COMPARAISON AVEC L'ALLEMAGNE
Enfin, pour en finir avec ce chapitre, nous allons sommairement examiner, à titre de comparaison avec la France, ce qui a été fait en Allemagne en faveur de la navigation intérieure.
Avant la guerre. — Dès avant la guerre, FAllemagne tendait à développer ses voies de communication; elle poursuivait une politique tentaculaire en vue d'étendre par celles-ci, prolongées au delà de ses frontières, son influence économique et politique d’un bout à l’autre de l’Europe, en attendant le jour où elle espérait bien dominer les pays voisins.
Pour ce qui est des seules voies d’eau, l'Allemagne, comme nous l'avons déjà dit, supportait difficilement que les deux principales, le Rhin et le Danube, eussent leur débouché hors de son territoire, et cette situation provoquait bien des intrigues menaçant la Hollande et les Etats du bas Danube; par les efforts qu’elle faisait pour dévelop-
(34) Cf. Colson, Revue politique et parlementaire, 10 février 1919, p. 356.
per la navigation du Rhin vers Bâle et Constance, elle comptait bien faire entrer la Suisse dans la sphère économique des empires centraux; on ne dissimulait guère ces intentions à cette époque et on les avoue volontiers aujourd'hui (5),
Depuis la guerre. — La guerre a brisé les espérances de l'Allemagne, mais malgré son terrible échec, « celle-ci est déjà toute prête à reprendre en sous-œuvre le rêve du Mitteleuropa; l’araignée met une indomptable énergie à rattacher les fils de sa toile... » (6).
Il est incontestable qu'aussitôt après la guerre, l’opinion publique allemande s’est prise tout entière d'un véritable engouement pour l’extension des voies d’eau, au delà même des véritables besoins économiques du pays.
Pourtant l'Allemagne n’a subi de 1914 à 1918 aucune dévastation de son réseau navigable; néanmoins, pour absorber à son profit une partie des ressources qui auraient dû être affectées aux réparations, ce pays s’est lancé dans un programme de voies navigables que rien ne justifie; il a à cet effet un budget de 883.000.000 de francs en face de 75.000.000 en France.
Mais l'Allemagne a voulu aussi par là lutter contre le chômage et surtout diriger sur les voies d’eau une partie du trafic général des chemins de fer, ceux-ci étant, d'après ie plan Dawes, un des gages des réparations. Ainsi peut s’expliquer cette politique de l’Allemagne qui n'a rien d’économique, mais qui a eu peut-être pour but d’enfrein: dre les dispositions du plan Dawes dans la mesure du possible; l'Allemagne renonçant à peu près à ses voies Îerrées aurait donc des voies d’eau nouvelles, des voies d’eau essentiellement allemandes, d'autant plus que ses grands fleuves ont été internationalisés.
(35) Georges Allix, Revue politique et parlementaire, 10 janvier 1922, p. 130, (36) Ibid,
\ On sait, par ailleurs, que l'Allemagne est plus favorisée
que la France pour la navigation intérieure, grâce à son système hydrographique et à la richesse de son sous-sol]; en outre, il peut être question sur bien des voies d’eau allemandes d'utiliser des bateaux de 600 et même 1.200 tonnes avec des écluses dix ou quinze fois moins nombreuses qu’en France.
Mais, même en Allemagne, le Conseil d'administration des chemins de fer du Reich s’est ému de la concurrence qui serait faite aux chemins de fer par de nouvelles voies d’eau, et M. Colson en tire la conclusion suivante que la construction de voies navigables, même en Allemagne, pays bien plus favorisé que la France au point de vue de la navigation intérieure, est une perte pour l’économie nationale; si cette conclusion est vraie pour l’Allemagne, elle l’est à plus forte raison pour la France où le sol est bien plus accidenté qu'en Allemagne (7).
(37) Cf. Colson, Revue politique et parlementaire, 10 février 193v p. 311 et 312.
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