DÉCOUVERTES DES PORTUGAIS EN AFRIQUE
par les Portugais ; elles formèrent le royaume de Guinée : Guinée septentrionale au nord de TEquateur, et Guinée méridionale au sud.
Les bouches du Niger, ou Djoliba, ou encore Kouarra, furent reconnues dès 1472 par des navigateurs portugais, mais on ne pensait pas alors qu'elles servaient de débouchés à un grand fleuve. Comme elles sont très nombreuses, elles attirèrent peu l'attention des marins; on prit chacune d'elles pour Testuaire d'un petit cours d'eau, et le rivage étant bas, marécageux, insalubre et peu fertile, on ne s'y arrêta guère.
Il n'en fut pas de même pour l'estuaire du Congo.
En 1484, huit ans avant la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb (1), un hardi navigateur Diego Cam, à la recherche, lui aussi, d^une route maritime vers les Indes, suivait les côtes de l'Afrique équaloriale. Le 14 avril, il découvrit une immense baie dans laquelle il s'arrêta. Il pensa que ce devait être l'embouchure d'un grand fleuve, au débit considérable, car les notices rapportent que, jusqu'à plusieurs lieues en mer, l'eau, à la surface, était encore douce (2). Ce fleuve était le Congo, ou plutôt le Zaïre, comme on l'appelait alors.
Cette découverte lui parut importante ; aussi, afin
(i) Premier voyage de Crislophe Colomb aux Antilles^ 1492-1493 \ Découverte du Cap de Bonne-Espérance^ par Barthélémy Diaz, 1487, et de la route des Indes par le sud de V Afrique, par Vasco de Gama, 1498.
(2) Aqua dolze lingues lige a la mer (df Seligo, 1489): — Waltems, VÈtat indépendant du Congo, p. 2.
d'en perpétuer la mémoire, éleva-t-il trois monuments ou padrons, l'un à la Ponta do Padrâo, au Sud de Tembouchure du fleuve (1), l'autre au cap Santa- Maria (2) et le dernier au cap Négro (3).
2° La possession prolongée.
En même temps, Diego Gam prit possession de toute la région voisine, au nom du roi de Portugal, ainsi que cela avait lieu à cette époque, chaque fois que des marins débarquaient sur des rivages inconnus. Les terres qui revenaient ainsi au Porlugal, formaient la Guinée méridionale et correspondaient à sa colonie actuelle d'Angola. Ses rois ne cessèrent de revendiquer ces territoires comme leur appartenant ; ils ajoutaient à leur titre de roi de Portugal et des Algarves. . . , etc., celui de seigneur de Guinée (4).
Les autres monarques d'Europe ne songèrent guère alors à leur disputer ce titre, occupés qu^ils étaient sur le continent par leurs luttes incessantes ; peu importait aux rois de France, d^Angleterre ou d^Espagne, la possession de ces pays lointains et sauvages. D'ailleurs aucun Etat n'était capable de rivaliser avec la puis-
(1) Les débris de ce padron du xv* siècle ont été retrouvés de nos ]oui*s par le voyageur suédois von Schwérin, en 1886.
(2) 13» 27' 15" latitude sud.
(3) 15» 4^30" latitude sud.
(4) Le titre de Majesté Très Fidèle fut accordé seulement le 23 décembre 1748, moiu proprio, par le pape Benoît XI V à Jean V.
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sance maritime des Portugais ; ils étaient à cette époque, avec Venise, les principaux navigateurs du monde.
Les papes, d'autre part, leur avaient confirmé la possession des découvertes faites par leurs marins. Martin V avait accordé aux Portugais tous les pays du cap Noun (1), jusqu'aux Indes. Nicolas V leur avait concédé (1452 et 6 janvier 1454), la souveraineté de la côte de Guinée, concession confirmée par Sixte IV (2). Alexandre VI leur octroya par une bulle du 14 mai 1493, les côtes de T Afrique et des Indes orientales (3).
Le Portugal sut profiter de cette indifférence et de cette bienveillance de TEurope à son égard. Ses rois multiplient les expéditions. En 1491, des colons, des ouvriers sont débarqués sur la côte d'Angola ; ils s'établissent sur les rives du fleuve Zaïre.
Au XVI® siècle, de nombreux voyages d'exploration ont lieu, des comptoirs portugais se fondent ; et comme il faut se défendre souvent contre les incursions des nègres, et contre les actes d'hostilité toujours possibles de la part des Européens, des forteresses sont élevées, permettant au cas échéant, d'assurer par la force la souveraineté du Portugal.
En 1537, Manoel Pacheco découvre que l'on peut naviguer sur le Congo, au-dessus des cataractes ; mais il s'avance peu dans son voyage à l'intérieur.
(1) Sur la côte d'Afrique, en face les lies Canaries.
(2) BoNFiLS, Manuel de droit international, p. 274.
(3) DE Castro, Traités du Portugal^ p. 274 ; — Calvo, I, 1.
Au XVIII® siècle, la domination portugaise semblait solidement établie. En 1783 des forteresses s'élevaient à Cabinda, Malemba et sur les bords du Zaïre. Ainsi, ce fleuve appartenait donc bien au Portugal par la découverte, et par une possession prolongée et ininterrompue, confirmée même par des bulles papales. Mais d'autres titres s^ajoutaient encore à ceux-ci ; des traités avaient été signés avec d'autres puissances.
3" Les Traités,
Il y en a trois principaux :
ri). Celui du 10 février 1763 entre la France, l'Angleterre et le Portugal ;
b). Celui du 30 janvier 1786 entre la France et le Portugal ;
c). Celui du 22 janvier 1815.
ri). Le premier traité affirmant la souveraineté du Portugal sur les côtes occidentales d'Afrique, est celui du 10 février 1763. Il contient l'accession de cet Etat au traité de Paris du même jour, entre TEspagne, la France et la Grande-Bretagne (1). Ce traité mettait fin à la guerre de Sept ans et nous enlevait notre premier empire colonial. Le Portugal obtenait, au contraire, la confirmation de ses colonies africaines. L'article XXI contient, en eflFet, cette disposition :
(i) Martbns, I, 127; de Castro, III, 160.