‹ La Navarre françaiseChapitre 15 sur 131 · LES CÂBALLBROS. LES CHBVAUBRS ERRANTS. ORDRES DE CHEVALERIE · texte numérisé non relu

LES CÂBALLBROS. LES CHBVAUBRS ERRANTS. ORDRES DE CHEVALERIE

En générai» les cabaiieros passent après les ricombres et avant les infançons.

Primitivement le caballero était le guerrier qui combattait à cheval (a caballo),

L'Académie espagnole définit un caballero : L'hidalgo d'ancienne et notoire noblesse qui a quelque lustre de plus que les autres, soit par sa haute naissance , soit par ses services ou ceux de ses aïeux.

Le for reconnaît au roi et au ricombre le droit de faire des cabaiieros. Le caballero doit répondre à l'appel du roi , et s'il est malade, il est obligé de se faire remplacer par un parent ou par un écuyer. (L. I, t. V, c. viii.) Il doit veiller sur la personne de celui qui l'a fait chevalier, et lui céder, en cas de danger, son propre cheval. (L. V, t. II, c. i.)

Le ricombre a le droit de conférer la chevalerie; mais s'il la confère à un fils de vilain , sachant son origine , il perdra son cheval et ses armes, et le vilain rentrera pour toute sa vie dans la condition où la naissance l'avait placé. (L. III, t. IV,

Le for prévoit le cas oi!i le chevalier n'aurait pas vergogne de déshonorer sa dignité {no han vergœnça de desondrar su dignidad)^ et voici comment il prononce sa dégradation :

((Nous donnons pour fuero que le caballero qui aura fait r assez mal pour compromettre son honneur sera dégradé. II te ceindra lui-même son épée; cela fait, le seigneur du pays éprendra un couteau, coupera la courroie qui soutient l'épée, «afin qu'elle tombe à terre, et il sera puni de sa folie et décigrade à jamais. T? (L. V, t. XI, c. i.)

Nous ne manquerions pas dans les archives de Navarre de

documents sur les réceptions de chevaliers. Charles II, en i36o, fit chevalier Uriz avec d'autres en même temps [am oiros ensemble, habemos feclio caballero).

C'était un jour de fête que celui oh Ton était reçu caballero. Pour le jour oh il fut fait chevalier (por el dia de su eaballeria), en 1889, Fernand de Ayanz portait un manteau et une houppelande rouge écarlate. Le roi lui avait fait cadeau d'une étoffe pareille a celle du costume dont il était lai^nème revêtu.

Les chevaliers errants, illustrés par don Quichotte, étaient appelés balderos, et plus tard, caballeras andantes. Leur ëpëe, en temps de paix, leur servait moins à empêcher le mal qa*à le faire. Sanche le Fort dut créer des hermandades^ pour s'opposer à leurs violences.

On donnait aussi le nom de caballero à celui qui recevait un ordre de chevalerie.

En 1391, Charles III créa l'ordre du Collier de la bonne foi (e/ Colar de buenafe). En t&i 3, le roi fit acheter et payer une pièce d'étoffe pour habiller Jean et Sanche d'Echaux qu il voulut faire chevaliers de l'ordre de Saint-Jean {de la ardem de San Juan).

Le titre de caballero, si déchu en Espagne de son importance ancienne, a conservé sa valeur jusqu'en 1789 dans la Navarre française. Les maisons des caballeros étaient distinguées des autres; on en comptait quarante-quatre» donnant entrée aux Etats.

I7IFA?fÇ0NS ET HIDALGOS. IfIFANÇONS LABODRBURS, ETC.

Les nobles sont appelés quelque fois genùlhùmbres, mais

^ Voir plus loin ce qu^éUicnl les hmmandadm, 1. III.

surtout lùdalgos ou infançones. Le for emploie ces deux derniers mots.

L'étymologie de hidalgo a été fort controversée. Les uns font dériver ce mot de hijos Gotharum (fils des Goths), comme si deux mots de langues différentes pouvaient s'unir pour en former un. M* Secretan fait dériver hidalgo de adalingi, qui, chez les Goths et les Lombards, signiGe nobk, homme libre. La loi des siete parùdas donne Fétymologie qui me semble devoir être préférée : hi, hijo (fils) et algo, qui signifiait les biens de la terre (bienes et haciendas).

Les Navarrais appelèrent leurs capitaines^ tn/oncones (infants de moindre qualité , servant en général dans l'infanterie). On appelait infanterie la meilleure milice espagnole.

Le for se sert souvent d'une manière indifférente des mots hidalgos ou ix^ançans.

La première expression est plus castillane; l'autre est plus navarraise.

Le for pose d abord cette question : Gomment l'hidalgo doit il prouver son infançonie {probar su infançonia) ?

La preuve se fait devant le roi, qui confirme la noblesse par un bon titre {con buena cartaj. Ne peuvent servir de témoins que des infançons de la famille, seigneurs ayant des serfs (coillazos); s'ils juraient faussement, ils étaient déchus de leur noblesse et devenaient vilains et tributaires du roi. Le serment est prêté sur la croix et les saints Évangiles. (L. III, t. III, c. i.)

On lit encore dans le for que «Tinfançon dont la qualité (cest contestée par un autre est reconnu libre, ainsi que toute «sa race, s'il est reconnu véritablement noble par deux infan- Rçons l'attestant par serment.» (L. III, t. III, c. m.)

Si un infançon épouse une vilaine, ses enfants, en renon-

* Viscay, Derecho de naturcUeze, p. 5o : llamaron Infanzones , que es lo mismo que cabos y capitanet de infantes de menor caniia.

çant à tout ce qui provient de la mère, sont infançoos. Si une infanrone épouse un vilain, les enfants sont vilains. (L. III,

t.VIII, C. IV.)

L'usurpation d'un nom qu'on n'a pas le droit de porter est punie comme un crime de faux. (L. V, t. VIII, c. i.)

Le principal devoir de Tinfançon est de suivre le roi à la guerre, de quitter tout autre seigneur pour lui, et de venir lui offrir son épée pour l'aider dans la bataille, lors même qu'il serait en ce moment en disgrâce et banni du royaume. (L. 1, t. I, c. IV.)

II doit céder au roi, pour un prix de loo maravédis, le ricombre qu'il aura fait prisonnier. Il peut faire des échanges avec le roi , en jurant à ses parents qu'il a fait cela loyalement et pour son avantage. (L. I» 1. 1, c. viii.)

L'infançon a de grands privilèges : il peut quitter son ni pour aller en servir un autre; il jouit pour ses troupeaux sur les montagnes d'une double part; il peut exploiter les mines de fer et autres; il n'est pas obligé, s'il ne le veut pas, de contribuer avec les vilains à la réparation de l'église. Parmi les prérogatives que le for lui accorde, il en est une assez étrange; je traduis : c^ Si un infançon met à nu par colère un autre in- ((fançon, il payera i âo sols d'amende. Si un jeune fils d*infanccçon vêtu de la chemise seule est suq)ris faisant mal (JazieiiJo ^mal) par le costiero (gardien des champs), celui-ci ne pent t^lui prendre sa chemise, sous peine de iso sols d'amende «lorsque le fait est prouvé. » (L. V, t. IX, c. ix.)

Les dispositions du fuero dont nous avons cherché à donner une idée se trouvent confirmées par les fors particuliers. Le titre d'infançon était exclusif de toute tache de servitude. Une charte de Pampelune déclare un infançon déchu de cette qualité parce (|u'il avait pris une femme roturière [por que priml mutiler l'illaiia).

Le noble, en matière civile, devait être jugé par les ricombres; en matière criminelle, par le roi.

Le titre d'hidalgo ou d'infançon était fort envié, et Ton pouvait l'acquérir. Les rois, les villes même le concédèrent avec générosité, et parfois d'une manière générale.

Le for de Sobrarbe de Tudèle accorde (art. 5) le titre d'infançon à tout étranger venant se fixer dans la ville avec cheval, armes et bagages. Il était obligé de se munir de provisions pour trois jours lorsqu'il allait à la guerre. S'il ne remplissait pas les obligations imposées par le for, il descendait au rang des vilains et devenait tributaire.

Le roi finit par avoir seul le droit de créer des nobles. Il en créa de tout temps. En isBâ, Inès, comtesse d'Arma-gnac, fit don à Thibaut de plusieurs de ses honneurs à la condition que ce roi anoblirait Martin Molinero. Ce qui fut fait : Enfranquéo é htzo infanzon à Martino Molinero hombre de la Condesa^.

On fit une distinction entre les hidalgos de vieille race et ceux à qui les rois conférèrent le litre d'infançon par une charte écrite : ceux-ci furent appelés infançones de caria.

Ces chartes de concessions nobiliaires furent quelquefois accordées à des populations en masse.

Les habitants d'Arberoue en basse Navarre avaient vaillamment servi le roi dans ses guerres. En i&35, cent dix maisons, grevées de redevances de poules et de porcs, furent affranchies de tout tribut, qu'elles rachetèrent par le payement d'une somme de ùlio livres comptée une fois pour toujours. Le roi leur octroya de plus le droit de jouir des mêmes prérogatives que les autres hidalG[os ou infançons de sa terre et de tout le royaume^.

' Archives de Pampelune (G. a, n. 76).

' ïlnd. (G. 106, n. 4).

là HISTOIRE DU DROIT EN NAVARRE.

EiéoQorc déclara libres noroiDativement plusieurs tributaires, voulant qu'eux et leurs descendants fussent considérés comme s'ils étaient nobles de naissance et d'origine : BeJuciendo las a la ingenuidad de hijo$dalgo asi eamo si fuesen procreadas y nacidos hijosdalgos ^

Dans une charte de i&Ss, François Phébos fait hida^os Periz de Murillo et ses frères. II les lave , ditrii , de la tache qu'ils tenaient d'un aïeul maternel de la classe des laboureurs : Los Umpta de la macula que tenian de un abolorio malemo por d que dependian de labradores ^.

On considérait à cette époque qu'une mésalliance faisait perdre aux enfants la noblesse. Periz de Murillo et ses frères descendaient d'hidalgos du côté paternel.

Le for général (1. I, t. I, c. iv) parle des infançons laboureurs i^infançcnes labradores). Il a aussi un titre consacré aux infançanes de abarca. (L. III, t. VI.)

Ce titre figure sous la rubrique De las villanos del rey. Les infançons de abarca formaient une classe de laboureurs qui payaient tribut et qui cependant se disaient nobles. Abarca signifiait une sorte de chaussure qu'ils portaient. Ces infançons étaient en général les descendants de laboureurs qui avaient sans doute , comme ceux d'Arberoue, acheté Yinjimzmiia à prix d'argent ou qui l'avaient acquise comme un privilège en récompense de quelque service.

La distinction ancienne des caballeros et des infançons se maintint dans la Navarre française jusqu'en 1789* On appelait maisons infançones celles qui se transmettaient aux possesseurs ultérieurs avec les privilèges accordés aux maitrcs primitifs, tels que exemption de taille et autres prérogatives.

' Archives de Pampelunc (C. iGo-aG).

« Ibid. (C. 16/i, n. a5).

En 1789, on comptait encore dans la Navarre française quatre-vingt-sept maisons infançonnées.

Martin Viscay dresse la liste de toutes les maisons nobles (casas de getuUes hombres). Il classe à part et énumère aussi les casas remissionnadas,les maisons qui ont obtenu la rémission de diverses charges, à raison d'anciens services rendus au roi. Viscay dit qu'il a pris ces deux listes dans les archives du château de Pau et dans celles de Saint-Palais ^ Il donne aussi l'armoriai de la basse Navarre et décrit les armes des principaux gentibhommes en laissant l'écu en blanc ^ faute de graveur sans doute ^.

Avant le démembrement de la Navarre, les rois avaient créé tant de nobles qu'un sixième de la population était composé de bons gentilshommes. Les Basques prétendaient même être tous francs et libres. Sanadon a consacré un livre à le prouver. Si les bas Navarrais basques étaient jadis tous nobles, ils n'ont pu se voir enlever ce privilège par l'usurpation injuste et violente d'une partie de l'État. («En sorte, ajoute «cet auteur^, que l'on pourrait dire avec raison que nos rois, «originairement rois de Navarre, ont plutôt réuni la France «à la Navarre, qu'ils n'ont réuni la Navarre à la France. 9 Quelle prétention !

Sanadon se pose cette objection^: («Quelle idée peut-on se « former d'une nation dont tous les individus sans distinction

' DerecKo de tuituraUza, p. 37 à 1 15.

' Ud écrifaio français, qui ignorait Toufrage très rare de Viscay, a publié, comme la découverte d^un document inédit, un manuscrit de la bibliothèque Mazarine (n* 99s, in-/i") contenant: i*le rôle des maisons nobles de la mérindade de SaintJean-Pied-de-Port dressé par ordre de Ferdinand le Catholique; a* la liste des maisons remniotmada» ; 3" les armoiries décrites et peintes d^un grand nombre de familles.

^ EêêoU 9ur la nobUêm det Baique$,^. ao3.

* Iffid., p. a 3a.

(c jouissent également de la noblesse et des prérogatives attactchées a ce titre?»

Un célèbre voyageur m*a conté qu'il existait en Afrique une tribu où tous se disaient esclaves. L'égalité règne également dans ces deux pays» è deux titres opposés.

LES lîCCYBIlS {bSCUDBBOs).

Le for parle des escuderos ou écuyers. Viscay dit qu*infançon, hidalgo, gentilhomme, écuyer, c'est la même classe de nobles. L'écuyer\ était un noble qui, ayant peu de fortune^ se plaçait chez un noble d'un rang plus élevé , chez un ricooibref qu'il accompagnait partout, en paix et en guerre, mangeant à sa table et touchant un traitement. Le ricombre tenait à honneur d'avoir à sa suite plusieurs écuyers. Lorsque ceux-ci le suivaient dans les batailles, l'un portait son casque, Tautre sa lance, l'autre enfin son bouclier {eicuào)^ d*où dérive le titre d'écuyer.

L'histoire nobiliaire de la basse Navarre est intéressante. Un consciencieux écrivain, M. Jaurguin, s'occupe en ce mo* ment de l'écrire. Il raconte l'histoire des grandes familles nobles du pays basque et a déjà publié celle de l'illustre maison d'Ezpeleta.

* Uernando, Mexia in nobilitale, I. H, /i* parL^ p. a 09.

Page 1