‹ La Navarre françaiseChapitre 8 sur 131 · LE BLASON DE NAVABBB · texte numérisé non relu

LE BLASON DE NAVABBB

iXous avons vu que le roi devait être proclamé sur un pavois peint aux armes de Navarre [escudo pintado à las armas de Navarra). Ces armes figuraient sur la monnaie , sur le sceau royal et sur l'étendard que le for impose au roi robligation d'iivoir.

On a beaucoup disserté sur l'origine du blason de la France» sur les trois crapauds, sur les abeilles, et sur les fleurs de lis, dont le nombre n'a été réduit à trois que sous Charles V.

Les armes de Navarre ont brillé à côté des armes de France depuis Henri IV jusqu'à Charles X.

Il nous semble qu'elles ont été mal interprétées et qu'elles méritent d'être étudiées.

On lit partout :

^ Navarre porte de ipieuleit aux chaînes d^or mises en pal, bande fnsce , barre et orle. v

Voici l'origine généralement donnée à ces armoiries. L'émir Miromolin, ù la bataille de la Navas en \9.iu, s'était fait en-

tourer d'une grande chaîne de fer, afin d'empêcher les ennemis d'approcher de sa personne. Sanche le Fort, avec des massues préparées à ce dessein, brisa la chaîne, en reproduisit l'image sur son écu, et en distribua des fragments, comme des trophées, dans les églises de Tudèle, d'I arche et de Roncevaux.

Un auteur navarrais qui assistait à la bataille, don Rodrigue, rapporte que l'émir était entouré d'une enceinte de flèches [eitaba rodeado de aljavas de saetas). C'est comme si nous disions « entouré d'un rempart de baïonnettes ". Le fait d'une chaîne formant autour d'un combattant un rempart mobile, au milieu de la mêlée, n'est pas vrai, parce que Rodrigue n'eût pas manqué de rappeler un si curieux détail.

Nous raconterons cette victoire, sur laquelle on a répandu tant de merveilles et dont l'honneur n'appartient pas aux Navarrais seuls.

Tudèle possède un fragment de chaîne; mais la forme de cette chaîne dément l'origine qu'on lui suppose, par des caractères évidents de fabrication moderne. Cette singulière relique n'existait pas encore à Tudèle du temps oii Moret écrivait ses annales.

Les premiers rois navarrais prétendirent avoir vu une croix lumineuse briller dans le ciel comme un présage de victoire; ils adoptèrent sur leurs drapeaux le monogramme du Christ comme le labarum de Constantin.

Ce monogramme était primitivement très simple, comme on le trouve dans les catacombes. La lettre P, seconde lettre de XPI2T02 est souvent remplacée par I, première lettre de IficTovs^ quelquefois une barre transversale coupe leX par la moitié et forme une croix grecque -^

Enfin le monogramme est inscrit dans un médaillon rond, ovale, carré ou de toute autre forme.

Voici les armes de Navarre telles qu'elles sont sculptées sur les piliers de l'église de Tudèle:

Ce n'est là, selon nous, que le monogramme du Christ. En dégageant les lignes principales du médaillon qui les encadre et dont la forme plus ou moins ornementée importe peu, on retrouve le I de Iricrovs le X de Xpioroj et la barre transversale de la croix grecque.

Les artistes du moyen âge se plurent à déployer toutes les fantaisies de leur imagination dans la forme et la décoration des lettres.

Dans un manuscrit du monastère de Saint-Savin-de-Lavedan ^ il est parlé du monogramme du Christ très fréquemment sculpté sur les églises romanes des Pyrénées. On ne le comprenait guère ; on ne voyait là que deux croix « qui signifiaient «la double puissance de Jésus-Christ contre les Goths ariens et ît contre les Maures* infidèles ".

^ Je possède ce manuscrit, inlitulé Vi$de uunl Savin.

Cepeadant on trouve dans le manuscrit cette constatation :

(( Un auteur de notre temps soutient que ce sont les an- (^ ciennes et véritables armes de la Navarre et celles que choies sit le premier roi de ce royaume, D. Garcia Ximénès, pour ce lui servir d'étendard contre les infidèles. »

Croire qu'un roi navarrais ait , dans un âge de foi ardente , supprimé sur l'étendard national le monogramme du Christ pour y placer la chaîne, bizarre fantaisie d'un musulman vaincu, c'est, à la réflexion, un fait des plus étranges, et l'on s'étonne qu'il ait été si facilement accepté sans preuve.

L'explication des armes de Navarre a donné lieu à des hypothèses plus singulières les unes que les autres.

Un auteur^ a soutenu que ces armes ont identiquement la figure iun jeu national des provinces basques : les marelles {las mareUas).

Il admet l'origine phénicienne des Basques. Il prétend que le jeu des marelles fut importé parles Phéniciens et que ce jeu géographique représente, au milieu, Tyr, figuré par un escarboucle, et, à l'entour, ses colonies, figurées par des médaillons.

Les Basques ne descendent pas des Phéniciens. Parmi leurs anciens jeux, il n'en est pas qui se rapprochent de celui des marelles, et dans leur langue aucun mot ne ressemble à marellas.

Comme l'opinion que nous repoussons a séduit quelques hommes éclairés, notamment le numismate Poey d'Avant, nous avons cherché et nous avons trouvé d'oii elle pouvait provenir. On lit dans Ménestrier': fuMarrelé ou merrelé est un «terme que f ai introduit pour les chaînes des armoiries de Na-

' Le Magasin pittoreêque (18^10, p. 89) contient une longue et curieuse dissertation sur ce sujet.

* Traité du blasnn.

lih HISTOIRE DU DROIT EN NAVARRE.

(c varrc, pour éviter tant de termes dont il fallait se servir pour te les décrire. Sa figure est semblable au jeu des marelles. y>

Sanche le Fort n'a pas abdiqué le labarutn des rois de Navarre en souvenir d'une victoire dont l'honneur ne lui revient pas en entier. Les artistes en reproduisant le monogramme, que peut-être ils ne comprenaient pas, l'ont orné de cabochons et placé dans un encadrement; ces cabochons ont été pris plus tard pour des anneaux, et ces anneaux ensuite se seront prêtés à la légende de la chaîne imaginaire de l'émir Miromolin.

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