INCONVÉNIENTS ET AVANTAGES DES VOIES NAVIGABLES
Nous étudierons d'abord les inconvénients des voies navigables, car à propos de ieurs avantages nous aurons à présenter des développements beaucoup plus importants, surtout à cause de la longue et délicate question des péages : commencer par les avantages risquerait de faire un peu perdre de vue les inconvénients qui ne sont pas à négliger.
$ 1. — Les inconvénients des voies navigables.
La batellerie est handicapée par rapport au chemin de fer d’une façon permanente par la lenteur du transport et d’une façon accidentelle, mais assez fréquente, par une
plus grande longueur de parcours, par les sécheresses, les crues, les gelées, les brouillards, par une impossibilité assez courante de naviguer la nuit et par la nécessité où elle est de prendre des chargements complets (car, à l'inverse du chemin de fer, elle ne fait guère le détail) et aussi, nous l'avons déjà vu, par les chômages.
La sécheresse et les inondations sont gravement nuisibles à la navigation intérieure : c’est ainsi qu’en 1911 la sécheresse prolongée en Allemagne a renvoyé sur les chemins de fer une très grosse partie du trafic de la navigation (); les inondations en 1910, en France, ont de même jeté du désordre dans le service des voies ferrées par l'apport brusque d'un trafic auquel elles ne sont pas habituées et pour lequel elles ne sont pas outillées @).
M. Colson, qui est très nettement ferrisie, estime que e’est là un cas de force majeure qui lui permet d'affirmer que « le développement de la navigation intérieure, loin d’atténuer les crises de transports, ne peut que les aggraver » G), et ceci est d'autant plus vrai que les compagnies de chemin de fer, constituant des services publics, sont tenues d'accepter tous les transports qui leur sont présentés, tandis qu'aucune obligation de ce genre n'existe pour la batellerie qui n’exécute un transport que si elle le veut bien; il y a là, en cas de troubles atmosphériques préjudiciables à la navigation, une injustice encore au profit de la batellerie : c’est ainsi qu'en 1910, sur les canaux du Nord, nullement atteints par l’inondation, on a vu des mariniers, loin de faire effort pour parer aux besoins du public, refuser d'effectuer tout transport si les prix n'étaient pas doublés ®). Les mariniers sont trop indépendants pour qu’on puisse leur demander quoi que ce soit,
(1) Cf. Colson, Revue politique et parlementaire, 10 mai 1912, p. 399. (2) Cf. id., 4b., 10 févr. 1912, p. 372 et 373.
(8) Ibid., p. 373.
(4) Id., ibid.
le cas échéant, et la batellerie n'étant pas un service public on ne peut lui imposer aucune obligation : il VAR) encore là un grave inconvénient des voies navigables; nous allons maintenant passer à l’étude beaucoup plus longue et beaucoup plus complexe de leurs avantages.
$ 2. — Les avantages des voies navigables.