LA NAUT1CA. L1BRO
Aggia alcuna di voi , nulla pavento ,
Benche altrui legno al mio non segni il solco. Quando il lame sovran girando riede A scaldare al Monton le corna e l’ auro ; Quando il tenero bosco a le aure spiega Le verdi chiome, e Filoména s’ ode Mesta rinovellar 1* usato pianto ;
Allor clie ride il cielo , e fiedon l’ onde Col dolce mormorio 1’ umido lido;
Mova il nocchiero il piede, e là sen vada , Ove in securo trasse , e da l'ofïese Schernn del verno il caro abete, e faccia Che questa gli si saldi e quella piaga.
Quinci de’ servi il diligente stuolo Rappelli a le fatiche, e gli dimostri Che, non perché fra gli agi e fra le piume Deggia perdersi il tempo in cosi dolce Stagion, rende la notte al di quell’ore Ch’ ei le presto ne la nojosa bruma ;
Ma perche tardo e raddoppiato il giorno Spazio maggior desse ai sudori, a l’opre.
Armi poscia il navigio , e lo proveggia Con abbondante e larga man di quanto Chiede nécessita , mentre correndo Vansi de 1’ onde i non fecondi campi :
Quinci nel porto il vari , e ’n sen gli aduni
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soit avec moi, nul danger ne m'effrayera , bien qu’aucun autre navire n’enseigne au mien la route qu’il doit suivre.
Lorsque l’astre souverain du jour, poursuivant sa carrière, vient réchauffer de ses rayons les cornes dorées du Bélier , lorsque les verts bosquets déploient leurs tendres feuillages au souffle des zéphyrs , et que la plaintive Philomèle y fait entendre de nouveau ses chants accoutumés; lorsque le ciel est riant et que les ondes viennent frapper le rivage avec un doux murmure , c’est alors que le marin doit sortir de l’inaction. Qu’il aille retrouver son navire chéri dans la sûre retraite où il le mit à l’abri des outrages de l’hiver; qu’il s’occupe d’en réparer les avaries; qu’il rappelle à l’œuvre les diligents matelots, en leur montrant que si la nuit rend au jour les heures qu’elle lui a empruntées pendant la rigueur des frimas, c’est pour que, dans une si douce saison , ils ne s’oublient pas au sein de la mollesse et de l’oisiveté; et que, profitant au contraire de la plus longue durée des jours, ils consacrent plus de temps à leurs fatigants travaux. Puis, armant son navire, il doit le pourvoir abondamment de toutes les choses que rend indispensables un voyage entrepris sur les plaines
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Cauto le merci , e se prezzar non sdegna Fedel consiglio in cio, colui non segua,
Che l’ usanza del mar posta in obblio ,
Tutti commette i suoi tesori a l’onde.
Lodi picciola nave, a più capace Le merci creda e l’aima, clie’l periglio Cos'i ne fia minore , e doppio seco Da strani lidi apportera tesoro.
Procuri ancor che si soverchio incarco Non prema il suo vascel debile e stanco,
Che s’ apra e si dissolva a mezzo il corso.
Schivi ambedue gli estremi, e si rammenti, Che chi con altra legge al carro impone Ingiustissima soma , al fin s’ accorge Ch’ o sotto il grave fascio un fragil vetro Sembran le ruote, o da fatica vinto,
Dopo molto sudor gemendo indarno,
1/ innocente animal cade fra via.
Per mio consiglio ancor già mai non scioglia Nave dal lido disarmata in guisa,
Ch’ aggia a temer d’ insidioso assalto :
Anzi copiosa sia di gravi pietre,
Di cavi bronzi , e di volanti strali ;
Perché spesso addivien ch’altri s’ incontre In dure genti alpestri , che correndo Ânimose a morir portano altrui
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infécondes de l’Océan; il doit, pendant qu’il mouille dans le port, arrimer avec précaution les marchandises dans la cale : un sage conseil à suivre, c’est de ne pas imiter celui qui, oubliant les caprices de la mer, ne craint pas de commettre aux flots toute sa fortune. Il doit apprécier le mérite des petits bâtiments ; mais il fera bien de ne se confier qu’aux plus grands s’il veut courir moins de dangers pour sa vie comme pour ses marchandises , et rapporter des pays lointains une plus grande quantité de trésors. Qu’il ait soin de ne pas fatiguer et affaiblir son bâtiment par une charge trop forte, de peur qu’il ne vienne à s’ouvrir et à se briser au milieu de sa course. Qu'il évite les deux extrêmes, se souvenant que l’homme qui s’écarte de cette règle et fait porter à un chariot plus que la raison ne veut, s’aperçoit à la fin ou que les roues cèdent sous le faix comme un verre fragile , ou que l’innocent animal , destiné à les faire mouvoir, ne peut manquer, après s’être épuisé en vains efforts, de tomber exténué de fatigue. Je conseille également au marin de ne jamais s’éloigner du rivage sans que son navire soit pourvu de moyens de défense suffisantspour n’avoir pas à redouter les suites de quel-
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Periglio e morte. Ancor non sono estinti Gli Antropofagi , i Lestrigoni , e i fieri Abbominosi mostri in ogni parte.
Ma che devrai far tu, che il legno lunge Da gl’ italici sen’ pero non muovi ?
Che devrai far, s’ognor ti tende inganni Il barbaro ladron, che del tuo sangue E, non men che de l’oro, avido e’ngordo?
Misera Italia, e di dolore ostello ,
Sorgi dal sonno ornai , sorgi , e rimira L’ antiche tue memorie : ad un sol cenno De’ tuoi tremo già 1’ universo , e ’nchino Ti porse il collo ; e se vi fu superbo Che di non ubbidirti osasse, domo Il vano ardir, le braccia avvinte al tergo, Alto ornamento a’ tuoi trionfi accrebbe :
Ma quai parte ora è in te, che mille morti Mille da crude genti e strazj e scempj E dure servituti a soffrir aggia ?
0 quai da’ monti tuoi fiume discende Quai picciol rio, cui de’ tuoi figli il sangue Tinto non ahbia, e raddoppiato 1’ onda?
Dicalo il Tebro , che piangendo indarno Ne gli antri ascosto i suoi perduti onori , Vinto da l’aspro duol che chiudea in seno ,
1 iargo sgorgando e lagrimoso rivo ,
que funeste surprise; il faut même qu’il soit convenablement armé de pierres, de tubes de bronze, de flèches; car il est souvent exposé à rencontrer de ces peuples sauvages qui, courant à la mort avec intrépidité, portent avec eux la terreur et le carnage. Les Anthropophages, les Lestrigons (i), les monstres horribles et féroces ne sont pas encore entièrement extirpés de la terre. Mais quelles précautions devront être les vôtres, si vous ne faites que naviguer dans les parages de l’Italie, en butte aux pièges que vous tendent sans cesse des pirates barbares, aussi avides de votre sang que de votre or! — Malheureuse Italie, séjour de douleurs, sors de ta léthargie et porte tes regards dans tes annales antiques. Il suftisait autrefois d’un signal des tiens pour faire trembler l’univers, pour lui faire courber la tête ; si quelque nation trop orgueilleuse osait te résister un instant, punie bientôt de sa vaine témérité, elle
(i) Les Lestrigons faisaient leur detneure dans la ville de Lanius, anciennement Fornies, sur la côte de la Campanie. On croit qu’ils avaient auparavant habité la Sicile. Leur nom signifie décorateur, étant tiré de Laharna, qui veut dire dévorer. Ulysse perdit chez eux quelques-uns de ses compagnons. (Odyss., liv. ix.)
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Contro le care e venerate mura Alzô le corna, e con muggito orrendo Tempj , torri e teatri agguagliô al süolo.
Ma non m’ avveggio, oimè, che mentre intendo A lamentarmi indarno, il tempo vola,
E che pur dianzi il marinaro accinto E parato al solcar lasciai su 1’ onde.
Prenda dunque la carta ove dipinto
Ha ’l volto de la terra, e miri intento
Quai vento ei chieda al suo cammin secondo ;
E poi che tremolar le vele in alto Yedrà da 1’ aure niosse, il ferro adunco Svella da’ bassi fondi , e con felice Augurio da l’arene il legno scioglia :
Ma che farà , se in van fia ch’ egli attenda In poppa il vento amico, e pur ricusi Nel porto il legno suo tener mai sempre ?
Dir lo vorrei , ma mi sgomento , e temo Di non poter con non ignobil carme Noto ciô far, se fin ad or le muse Eunge avuto da 1’ onde anno 1’ albergo ;
Nè fora vano il mio timor, se 1’ uno E 1’ altro gran figliuol de la Sirena Non 1’ avessero già cantando seco Guidate al mar là sul Sebeto e ’l Sarno.
Fatto dunque animoso , al mio noechiero
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venait, les mains attachées derrière le dos , ajouter à tes triomphes et leur donner un nouvel éclat. Mais aujourd’hui des peuples barbares te font subir mille morts , en te soumettant partout à un dur esclavage, en te livrant au massacre, en t’abreuvant de mille outrages. Est-il un fleuve, un ruisseau, roulant du haut de tes montagnes, qui ne soit teint du sang de tes enfants et dont les eaux n’en soient grossies? ïæ Tibre en est témoin, le Tibre qui, las de pleurer ses gloires passées et cédant à l’amère douleur qu’il renfermait dans son sein, quitta les grottes profondes où il se tenait caché , se répandit éploré hors de son lit et vint se jeter contre des murs aussi chers que vénérés, renversant avec d’horribles mugissements les temples, les théâtres, les édifices les plus élevés. Mais, tandis que j’exhale ces plaintes , hélas ! inutiles , je ne m’aperçois pas que le temps vole et que j'ai laissé le navigateur tout prêt à sillonner les mère. Qu’il prenne donc la feuille où se voit retracé le globe terrestre , en examinant avec attention quel est le vent favorable à sa route. Et après avoir vu les voiles frémir dans les aire , qu’il arrache du fond de l’onde le fer recourbé et quitte le mouillage, en se promettant une heureuse
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Vengo a mostrar quanto promisi , e dico Che P arte ei chiegga a cotant’ opra, P arte Che a quelP audace fabbro impenno P ale, Corne canta la farna, onde fuggendo De P irato signor gli sdegni e P ire,
Oso fidar le gravi membra al cielo.
L’ arte dico io , che non movendo P orme Da l’orme di natura, arnica madré Di mille altre bellezze , adorne rende Le semplici beltà del mondo inculto.
Vorrà dunque costei , che benchè spiri Da la sinistra o da la destra il vento Vicino a quel che tu vorresti amico ,
Tu gli apra incontro il sen de l’ampio vélo , E cortese l’accoglia, e lui ti doni In preda si, purchè P inganni , e sforzi Con questa legge ad ubbidirti in prima,
Che tu comandi che i sublime corno De la tremula antenna a cui s’ allaccia L’ orza a la poppa , si ritiri , e ’ntanto Quei che siede al timon , giri al governo Pur verso il vento , che cosi correndo ,
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navigation. Que fera-t-il toutefois, si, las d’attendre inutilement le vent en poupe, il ne veut plus retenir son navire dans le port? Je voudrais l’expliquer, mais je me trouble et je crains de ne pouvoir le dire en vers dignes de mon sujet, puisque jusqu’ici les Muses se sont tenues éloignées du domaine des ondes ; et ma crainte ne serait que trop fondée, si déjà les deux illustres enfants de la Sirène ne les avaient, en chantant, conduites avec eux sur les bords du Sébéthos et du Sarno (i).
Prenant donc courage, je vais enseigner au marin tout ce que je lui ai promis. Pour l’œuvre difficile dont je parle, il faut qu’il appelle l’art à son secours; l’art qui, comme le rapporte la renommée, fournit des ailes à cet ouvrier audacieux (2), fuyant la cruauté d’un prince en courroux et osant se confier aux airs; l’art enfin, qui, ne s’écartant point des traces de la nature, si féconde en mille autres beautés, contribue à orner les simples beautés du monde inculte. Or, voici ce que l’art exige : bien que le vent 11e
(1) Sébéthos , fontaine près de Naples. Samo, fleuve d'Italie, dans la Marche d’Ancône.
(2) Dédale.
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Benchè per calle obliquo , il legno lieve Giungerà tosto ove il pensier desia.
E s’awerrà ch’ al tuo voler risponda Favorevole il fiato, allor.levele Tutte dispiega , e segui il tuo cammino Senza punto fermarti , o sia elle il sole Illustri il inondo, o pur la notte sparga Scotendo i vanni il sonno e le tenebre.
Mira pero elle le cadenti stelle Non t’ aggravino si 1’ umide luci ,
Ch’ abbassi il capo, e 1’ afTannate membra Doni dormendo a plaeida quiete :
Perché cosa non è sotto la luna,
Che de’ venti e de 1’ onde abbia men fede.
Non dormir già , se la tua vita bai cara ,
E di color che, in te fidati , in preda Si diero al mare in piccioletto legno :
Non dormir, poi che instabile ed incerto Per sua natura è ’l vento , e ad ora ad ora Si cangia in quel che gli s’ asside al fianeo. Abbi pur sempre i cauti lumi intenti Al tremolar del mobile vessillo,
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souffle, d’un bord ou de l'autre, que près de celui qui vous serait favorable, présentez-lui le sein de la grande voile , de manière qu’elle le reçoive librement ; une fois en votre pouvoir, et , pourvu que vous le trompiez , et que par ce moyen vous le forciez d’abord à vous obéir, commandez qu'on retire la corne élevée de l’antenne mobile à laquelle l ource (i) est lacée à la poupe et que , pendant ce temps , le timonier qui est à la roue gouverne vêts le vent. Votre léger bâtiment, tout en marchant ainsi dans un sens oblique, n’en arrivera pas moins promptement au point auquel vous voulez atteindre. Que si le vent répond favorablement à vos désirs, déployez alors tontes les voiles et poursuivez votre route sans vous arrêter, soit que le soleil éclaire le monde, soit que la nuit, en secouant ses ailes, le plonge dans les ténèbres et dans le sommeil. Gardez pourtant qu’à la chute des étoiles, vos humides paupières ne s’appesantissent au point de laisser votre tête s’affaisser et vos membres fatigués et endormis
( i) C’est une corde qui tient, à bâbord et à tribord, la vergue d’artimon.
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Che in alto appeso a l’arbore dimostra Se saldo soflfj, o pur si giri il vento;, Perché se lia clie de la piena vêla Repente ei varchi e signoreggi il filo :
Dubbio sarà die la flagelli incontro A l’antenna, e l’ implichi : onde sospinta Ne traboccbi la nave in mezzo a l’onde.
Vegghiar anco si dee, poichè talora Nel volger promontorio, o cangiar jiiaggia Si ratto assalir suol contrario vento;
Che s’ altri non résisté a la sua rabbia , Vinto ne pere il combattuto legno.
D' Ulisse il grave caso a te d’ esenipio Serva, del saggio Ulisse, a cui non valse 11 dirsi espugnator d’ llio superbo Quel di , che nel piegar 1’ acuta (route De l’ infausta Malea provo s'i avverso Il furor d’ Aquilon, ch’ indi infelice
s’abandonner à un doux repos; il n’y a rien sous la lune qui mérite moins de confiance que les ondes et les vents. Ainsi, pour peu que vous ayez à cœur de conserver votre vie et la vie de ceux qui, se confiant en vous, se sont livrés à la mer dans un frêle bâtiment , ne vous endormez point ; ne vous endormez point, puisque le vent , incertain et inconstant de sa nature , change à tout moment de direction. Que vos regards attentifs ne manquent pas non plus d’observer toujours les mouvements du pavillon flottant qui , suspendu au haut du mât, indique si le vent tourne ou s’il est fixe; car, s’il dépasse subitement la ralingue de la voile pleine et s’il s’en rend maître, il sera douteux que cet effort suffise pour la fouetter et l’engager contre son antenne ; et le bâtiment incliné avec violence risquerait de chavirer au milieu des ondes. Ne vous endormez point enfin au détour d’un promontoire ou lorsque vous changez de plage ; il arrive souvent alors que le vent vous surprend d’une manière si soudaine que, si vous n’êtes préparé à lui résister, votre navire périra victime de sa fureur. Profitez du triste exemple d’IJlvsse , du sage Ulysse, auquel le nom de superbe vainqueur d’Ilion a peu servi le jour où, doublant le funeste