A. — HALAGE A BRAS OU A COL D'HOMME OÙ PAR CHEVAUX
Le halage à bras ou à col d'homme se rencontre encore; le bateau est traîné par deux hommes, un sur chaque rive : il reste dans l’axe de marche et il n’est pas besoin d’user du gouvernail. C’est un procédé très économique, mais irès pénible et très lent, on ne dépasse guère un kilomètre à l'heure.
Le halage mixte est effectué par l'animal et par
(9) Sur le Mississipi on réunit les bateaux en grand nombre, de manière à me former qu’une seule masse flottante : un seul remorqueur peut servir de propulseur à une flotte de vingt ou trente bateaux, qu'il remorque attachés flanc à flanc par demi-douzaines. On dispose même
des bateaux sur les flancs du remorquüeur.
l’homme : les Berrichons surtout l’emploient; c’est tantôt un âne qui tire, tantôt le marinier en cas de besoin. Le prix de ce halage est sensiblement le même que de celui à col d'homme, mais il permet de doubler le parcours journalier.
Au surplus, ce système n’est praticable que pour haler de petits bateaux.
Le halage par chevaux (ou par ânes dans le Berry) peut s'effectuer soit au moyen d'animaux logés à bord, soit au moyen de chevaux de haleurs aux longs jours, qui font avec le même bateau un certain nombre d'étapes; il y a aussi des chevaux groupés en relais par des. entrepreneurs de transports, par exemple la Compagnie de halage du Nord- Est sur le canal de la Marne au Rhin.
Sur l’Escaut et sur les deux versants du canal de Saint. Quentin, ainsi que sur le canal de la Sensée, sur 146 kilomètres, le halage par relai constitue un service régulier établi par l'Etat en vertu d’un décret. Chacune de ces voies est divisée en sections dont l’exploitation est concédée pour six ans à un entrepreneur par adjudication publique.
Le halage ainsi organisé est obligatoire pour tous les bateaux, sauf pour ceux qui sont automoteurs et pour ceux qui naviguent vides. La vitesse est obligatoire : deux kilomètres à l'heure. On comprend l'intervention de l'Etat sur une voie aussi fréquentée : il faut éviter l’encombrement et lés retards.
Mais sur cette voie la traction électrique est déjà installée et elle sera bientôt généralisée.
B. — TRACTION MÉCANIQUE DANS LES SOUTERRAINS ET BIEFS DE PARTAGE DE CANAUX FRANÇAIS (10),
D'ailleurs, dans toutes les sections où la navigation se trouve soumise à des sujétions particulières, on comprend que l'Etat soit intervenu.
(10) Cf, Cuënot, Rivières canalisées et canaux, p. 829,
Les souterrains à voie unique sont précédés et suivis de tranchées profondes, souvent aussi à voie unique, et très encaissées. La réglementation du passage et la marche en convois alternativement dans chaque sens doit être réglementée d’une façon absolue.
Au bief du canal de Saint-Quentin, sur un parcours de 18 km. 800, dont 7 kilomètres en souterrain et pour un trafic de 6.000.000 de tonnes, l'Etat exploite un service de touage sur chaîne noyée avec moteur électrique (ceci afin d'éviter l’asphyxie qui peut résulter de l'emploi d'un moteur à pétrole dans un tunnel, où l’aération se fait forcément d’une façon défectueuse). L'usage du toueur est obligatoire pour tous les bateaux.
Pendant longtemps, le nombre des bateaux toués fut de 20 environ par convoi, représentant une longueur de 1.100 mètres et un tonnage moyen de 5.000 tonnes; puis on à fait des convois de 35 bateaux de 1.800 mètres de longueur; on en fait maintenant de 43 bateaux, ce qui représente une longueur de 2.000 mètres et un poids de 14.000 tonnes. On comprend que le péniches qui sont en tête du convoi doivent être particulièrement solides.
Au bief de partage de Mauvages, sur le canal de la Marne au Rhin, il y a aussi un service de touage par chaîne noyée sur un parcours de 7.300 mètres, dont 4.900 en souterrain. Les toueurs sont munis de machines marchant sans feu au moyen de réservoir à vapeur, qu'on a la précaution de charger en dehors du souterrain, toujours afin d'éviter l’asphyxie. Le dégagement d'acide carbonique est particulièrement dangereux sous le tunnel, surtout quand les bateaux sont vides, car ceux-ci émergent davantage et réduisent d'autant la quantité d'air. Si on songe que la vilesse est de 2 kilomètres à l’heure dans le souterrain, on comprend que toutes ces précautions soient utiles.
Au bief du canal de Bourgogne, long de 5.700 mètres, dont 5.200 en tunnel, il existe un système de toueur à
trolley muni d’une poulie d'empreinte, sur laquelle passe la chaîne de touage.
Donc, dans tous les cas où la traction est difficile, le touage est obligatoire, mais pour la navigation en voie courante, il y a aussi un halage mécanique.