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COMPAGNIES DE NAVIGATION ET ENTREPRENEURS DE TRANSPORT PAR EAU

Toutes ces compagnies possèdent un matériel flottant comprenant d’abord des bateaux de diverses catégories, des automoteurs, des remorqueurs et des toueurs; certaines ont leurs ateliers de réparations et même de constructions; certaines ont aussi des bateaux qu’elles louent à des mariniers et il arrive également que ceux-ci se louent avec leurs bateaux à des compagnies; elles ont aussi des ports, des hangars et des instruments de manutention. Toutefois, ce genre de compagnies ou d'entreprises se rencontre surtout sur les rivières plutôt que sur les canaux.

Ce qui les caractérise et fait leur puissance, c’est qu'elles assurent en même temps le transport et le remorquage, d’où une certaine rivalité entre les mariniers indépendants et ces sociétés, car si les mariniers sont leurs concurrents pour le transport, ils ont, par contre, besoin d’elles pour se faire remorquer.

Nous avons vu qu'il pouvait y avoir plusieurs compagnies sur une même rivière, que dans ce cas, elles se faisaient concurrence, et que cette concurrence était bonne en soi, car elle évitait la formation d’un monopole de fait au profit d’une seule compagnie; néanmoins, quand la concurrence devient très âpre, ces sociétés en sont réduites à faire des trains de deux ou trois bateaux seulement; or, comme les frais de traction ne sont pas du tout en relation avec la longueur du train, la concurrence provoque la formation de trains incomplets, ce qui augmente les frais de transport et est ruineux pour une compagnie.

Elles n’ont le plus souvent ni cahier des charges, ni tarifs, et ne sont même pas astreintes à des redevances envers l'Etat qui pourtant assure les frais, sinon de construction de la voie, du moins de l’entretien de la rivière, et cela aux frais de tous; elles sont de ce fait un peu trop avantagées (3),

Pour être vraiment juste, il faudrait que l’Etat entreprit d'assurer la traction lui-même et tractionnât tout le monde, ou bien qu'il concédât la rivière à une compagnie avec un cahier des charges en règle; il faudrait que la Compagnie constituât un service public tractionnant tous les bateaux indistinctement et sans aucun parti pris dû à un intérêt quelconque.

Bref, le marinier est le plus souvent sans défense et à la merci de ces entreprises. Le vrai remède serait de faire un peu la lumière sur les agissements et les méthodes de

(13) Cf. Jacquinot, Le réseau navigable français, p. 32 à 36.

ces sociétés, qui cachent le plus souvent leurs affaires, sur lesquelles on place un voile épais; il y a surtout là un manque d'organisation préjudiciable à l'intérêt général.

SECTION IV

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