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LA NOBLESSE

L Les ricombres, Vonor, Les titres de Navarre. — II. Les cabaDeros. — Les chevaliers errants. — Ordres de chevalerie. — III. InfançoBS et bid^gos. !•• fiiiiçons laboureurs, etc. — IV. Les écuyers {etcuderot).

LES RICOMBRES, VOXOH. — LES TITRES DB !fAVARRB.

Du temps des Goths en Espagne, il nexistait que deux classes d'hommes : ceux qui étaient libres et ceux qui ne Tétaient pas. Lefuero juzgo semble ne pas admettre d'autre classification. Cependant dans la noblesse [hidalguia) on distingue ceux qui étaient d'un rang plus ou moins élevé {ii mayor et de menor guisa).

Les ricombres étaient, en Navarre ^ les personnages les plus puissants. Alphonse III disait que jadis ^ dans le royaume, il y avait autant de rois qu'il y avait de ricombres [totjuiste m regno reges quoi ricos hombres).

La rivalité (jui existait entre eux avait eu de si sanglantes conséquences, qu'ils élurent un roi, en lui imposant des conditions.

L'étymologie du mot ricomhre est évidente : rico Irtik, terme germanique) riche, <ît homhre, homme.

Jayme Blida^ dit que les ricombres n'étaient pas ceux qui

' Chroniifitr (Ug Maures d*E»pagnp, I. II, ch. xwvii.

abondaient de vaines richesses, mais les premiers de l'État par l'illustration de la race.

Au moyen âge, la richesse territoriale était la puissance. Ceux qui étaient les plus riches avaient avec eux le plus d'hommes et faisaient le plus de butin dans les temps de conquêtes.

Le for dit que le roi prendra conseil des ricombres ou des sages {wbioi). La sagesse même fut primitivement synonyme de richesse. Saiio veut dire sage ou riche. Le roi Sanche le Sage est appelé dans le for Sanche le Riche [signum régis Saneii Navarrœ Ji^tU).

En Navarre, le ricombre, lié par la loi au service de l'État, pouvait être le vassal du roi sans tenir de lui ni (ief ni bénéfice.

Le for parle souvent de Van&r du ricombre. Nous avons déjà recherché ailleurs ^ le sens de ce mot, qui figure sur la monnaie morlanne. On s'est demandé si les honneurs avaient formé les fiefs. En Navarre, l'onor était la seigneurie d'un puebh.

Une loi^ des siete partidas définit Vlwnneur une rente concédée par le roi aux ricombres et caballeros sur certains lieux, villas ou chftteaux, dont les revenus étaient concédés sans d'autre condition que l'obligation tacite de servir le prince avec loyauté.

Cette concession, d'après Escriche^, entraînait la seigneurie, le gouvernement du lieu ou château, et la juridiction civile et criminelle.

Les honneurs figurent dans les fors de Navarre. C'est une

* E$$ai f tir rhiiloin monétaire du Béam. — HUUÀrt du droil dam k$ Pyrénéei.

« Ley a, lil. XXVI, 6' pari.

' Diccionario de legislacion, t. II, p. loi.

6k HISTOIRE DU DROIT EN NAVARRE.

erreur de croire qu'ancienDement ils étaient héréditaires. Polvercl ^ a prouvé qu'ils étaient donnés pour un an , à rie, oa même amovibles à la volonté du seigneur, sans aucun terme fixe.

C'est d'un honneur donné pour un an que le for parle lorsqu'il dit : c( Un hidalgo qui tient un château du roi ou d*un «ricombre, et qui a accompli l'année pour laquelle il a reçu «la solde, s'il veut rendre le château et que le seigneur ne «veuille pas le recevoir, il doit le tenir encore neuf jours, et «au bout de neuf jours, si le seigneur ne veut pas le recevoir, «il doit le tenir encore neuf jours; au bout de neuf jours, si « le seigneur ne veut pas le recevoir, le vassal doit fermer la «porte du château, y attacher un chien avec une chaîne, «et crier sur le grand chemin qu'il a abandonné le château; «et il n'en est plus responsable. y> (L. 1, t. IV, c. m.)

G*est d'un honneur amovible à volonté que le for parie lorsqu'il dit : « Un hidalgo qui tient un château du roi ou d*un «ricombre, si on le lui demande, doit le rendre, pourvu qu'il « soit payé. Il doit cependant avoir un délai de neuf jours «pour enlever tout ce qu'il a dans le château.» (L. I, t. IV,

c. IV.)

C'est d'un honneur à vie que le for parle lorsqu'il dit : t( Un «hidalgo tient son château d'un ricombre, lequel le tient da «roi; s'il vient à mourir, on doit le rendre au roi. » (L. 1. 1. IV,

c. II.)

Nous avons déjà étudié ailleurs, notamment avec Championnière, la différence qui existait, dans la période barbare, entre les bénéfices et les honneurs. Bornons nos recherches à la Navarre.

Oïhenart* cite une curieuse charte des archives de Pampe-

' Mémoire à consulter, p. 266.

^ Notitia utriuique Vatcmitr, p. «^Ti'j.

lune. Brax Gassie possédait en alleu la seigneurie de Luxe; il déclare lui-même qu'il s'oblige à recevoir dans son château de Luxe le roi de Navarre et ses gens, quand les besoins de la guerre l'exigeront; que le roi doit l'indemniser de son côté de tout le dommage que la guerre lui causerait, lui procurer une autre habitation pendant qu'il serait privé de château et lui rendre le tout dès que les hostilités auraient cessé. Après avoir précisé les obligations réciproques du traité passé* avec le roi de Navarre, qui lui avait donné un honneur ou bénéfice, il ajoute : «Du jour oi!i il vous plairait me retirer votre benêts fice, je ne serais plus tenu à rien envers vous, et du jour où Cl il me plairait de vous rendre le bénéfice, vous ne seriez plus ((tenu à rien envers moi. 99 Cette charte est de iq 58. «^ Ainsi, Cl dit Polverei ^ le seigneur pouvait reprendre, quand il voulait Cl le bénéfice qu'il avait donné au vassal. Le vassal pouvait aussi elle quitter quand il voulait. Le lien du vasselage était donc d résoluble à volonté et la faculté de le dissoudre était récite proque entre le seigneur et le vassal. Voilà ce qu'étaient les ti honneurs et les bénéfices en Navarre. Ce ne sont pas là des d fiefs héréditaires, y)

Cette conséquence , tirée par Polverei de la charte du seigneur de Luxe n'est-elle pas trop étendue? S'il avait été de principe que l'honneur pouvait être rendu ou retiré à volonté, cette condition n'aurait pas été si formellement stipulée dans l'acte. Le for prévoit bien les cas oii le ricombre peut être déchu, pour cause, par exemple, de brigandage; mais il dit ensuite : ci II fut établi pour toujours que nul roi ne pourra ôter Cl sa terre ou son honneur au ricombre sans jugement de la cour ci((i menos dejuizio de la cort). Si le ricombre est condamné, un Cl délai de six jours lui est accordé pour déguerpir, et durant ce

' Mémoire à connilter, p. 9G7.

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