L* ARMÉE NAVARRAI8E JUSQU'EN
L'armée navarraise finit par s'organiser et les troupes furent payées. La solde varia selon les temps. En iSGq, elle était de 1 florins par mois pour le cavalier et de à florins pour le fantassin. Les chefs de compagnie recevaient le double.
Les gens d'armes de profession n'étaient guère considérés. L'armée |)ermanente était réduite à peu de chose. Philippe , roi de France et de Navarre, manda à son gouverneur de la Navarre de n'avoir pas plus de deux cents cavaliers et de trois cents fantassins pour tout le royaume.
Le roi payait aux caballeros une caberia, caballeria, une rente, à la charge par eux de se tenir prêts à son service avec un certain nombre d'hommes et de chevaux.
En 1 27 6, les cahcrias se nomment milites, et plus tard, ce mot milites est remplacé [)ar mesnaderos. On cite des exemples, mais très rares, de l'emploi simultané de ces trois expressions.
Le royaume do la Navarre française, si fidèle aux vieilles traditions, était trop restreint pour avoir une armée distincte de celle du roi de France.
Les Navarrais n'avaient plus qu une place forte, Saint-Jean- Pied-de-Porl, défendue par une citadelle et quatre bastions, contenant une garnison de huit compagnies.
Ils prétendaient ne devoir le service que pour la défense du territoire et ne pouvoir être conduils, malgré eux hors du royaume.
Les Etats ne cessaient de revendiquer ce privilège , mais ils ne furent pas toujours écoutés. <(0n nous met, disaient-ils, <(dans la cruelle alternative ou de nous laisser égorger par (c les Espagnols ou de passer pour criminels en prenant les « armes sans l'ordre du gouvernement. »
On leur permettait parfois de faire des algarades. Ce mot, pris en général en France en mauvaise part, vient de Tespagnol algara, algarada, qui dérive de Tarabe algarah et signifie une incursion sur le territoire ennemi.
L'intendant Foucault rapporte qu'au mois de mai 168Â. M. le maréchal de Bellefonds lui manda ^qae le roi avait ^résolu de faire une algarade aux Espagnols ".
Il faut lire dans Foucault' le curieux récit de cette singulière expédition. On trouva trois pieds de neige sur les montagnes, et la troupe, partie de Saint-Jean-Pied-de-Port à (|uatre heures du matin, n'était encore, à dix heures du soir, (|u'à deux lieues de Roncevaux. Foucault eut le temps de descendre de cheval avant que sa béte roulât dans le précipice. Le lieutenant de Navarrenx, M. de la Valade, étant £une prodigieuse grosseur, avait voulu, malgré tout ce que le maréchal avait pu lui dire, être de l'expédition, et se faisait porter par des Suisses qui se relayaient. Des paysans espagnols armés de fusils regardaient nos soldats et les laissaient passer, quoiqu'il eût été très facile de les arrêter.
La junte de Pampelune , aux approches du maréchal de Bellefonds, qui n'avait guère que deux mille hommes, s'empressa de lui offrir les clefs de la ville.
Le maréchal n'avait pas ordre de faire cette conquête et se contenta de les assurer de Vaffectxon que le roi avait pour eux.
L'histoire de l'armée navarraise depuis les temps où elle con-^
' Mémoire», in-/i*.
quêtait sur les Maures doit-elle être terminée par celle du régiment de Navarre? Ce régiment, un des quatre vieux corps de la milice française, se distingua tellement au siège de Paris, que Henri IV lui conféra le premier rang.
Au siège de la ville d'Amiens défendue par Porto Carrero , d'Aubigné, dans son histoire, mentionne avec honneur le régiment de Navarre : cdl était redouté, dit cet auteur, par ^ceux du dedans, qui se retenaient de sortir le jour qu'ils le ^savaient de garde, pour avoir été reçus par ces Gascons deux t^ autres fois très rudement. »
Le P. Daniel^ a raconté l'histoire de ce régiment, et nous regrettons de ne pouvoir redire toutes les batailles où il s est distitigué d'une manière ea>traordmaire. Son drapeau avait le fond feuille morte, la croix blanche au milieu, et au centre de la croix les armes de Navarre.
Lorsque , durant les mémorables guerres qui suivirent la Révolution , les Navarrais furent confondus dans l'armée française , plusieurs braves 9 comme le maréchal Harispe , surent montrer que le sang des Basques n'avait pas dégénéré.
' Hiêtoire de la nùlice française , 1760, in-f*, t. II, p. 377.