‹ La Navarre françaiseChapitre 45 sur 131 · BÂTARDS DU ROU · texte numérisé non relu

BÂTARDS DU ROU

Si la reine faisait des libéralités aux bâtards da roi, celuici ne se gênait pas pour proclamer sa paternité irrégulière. Charles III, en ordonnant de payer divers objets à sa fille Jeanne , la qualifie de bâtarde [para nuestra fja Juana boâtarda) ^ Ce titre n avait rien d'injurieux. Plusieurs personnages, qui n'étaient pas de sang royal, ajoutaient cotte qualification h leur nom comme un titre d'honneur. Une charte de i383, conservée à Pampelune, porte la signature : Lemiel, hijo bastardo. Il était fils du comte d'Alonzo.

On sait que Guillaume le Conquérant ne rougissait pas de se donner lui-même le titre de bâtard [Ego Whildmus, cogmtnine bastardvs). Dunois, qui obtint pour prix de sa vaillance les honneurs réservés aux princes, joignait à ses titres celui de bâtard d'Orléans,

Un savant^ s'est attaché à prouver que la bâtardise n*avait rien de honteux au moyen âge. Nous ne le suivrons pas dans ses recherches. Chez les anciens Scandinaves, les fils naturek des rois, dit-on, avaient les mêmes droits que les fils légitimes; mais Adam de Brém(% que l'on cite, parle de temps

' Arcliives de Pampelune (C. /i/i-at ; C. 55-5o).

' Sli^'cliiiis, Ih»$>rtntio de ItlnTix milunilibuM rcgumpi principum (Amst. 1700, in /i'').

très reculés et ajoute : ut mos est Barbaris, comme c'est Tusage chez les Barbares ^

En France, Loiscau ^ va peut-être un peu loin lorsqu'il pose en principe ce qu'il avance en ces termes : c( Les bâtards doi- «tvent toujours être mis un degré plus bas que leurs pères. De t( sorte que les bâtards de rois sont princes, ceux des princes <tsont seigneurs; ceux des seigneurs sont gentilshommes, et ce ceux des gentilshommes sont roturiers, afin que le concucc binage n'ait pas autant d'honneur que le loyal mariage.»

Ne nous occupons que de la Navarre.

Les rois eurent une quantité d'enfants naturels effrayante, et cette multiplicité de bâtards exerça une influence funeste sur l'État. Les rois, pour doter leurs fils illégitimes, leur créèrent des fiefs qu'ils rendirent héréditaires. La grande importance qu'ils leur donnèrent, sans prévoir les dangers qui pourraient en résulter un jour, fut souvent fatale à l'autorité royale et à la tranquillité du pays.

Léonel, fils bâtard de Charles III, fut fait vicomte de Muruzabal. Louis de Beaumont devint comte de Lerin, à l'occasion de son mariage avec Jeanne, fille naturelle de Charles III; Godofre, bâtard de ce roi, reçut la ville et le château de Certes, avec tous les hommes et femmes [con todos los homhres y mttgeres)^ chrétiens, juifs et maures.

Les rois, après avoir concédé à leurs enfants l'hérédité des fiefs, étendirent la même faveur à d'autres personnages.

Quelques seigneurs devinrent si puissants qu'ils furent un danger pour l'Etat. Ils formèrent des partis hostiles et ébranlèrent le trône. La guerre civile causa tant de désastres, que les certes décidèrent en 1/479 que les châteaux conquis sur les seigneurs qui auraient pris les armes contre le roi revien-

' llist, eccle», \. II, rb. liv.

* Cil. Loiseau, Dts ordres, cli. ?, n* 6/i.

draient h la couronne. Gomme cela n'arrive que trop souvent, on ne songea au remède que lorsque le mal avait fait trop de progrès pour qu'il fût facile de l'arrêter. On ne prit que des mesures tardives et impuissantes. Au moment où les partis étaient encore en présence, la conquête de la Navarre, en 1 5i 9, vint changer la face du pays.

BATABIM DES NOBLESk

Les grands seigneurs de la Navarre (nigiîii ad exea^jflar) ne trouvaient aucun scandale à afficher leur paternité illégitime.

Don Louis deBeaumontf en iSo^, dépensa, nous ravons déjà dit, une somme folle pour recevoir beaucoup d'honnêtes personnes (ifitttW hotiestas per9onas)^ prélats, chevaliers, boa^ geois {^burgueseê) et duègnes, accourues à la ville d'Olite pour b baptême, dit-il, de sa chère JiUe Jeanne, qu'il avait eue hors mariage. En iSG^, il faisait de superbes cadeaux à cette Jeanne et à Condesa [madi-e de la mUma Juana). Jeanne fut élevée an monastère do Sainte-Claire d'Estella avec la princesse Isabelle, fille de Charles II, qui payait un florin par jour pour sa nou^ riture et celle d'une maîtresse et d'une servante.

Les femmes mêmes, oublieuses de tout sentiment de pudeur, se faisaient gloire quelquefois d^une maternité dont elles auraient dû rougir. On montre encore cette signature : Catalina de Lizado, madré. C'était la maîtresse de Charies II, qui l'avait rendue mère.

LéciTIMATlUN.

Les rois s'urrogèreiit le droit de pouvoir seuls légitimer les i'nfant.s naturels.

LOIS CIVILES. Id9

Nous citerons un acte de légitimation consenti par Jean d'Aibret et Catherine en lâSg ^ :

« Gomme à la seule autorité royale et au pouvoir souverain R il appartient de changer et d'améliorer la condition que chats cun tient de sa naissance, et d'élever les hommes en dignité «selon leur mérite; comme Thonneur doit être le principe de (c la vertu [el honor $ea principio de la virtud)^ il est juste que ce ceux qui se seront élevés par la vertu au-dessus de leurs <^ pères soient, en récompense de leur mérite, décorés par les r princes de plus d'honneurs, v

Par ces considérants, le roi et la reine déclarent que Pèdre MiU'tinez, fils naturel de Martin, abbé d'Euiate, clerc de messe, et de Marie d'Aranarach, femme non mariée, est légitimé, tenu quitte de toute tache ou inhabileté, élevé au rang des enfants nés de légitime mariage; qu'enfin tous ceux qui naîtront de lui, de sa genoilla, seront à jamais affranchis de la condition des laboureurs et de toute servitude.

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