LIVRE QUATRIÈME
Maintenant que nous avons exposé au navigateur l’art de conduire les vaisseaux sur mer, soit par un temps calme, soit durant la tempête, nous allons lui indiquer, comme dernière partie de notre tâche, vers quels lieux il doit tourner la proue, afin de revenir chargé d’or, de pierres précieuses et d’autres richesses. Qu’il tente donc la fortune, qu’il invoque avec moi le dieu qui préside aux profits et récompense largement l’audace. Qu’il se garde surtout d’écouter les hommes timides qui manquent d’énergie dans l’exécution.
La terre produit et des pierres et des plantes de diverses espèces, selon les propriétés variées des germes cachés qui fécondent son sein et que le ciel lui envoie de ses hautes régions. De là vient
igo LA NAUTICA. LIBRO IV.
E quinci avvien che i preziosi odori Il Tartaro non ave, il duro Scita,
Il bellicoso Daco, il forte Alano,
Genti nate a soffrir perpetuo gelo,
Che il Perso, l’ Indo, e 1’ Arabo felice Là ne le apric.he arene, ove si frange Nel vicin mar di Febo il raggio ardente :
Nè per altra cagion l’ amena riva Che del puro Benaco a speechio siede Eterna gode primavera, e sempre D’ aurati pomi e d’altri frutti ha carchi De le pregiate piante i verdi raini.
Diede natura la sacrata verga ,
Onde l’ incenso a la stagione estiva Liquefatto dal sol lucido cade,
Solo a’ ricchi Sabei , che d’ ogn’ intorno Impiagando col ferro il nobil tronco, Soglion raccor le lagrimate stille.
Ne le selve Panchee ruvida scorza Cinge le membra di colei ch’ ardio Di donarsi notturna al padre in grembo, Mirra dico io, che rimembrando ancora L’ abbominoso incesto , a terra spande D’ amarissimo pianto eterna fonte.
Nasce il bianco cipero ove 1’ un corno Bagna del Nilo il fortunato fîanco,
que les Tartares, les Scythes, les Daces, les Sarmates, peuples belliqueux et farouches, nés pour endurer un froid perpétuel, n’ont point les précieux parfums que possèdent les habitants de la Perse, de l’Inde et ceux de l’Arabie heureuse, dans ces sables brûlants, situés près de la mer, où viennent se briser les rayons ardents du soleil. C’est aussi pour cette raison que les bords délicieux, que réfléchissent les ondes pures du Benaco (1), jouissent d’un printemps éternel , et que les orangers et d’autres arbres précieux s’y montrent toujours verts et chargés de ffuits.
L’arbuste sacré d’où découle l’encens, fondu par le soleil pendant les feux de l’été, n’a été donné par la nature qu’aux riches Sabéens , qui en taillent le noble tronc pour en recueillir les larmes. Dans les forêts de la Panchaie , une dure écorce enveloppe les membres de Myrrha, de cette fdle criminelle, qui, à la faveur de la nuit, osa s’abandonner dans les bras de son père , et qui, se rappelant encore son exécrable inceste, se fond éternellement en larmes amères. Le blanc souchet (2) croît sur ces côtes fortunées que bai-
(1) Lac de la Gaule cisalpine. Lac de Garda.
(a) Plante médicinale qui croît dans les marais, le long des fossés et des niisseaux.
igi La ^aitica. Libro iv.
Sovra cui presso al mar siede Canopo :
De l’arbore parl’io, non di quel giunco Di cui spira 1’ odor là ne l’ estreme Parti de la Cilicia, ove i gran monti Vanno a giungersi in un Tauro ed Amano.
Ma parmi di veder che mentre io scrivo E de’ succlii e de l’ erbe ond’ è fecondo Quel verde suol cui fertil fiume allaga,
Tu brami di saper quai loco apporti Del balsamo il liquore, e sotto quale Ciel pianta cosi cara erga i suoi rami.
Saper dunque dei tu , che chiusa valle Fra monti giace a Palestinà in grembo, Che Jerico s’ appella , ove frequenti Dolee cantan gli augelli, e i freschi rivi Porgon ristoro a l’avide radici De gli altissimi cedri e de le palme.
Cola, dono del ciel, sï nobil vérgtf Viver solea, mentre felice impëro Ebber gli augusti invitti régi ebrei Di Solima potente, e’n piede giacque Grande albergo di Dio l’ aurato tempio.
Ma poi ch’ estinta la virtute antica Resto di questo popolo, e fuggendo Dileguossi da lui la vera gloria;
Involossi al Giordano , e fe’ suo campo Non lunge a Menfi il coltivato Egitto.
LA NAVIGATION. LIVRE IV. Iq3
gne l’un des bras du Nil et sur lesquelles est située Canope (i), à peu de distance de la mer; je parle de l'arbre et non de ce jonc odoriférant qu’on trouve aux extrémités de la Cilicie, au point où se joignent le Taurus et le mont Aman. Mais pendant que je traite et des sucs et des plantes qui abondent sur ce sol riant qu’arrose un fleuve fécondant, vous désirez sans doute savoir de quel lieu se tire la liqueur du baume, sous quel ciel une si précieuse plante pousse ses branches. Apprenez donc qu'il existe au sein de la Palestine une vallée enfermée de montagnes, laquelle s’appelle Jéricho, où les oiseaux font entendre sans cesse leur doux ramage, et où de frais ruisseaux vivifient les racines avides des cèdres, des palmiers les plus élevés. Là vécut cette noble tige, vrai don du ciel , tant que les rois juifs régnèrent paisiblement et avec gloire sur la puissante Solime, et que resta debout le temple doré, noble sanctuaire du Seigneur ; mais après que la vertu antique de ce peuple se fut évanouie et que la vraie gloire se fut retirée de lui , l’arbre du baume disparut du Jourdain et fixa son séjour dans la fertile Égypte, non loin de Memphis. Le térébinthe, qui produit
(i) Ancienne ville d’Egypte.
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Nasce ne gli alti monti onde 1’ ebreo Paese è cinto , Libano e Carmelo ,
L’ eccelso terebinto , che sudando
Versa più degno umor di quel che il pino,
11 lentisco e l’ abete a terra sparge.
Mentre il tuo legno ineontra il lido è ferino D’Idume , prender puoi quel dolce frutto Che scosso vien da le fécondé palme :
Quinci dico io, non già perché mi creda Solo in questo terren crescer tai piante,
Che non è ignoto a me corne n abbonde L’ ultima Iberia, l’ Africa, l’Egitto,
Qualche parte d’Italia, e Cipro e Creta,
E Siria di Seleuco antico regno :
Ma sol perché non inféconde quivi La terra le produce, e da le frondi Non pende il frutto lor, si corne altrove Suole awenir, di gusto acro ed acerbo.
Mentre poi lunge a te si scopre il lido Di Tiro e di Sidon , fa che si folle Tu non sii , che negletto oltre lo varchi ; Perché ’1 non salutar sarebbe oltraggio Quei monti, quelle rive e quelle mura,
Ove abitar’ color che ’l breve giro Di Callisto osservando, ebber ne l’arte Che d’ insegnarti intendo il primo vanto.
Né il tempo gitterai, s’ivi ti fermi;
Poi clT ivi il pescator le couche aduna,
Il cui sangue colora e ’n rosso tinge Le ricche vesti onde solean le membra
LA NAVIGATION. LIVRE IV. Iy5
une résine meilleure que celle qui sort du pin , du lentisque et du sapin, croît dans les hautes montagnes de la Judée, le Liban et le Carmel. Tandis que votre navire est arrêté aux rives de, ridumée, vous pouvez vous procurer le doux fruit que portent les féconds palmiers. Si je vous indique cet endroit, ce n’est pas que ces arbres naissent là seulement; je n’ignore pas qu’on en voit en grande quantité dans les contrées reculées de l’Ibérie, en Afrique, en Egypte, dans quelques parties de l’Italie, dans les îles de Chypre et de Crète, et, dans la Syrie, l’antique royaume de Séleucus; mais c’est que l’Idumée est le seul pays où les palmiers ne soient point stériles et où leur fruit ne soit pas, comme il arrive ailleurs, d’un goût âcre et piquant. Lorsque ensuite vous découvrez au loin les rivages de Tyr et de Sidon, ne soyez pas assez insensé pour passer outre : ce serait commettre un outragé que de ne pas saluer ces montagnes, ces plages et ces murs, où habitèrent ceux qui, observant le petit cercle que décrit Calisto, excellèrent les premiers dans l’art que je vous enseigne. Vous n’y perdrez pas non plus en vous y arrêtant. C’est là que le pêcheur amasse ces coquillages dont le sang colore et teint en rouge les riches vêtements dont se paraient les anciens rois
MjG LA NAIITICA. UBRO IV.
Ornarsi i prischi régi, e quegl’ illustri Che Roma vide gloriosi al tempio Di Giove trionfanti innanzi al carro Condur, pompe e trofei di lor vittorie, Incatenati duci, e spoglie opime.
Se poi d’investigar cura ti punge Alcun ramo o liquor, che già gran tempo Tl barbaro nocchier più non adduce; Chiedi, mentre tu sei là ve 1’ Oronte,
Di Libano lasciati i sassi alpestri ,
L’Assiria fende, il sarmentoso arbusto Del prezioso eresiscettro , e ’l dolce Al gusto eleomele, ond’ è fecondo Tronco che vive entro 1’ ombrose selve De le palme di Siria ; il cardamomo Elettissimo, e pieno in copia miete Chi suol di Comagene i larghi campi Curvo solcar col faticoso aratro.
Ha l’ Assiria il metopio , erba feliee ,
Il cui stelo risuda in quella guisa Che suol l’incenso, il galbano, potente, Risoluto in vapor, discacciar lunge Da F umili capanne e da gli armenti
I velenosi e gelidi colubri;
Succo d’ alto valore in far che rieda
II solito vigor ne 1’ api inferme
et ces illustres guerriers que Rome vit jadis se rendant au temple de Jupiter , sur un char triomphal, précédés des trophées de leurs victoires, de généraux enchaînés et de dépouilles opimes. Si vous poursuivez la recherche de quelque bois ou d’une liqueur, que, depuis longtemps, le navigateur s’obstine impitoyablement à ne plus apporter, procurez-vous, pendant que vous êtes dans ces contrées, où le fleuve Oronte, après avoir laissé les rochers escarpés du Liban, sépare l’Assyrie; procurez-vous l’arbuste sarmenteux du précieux érysisceptre (i), et le doux éléomel, que produit abondamment une tige qui vit dans les sombres forêts des palmiers de Syrie.
Le laboureur qui sillonne avec sa charrue les vastes champs de Comagène (2) , recueille en abondance l’excellent cardamome. L’Assyrie possède le métopion, heureuse plante, dont la tige, comme celle d’où découle l’encens, distille legalbanum, qui, réduit en vapeur, a la vertu d’éloigner des humbles chaumières et des troupeaux les serpents venimeux et glacés; suc précieux qui guérit les
(1) Bois de rose.
(2) Contrée de Syrie, au-dessus de la Cilicie; elle s'étendait à l’orient jusqu'à l'Euphrate.
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Si, che tornin di novo a predar vaghe Col placido susurro i fiori aspersi Di mattutino e rugiadoso gelo.
Fra le altissime piante onde la fronte Cinta ha Libano eccelso, al vento porge Le fronde il cedro e gli elevati rami,
Il cedro , dal cui tronco esce la fonte Di quel nobil liquore onde le faci Nutrir solea sotto i superbi tetti Circe, figlia del sol , famosa maga :
Quel che conservar puote i corpi estinti Incorrotti gran tempo, e le vergate Carte, vostre fatiche, anime rare,
A la rabbia involar del tempo edace.
Poichè col legno tuo passato avrai D’ Isso 1’ angusto seno , e le gran porte Lasciate a destra del nevoso Amano;
11 dolce amaro agarico potrai Prender da quelle rive, ove tributo Saro, Piramo, e Cidno, umidi figli De le fonti di Tauro, al flutto danno,
Che già stanchi dal corso in sen gli accoglic.
abeilles malades, et leur rend une telle vigueur qu’elles s’empressent bientôt, avec un joyeux bourdonnement, d’aller butiner sur les fleurs humectées de la fraîche rosée du matin. Parmi les plus hauts arbres qui ceignent le front du Liban, le cèdre expose au vent ses vastes rameaux, le cèdre, qui distille cette noble liqueur qu’employait à illuminer ses magnifiques palais, Circé, fille du soleil et fameuse magicienne; cette liqueur qui, pendant des siècles, préserve de la corruption les corps privés de vie, et qui soustrait les écrits, fruits de vos veilles, ô rares génies, à la rage dévorante du temps.
Quand votre navire aura dépassé le golfe étroit d’issus (i), quand vous aurez laissé à votre droite le Pas du mont Aman, de ce mont couvert de neige, vous pourrez rapporter l’agaric aigre-doux de ces rivages, où le Sarus ( 2 ), le Pyrame(3), le Cydnus (4), fils humides des sources du mont Taurus, viennent, fatigués de leur course, payer
( 1 ) Golfe de l’Aïazzo, vers la Cilicie et la Syrie.
( 2 ) Fleuve.
(3) Fleuve de Cilicie qui prend sa source au mont Taurus, et se jette dans la mer de Pampliylic ; on le nomme aujourd'hui Malmistra.
(4) Le Cydnus, fleuve près de Tarse, en Cilicie.