‹ La navigation internationale du Congo et du NigerChapitre 24 sur 31 · B. — GEOGRAPHIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

B. — GEOGRAPHIE POLITIQUE

A Berlin, en 1885, l'Angleterre avait assuré qu'elle dominait le cours inférieur du Niger. A cette époque, elle venait de confier la gestion de son territoire dont les limites n'avaient pas encore été bien fixées officiellement, à la Royal Niger Company (Chartered and limited). Il arriva que cette Compagnie investie de

droits de souveraineté, se montra encore plus jalouse du soin des intérêts britanniques que l'Angleterre ellemême. Ses agents eurent de fréquents démêlés avec les Français, et cela, sans donner aux Anglais même, une entière satisfaction, c'est pour cette dernière raison que ses privilèges ont été supprimés récemment, le 26 juillet 1899 ; les pays qui lui appartenaient ont été placés directement sous la souveraineté de TAngleterre. La Chambre des communes a voté un crédit de 865,000 livres sterlings pour indemniser ladite Compagnie de la révocation de sa Charte au profit du gouvernement Anglais.

Les Français établis sur le cours supérieur du Niger, portaient toute leur activité sur le haut et sur le moyen fleuve, s'efforçant de relier la rivière du Sénégal au Niger et à Tombouctou, en traversant le Soudan français dont la frontière coupe le Niger vers le 11^ latitude Nord, à 10 milles en amont de Géré, port d'Ilo. Cette région du Soudan nous a été reconnue par les Conventions signées avec la Grande-Bretagne, le 5 août 1890 et le 14 juin 1898. Sa fertilité est très grande. « C'est de toute T Afrique centrale le pays le plus riche et le plus facilement exploitable, à cause des grandes routes fluviales du Niger et de la Bénoué » (1). On ne peut en dire autant des contrées sahariennes situées au Nord de la bouche du fleuve, contrées qui

(1) Mattei, Bas-Niger^ Bénoué^ Dahomey.

nous ont été généreusement attribuées en partage ; si bien que le ministre anglais a pu dire après le Traité de 1890, que son pays « avait compté sans mesure avec le coq gaulois qui trouvera à gratter dans le sable saharien » (1).

En 1898, nous avons cependant obtenu un certain avantage, ayant trait à la navigation du Niger. La Grande-Bretagne, copiant le système des baux qui semble être actuellement si en faveur auprès des chancelleries (2), la Grande-Bretagne nous a accordé à bail deux ports sur le fleuve, de sorte que nous pourrons y faire escale en remontant vers nos Possessions. Article 8 du traité du 14 juin 1898 : « Le gouvernement de Sa Majesté britannique cédera à bail au gouvernement de la République française, aux fins et aux conditions spécifiées dans le modèle de bail annexé au présent protocole, deux territoires à choisir par le gouvernement de la République française, de concert avec le gouvernement de Sa Majesté britannique, dont Tun sera situé en un endroit convenable sur la rive droite du Niger, entre Léaba et le confluent de la rivière Moussa (Mochi) avec ce fleuve, et l'autre sur Tune des embouchures du Niger. Chacun de ces terrains sera en bordure sur le fleuve, sur une étendue de 400 mètres au plus et formera un tènement dont la super-

(1) Paroles de lord Salisbury, après la Convention du 5 août 1890.

(2) La Chine a cédé à bail aux Puissances européennes, de nombreux territoires.

LA NAVIGATION ACTUELLE SUR LE NIGER. l2J3

fîcie ne sera pas inférieure à 10 hectares, ni supérieure à 50 hectares. Les limites exactes de ces terrains seront indiquées sur un plan annexé à chacun des baux». La deuxième annexe au Traité contient le modèle du bail à intervenir; ce bail sera consenti moyennant le loyer annuel d'un franc. La France devra clore le terrain d'un mur ou d'une palissade ayant au moins trois mètres de hauteur, et ne laisser qu'une porte de sortie. En dernière clause, ce modèle de bail stipule qu'en cas de divergence d'opinion sur l'interprétation, il en sera référé à l'arbitrage d'un jurisconsulte d'une nationalité tierce.

§ II. — Navigabilité du Niger.

On se rappelle que sir Edward Malet, dans la séance d'ouverture de la Conférence de Berlin, assura que le Niger « est divisé géographiquement en trois sections dont la supérieure n'a aucune communication avec l'inférieure » (1). La première de ces assertions est vraie, la seconde l'est moins. Mais ces paroles furent dites afin de soustraire l'exercice de la navigation au contrôle d'une commission internationale, et cela réussit. Depuis cette époque, nos explorateurs ont démontré que les différentes parties du Niger communiquaient entre elles ; plusieurs de nos officiers ont

(1) Protocole n» 1, Affaires du Congo [Livre Jaune^ 1885, p. 63).

descendu à plusieurs reprises le fleuve avec des bateaux à vapeur, en menant à bien leur entreprise. En 1887, le lieutenant de vaisseau Caron, monté sur la canonnière Le Niger^ va de Bammako à Karioumé. Ce voyage fut recommencé Tannée suivante par le lieutenant Jaime sur le Mage. En 1894, 1895, le capitaine Toulée (1) remonte de Boussa à Sinder, détruisant la légende de non navigabilité que T Angleterre avait répandue. En 1896, le lieutenant de vaisseau Hourst descendit en entier le cours du Niger et ressortit par la bouche d'Ouari.

Tous ces voyageurs sont d'accord pour affirmer que le Niger, au point de vue de la navigation, se divise en quatre parties :

A. Le Haut-Niger qui va des sources aux chutes de Bammako.

B. Le Moyen-Niger, des chutes de Bammako à celles de Boussa.

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