‹ La nécropole de MyrinaChapitre 110 sur 488 · Catalogue, nos 124 à · texte numérisé non relu

Catalogue, nos 124 à

5. Par exemple les exemplaires du tombeau B, nos 131 à 140, 146, 147.

LES FIGURINES DE TERRE CUITE

blent s’élever dans un essor rapide, comme cet essaim plaintif des âmes dont parle Homère et que la baguette divine d’Hermès conduit aux rives de l’Hadès L C’est là, en effet, la signification que nous proposerions d’attribuer à ces figurines ailées qui diffèrent complètement de caractère avec la troupe rieuse des Eros occupés à tous les jeux de l’enfance. Ceux-ci sont nus comme le dieu de l’amour; leur attitude n’exprime que la joie et la gaieté. Ceux-là sont toujours drapés, et la façon dont ils voilent leurs traits, leur physionomie pensive, leur tête baissée, leur donnent une sorte d’aspect mystérieux. Le grand nombre de ces figurines nous avertit en même temps qu’elles jouent un rôle important dans l’ameublement funéraire des tombes; nous y verrions donc volontiers des cfiWa, qui personnifiaient sous leur forme ailée et avec le costume ordinaire des mortels les âmes des morts enfermés dans le tombeau. Est-ce d’ailleurs un motif nouveau dans l’art grec? Les peintres de vases n’ont-ils pas aussi placé dans les scènes funéraires des e'CwXa 2? Et la même différence d’attitude n’existe-t-elle pas entre leurs Eros qui, dans les scènes de gynécée ou les banquets, représentent la jeunesse et l’amour, et ces petites âmes ailées qui participent dans les scènes funèbres aux regrets et aux lamentations des assistants? Il n’est donc pas étonnant que l’analogie se retrouve dans les terres cuites. Une circonstance particulière nous a d’ailleurs permis de croire qu’en certains cas les personnages ailés ont une signification spécialement funéraire : c’est qu’on a trouvé dans la nécropole deux ou trois tombeaux qui ne contenaient avec les ossements que des ailes, déposées en assez grand nombre, sans aucune statuette. N’est-ce point là une allusion évidente à la nature de IVîSwXov, être ailé sous la forme duquel on se figurait le mort dans son existence mystérieuse d’outretombe 3?

L Homère, Odyssée , xxiv, 1-H.

2. Stackclberg, Graeber der Hellcnen, pi. 48; Bcnndorl, Gr. u. Sicil. Vasenb., pl. 14, 33; Pottior, Etude sur les lécythes blancs, p. 73 à 79, pl. 4.

3. On verra peut-ôlrc une certaine ressemblance entre Pinlerprélation que nous proposons ici et la théorie indiquée dans quelques pages de M. Froehner ( Terres cuites d’Asie, p. 21, 41, 55). Mais le lond des deux idées est très différent,. M. Froehner veut voir l’enfance transformée en eïd-Aa. et divinisée après la mort dans la foule des petits Éros joueurs dont nous avons parlé plus haut. Nous attribuons au contraire ces représentations au cycle d’Aphrodite

Notons encore une forme de l’Éros funéraire, qui ne figure pas dans la collection du Louvre, mais dont la nécropole de Myrina a cependant fourni quelques exemplaires. C’est la représentation bien connue de l’Éros nu et debout, appuyé sur une torche renversée, dans une attitude triste et pensive; on sait combien cette représentation est devenue commune à l’époque romaine, en particulier sur les sarcophages sculptés. Nous ne possédons ici qu’un type qui se rapproche de ce genre: c’est Éros couché sur un lit et comme accablé par le sommeil de la mort; sa main tient la torche renversée h La scène de banquet est, croyons-nous, assez nouvelle comme représentation en terre cuite 2. Un spécimen de ce sujet, analogue aux nôtres, a été publié par M. Froehner et provient aussi d’Àsie- Mineure3; trois ou quatre autres groupes viennent de Grèce ou de Crimée 4. On sait qu’en Attique le banquet figure sur un grand nombre de stèles funéraires; M. Albert Dumont a montré comment cette représentation est particulière à certaines régions et ne se trouve pas dans d’autres 5. En Asie-Mineure, nous voyons qu’elle a fourni matière non-seulement à des sculptures de bas-reliefs funéraires, mais encore à des groupes de terre cuite. La présence de ce sujet déposé avec le mort lui-même dans le tombeau paraît confirmer l’interprétation donnée par M. Dumont qui veut y voir, en général, une allusion aux vexucia, repas offerts par les survivants aux défunts héroïsés, et auxquels les morts eux-mêmes, couchés sur dos lits comme les divinités dans les lectisternes , sont censés prendre part G. Par une conception facile à l’esprit religieux, le

et au goût, de l’époque pour le sujet essentiellement décoratif des Amours. A Pompéi, dont les fresques dérivent des œuvres de Part alexandrin, ils jouent un rôle considérable et n’ont assurément aucune signification funéraire. Nous donnons le sens d’sïü' u).v. à de petites figurines ailées, mais drapées, et différentes par leur costume et leur attitude des Éros ordinaires.

L Catalogue, n° 123.

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