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LA BATELLERIE INDÉPENDANTE. LE MARINIER

La situation des mariniers s’est bien modifiée au cours des âges; ceux d'aujourd'hui ne ressemblent pas du tout à ceux d'il.y a plusieurs siècles ni même à ceux qui ont assisté aux débuts du chemin de fer.

Jadis ils formaient de puissantes corporations, mais aujourd'hui, tandis que les ouvriers se sont groupés en syndicats, les mariniers n’ont pu former que des associa tions fragiles et peu nombreuses en regard de leur nombre imposant; cela tient à leur vie nomade et c’est là une des principales causes de leur faiblesse.

Autrefois, la navigation présentait des difficultés, même des périls, le métier était attrayant, les mariniers gagnaient bien leur vie; aujourd’hui, la navigation est facile, les

(3) Renaud, Revue politique et parlementaire, 10 janvier 1914,

chemins de fer ont fait concurrence aux voies navigables, la profession de marinier a perdu beaucoup de son intérêt, elle est un peu déchue.

14 p. 100 des bateaux appartiennent à de petits patrons qui conduisent eux-mêmes leur bateau, et naturellement celte vie errante ne convient guère qu’à des mariniers de père en fils. |

Un très grand nombre de mariniers français sont Originaires du Nord, mais il ne vont guère dans le sud au delà de Paris.

Le marinier du Berry est en général plus entreprenant que celui du Nord; il a des chevaux logés dans une écurie à bord et peut ainsi voyager partout où il n’y a pas de service public de traction; il part quand il veut et comme il veut.

L'Alsace fournit aussi un bon recrutement de mariniers; ils sont plus entreprenants que ceux du Nord et mieux outillés que les mariniers berrichons (®).

Tandis que beaucoup de patrons ont organisé des œuvres remarquables pour leurs ouvriers, les industriels qui usent des transports par eau n’ont rien fait de semblable pour les mariniers, toujours en raison de leur vie nomade, et l’Etat lui-même n’a rien fait en ce sens; la législation du travail ne s’occupe guère du marinier sous prétexte qu'il est un petit patron et non un ouvrier. Bref, le marinier menant une vie misérable devient craintif et méfiant; on se passe souvent de ses services en confiant les transports au chemin de fer.

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