‹ La Navarre françaiseChapitre 94 sur 131 · LE SUICIDE · texte numérisé non relu

LE SUICIDE

Le suicide, dans les temps de foi, était considéré en Navarre comme une inspiration du difible qui poussait les malheureux dont il avait la possession à quitter la vie malgré la défense de Dieu. Aussi une espèce d'horreur et de malédiction s'attachait-elle aux suicidés; leurs corps étaient jetés à la rivière : on craignait qu'ils ne portassent malheur.

Les vieilles coutumes consacraient ces idées superstitieuses, et le roi en tirait profit.

En 1 891, le roi confisqua tous les hiens de Jean Exéa de Benadis, «qui, ayant désespéré de la grâce et miséricorde de «notre Seigneur Dieu, ci poussé par le diable, se pendit lui- « même. C'est pourquoi, selon le for, Vus et coutume, tous ses biens «sont confisqués à la couronne ^t»

Une femme, tentée par le diable {^tentada del diablo)^ se noya volontairement. Elle laissait cinq enfants. Le mari, accompagné de ces enfants, alla supplier le roi de leur accorder comme grâce et aumône la moitié des biens de la mère.

Les lois espagnoles punirent longtemps l'homicide commis sur soi-même par la confiscation des biens du suicidé décédé sans enfants^.

Cette peine finit par tomber en désuétude; le suicide fut considéré comme un acte de démence, et il parut injuste de frapper des orphelins ou des proches pour un fait auquel ils étaient étrangers.

' Archives de Pampeluno (C. Ci-57).

Nova recopiladon y loy w, I. XXI, lil). XII; — parlida 7, Icy mv, l. I, cl loy !'•, l. XWH.

360 HISTOIUE Dli DROIT EN NAVARRE.

L'RHPOISONNEMENT.

L'empoisonnement est un des crimes qui étaient les plus redoutés, parce qu il mettait à la disposition des mains les plus faibles une arme cachée et perfide. Le for s'exprime ainsi: ((Celui qui donne du poison à un autre et cause sa mort doit c(étre supplicié et périr de mauvaise mort 9) [deve ser jusiieiado i mala muert).

ce Si l'empoisonné par aventure ne meurt pas, le coupable (tlui sera remis pour qu'il puisse en faire ce qu'il voudra. « (L. V, t. II, c. ni.)

C'est encore une trace du droit barbare, si cher aux Navarrais, de pouvoir se faire justice à soi-même.

Le fuero juzgo' dit que les empoisonneurs doivent être tourmentés (formi'e/i/Wo«) et mourir de maleroort (morfrmaiici muert).

Voici un supplice dont nous n'avons point parlé, parce que ce n'est pas en iNavarre qu'on le trouve. La loi des Siete partidoë' dit que l'empoisonneur doit périr honteusement [deêlionradamcnte); qu'on doit le faire dévorer par les lions, les chiens ou les hôtes féroces.

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