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B. — QUALITÉS A EXIGER D'UN BATEAU

Nous venons de voir qu'il n’y a pas un type uniforme de bateau de 600, 1.000 ou 1.200 tonnes, nous allons voir maintenant si vraiment un bateau peut être supérieur à un autre. -

Il nous faut envisager deux points de vue : celui du commerçant et celui du marinier.

Les commerçants ne s'occupent guère que du tonnage des bateaux, ils se déclarent généralement satisfaits du bateau de 300 tonnes, certains gros commerçants le trouvent trop petit et préconisent celui de 600 tonnes; exceptionnellement, certains voudraient des bateaux encore plus gros, de 1.200 tonnes et au-dessus,

Toutefois la majeure partie déclare que les capacités supérieures à 600 tonnes seraient incommodes et rarement utilisables.

C’est donc le bateau de 600 tonnes qui remplacera celui de 300 tonnes partout où ce dernier sera devenu insuffisant.

Le marinier s'intéresse moins au tonnage qu'aux frais que son bateau lui occasionne.

L'équipage d’une péniche ordinaire peut-il conduire un bateau plus gros ?

e n’est certain que si le nouveau bateau ne diffère pas trop de la péniche, jusqu’à 600 tonnes par exemple, mais au delà pour 1.000 et 1.200 tonnes il faut un personnel tout de suite plus considérable. Le marinier d’une péniche a déjà fort à faire au passage des écluses, aux courbes et aux croisements, et il ne s’en tirerait pas avec un bateau de 4.200 tonnes, peut-être encore à la rigueur en eau calme, mais sûrement pas en rivière; or sur beaucoup de nos voies navigables on passe constamment de la rivière au canal, et vice versa.

De plus, les gros bateaux n'existent que sur des rivières

pourvues de moyens de traction perfectionnés et naviguent en convois; on les fait conduire par des mariniers plus expérimentés et mieux payés, de sorte que l'équipage d'un gros bateau coûte plus cher que celui d’un petit.

Un marinier simplement aidé de sa femme et de ses enfants ne conduit pas un bateau de 1.000 tonnes, il peut le faire avec un de 300 tonnes,

Une autre difficulté provient de ce que ces bateaux doivent être construits pour un tirant d’eau de 1 m. 80 à 2 mètres; nos rivières, qui constituent une partie de notre. réseau navigable, n’ont que rarement plus de 2 mètres de profondeur (sauf la Seine, qui a 3 m. 50). On peut faire artificiellement un mouillage plus profond dans un canal, mais si on draguait les fleuves pour obtenir un meilleur mouillage, on risquerait de déranger le régime du fleuve, et les lois naturelles tendraient à rétablir la situation comme par le passé.

On ne peut donc pas donner aux bateaux un enfoncement supérieur à 2 mètres, et, comme ils enfoncent à vide de 0 m. 30, leur enfoncement utile serait de 1 m. 70, de sorte qu'il leur faudrait avec cet enfoncement le rapport 10 à 1 entre la longueur et la largeur, ce qui autoriserait à prévoir les dimensions suivantes : pour un bateau de 600 tonnes, 59 m. x 5 m. 90; pour un de 900, 73 m. x 7 m. 30, et pour un de 1.200, 88 m. x 8 m. 80.

D'autre part, comme les bateaux de 60 tonnes auront un enfoncement à vide de 0 m. 30 et qu’ils emprunteront des voies ne permettant guère qu’un enfoncement utile de 1 m. 50, on calcule qu'ils devront, pour que la résistance à la traction soit aussi faible que possible, avoir 63 m. x 6 m. 30, et comme il faudra leur donner un affinement un peu supérieur à celui de la péniche, ils devraient donc avoir environ les dimensions suivantes : 65 m. x 6 m. 30 x 1 m. 80.

Quant au coût de construction de ces plus grands

bateaux, il faut le majorer de 20 p. 100 au moins du coût proportionnel d’une péniche, car il faudra les faire plus solides.

C. — CONDITIONS REQUISES DES VOIES POUR DES BATEAUX DE 600 TONNes (6).

Sur nos canaux pour péniches de 5 mètres de largeur sur 1 m. 80 de tirant d’eau, la voie ordinaire a un alignement droit, 10 mètres de largeur à 2 mètres sous l’eau, et un mouillage de 2 m. 20.

Il reste ainsi 0 m. 40 sous le bateau enfonçant de 1 m. 80 et un jeu latéral égal à l’inclinaison du talus sur une hauteur de O0 m. 20.

Les dimensions doivent varier avec l’augmentation de la taille des bateaux pour conserver la même facilité de manœuvre. |

Nos péniches ont 5 m. x 41 m. 80 — 9 mètres carrés de section; or la section du canal est de 26 m2 69, soit trois fois la section du bateau. Il faut ce rapport, et cela quel que soit le bateau, pour que la résistance au mouvement soit constante. Avec des bateaux de 600 tonnes, si on les construit à 6 m. 30 de largeur, on aura 6 m. 30 x 41 m. 80 — 11 m? 34 de section, et il faudra au canal à son tour une section de 3 x 11 m2? 34 — 34 m? 02, supérieure de 7 m2 40 à celle du canal actuel, ce qui exigerait en maintenant le tirant d’eau de 2 m. 20 un élargissement de 7 m. 40 2 m. 2

La largeur à 2 mètres sous l’eau qui est de 10 mètres devrait être de 10 m. + 3 m. 36 — 13 m. 36, ce qui donnerait aux bateaux à l’enfoncement de 1 m. 80, dans le cas de talus à 3 pour 2, une largeur de 13 m. 96; au

(8) Cf, Jacquinot, Le réseau navigable français, p. 71 et suiv,

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