‹ La navigation, poeme de Bernardino Baldi, traduit de l'italienChapitre 34 sur 41 · LA NAUTICA. LIBRO IV · texte numérisé non relu

LA NAUTICA. LIBRO IV

Da le rive di Troja e di Si geo La pece aver si puo , che ’l Frige industre Col foco suol da le fumanti tede Trarre, e dal pin, che forse piange ancora Di Marsia audace il memorabil caso.

11 durissimo acciajo avrai , se varchi Da l’Egeo ne l’Eusino , ove sudando Sotto eterna fatica,e’l ferro ardente 1 Calibi trattando ignudi e scabri ,

Al frequente alternai* de’ gravi colpi Fan rimbombar le ripercosse incudi.

Se poi velen tu chiedi onde t’ aggrade

Saetta niedicar , che certo seco

Porti in guerra al nemico eterno sonno;

In Ponto il troverai, poscia che abbonda

Ponto d’ erbe mortifère , di eui

Le dannose virtuti opran sovente

L’ empie matrigne e le profane niaghe.

E ben dee di veleno ivi cosperse La terra partorir l’ erbe e le piante,

S’ ivi l’eterne tenebre d’Averno Lasciate Ercole invitto, il can trifauce Trasse da l’ombre a la nemica luce,

Che palpitando ed anelando indarno Incontra’l sol per le campagne spai*se Da le tumide gole ainaro tosco.

LA NAVIGATION. LIVRE IV. 2o3

T roie et de Sigé la poix que l’industrieux Phrygien tire, à l’aide du feu , des torches fumantes (i) et du pin, qui peut-être pleure encore la mémorable infortune de l’audacieux Marsyas ( 2 ). Vous vous procurerez le dur acier en passant de l’Égée dans l’Euxin , où les Chalybes , se vouant à une éternelle fatigue, et frappant le fer brûlant de leurs bras nus et vigoureux , font retentir l’enclume sous les coups redoublés de leurs marteaux.

Si vous cherchez du poison pour l’appliquer aux flèches qui , dans un combat, doivent porter à l’ennemi une mort certaine, allez dans le Pont; cette contrée produit en abondance des herbes mortifères , dont les funestes vertus sont connues des cruelles marâtres et des magiciennes profanes. Et il n’est pas étonnant que la terre y enfante des herbes et des plantes empoisonnées, puisque c’est dans ces lieux que l’invincible Hercule, sortant des ténèbres éternelles de l’ Averne , entraîna au grand jour le chien aux trois têtes, tout haletant, et dont les gueules gonflées lançaient en

(1) Tede, du mot latin tœda, bois gommeux dont on se servait pour s’éclairer.

(a) Marsyas , satyre et habile joueur de flûte. Apollon le fit écorcher tout vif pour le punir de la témérité qu’il avait eue de le défier nu combat de la flûte.

ao4 LA NAUT1CA. L1BKO IV.

Che più, se di velen meschiato e tinto Ivi da Faite querce il mele scende,

Il mel che F api a gli altrui danni industri Soglion lihar da gF infelici fiori ?

In Cappadocia troverai , se chiedi De F immortale ambrosia, erba, onde cerchio Far già soleansi al crin negletto e sparso Quelle feroci donne, a cui diè’l nome l ia vergine mammella al petto adusta ;

Quando deposte le secure e gli archi Vincitrici tornar carche di gloria Iæ vedea baldanzose il patrio fiume.

Da chi ne’ monti vive, e ne le valli De la fertile Armenia avrai F amomo ;

Poi che vie più ch’ altrove eletto nasce Cola, dove ha le spalle e F alta fronte Di bianca neve ognor carca Nifate.

Se poi di gemme brami e di lucenti Margarite adunar ricco tesoro ;

Me prendi in duce, e navigando meco Volgi l’audace prora a i regni Persi,

Che F invitto Alessandro al. mondo noti Fece allor che vincendo in tempo breve,

vain contre le soleil et répandaient sur les campagnes son cruel venin. Que dirai-je de plus, si ce n’est que le miel y tombe du haut des chênes, mêlé de poison ; le miel que les dangereuses abeilles sucent des malheureuses fleurs? Vous trouverez dans la Cappadoce une herbe, douce comme l’immortelle ambrosie, et dont ces femmes guerrières, qui durent leur nom à l’usage de brûler une des mamelles de leurs filles (i), couronnaient jadis leurs cheveux en désordre , quand, après avoir déposé leurs haches et leurs arcs, elles revenaient triomphantes et couvertes de gloire sur les bords du Thermodon. Les habitants des montagnes et des vallées de la fertile Arménie vous fourniront l’amome ; car le meilleur croît sur le sommet toujours couvert de neige du mont Niphate. Désirez-vous amasser une riche collection de pierres précieuses et de brillantes perles ? Prenez-moi pour guide et dirigez la proue audacieuse de votre navire vers cet empire de Perse que l’invincible Alexandre fît bientôt connaître à l’univers une fois qu’il eut

(i) Les Amazones. Leur nom signifie sans mamelle, de « privatif, et de mamelle. Elles bridaient la mamelle

droite de leurs filles, afin qu'elles pussent mieux tirer de l’arc en combattant.

20<> LA NAUTICA. 1,1 BHO IV.

Il nome e 1’ arme in Oriente sparse.

Qu\ non longe ad Ormusse, incontra il seno Che il Perso e l’ Indo mar confonde e mesce, Il notator da le più basse arene Suole a 1’ onde involar candide e chiare Perle, onde il manto e la pomposa cliioma, Per far di se superba altéra mostra,

Soglion ornarsi ,e le gran donne e i régi.

Sardonici, piropi, e crisopazii Porgon l’ Indiche arene , e ne le selve Spiega ivi al vento i rami il denso e nero Ebano , onde formar capaci vasi Il fabbro suol sovra il volubil torno,

Perché di gemme sparsi, e cinti d’ oro Siano a le ricche mense ornato regio.

Odorifero quivi il grave tronco De 1’ agalloco nasce, onde conduce Copia rapido il Gange , allor che pieno E gonfio vieil per le distrutte nevi De’ monti inaccessibili d’Imavo,

Tronco, onde soglion poi con altri rami Di care piante il rogo alto e funebre Preparar gl’ Indi a le infeliei amate De’ loro estinti duci, iniqua legge,

Fiero ed empio costume, allor che appresta Il ministro le fiamme, ond’ egli incenda De 1’ esangue marito il freddo busto :

répandu en Orient la terreur de ses armes et de son nom. Ici, non loin d’Ormus, dans le golfe où se mêlent et se confondent les mers de l’Inde et de la Perse, des plongeurs, explorant les sables les plus profonds , dérobent aux ondes de blanches et d'éclatantes perles , dont les rois et les femmes des grands ont soin d’orner leurs vêtements et leur noble front, afin d imposer aux yeux par la majesté de leur parure. Dans les sables de l’Inde se trouvent les sardoines, les rubis et leschrysoprases ; et dans ses forêts se déploient les rameaux de l’épais et noir ébénier, dont le bois façonné au tour sert à former ces vases énormes qui , entourés d’or et parsemés de pierres précieuses, ornent les tables somptueuses des rois. C'est aussi dans ce pays que croit l’arbre odoriférant de l’aloès, dont le Gange rapide charrie de lourds et de nombreux débris , alors qu’il déborde gonflé par les neiges qui s’échappent des montagnes inaccessibles de l’Immais; arbre que les Indiens, par une loi inique, par une coutume impie et barbare, emploient avec d’autres bois précieux, à former le bûcher funèbre destiné aux malheureuses veuves de leurs rajahs ; pendant que le prêtre dispose le feu qui doit brûler le corps inanimé de leurs maris, ces victimes infortunées,

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