B. — LES BATEAUX DE CANAL
Après avoir donné les détails essentiels sur les bateaux de rivière, nous allons étudier les bateaux qui circulent plus spécialement sur les canaux.
a) Notions générales.
Les bateaux de canal qui sont destinés à une navigation facile et exempte de dangers sont généralement moins solides et construits plus économiquement que les bateaux de rivière. Ils ont un gabarit conforme aux écluses; actuellement, on peut les ramener à trois types (13 :
1° La péniche du Nord ou bélandre, pouvant porter 300 tonnes;
2° Le bateau de 30 mètres de longueur sur 5 mètres de largeur et 1 m. 60 de profondeur, convenant aux anciennes écluses et pouvant porter de 140 à 160 tonnes:
- 3° Les bateaux dits berrichons, qui ont 28 mètres x 2 m.50 x 1 m. 10 et portent de 80 à 100 tonnes.
Les bateaux du second type tendent à disparaître au lur et à mesure que les canaux sont transformés et ils sont remplacés par des péniches flamandes.
Mais les «berrichons » feront concurrence longtemps aux gros bateaux, non seulement sur les canaux du centre, mais encore sur toutes les voies navigables du bassin de la Seine, parce qu'ils sont petits, simples de manœuvre, très rapides de marche, d’une faible résistance à la traction et d’un prix de revient peu élevé.
b) La péniche (®).
Nous savons déjà que le type de bateau le plus répandu sur nos canaux est la péniche, appelée aussi bélandre; il
(13) Cf. Cuënot, Rivières canalisées et canaux, p. 826. (44) Cf. La navigation intérieure française, Strasbourg, 1926, p. 78 à 85.
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a exactement les dimensions du type fixé par la loi de 4879 : 38 m. 50 de longueur (gouvernail replié compris) et 5 mètres de largeur. Son enfoncement maximum est de 2 m. 20, correspondant à un tonnage utile effectif de 350 tonnes, mais ce tirant d’eau doit être réduit à 1 m. 80 sur la plupart de nos canaux, ce qui ramène le tonnage à 285 tonnes.
La péniche est une grande caisse flottante en bois dont les extrémités sont à peine arrondies; son coellicient d’affinement est voisin de 0,99; son poids à vide, en ordre de marche, est de 50 à 55 tonnes, correspondant à un enfoncement de 0 m. 25 à 0 m. 30. D’une façon générale, les membrures et le bordage sont en chêne et le fond en sapin, quelquefois en orme. La péniche possède un mât de canal et des boulards qui servent pour la traction.
1° Avantages et inconvénients de la péniche. — La péniche est assez fragile, surtout quand elle est vieille. C’est pour cette raison que les mariniers refusent de naviguer en canal à plus de 2 à 3 kilomètres à l'heure par crainte de chocs qui, souvent répétés, menacent la durée du bateau.
C’est aussi parce qu'ils redoutent l’écartèlement, les chocs et l’usure qui en résultent pour le bateau, que les mariniers acceptent difficilement la traction par trains de trois en canal.
La faible rigidité d’une péniche l’expose à des avaries en cas d'échouage en pleine charge.
Si le bateau échoué repose sur un fond vaseux, l’accident est peu grave, mais s’il repose sur un fond dur ou présentant des aspérités rocheuses un peu sérieuses ou des saillies résultant de travaux en maçonnerie, le bateau peut se voiler ou subir de graves avaries.
En général, l’échouage d’un bateau vide est peu grave, surtout en rivière, où il a moins de chance d'obstruer le passage : une pierre un peu volumineuse peut suffire
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à le provoquer, de même une baisse du niveau de l’eau sur un bief court.
La faible rigidité de la péniche exige un arrimage répartissant bien le poids de la marchandise sur la longueur du bateau, sans quoi celui-ci fléchirait, l'avant ou l’arrière enfoncerait, ou encore le bateau demeurerait incliné.
Il faut éviter autant que possible de laisser les marchandises tomber en masse dans le fond de la péniche, ce qui arrive trop souvent avec l’usage des engins de chargement automatique, du charbon par exemple; dans les ports de mer, on ne prend pas toujours assez de précautions à ce sujet, et on manipule trop une péniche comme un cargo; il arrive quelquefois que le fond d’une péniche est crevé au cours du chargement.
2° Entretien de la péniche. — La péniche exige des travaux courants annuels d'entretien et de grosses réparations périodiques. | |
Tous les ans, il faut procéder à un lavage et à un goudronnage à deux couches, ce qui représentait avant la guerre une dépense de 150 à 200 francs; il faut au moins multiplier par 6 aujourd’hui.
Quand un bateau longtemps vide a été exposé aux sécheresses, il subit l’écliage, c’est-à-dire qu'il peut faire eau et s’échouer; on procède, en général, à de simples goudronnages, mais si ce n’est pas suffisant et si les joints sont trop distendus on passe des brins de coton entre eux, mais modérément, à cause du regonflement des joints au moment du retour à l'humidité.
3° Coût de la péniche. — Avant la guerre, une péniche coûtait de 42.000 à 15.000 francs, non compris les agrès, plus considérables pour la navigation en rivière; on comptait les agrès de canal pour 1.000 francs et ceux pour rivière de 1.500 à 2.500 francs.
La péniche complète et meublée revenait donc, avant
la guerre, de 14.500 à 16.000 francs à l’état neuf. Les grosses réparations étaient estimées à 2.000 francs tous les dix ou quinze ans, et tous les vingt-cinq ans il convenait de changer le fond, ce qui représentait une dépense de 5.000 francs environ.
À partir de 30 ans, un bateau est à surveiller; on peut craindre des échouages ou des naufrages, particulièrement ennuyeux quand ils se produisent dans un souterrain, et fort gênants sur une voie très fréquentée.
On voit quand même circuler des péniches de 50 et 60 ans; naturellement, l’usage de bateaux aussi vieux peut présenter certains dangers : l’âge moyen de la péniche en bois est de 30 ans.
Il faut, sur les voies fréquentées, un personnel de scaphandriers habiles, dans le cas d’une avarie survenant à un bateau; on peut procéder à une réparation de fortune: on ferme la voie d’eau et on procède à un pompage; on évite ainsi de vider le bief ou d’abaisser son niveau.
La péniche en fer est plus affinée que celle en bois, mais son chargement n’est guère supérieur à 230 tonnes: elle revenait avant la guerre à 18.000 francs, mais elle faisait beaucoup plus d'usage que la péniche en bois et exigeait moins de grosses réparations; de plus, le fer a d’autres inconvénients, il se rouille, et certaines marchandises, comme les pyrites, attaquent le fer; la dépense d’entretien de la péniche en fer peut donc varier suivant la nature de la marchandise transportée: néanmoins, on estime que l’âge moyen d'une péniche en fer est de 30 à 60 ans.
Actuellement, la péniche en bois de 280 tonnes, la même qui coûtait 15.000 francs avant la guerre, revient à 90.000 francs; ce genre de construction peut être affecté du coefficient 6. Depuis la guerre, la péniche en acier, très rare auparavant, tend à se substituer à la péniche en