LES VOIES NAVIGABLES ET LES VOIES FERREES
Nous avons déjà eu l’occasion de nous rendre compte, surtout dans la deuxième section du précédent chapitre, de l'influence considérable qu’exerce le chemin de fer sur l'exploitation du réseau navigable. La question de la concurrence de la voie ferrée et de la voie d’eau est au premier plan des problèmes de l’heure présente en matière de navigation intérieure; aussi, nous allons l’envisager maintenant, car elle nous paraît venir logiquement à sa place, et à cet endroit même, dans une étude consacrée à la navigation intérieure.
L'étude du rôle respectif des voies navigables et des voies ferrées a fait depuis trente ans au moins l’objet de nombreuses discussions et même de polémiques parfois assez violentes : des auteurs considérables qui se sont appelés eux-mêmes « navigabilistes » ou « ferristes » se sont véritablement passionnés pour cette question : une controverse assez vive à même mis aux prises M. Renaud et M. Colson; nous aurons l'occasion de nous rendre compte au cours de ce chapitre, quand nous essaierons de prendre parti dans la discussion, que la question de la concurrence de la voie d’eau et de la voie ferrée, comme l’a mis excellemment en relief M. Porte, ne comporte pas une solution mais des solutions.
Néanmoins, avant d'aller plus loin, nous pouvons poser comme principe général, qui ne sera contredit par personne, l'affirmation suivante : partout où peut être établie
une voie d'eau peut être établie une voie ferrée; la TéCIproque n’est pas vraie.
En pays très accidenté, à plus forte raison en pays de montagne, la voie d’eau est difficilement praticable ou absolument impraticable, à moins de travaux gigantesques et coûteux, compromettant à jamais, ne serait-ce que par le nombre considérable des écluses, la vitesse de rotation des bateaux; au contraire, dans ces mêmes pays, le chemin de fer peut supporter des rampes très dures et au besoin être construit à crémaillère.
En pays de plaine ou peu accidenté, la voie d’eau se comprend, et là seulement.
Nous diviserons ce chapitre en deux sections : la première sera consacrée aux inconvénients et aux avantages des voies navigables et la deuxième à la question proprement dite de la concurrence du chemin de fer et de la voie d’eau, au cours de laquelle nous examinerons successivement les arguments invoqués par MM. Colson, Renaud et Porte.
SECTION PREMIERE