‹ La Navarre françaiseChapitre 92 sur 131 · FILLBS DE MAUVAISE VIE · texte numérisé non relu

FILLBS DE MAUVAISE VIE

Après avoir longuement développé ce que nous venons de résumer, le législateur s'occupe des esclaves qui n'ont pas de mattres (des Maures expulsés , sans doute) et qui traversent TEspagnc en fugitifs pour se rendre en France. Ensuite il consacre plusieurs chapitres aux femmes qui se livrent au vagabondage et à la débauche.

Il commence par dire : ^A la représentation des Etats, «puisque le vice de la sensualité va chaque jour en augmen-

octant, il convient d'employer tous les moyens possibles pour ccrétouffer, ou tout au moins pour le diminuer, j* Le bannissement n*est plus une peine suffisante. Aussi , au lieu de se borner à chasser les femmes perdues, faut-il les enfermer dans une prison spéciale nommée la galère. Seront envoyées dans la galère les femmes publiques. En cas de contestation, l'aiïaire sera promptemcnt jugée, dans les deux jours au plus tard.

Les femmes qui serviront de logeuses et d'entremetteuses seront enfermées dans la galère pour le temps fixé par le juge.

Des filles, pour être plus libres, se retirent dans des chambres particulières, seules, sans travail, sans maîtresse, sans parents. Quelquefois elles ont de faux parents [parenU fngidose) : elles appellent tantes des étrangères qui ne sont que leurs com|)lices. Pour remédier à leurs désordres, il faut les surveiller et leur infliger la j)eine de la galère.

picnis PUBLICS {pkccados pobucos).

Dans les privilèjjes de la Biscaye * se trouvent de singuliers délits sous le titre de péchés publics [peccados publicos). L'immoralité notoire constituait un de ces péchés : ainsi un prêtre qui avait chez lui une concubine mangeant à sa table à mêmes pain et couteau [a pan et cuchiUo)\ ainsi un homme marié qui laissait sa femme pour une maîtresse.

Lejeu était défendu dans les lieux publics. La loi 3 (tit. XXXV) le permet lorsqu'on ne joue que pour passer le temps (/kw $h passamiento) , qu'on ne joue que 3 réaux au plus, et qu'on n'est pas au cabaret [conque no sta en tabema). Dans ce cas, on ne pouvait être inquiété par le juge, ni condamné, ni puni.

* Piivilegloi del senorio de Biscaya, p. 93-106.

Il était bien délicat, pour les péchés, de savoir ceux qu'il fallait laisser dans l'ombre et ceux qu'un véritable intérêt de morale publique prescrivait de réprimer. Le scandale et le mode de poursuite durent être souvent pires que le péché, car nous recueillons dans l'examen des diverses dispositions de la loi une observation curieuse: le législateur semble moins préoccupé de recommander la stricte observation de ses prescriptions, que de veiller à ce qu'elles ne soient pas trop rigoureusement exécutées. Il fixe des bornes à la juridiction ecclésiastique. Il veut empêcher les juges de voler les accusés, de procéder sans les formalités exigées, etc.

II est certain que de grands personnages avaient intérêt à payer cher le juge pour qu'il ne rendit pas publics leurs péchés cachés.

Page 1