, l'évéque ne se désintéressa pas de cette guerre nationale. 11 était obligé, à l'appel du roi, de se rendre à l'ost et de mener en personne au combat cent chevaliers [milites).

Plus tard, lorsqu'il ne fut plus question de combattre les ennemis de la foi, mais les ennemis de rois essentiellement batailleurs, Tëvéque trouva sa présence dans la mêlée incompatible avec son caractère pacifique, et l'obligation de fournir cent chevaliers très onéreuse.

En 1 3&6, Tévéque de Pampelune refusa d'envoyer son tribut de cavaliers. Le roi confisqua ses biens. La discorde continua à régner entre la royauté et l'épiscopat jusqu'en i35o. Charles II ordonna alors la restitution des biens saisis et la bonne harmonie se rétablit.

L'ivÉQDB DE PAMPELUNE.

Le for rapporte (liv. VI, t. IX) que la répartition des archevêques et évêques en Espagne fut faite en 8 1 â , par le roi Vamba. L'évêque de Pampelune occupait le premier rang dans le clergé navarrais.

Les limites du diocèse de Pampelune s'étendaient au delà de la Navarre, et des parties de la Navarre étaient soumises à la juridiction d'évêques français.

L'évêché de Pampelune comprenait vingt archiprêtrés et cent soixante-treize paroisses. On comptait vingt-deux chanoines et vingt-quatre chapelains ^

Le roi avait intérêt à bien vivre avec l'évêque , qui avait une grande puissance sur les âmes. Il prenait conseil de ses lumières et se montrait généreux envers lui.

Lorsque l'évêque de Pampelune célébrait sa première messe épiscopale dans la cathédrale, le roi de Navarre devait lui donner à l'offrande une* coupe d'argent. Nous possédons la description d'une de ces coupes. Elle fut offerte

* Sandoval a publié la liste des ëvéques, et Oïlienart donne des chartes relatives à Tévéque et aux chanoines, qui vivaient sous la règle de saint Augustin.

en i358, au nom du roi, par le gouverneur du royaume. Elle était d'argent doré, du poids de six marcs et cinq onces.

Les évéques étaient souvent payés comme conseillers du roi. En i38q, Tévéque don Martin de Zalba recevait une pension royale de 1,900 livres par an.

Ce prélat était fort obéré. Il avait été envoyé à Rome lors du schisme des deux papes Urbain VI et Clément VU, et avait pris vivement le parti d'Urbain.

Le voyage à Rome était long et périlleux. Don Martin fut attaqué en route et complètement dépouillé. Charles II vint à son secours; mais, en payant ses dettes, il cherche aies excuser, à les expliquer: te II a, dit le roi\ beaucoup dépensé pour fc le pape et pour son évécfaé; il a fait de grandes pertes quand ttil fut volé en Italie; enfin, il est obligé de tenir convenable- « ment son rang d'évéque. 7)

La nomination à l'évéché de Pampelune fut souvent une grande affaire. Des princes du sang, notamment le cardinal d'Albret, occupèrent ce siège.

César Borgia, qui depuis devint le beau-frère de Jean d*Albret, avait reçu du pape le titre d'évéque de Pampelune. Le 5 septembre 1 Â9 1 , Abénas , vice-roi de Navarre, adressa à \fius les abbés, prieurs, recteurs, vicaires, bénéficiers, une protestation énergique contre cette nomination, qu'il contestait au pape le droit de faire. Sandoval, traduit fidèlement les sentiments qui se manifestèrent, en disant ce qu'Alexandre VI nomma à (c Pampelune César Borgia non pour qu'il gouvernât bien les Nafnvarraiê, comme digne successeur des apôtres, mais pour retirer les fruits et les revenus des pauvres, n

En i5âi, Charles-Quint avait défendu de nommer Tévéque de Pampelune sans son ordre, malgré toute bulle contraire. En dépit de sa fureur, les chanoines élurent Jean de Beaumont.

* Archives de Painpelane (Caj. As , n. 66).

L'ivÉQUB DE BAYONNE.

Le diocèse de Bayonne comprenait une partie de la Navarre. L'évéque, comme tous ceux qui avaient juridiction en Espagne et qui résidaient hors du royaume, était obligé, avant comme après la conquête de Ferdinand, d'avoir des vicaires généraux en permanence dans la Navarre.

Ces grands vicaires, malgré toute démission ou révocation, devaient continuer leurs fonctions jusqu'à ce que leur remplaçant ÎM pourvu, reçu et résidant dans k royaume^.

La ville de Bayonne , grâce peut-être à Tévêque , vécut ordinairement en très bonne intelligence avec les rois de Navarre, qui lui concédèrent des fors et privilèges. La ville, à son tour, empêchait le passage des ennemis.

L'évêque français était bien avec les Navarrais pourvu qu'il ne confiât point les emplois à des étrangers. En iâsq, plainte fut portée contre l'évêque pour avoir nommé des prêtres qui n'étaient pas du pays.

La loi, en Navarre, s'imposait à l'évêque comme à tous. L'évêque de Bayonne avait refusé de promulguer en Espagne le concile de Trente, qui n'était pas reconnu en France. Une loi^ ordonna à son vicaire général de publier le saint concile dans la partie de son évêché comprise dans le royaume de Navarre, te S'il n'accomplit pas cet ordre, dit le roi, il sera ((pourvu à ce qu'il conviendra au service de Dieu et au nôtre. »

Lorsque Pierre de Luna usurpa la papauté sous le nom de Benoit XIII, il nomma un évêque, et Grégoire XII en nomma

^ Archives de Pau (Délibération des Étals de Navarre en i6o5). ' Ricopilacion de Un Uif€$, 1. V, t. 1, ley ?.

un autre. A la cessation du schisme , il fut réglé que les deux évéques, qui avaient établi leur résidence, Tun à Saint-Jean- Pied-de-Port, l'autre à Bayonne, jouiraient de leur dignité pendant leur vie, mais qu'il ne serait point poun'u au remplacement du premier décédé. L'évéque de Saint-Jean-Pied-de- Port mourut le premier, et le siège fut supprimé *.

Philippe II supportait avec peine que Tévéque français eût autorité dans son royaume d'Espagne. Il obtint du pape que le Guipuscoa et la Biscaye fussent distraits du diocèse de Rayonne. Cela fut considéré comme une injure faite à la France.

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