‹ La nécropole de MyrinaChapitre 220 sur 488 · PLANCHE IV · texte numérisé non relu

PLANCHE IV

Naissance d’Aphrodite . — Voy. Catalogue , n° 45. Ce groupe est le plus important que nous ayons trouvé à Myrina , si Ton tient compte du nombre des personnages h Nous y avons vu une marque de l’influence exercée sur l’art des coroplastes par les écoles asiatiques du me et du 11e siècle qui avaient un goût particulier pour les groupes compliqués et nombreux1 2. L’importance du rocher sur lequel est assise la déesse, les accessoires placés à la base, la différence des plans qui montre les figures échelonnées, en quelque sorte, à des étages successifs, nous rappellent le procédé de composition dont le Taureau Farnèse est resté l’exemple le plus célèbre 3. Le groupe de Myrina offre un aspect plus simple, mais il dérive sans doute d’une œuvre sculpturale ou d’une peinture de l’époque hellénistique dont nous retrouvons une imitation un peu différente dans les terres cuites de Crimée. Il représente l’épisode bien connu de la naissance d’Aphrodite.

Le premier sculpteur qui, à notre connaissance, ait pris pour sujet cette scène mythologique est Phidias : il avait orné la base du trône du Jupiter Olympien d’un relief où l’on voyait, à côté d’autres divinités, Éros recevant Aphrodite à sa sortie du sein de la mer et Peitho couronnant la déesse 4. La composition en était certainement différente de celle que nous voyons ici, mais nous y reconnaissons le même sujet et les mêmes personnages. La déesse est assise sur un rocher, près du rivage, comme l’indique le coquillage placé à ses

1 . Comme groupes analogues en importance, provenant de Myrina, cf. Frœhner, Terres cuites d'Asie- Mineure, pl. 17, 24; v. ci-dessus, p. 4.

3. Overbeck, Geschichte der Plastik , n, fig. 136. Comparez, comme procédés analogues dans un autre sujet, un groupe de Mantoue, Clarac, Mus. de sculpt. pl. 704 C, n° 1683 F, Satyre assis sur un rocher.

4. Pausanias, v, n, 8. Il n’y a pas à tenir compte des restitutions de cette scène proposées par (Jualremère de (Juincy, Jupiter Olympien, pl. xv, et par Gerhard, Akademische Abhanlungen, pl. xvir, 2. On y voit des motifs hellénistiques qui ne sont certainement pas dans le caractère d’une œuvre du ve siècle. Le document le plus important à consulter, probablement du v° siècle, est la petite plaque d’argent doré du Musée du Louvre, publiée par M. de Witte, Gazette archéologique, 1879, pl. 19, n° 2, p. 171; cf. aussi Arch. Zeitung, 1830, pl. 17, n° 2, relief de sarcophage.

DESCRIPTION DES PLANCHES

pieds. Elle vient do sortir des flots et procède aux premières ablutions qui la débarrasseront do l’écume légère dont son corps est couvert. La position des bras indique sans doute qu’elle tenait de la main droite un flacon à parfums et le versait sur sa main gauche ou dans une patère. En bas, le jeune Éros contourne le rocher et apporte en toute hâte un vase rempli d’eau. Une divinité féminine, debout sur le plus haut sommet du rocher, domine la scène à laquelle elle semble présider : on serait tenté d’y reconnaître Peitho1. Le bras droit étendu portait peut-être un accessoire, par exemple une couronne, ce qui compléterait l’analogie avec le relief du Jupiter Olympien ; mais il me semble que, dans ce cas, elle tiendrait plutôt la couronne du bras gauche, au-dessus de la déesse. La tête d’Aphrodite manque très malheureusement, ce qui dépare l’aspect d’ensemble de ce joli groupe; malgré des recherches minutieuses, il a été impossible de la retrouver et il paraît évident que, suivant un usage fréquent à Myrina, le groupe avait été mis en morceaux avant d’être déposé dans la tombe et que la tête avait été jetée en dehors 2.

La légende de la naissance d’Aphrodite sortant de la mer a donné lieu à des oeuvres célèbres en sculpture comme en peinture : c’est surtout Praxitèle et ses successeurs qui, dans la plastique, en ont varié à plaisir les motifs 3. La composition que nous venons d’étudier se rattache, croyons-nous, à une époque un peu postérieure; mais jusqu’à présent nous ne connaissons pas de groupe sculptural qui puisse passer pour le modèle dont les coroplastes se sont inspirés. Parmi les terres cuites un type très répandu pour représenter la naissance d’Aphrodite est celui de la femme nue, agenouillée dans la double valve d’un coquillage ouvert4.

1. Comparez le relief de Naples (. Museo Borbonico, ni, pl. 40) où Peitho, assise sur un haut pilier, préside à la réconciliation d’Hélène et de Paris par les soins d’Aphrodite et d’Éros. Je ne partage pas l’opinion de M. Wolters (Gipsabgüsse, n° 1873, p. 741) qui, malgré l’inscription gravée près de Peitho, préfère y voir une divinité locale. Sa place me semble très naturelle près d’Aphrodite, comme dans le relief de Phidias, et placée au-dessus d’elle, ainsi que dans le groupe de Myrina. Panofka explique aussi comme Peitho la ligure ailée assise derrière Vénus dans le relief de sarcophage, Arch. Zeit., I. c., p. 183.

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