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t)lace vacante au collège de Santarem^ et éhûn lui allouait une pension de six cent mille réaux. Cette ordonnance, vraie ou fausse, est datée du 17 avril 1709. Inutile d'ajouter que la machine ne fut point exécutée.
Selon Bourgeois, que nous avons cité tout à l'heure, Bartholoméo-Laùrent et (jU2man seraient deux personnages différents, et le dernier aurait construit en 1736 un panier d'osier de deux à trois mètres de diamètre, qui se serait élevé de lui-même aussi haut que la tour de Lisbonne, c'est-à-dire à environ soixante -six mètres audessus du sol. Bourgeois dit tenir le fait de deux témoins oculaires étrangers l'un à l'autre, et dont l'un avouait avoir attribué ce prodige à la magie. Cependant il n'en est point fait mention dans les Récréations physiques, olivrage publié en 1751 par le Portugais François d'Almeida, et contenant un dialogue sur l'art de voler.
Nous pourrions prolonger encore cette revue des diverses idées et des projets de toutes sortes qui ne firent que paraître et disparaître jusqu'au moment où des expériences concluantes, ayant amené des résultats positifs, vinrent couper court à tant d'aberrations. Mais ce que nous avons exposé suffira, nous le pensons, pour montrer à nos lecteurs combien, dans cette question si intéressante de la navigation aérienne, la lumière eut de peine à pénétrer, et dans quel labyrinthe de
folies il fallut errer avant de trouver un fil conducteur au moyen duquel on pût espérer d'entrer enfin dans la bonne voie.
Aussi bien, nous sommes arrivés au milieu du xvni® siècle ; nous n'avons donc qu'un pas à faire pour atteindre l'époque où la première paitie du problème aéronautique (1) fut résolue d'une manière sinon définitive (2) , au moins rationnelle et pratique.
(1) Noûê entendons par première partie dd ptobUtne le moyen de monter en l'air et de s'y maintenir ; la seconde partie est la direction des aérostats.
(2) Nous nous réservons d'expliquer plus loin le doute exprimé ici sur l'avenir des ballons.
Première expérlenoe aérostatique faite à Aimonay. — Les frères Montgoifier. — Leur vie, leurs trayani^, leun découyertes. — Intention des ballons à air dilaté.
Le jeudi 5 juin 1783, la petite ville d*Annonay en Yivarais offrait le spectacle d*une animation inaccoutumée : la population entière, grossie encore d'une foule de gens des environs, se portait vers la place principale. Les états particuliers de la province étaient alors réunis dans cette localité; pourtant ce n'était pas une cause politique qui provoquait tout ce mouvement. Si quelque étranger, se trouvant là par hasard dans la foule, eût examiné attentivement les physionomies, il n'y eût vu que l'expression de la curiosité impatiente qu'excite la perspective d'un spectacle inusité ; s'il eût prêté Toreille aux conversations animées qui se croisaient en tous sens, il n'en eût rien compris, sinon qu'il s'agissait d'une chose
nouvelle, tenant presque du prodige, et accueillie, comme sont toujours les choses nouvelles, par ceux - ci avec enthousiasme , par ceux - là avec in- * crédulité, sans qu'en général le sentiment des uns fût plus réfléchi que celui des autres. Cette merveille toutefois n'était pas de celles qu'on voit de temps à autre promenées dans les villes et dans les campagnes par des spéculateurs de bas étage, pour servir d'amusement au vulgaire ; et il fallait bien qu'elle offrit un intérêt sérieux : car nonseulement on voyait mêlées à la foule des personnes distinguée^ et respectables, des prêtres, des gentilshommes, des savants, des magistrats, mais encore des députés aux états, spécialement invités, n'avaient pas dédaigné de suspendre leurs graves délibérations pour venir assister en corps à la cérémonie, qui revêtait ainsi un caractère presque solennel. Qu'allait-il donc se passer? Quel aimant magnétique attirait sur un même point, réunissait dans un même désir tant de gens différents d'âge, de sexe, d'esprit et de condition?... Suivons le flot, et voyons, nous aussi.
Un espace circulaire entouré d'une balustrade en bois, précaution nécessaire contre la curiosité tumultueuse du peuple, a été réservé sur la partie centrale de la place. Dans cette enceinte se dresse un appareil bizarre et peu fait pour flatter la vue : il se compose de quatre perches surmontées d'un châssis d'environ trois mètres carrés et soutenant à une certaine distancé du sol une immense enve*^
S2 hk NAVIO^nON
loppe en t€ile recouverte de papifr, eemposée de plusieurs pièces jointes ensem))le par des boutons et des boutonnières. Cela ne ressemUe à rien qu'à un grand sac vide et renversé. L'orifice, relativement étroit, est tenu ouvert par un cercle en bois, et immédiatement au-dessous se trouve un tas de paille mêlée avec de la laine hachée. Une dizaine d'individus vont et viennent d'un air affairé autour de la machine; parmi eu^ on remarque deux hommes de quarante à quarante- cinq ans, à ^n la physionomie intelligente; la ressemblance de
leurs traits ne laisse aucun doute sur les liens d'étroite parenté qui les unissent. Us portent seuls le costume des bourgeois aisés de l'époque : les autres^ vêtus en artisans, reçoivent et exécutent leurs ordres. Les deux frères inspectent successivement avec une minutieuse attention toutes les parties de la machine, puis ils paraissent se concerter; la foule se presse autourdie la balustrade, suivant des yeux leurs moindres mouvements; enfin l'un d'eux fait signe qu'il va parler : au brouhaha, aux chuchotements succède un profond silence.
a Messieurs, dit l'inconnu en s'adressant plus particulièrement aux députés, qui occupent les places d'honneur auprès de l'enceinte réservée, nous allons commencer l'expérience : on va allumer le tas de paille et de laine placé sous l'orifice de la machine; au bout de quelques minutes, cette enveloppe, gonflée par le gaz, prendra une
aéius;nne. 23
forme sphériqUQ çt ^'él^vi^^ d'fjll^-mèp)^ aussi haut que les nuages. >
En disant ces mots, il saisit une torche et met le feu au combustible , en même temps que lès huit ouvriers saisissent les cordes attachées à la partie inférieure de la machine. La fumée, s'échappant du foyer, qu'attisent les deux frères, s'engouffre dans l'enveloppe, qu'on voit se distendre et s'enfler rapidement jusqu'à ce qu'elle offre l'aspect d'un globe ayant plus de trente -trois mètres de circonférence. Alors elle s'ébranle, oscille, monte; les cordes se tendent, les ouvriers qui. les retiennent sont presque soulevés. En ce moment le président des états donne le signal de laisser aller, et le ballon, abandonné à l'impulsion qui le sollicite, s'élève d'un mouvement accéléré aux acclamations du public, que ce spectacle étonnant pénètre d'admiration. Arrivé à la hauteur de deux cents mètr«g, le ballon s'arrête ; puis, poussé par le vent dans une direction oblique, il va s'abattre doucement à près de dix -neuf cent cinquante mètres de son point de départ. ^
Nous venons' d'assister, lecteurs , à la première expérience aérostatique qui ait obtenu la consécration d'un succès public. Les deux homïnes par qui nous l'avons vu diriger avec tant de bonheur s'appelaient MM. de Montgolfier.
Voyons maintenant ce qu'étaient ces deux' frères, et par quelle suite d'observations et d'essais ils
étaient parvenus à un but poursuivi si longtemps en vain.
Joseph-Michel et Jacques-Etienne de Montgolfier appartenaient à une ancienne famille originaire des environs d'Ambert en Auvergne (1). A la fin du XVI® siècle, un de leurs ancêtres, ayant perdu une grande partie de son avoir par suite des* guerres civiles qui désolaient alors la France, quitta TAuvergne et alla se réfugier dans les montagnes du Yivarais. Lorsque la conversion de Henri lY au catholicisme et son avènement au trftne eurent rétabli l'ordre et la paix dans le royaume, Montgol* fier s'établit avec sa famille à Yidalon-lez-Annonay, où il fonda une fabrique de papier, qui ne tarda pas à acquérir une grande importance. Au milieu du xviu« siècle, cette fabrique était honorablement connue dans toute l'Europe; elle était alors dirigée par Pierre de Montgolfier, industriel habile, et de plus homme intègre et bienfais^t, qui vivait en patriarche au milieu de ses ouvriers.
Pierre de Montgolfier eut trois fils. Nous ne dirons rien du premier, sinon qu'il mourut jeune et sans avoir laissé pour la postérité aucune trace de son passage en ce monde. Le second^ Joseph- Michel,, naquit à Annonay en 1740. Il fut placé de bonne heure, avec son aîné, au collège de Tour- Ci) Il existe au nord -est d'Ambert une petite colline qui portait encore, il y a quelques années, le nom de mont GolfUr. Là s'élevait jadis la résidenee de la famille dont nous parlons.
non. Mais déjà se montrait en lui un caractère bizarre, indomptable, une imagination inquiète et un esprit avide de Tinconnu. Incapable de se soumettre à la discipline uniforme et à Tensei^ement méthodique du collège, il s'avisa un beau jour de franchir les murs de sa prison 'pour aller vivre de liberté et de coquillages sur les bords de la Méditerranée. Il avait alors treize ans. Voilà notre écolier cheminant par monts et par vaux, et s'imaginant que la manne allait lui tomber du ciel pour le nourrir. Au bout de deux jours la réalité commença de lui apparaître, et elle était loin de ressembler à l'idée qu'il s'en était faite. Pressé par le besoin, accablé de fatigue, il ne voulut néanmoins, soit mauvaise honte, soit obstination , rien tenter pour rentrer au collège ou dans sa famille. Il s'arrêta dans une ferme, où il demanda qu'on le îîi travailler et qu'on lui donnât un gîte et dii pain. On l'employa à cueillir des feuilles de mûrier pour les vers à soie. Cependant ses parents, instruits de son escapade, s'étaient mis à sa recherche : ils n'eurent pas grand'peine à le décofuvrir, et^ après une verte correction, ils le remirent aux mains de ses professeurs ; mais ceux-ci ne parvinrent pas beaucoup mieux qu'auparavant à plier le jeune Michel à la règle commune; le grec, le latin, les études grammaticales et littéraires , en un mot , tout ce qui n'offrait pas à son esprit l'attrait d'une application immédiate, lui inspirait une invincible répugnance- Lorsque, pour
la première fois, on lui mit entre les mains un traité d'arithmétique, sa vocation décidée pour les sciences se révéla d'une manière évidente, sans donaer à ses maîtres plus de prise sur lui pour le diriger. Le jeune homme lut le traité d'arithmétique avec avidité ; il saisit et retint tout d'un coup les principes fondamentaux sur lesquels reposent les mathématiques. Mais ici encore son esprit faintasque et impatient regimba contre la monotonie des déductions méthodiques. Sautant donc à pieds joints par-dessus la théorie, il entra brusquement dans la pratique. Après quelques tâtonnements, il parvint à des résultats presque prodigieux ; les problèmes les plus compliqués et les plus ardus des mathéma^ tiques transcendantes n'étaient pour lui qu'un jeu : il les résolvait en un clin d'œil, par des procédés à lui, par une sorte d'intuition instinctive, et sans le secours d'aucune des règles enseignées dans les livres.
Ses études terminées tant bien que mal, Michel de Montgolfier ne voulut point résider dans sa ville natale. Cédant à ses goûts sauvages, il alla s'enfermer à Saint-Étienne-en-Forez, dans«un réduit des plus humbles. Là, comme sa famille, n'approuvant pas la voie où il s'engageait, refusait de l'y soutenir, il vécut d'abord du produit de sa pèche; puis il se monta un laboratoire et se mit à faire des expériences et des préparations chimiques , à fabriquer du bleu de Prusse et d'autres produits employés dans les arts, qu^il allait lui-même ven-
dre dans les environs de Saint-Étienne. Cette petite industrie y non-seulement suffit à assurer son existence, mais lui permit encore d'amasser, à force d'économie, une somme assez ronde au moyen de laquelle il put réaliser un projet dès longtemps conçu et arrêté, celui d'aller à Paris.
En arrivant dans cette capitale, son premier soin fut de se faire indiquer le café Procope , lieu où se réunissaient chaque soir les écrivains et les savants les plus renommés de l'époque. Il réussit à se lier avec quelques-uns de ces derniers, et peut-être allait -il s'associer à leurs travaux, lorsque, son frère aîné étant mort, il fut rappelé par son père à Annonay, pour y prendre *part à la direction de la manufacture. Michel obéit, et se signala d'abord par son intelligence, son zèle et son activité; maûsT il ne put longtemps triompher de son horreur innée des sentiers battus et des usages traditionnels, et manifesta bientôt des velléités de changement et de perfectionnement qui causèrent un véritable effroi à son père, vieillard sage, prudent et peutêtre trop exclusivement attaché aux habitudes consacrées par le temps. Ne pouvant s'accorder à cet égard, ils se séparèrent : Pierre de Montgolfier demeura à Yidalon, où il fit venir son troisième fils, et Michel alla fonder deux nouvelles fabriques, l'une à Yoiron , l'autre à Beaujeu. Il se trouva ainsi maître de ses mouvements, et put donner un libre cours à son goût pour les nouveautés. Malheureusement ce goût l'entraîna 9 au début, dans des
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gitiation ardente, à l'insôuciance distraite, à Tactivifé fantasque du premier, et à son mépris des connaissances spéculatives, correspondaient chez le second un caractère également étranger à la précipitation et à la timidité , une persévérance clairvoyante et réfléchie, et un jugement d'autant plus sûr qu'il était éclairé et soutenu par des connaissances profondes et raisonnées.
Il s'en fallait que Jacque8-*Ëtienne de Montgolfier se fût livré dans sa jeunesse aux mêmes écarts que son frère : bien que plus jeune de deux années, il avait toujours montré un naturel doux joint à une précoce maturité. Il avait été élevé au collège Sainte-Barbe, et s'était attiré par son application docilité réstirije et FaiTèction de ses maîtres, ime Michel, plus de goûl et d'apticiences que pour les lellres; néanaucune partie de ses études llles furent etilièremenl ter- [iiiis pour se livrer à l'archi- Soiifflot. Son Hnt il con^ res inrgent
expériences coûteuses, en même temps que son insouciance naturelle lui faisait négliger le soin de ses affaires commerciales ; si bien qu'un jour il se trouva au bord de cet abîme qu'on nomme faillite. Le danger pourtant dura peu. Mibhel se releva et se lança avec une ardeur nouvelle dans la voie des découvertes. Plus heureux cette fois, il eut la satisfocUon d'arriver à des résultats positifs; il simplifia la fabrication du papier blanc ordinaire, améliora celle des différents papiers peints, imagina une machine pneumatique destinée à raréfier l'air dans les moules de sa fabrique, et préluda à l'invention des planches stéréotypes.
Sur ces entrefaites , Pierre de Montgolfier, arrivé à l'âge ou les longues fatigues d'une vie consacrée au travail amènent les besoins impérieux du repos, remit aux mains de ses fils l'administration de la manufacture. Cette circonstance eut un heureux résultat, celui de rapprocher les deux frères. Séparés l'un de l'autre, ils avaient, chacun de leur côté, donné des preuves non douteuses d'une haute capacité; mais c'était en se réunissant, en se corn* binant, en réagissant, pour ainsi dire, l'une sur * l'autre , que leurs intelligences devaient manifester toute leur virtualité. Ces deux esprits n'avaient entre eux qu'un point (point essentiel, il est vrai) de ressemblance et presque d'identité : l'amour de la science et le goût des découvertes. Du reste, le contracte était frappant, mais il était de ceux d'où naît l'harmonie. A la témérité aventureuse, à l'ima-
gination ardente, à rinsouciance distraite, à l'activifé fantasque du premier, et à son mépris des connaissances spéculatives, correspondaient chez le second un caractère également étranger à la précipitation et à la timidité , une persévérance clairvoyante et réfléchie, et un jugement d'autant plus sûr qu'il était éclairé et soutenu par des connaissances profondes et raisonnées.
Il s'en fallait que Jacques-Étienne de Montgolfier se fût livré dans sa jeunesse aux mêmes écarts que son frère : bien que plus jeune de deux années, il avait toujours montré un naturel doux joint à une précoce maturité. Il avait été élevé au collège Sainte-Barbe, et s'était attiré par son application et sa docilité Testime et raffection de ses maîtres. Il avait, comme Michel, plus de goût et d'apti«* tude pour les sciences que pour les lettres ; néan^ moins il ne négligea aucune partie de ses études classiques. Lorsqu'elles furent entièrement terminées, il resta à Paris pour se livrer à l'architecture sous la direction du célèbre Soufflet. Son père lui faisait une modique pension, dont il cod-> sacrait la presque totalité à l'achat de livres instructifs, se contentant pour vivre du peu d'argent qu'il gagnait à lever des plans.
En peu de temps il acquit assez de talent dans son art non - seulement pour se suffire entièrement à lui-même , mais encore pour prendre rang parmi les architectes distingués. Plusieurs maisons de Paris et quelques jolies églises des environs furent
élevées d'après see dessins : nous citerons entre autres Téglise de Faremoutier, qui fut détruite en 93. Gomme il dirigeait la construction de ce dernier édifice, il lia connaissance avec un fabricant de papiers nommé Réveillon (1), qui le chargea de construire d'abord un établissement à Faremoutier, puis un autre beaucoup plus considérable à Paris, dans le faubourg Saint- Antoine. Quelques années plus tard, Réveillon mettait ses ateliers et ses jardins à la disposition de Montgolfier pour ses expériences aérostatiques.
La mort de l'alné des trois frères et la séparation qui ne tarda pas à s'opérer, pour incompatibilité d'humeur, entre leur père et Michel, obligèrent Etienne de renoncer à une carrière qui lui promettait de brillants succès. Il se rendit à Ânnonay et se donna tout entier à l'exercice de sa nouvelle profession. Plus heureux et plus habile que son frère, il sut inspirer à Pierre de Montgolfier une confiance qui lui permit d'introduire graduellement dans la fabrication du papier des améliorations réelles. On lui dpit l'invention des formes pour le papier grand^monde, le secret du vélin et de plusieurs autres procédés étrangers que sa sagacité devina, et dont il dota généreusement son pays.
Etienne et Michel s'associèrent, ainsi que nous
(1) Il périt en 1789, victime d'un mouvement populaire auquel l'histoire a conservé le nom d*ém€ute KéveiUon.
l'avons vu, lorsque leur père se retira. Rien de plus fraternel que leur association; entre eux désormais tout fut commun : ressources matérielles, travaux, expériences, découvertes, gloire enfin, et il ne fallut pas moins que la mort de l'un d'eux pour rompre cette union touchante. Etienne de Montgolfier fut, jeune encore, enlevé le premier à sa famille , à ses amis et à la science. Comme il se rendait de Lyon à Annonay, le 2 août 1799, il mourut subitement à Serrières , de la rupture d'un anévrisme au cœur. Michel suivit jusqu'au bout sa brillante carrière. Il s'était, ainsi que son frère , tenu à l'écart pendant les orages de la révolution , sans que les services rendus à nos armées par les aérostats eussent attiré sur lui les regards du gouvernement. Lorsque le premier consul créa la Légion d'honneur, il fut décoré l'un des premiers du ruban de cet ordre. Plus tard, il devint administrateur du Conservatoire des arts et métiers , et membre du bureau consultatif des arts et manufactures près le ministère de l'intérieur. Enfin, en 1807, il fut élu membre de l'Institut. Il mourut aux^eaux de Balaruc, le 26 juin 1810, à la suite d'une hémiplégie sanguine qui lui avait ôté l'usage de la parole. On lui doit la première idée d'une société d'encouragement pour l'industrie ; et parmi les inventions dont il enrichit les arts utiles , nous citerons le hélier hydraulique, qui par la seule impulsion d'une légère chute d'eau porte ce liquide à une hauteur de vingt mètres , et qu'il établit en
4702 dans sa papeterie de Voiron; le pyrohélier, qui contenait en germe l'emploi de la vapeur comme force motrice; un procédé ingénieux au moyen duquel un bateau peut , pour remonter Une rivière , s'aider du courant même en prenant son point d'appui au fond de l'eau ; le calorimètre, instrument pour dé^rminer la qualité des tourbes du Dauphiné; le plan d'une presse hydraulique qu'un • Anglais nommé Bramah, à qui il l'avait communiqué, réalisa, tout en reconnaissant les droits de priorité de notre compatriote ; un ventilateur opérant la distillation à froid par l'action de l'air en mouvement; enfin un appareil pour dessécher les aliments , et les rendre ainsi susceptibles d'être transportés sans altération à de grandes distances.
Michel de Montgolfier ne songea jamais à se réserver comme un privilège l'usage de l'exploitation de ses découvertes. Il exposait volontiers ses idées dans la conversation ; mais , homme d'exécution et de pratique avant tout, il éprouvait de la répugnance et de la difficulté à les développer par écrit; on a pourtant de lui quelques mémoires sur les aérostats. .
Nous avons eu , en traitant des FetJLX de guerre, occasion de montrer avec quelle facilité certains historiographes appellent leur imagination au secours de leur savoir en défaut. Il en est aussi qui , non contents d'assigner à toute invention un inventeur unique, croient donner du piquant à leur récit en rapetissant les faits historiques et en les assaison-
nant d'anecdotes de leur fioitame. Qoelquee-iiiis
de ceux-ci ont Toula attribuer exclnsÎYeineiit , toil à Michel , soit à Etienne de Montgolfier, VinventioD des aérostats. Delà deux versions contradictoires, également fausses l'une et l'autre. Selon la première, Etienne de Montgolfier conçut l'idée d'un ballon en voyant s'enfler et se soulever une chemise qu'on faisait chauffer devant le feu. Selon la seconde, Michel se trouvait à Avignon & Tépoque du siège de Gibraltar ; il était assis dans sa chambre |irà9 de la cheminée, se livrant à ses méditations favorites, lorsqu'une estampe tomba sous ses yeux : die re« présentait la ville assiégée, qui, située au sommet d'un rocher que les flots baignent de toutes parts, était considérée ecMume imprenable* En l'examinant ^ Michel se met à diercher s'il n'y aurait pas quelque moyen de pénétrer dans cette place, an seul se présenta à son esprit : « On ne peut, pens»> t-il, arriver 14 que comme l'aigle et le vautour arrivent à leur aire, ens'élevantdansratmosphèrt... Mais quoi! est-ce donc impossible? Son regard se porte machinalement sur la fumée qui do foyer s'é* levais en spirales vers le ciel , et cette vue est pour lui comme une révélation soudaine. U imagine aussitôt d'enfermer dans un récipient léger une quantité sufOsante de vapeurs semblables , et d'en £dre un véhicule pour voguer dans l'espace; et, sans plus tarder il construit lui-même un petit parallélipipède en papier, il en échauffe l'intérieur avec la flamme d'une bougie, et, le voyant s'élever
Si LA NAVIGATION
jusqu'au plafond, Q s'écrie comme Archimède :
Evpqxa!
Le £dt est que de leur vivant, les frères Montgolfier ont constamment protesté contre toute assertion tendant à décerner à l'un , au détriment de l'autre , l'honneur d'une découverte qui appartient indivisiblement è^ tous deux ; c'est donc à la fois porter atteinte à la vérité et profaner ce lien touchant de solidarité fraternelle, que de se prétendre, mieux que les inventeurs eux-mêmes, instruit sur l'origine de leur découverte. Voici, du reste, ce que des témoignages honorables nous fournissent de plus authentique touchant les circonstances de ce fait important.
Ce fut à Vidalon, dans la demeure paternelle, en contemplant chaque jour le spectacle grandiose des nuages qui se forment et se groupent sur les dmes des Alpes, qu'Etienne et Michel de Montgolfier songèrent à la possibilité de la navigation aérienne. On sait que les nuages ne sont autre chose que de la vapeur d'eau , ou plutôt de l'eau dans un état de division telle , qu'on peut le considérer comme intermédiaire entre l'état liquide et l'état gazeux. Dans cet état, l'eau perd assez de sa gravité spécifique pour pouvoir surnager les couches les plus denses de l'air, jusqu'à ce qu'une cause mal connue (1) vienne la vaporiser tout à fait.
(1) Dans certains cas Télévation ou rabaissement de la température, dans d*aatre8 i'électricité.
OU la condenser et la fidre tomber sous forme de pluie y de neige ou de grèle. « Ne pourrait-on , se demandèrent d'abord MM. de Montgolfier, produire une sorte de nuages artificiels ayant, comme les nuages naturels, la propriété de flotter à une certaine hauteur au-dessus du sol? > Préoccupés de cette idée, ils tenterai d'abord de la réaliser en remplissant de vapeur d'eau un vaisseau en toile ou en papier. Tant que la vapeur était chaude , ce vaisseau s'élevait en effet ; mais , dès qu'elle se refroidissait, elle revenait à l'état liquide, et, loinr de rendre alors le ballon plus léger, elle le rendait plus lourd en mouillant ses parois. Ils essayèrent sans plus de succès la fumée résultant de la combustion du bois, et sans doute ils eussent abandonné leurs projets à cet égard , si une circonstance fortuite ne fût venue leur fournir des lumières inattendues.
Etienne, se trouvant un jour à Montpellier, acheta chez un libraire de cette ville un ouvrage récemment publié par le chimiste Anglais Priestley, et intitulé : Expériences sur les différentes espèces d'air, où l'auteur exposait des observations nouvelles et intéressantes sur plusieurs gaz jusqu'alors inconnus dont il indiquait la nature et le mode de préparation. Etienne lut ce livre avec avidité ; et en réfléchissant sur les propriétés des gaz décrits par Priestley, il entrevit dans la différence de leurs pesanteurs spécilSques un moyen de résoudre le grand problème de Taérostation. Peut-
être cette pensée , communiquée à to»ut autre qu'à son frère, eût été taxée alors d'extravagance ; mais Michel de Montgolûer fut moins surpris que charmé lorsque Etienne y en revenant à Annonay, lui cria du plus Foin qu'il Faperçut : « Nous pouvons main» tenat naviguer dans Tair I »
Désormais certains de réussir, les deul frères reprirent leurs expériences avec une ardeur nouvelle. Le gaz que son extrême légèreté ^spécifique dési* gnaii comme le plus approprié à leur dessein était assurément l'hydrogène , découvert en 1777 par Cavendish , qui l'avait appelé air inflammable; ils essayèrent d'en tirer parti, et l'on s'étonnera sans doute qu'ils ne s'y soient pas tenus. Mais l'hydrogène était encore à cette époque très^impar&itement étudié; sa préparation était difficile et dangereuse, et , ce qui rebuta surtout MM. de Montgolûer, ce gaz a la propriété de s'échapper rapidement à travers les enveloppes poreuses. Or les matières dont ils se servaient pour confectionner leurs ballons étaient du papier et des étoffes qu'ils ne savaient pas rendre imperméables, comme on le fit bientôt après par un procédé aussi simple qu'ingénieux. Ils renoncèrent donc à tirer parti de l'hydrogène, et revinrent à leur idée primitive de produire .des nuages artificiels. Ils se demandèrent quelle force pouvait maintenir en l'air ces masses de vapeurs à demi condensées, et, n'en voyant pas d'autres que l'électricité; ils crurent pouvoir donner lieu au développement de ce fluide
par le mélange iatimc des fuméeô que donneraient, en brûlant, de la paille légèrement humide et de la laine, cette dernière substance dégageant par sa combustion des gaz alcalins. Un ballon ouvert à sa partie inféneure, et placé au-dessus d'un foyer ainsi formé, s'éleva, en effet, à une certaine hauteur, et MM. de Mohtgolûer crurent avoir enfin trouvé et délié le nœud du problème. Ils se trompaient étrangement. Âufoilii) cet essai n'était que la répétition de ce qu'ils avaient fait dès le déb^t, et le ré- ^ sultat plus satisfaisant qu'ils obtenaient n'était dû ni à la nature différente de la fumée , ni au développement d'électricité, mais simplement, ainsi que le démontra bientôt après le physicien de Saussure en renouvelant l'expérience de Candide Buono (1), à la dilatation des gaz par la chaleur. Si l'on demande comment, en ce cas, la même cause n'avait pas au commencement produit le même effet, nous répondrons que cela tenait uniquement , sans nul doute , à ce que l'appareil avait été d'abord mal disposé. Néanmoins MM. de Montgolfîer se persuadèrent qu'ils avaient réellement découvert un nouveau gaz , et leur erreur fut longtemps répandue
(1) Candido Buono, physicien italien, avait observé que lorsqu'on plaçait un fer rouge sous le plateau d'une balance, ce plateau était soulevé , et que Tautre penchait comme s'il eût été chargé d'un poids. M. de Saussure, pour prouver que le prétendu gai Montgolfîer n'était que de l'air dilaté, introduisit une sonde rougie au feu dans l'intérieur d*une yessie , qui en peu d'instants se gonfla et s'enleva vers le plafond.
dans le public, où l'on parlait du gaz de MM. de Montgolfier, lequel était , disait- on , deux fois moins pesant que Tair respirable. Quoi quil en soit, les deux frères, encouragés par ce premier succès, se mirent à opérer sur une plus grande échelle. Us construisirent un ballon de la capacité de vingt mètres cubes, portant à sa partie inférieure un réchaud sur lequel ils brûlèrent de la paille et de la laine, et ce ballon s'éleva avec tant de force , qu'il brisa les coisdes qui le retenaient , et monta jusqu'à une hauteur de trois cents mètres. C'était là un résultat décisif, et l'expérience solennelle racontée au commencement de ce chapitre ne fut, pour ainsi parler, qu'un acte authentique de donation , par lequel les frères Montgolfier livraient à l'humanité leur glorieuse découverte.
Premier ballon à gaz hydrogène. — Etienne de Montgolfier à Paris. — Expériences chez Réveillon et à Versailles. — Pilastre du Rozier. — Première ascension effectuée par Pilastre et par le marquis d'Arlandes. — Relation de ce dernier.
Les députés du Vivarais dressèrent eux-mêmes, du fait merveilleux dont ils avaient été témoins , un procès- verbal détaillé qu'ils envoyèrent à l'Académie des sciences de Paris. L'Académie écrivit aussitôt à MM. de Montgolfier, les invitant à se rendre dans la capitale pour y renouveler leur expérience aux frais de la compagnie et en présence d'une commission prise dans son sein. Cette commission se composait de huit membres, savoir : Lavoisier, le marquis de Condorcet, Desmaret, l'abbé Bossut, Ladet, Tillet, Leroy et Brisson.
Mais l'Académie, on le pense bien, ne fut pas seule instruite de ce qui venait de se passer à Annonay : les gazettes eurent bientôt annoncé partout la grande nouvelle, et la France entière s'en émut.
Le public parisien surtout , amateur, s'il en fut , de spectacles extraordinaires, enthousiaste du merveilleux , avide de nouveautés , manifesta une impatience fiévreuse de voir de ses yeux l'ascension d'un aérostat. La délibération prise par l'Académie était loin de le satisfaire : il savait trop avec quelle lenteur méthodique procèdent les commissions de savants, et l'idée d'attendre lui était insupportable : il lui fallut un ballon sur l'heure, à tout prix. M. Faujas de Saint-Fond , professeur au jardin des Plantes , se chargea d'organiser une souscription pour satisfaire dans le plus bref délai possible aux désirs de la population parisienne. Dix mille francs furent recueillis en peu de jours, et Faujas proposa aux frères Robert, fabricants d'instruments de mathématiques, de physique, etc., de construire et de préparer un ballon. Les frères Robert y consentirent^ mais en faisant observer qu'ils ne pouvaient se mettre à l'œuvre sans être guidés dans leur travail par un homme dont l'intelligence et le savoir fussent capables de suppléer à ce qu'avaient d'obscur et d'incomplet les rapports publiés jusqu'alors sur le procédé des frères Montgolfîer.
Or il y avait en ce temps à Paris un physicien qui avait des premiers applaudi à la découverte des aérostats, et cherchait de «on côté, par des moyens à lui, à reproduire l'expérience faite à Annonay. Il se chargea volontiers de diriger les opérations et se fit fort de mener l'expérience à bonne fin. Charles
(c'était le nom de ce physicien) avait lu, dan«le procès-verbal rédigé par les députés du Vivarais, que le ballon de MM. de Montgolfier avait été gonflé avec un gaz detix fois moins pesant que Vair atmo* sphériqvs. Ce gaz lui était inconnu ; mais il pensa que si un gaz de cette densité avait pu enlever une vaste enveloppe de toile et de papier, l'hydrogène ou Yair inflammable, comme on disait alors , dont la densité spécifique est à celle de l'air comme 1 est à 14, aurait une force ascensionnelle bien plus considérable encore. La facilité avec laquelle ce gaz s'échappe au travers les corps poreux ne fut pas ce qui l'embarratssa. Son esprit inventif eut bientôt trouvé un moyen d'obvier à cet inconvénient en enfermant l'hydrogène dans une enveloppe de taffetas rendue imperméable par un enduit fait avec du caoutchouc dissous dans l'essence de térébenthine.
Le plus difficile, ce fut la production du gaz luimême^ encore mal connu, ainsi que nous l'avons dit. L'appareil fut grossier : il consistait en un tonneau percé de deux trous, à l'un desquels était adapté un tube de cuir communiquant avec le ballon , et dont l'autre se fermait avec un bouchon de liège. Le tonneau contenait de la limaille de fer sur laquelle on versait peu à peu de l'acide sulfurique. A mesure que l'hydrogène se formait, on ouvrait pour lui livrer passage un robinet dont le tube de cuir était muni. Le gaz arrivait ainsi tant mal que bien dans le ballon ; mais tels étaient les
inconvénients qui résultaient des défectuosités de cet appareil, que l'intrépide persévérance de Charles empêcha seule que les frères Robert et M. de Saint-Fond abandonnassent l'entreprise. La déperdition du gaz était énorme; de plus, la chaleur développée par la réaction rendait l'opération dangereuse : il fallait arroser sans cesse le ballon pour le refroidir. EnlSn l'hydrogène, n'étant point lavé, entraînait avec lui dans son récipient , en grande abondance, de la vapeur d'eau rendue corrosive par la présence d'une quantité notable d'acide sulfureux. Cette vapeur condensée dans le ballon l'eût beaucoup alourdi ^ et peut-être l'e&t crevé , si l'on n'eût pris la précaution d'ouvrir fréquemment le robinet pour laisser écouler le liquide : précaution indispensable , mais qui rendait plus considérable la perte de gaz, la perte de temps et la consommation de matières premières. Bref, il fallut quatre jours pour remplir aux deux tiers seulement un ballon n'ayant que quatre mètres environ de diamètre , et l'on n'usa pas moins de cinq cents kilogrammes de fer et deux cent cinquante kilogrammes d'acide sulfurique.
Cependant la population parisienne perdait patience et commençait à se croire dupe d'une mystification. La place des Victoires, où se trouvait la maison des frères Robert, était continuellement encombrée d'une foule tellement compacte et turbulente, que le guet dut intervenir pour empêcher une invasion des ateliers; et lorsqu'il s'agit de
transporter le ballon au Champ-de-Mars, d'où il devait partir, on jugea prudent d'opérer nuitamment cette translation, pour éviter de graves désordres et probablement un dommage qui eût fort compromis le succès de l'expérience.
Le 217 août 1783, à deux heures du matin, le ballon et l'appareil à hydrogène furent placés sur un brancard et transportés , par des ouvriers , à la lueur des torches; et l'on assure que parmi les rares passants qui rencontrèrent ce bizarre cortège, plusieurs s'agenouillèrent sur son passage avec un respect superstitieux. Une enceinte avait été disposée au Cbamp-de-Mars pour recevoir la machine et tenir les curieux à distance des opérateurs. On y amarra le ballon au moyen de cordages passés dans des anneaux fixés au sol. Dès que le jour parut, la foule commença de se porter vers le lieu de l'expérience : des piquets de soldats furent placés autour de Tenceinte et à toutes les avenues; le Champ-de-Mars fut bientôt plein de monde; mais ce vaste espace était bien insuffisant pour contenir la multitude immense de ceux qui voulaient jouir d'un spectacle à la fois si nouveau et si attrayant. Aussi, bien que la pluie tombât en abondance, tous les endroits élevés d'où Ton pouvait espérer qu'on apercevrait l'aérostat de près ou de loin, furent promptement envahis : les hauteurs de Ghaillot, les tours de Notre-Dame , les toits des maisons se couvrirent de curieux ; les savants se postèrent avec leurs instruments sur les terrasses du Gardé-
Meuble pour observer la marche de l'expérience. A midi tout était prêt ; mais malgré le» représentations de Charles, les frères Robert, voulant donner à leur ballon une forme tout à fait sphérique, pour lïatter davantage les yeux du public, avaient achevé de le gonfler en y introduisant de Tair atmosphérique. A trois heures un coup de canon donna le signal; les amarres furent coupées, et le globe monta rapidement. Un cri immense d'admiration partit de toutes les poitrines, en même temps que retentissait un deuxième coup de canon. En deux minutes le globe alla disparaître dans un nuage, qu'il traversa de bas en haut pour se montrer de nouveau , puis disparaître encore dans .une autre nue ; il fut ensuite entraîné obliquement par un courant d'air, mais il ne fit pas longue route. Ce qu'avait prévu Charles arriva : le gaz , se dilatant à mesure que la pression de l'air diminuait, acquit bientôt une tention qui fit crever l'enveloppe, et le ballon alla tomber à moitié vide près de Gonesse, au milieu d'un groupe de paysans. Ceux-ci en eurent d'abord une frayeur mortelle : ils crurent que la lune ou quelque autre planète s'était déta* chée de la voûte céleste et les allait écraser. Remarquant toutefois que cette masse était tombée légèrement et n'avait pas les projportions énormes qu'ils lui supposaient, ils s'enhardirent peu à peu; quand ils virent qu'ils n'avaient aflaire qu'à un sac d'étoffe mince ne contenant rien que du vent, leur épouvante se changea en une rage brutale : ils mi-
rent en lambeaux \ê ballon, l'attachèrent à la queue d'un cheval et le promenèrent dérisoirement dans le pays, comme pour se venger de la peur qu'il leur avait causée.
Tel fut le sort pitoyable du premier aérostat à gaz hydrogène. Cette aventure donna au gouvernement la mesure de Tintelligence populaire et de l'accueil qu'elle ferait aux nouvelles découvertes, si Ton ne prévenait chez la masse ignorante des terreurs qui dégénéraient ainsi en une colère aveugle. M. de Sauvigfiy, lieutenant de police, fit rédiger en conséquence une pancarte qui fut distribuée dans toute la France; elle était ainsi conçue :