PLANCHE XVI
Éros enfant lançant une pomme ou une balle . — • Yo y. Catalogue , n° 61. Melléphèbe au ve, ophèbe au ive siècle, Éros devient enfant à l’époque alexandrine. C’est sous cette forme qu’on le rencontre le plus souvent dans les œuvres des coroplastes, dans les peintures de Pompéi, sur les sarcophages et les bas-reliefs gréco-romains. 11 ne s’agit plus, dans ces gracieuses images, d’une personnalité mythologique bien définie : l’art transporte dans le monde idéal des sujets de genre, il divinise l’enfance avec ses caprices, ses jeux, son espièglerie, l’imitation même de la vie des « grandes personnes » où elle se complaît. Les attributs donnés aux Éros alexandrins ne se rattachent souvent à aucune tradition mythique : ces enfants ailés, à l’exemple des enfants sans ailes, prennent volontiers tout ce qui leur tombe sous la main *. Éros lançant une balle ou lançant une pomme sont des représentations également fréquentes 1 2. Le caprice d’un coroplaste suffisait à transformer en sphère ou en fruit un attribut qui reste souvent indistinct.
Il faut remarquer, dans la figurine de Myrina, la double chaînette croisée sur la poitrine autour d’un médaillon ou d’une amulette et le bracelet en forme de serpent sur la cuisse droite. Les chaînettes, qui ne paraissent dans les monuments grecs qu’à l’époque alexandrine 3, sont l’imitation d’une mode orientale. On y reconnaît
1. Cf. Furtwaengler, article Éros dans le Lexikon der Mythologie, p. 1366-68.
2. Le jet de la pomme est une invitation à l’amour (Aristophane, Nubes, v. 983, 981; Virgile, Bucoliques, ni, v. 64.) Cf. Gazette archéologique, 1875, p. 117, 118; 1880, p. 31; Archaeologische leitung, 1873, p. 38; Compte-Rendu de Saint-Pétersbourg p. 1860, p. 86; 1863, p. loi; 1869, p. 160; 1871, p. 69; 1873, p. 17; Welcker, Ad Philostrati imag., I, 6. L’habitude des courtisanes d’attirer l’attention en jetant une pomme avait donné naissance au verbe pnloSoleïv; cf. Rajet, Gazette des Beaux-Arts, 1878, p. 356. Dans une épigramme de Y Anthologie Palatine (ix, 576), Aphrodite se plaint que Pallas lui ait ravi la pomme, attribut qui lui appartient en propre (tpàv de rà pnlov ùizc/.pyji.) Il nous semble inutile d’expliquer la balle d’Éros sphériste par le rôle que jouait la sphère dans les mystères dionysiaques; on a beaucoup trop invoqué la sphère cosmique dans l’interprétation de simples sujets de genre. Pour des représentations d’Éros lançant la balle, voy. Kékulé, Thonfiguren von Tanagra, pl. 4 et suiv.; Heuzey, Figurines du Louvre, pl. xlii, 2; Biardot, Terres cuites, pl. xiv, 2, 3 ; Blümner, Archüologische Sammlung in Zurich, pl. 3; Gazette archéologique, 1880, p. 31, pl. 4; Martha, Figurines en terre cuite d’Athènes, nos 362, 363, 364, 901, etc.
3. En particulier dans les terres cuites et les peintures : Clarac, Musée, pl. 666 F, n° 1554 D; pi. 747, n° 1805 ; de Witte, Cabinet Janzé, pl. 39 ; Panofka, Terracotten zu Berlin, pl. 26,28;
les catenae portées par les femmes romaines du temps de Pline h Les bracelets des jambes s’appellent 7 -epicxeXîSe;, xepfocpupa ou xéSai *, mais les textes mentionnent seulement ceux qui étaient placés audessus des chevilles. Toutefois on a déjà signalé quelques figurines en terre cuite où la cuisse est entourée d’un anneau semblable 3 et cet ornement est très fréquent dans les peintures de vases de la décadence 4. L’aspect serpentiforme des bracelets était si ordinaire qu’il leur avait valu le nom de serpents, o<pei; 5. Dépourvus de fermoir, ils adhéraient par l’élasticité du métal, comme un serpent qui s’élève sur un tronc d’arbre en l’enlaçant.
L’ensemble de cette figurine est lourd et le mauvais goût du coroplaste s’accuse par la complication de la chevelure, inutilement surchargée de pastillages et de bandelettes. Aux coiffures élégantes et simples de l’époque classique, l’art alexandrin tendit à substituer des arrangements pleins de recherche que la mode exagéra encore à l’époque romaine, comme par un retour aux formes orientales que l’art grec archaïque avait imitées 6. La coiffure n’a plus pour objet de faire valoir la souplesse naturelle des cheveux, mais bien plutôt de la dissimuler sous des ornements multiples ou par des contorsions laborieuses qui lui donnent une apparence métallique. Comme rien n’est plus facile, dans l’art des coroplastes, que d’ajouter des tresses, des feuilles et des pastillages, la terre cuite se prêtait par-
Biardot, Terres cuites , pi. xxv, 2; Helbig, Wandgemàlde, n° 967, pl. xi (— Saglio, Dictionnaire, fig. 530); Museo Borbonico, t. II, pl. 35; Monaco, Monuments du musée deNaples, 1882, pl. 27; Bitture d’Ercolano, t. IV, pl. xxvm (= Saglio, fig. 1247); Baumeister, Denkmàler, 1. 1, p. 623; Saglio, ibid., fig. 1246; Clarac, Musée, pl. 114 ter; Ileuzey, Catalogue des figurines, p. 33; Stephani, Compte-Rendu p. 1860, p. 80, 103 ; 1861, p 40; 1862, p. 36; 1864, p. 239; 1870, p. 112,221,223; 1873, p. 6; 1877, p. 259; 1880, p. 51, 115, 127, 128 et la notice de noire pl. 1, ii° 2, p. 264.
1. Pline, Ilist. Nat., xxxm, 39, 40; cf. Saglio, Dictionnaire, p. 970; Hübncr, Eermes, I, p. 356.
2. Mœris, p. 208, 19, Bekker ; Pollux, Onom., v, 99; Alciphron, Fragm. 4. Cf. Hermann- Blümner, Griechischc Privatallerthümer , p. 200; Marquardt, Privatleben der Rimer, p. 685; Hübner, Ilermes, I, p. 352.
3. Atlas du Compte-Rendu p. 1868, pl. I, n° 14; 1877, pl. v, n° 7; 1880, pl. vi, n° 12; Antiquités du Bosphore Cimmérien, pl. 72, 1. Une statuette d’Isis était ornée d’émeraudes in tibiis (Hübncr, Ilermes, t. I, p. 347.)
4. Il orne surtout les figures d'Éros (Stephani, Compte-Rendu p. 1868, p. 56.)
5. Saglio, Dictionnaire, I, p. 436; American Journal of archaeology, 1885, p. 321.
6. Voy. plus haut, p. 156; art. Coma dans le Dictionnaire de Saglio, p. 1361; Weiss, Kostûmkundc, t. Il, p. 989; Bottiger, Sabina, I, p. 141; Krause, Plotina , p. 191.
DESCRIPTION DES PLANCHES
ticulièrement à des raffinements puérils dont les figurines de Myrina offrent plus d’un exemple. On se demande comment de pareilles coiffures pouvaient résister à un mouvement un peu brusque; mais
la fantaisie du coroplaste n’est pas tenue de nous l’expliquer.