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III. Terre contenue dans les tombes

Lorsqu’on a soulevé les plaques d’un tombeau fermé, on le trouve en général rempli de terre jusqu’en haut (fig. 3, 4, 5, 6). Il y a toutefois quelques exceptions. Dans la partie qui avoisine l’acropole, beaucoup de tombeaux contenaient seulement une couche de terre très mince dans le fond de la caisse; il y en a même qui étaient complètement vides. C’est surtout le cas pour les sarcophages à couvercle; le fond en était à peine garni de 0m,02 à 0m,03 centimètres d’une fine poussière h

Notons encore qu’on a souvent reconnu une différence de consistance dans la partie supérieure de la terre et dans celle qui touche aux ossements. Cette dernière est généralement plus fine, quelquefois en poussière; elle ne se détache pas en mottes,] elle n’est pas mêlée de gravier ni d’éclats de tuf. Il semble qu’on l’ait choisie pour couvrir le corps ou même qu’on l’ait passée au crible. La même terre criblée s’est trouvée dans des vases contenant des ossements incinérés 1 2.

IY. Ossements.

Le tombeau ouvert et la terre enlevée, on constate dans presque tous les tombeaux la présence d’ossements déposés dans le fond (fig. 3, 4, 5, 6). Ces ossements sont plus ou moins bien conservés, ce

1. Cf. plus loin les procès-verbaux des fouilles, tombeaux nos 12, 27, 28, 96, 98.

2. Nous avons eu occasion de signaler un détail semblable dans des fouilles de tombeaux faites à Athènes; cf. Bull, de Corr. Ilellén., III, p. 128. La terre touchant les ossements était aussi plus fine et plus propre.

qu’il faut attribuer en premier lieu à la qualité de la terre qu’on a jetée sur le corps. Nous avons remarqué une centaine de tombeaux qui ne paraissaient pas contenir d’ossements. Mais il faut observer qu’en certains endroits la terre peut renfermer de la chaux dont l’action destructive a réduit le squelette en poussière. Ces tombes vides d’ossements se sont rencontrées presque toutes dans la même région, sur la pente de la grande colline au N. E.; de plus, elles étaient soigneusement remplies de terre et plusieurs contenaient des objets, ce qui n’est pas le caractère propre aux cénotaphes ; dans le même emplacement, on a constaté plusieurs fois la trace d’ossements presque impalpables, non pas calcinés, mais réduits en poussière, comme sous l’action dissolvante de la terre.

Ailleurs les ossements sont en général bien conservés et permettent parfois de constater le sexe et l’àge du mort. Les crânes sont souvent intacts et les dents dans un remarquable état de conservation. Une vingtaine ont été expédiés au musée anthropologique du Trocadéro et ont fait l’objet d’une étude de M. Zaborowski h

On sait que dès l’époque homérique, en Grèce et dans les colonies, l’inhumation et l’incinération des corps ont été pratiquées en même temps 1 2. Nous trouvons, en effet, dans la nécropole Mvrinéenne ces deux modes de sépulture employés simultanément. L’inhumation y est d’un usage beaucoup plus fréquent 3; ce qui est naturel, puisque c’est le moyen le moins dispendieux. Nous avons constaté surtout dans les sarcophages la présence d’ossements calcinés. L’incinération a dû être faite en général en dehors du tombeau, dans des ustrinae , comme les appellent les Romains, plus rarement dans le tombeau même dont les parois portent alors les traces du feu 4. Les restes calcinés reposent au fond de la caisse de tuf ou du sarcophage; ils sont parfois placés dans un vase de terre ou de métal 5; les menus objets

1. Bulletin de la Société d' Anthropologie de Paris , 3e série, t. IV (1881), p. 234 et suiv.

2. Cf. Hermann, Lehrhuch der griechischen Privatalterthümer, édit. Blümner, p. 373-373; Becker, Chariklès, édit. Gôll, III, p. 134; Marquardt, Privatleben der Borner, I, p. 362; Stackelberg, Graeber der Hellenen, Einleit., p. 13; Compte-rendu de Saint-Pétersbourg p. 1839, p. 8.

3. Même remarque à Tanagre; Ilaussonllier, op. laud., p. 76; cf. Hermann, op. laud., p. 374.

4. Voir plus loin la description du tombeau nos 98, 101. Cf. Annali de II’ Inst., 1884, p. 227-

3. Voir plus loin la description des tombeaux nos 31, 108, 110.

qu’on ensevelit avec le mort, strigiles, aiguilles, petits vases, etc., se trouvent mêlés à ces ossements. Il arrive quelquefois que le même tombeau réunit les deux modes d’ensevelissement et que des squelettes inhumés reposent à côté d’ossements calcinés h

La position du corps inhumé est à peu près uniforme; il est couché sur le dos, dans le fond de la caisse, les bras allongés le long du corps (fi g. 3, 4, 5, 6). Cette position varie quand plusieurs morts sont ensevelis ensemble, ce qui est un fait assez commun dans la nécropole. Beaucoup de tombeaux contenaient deux et trois corps, couchés en sens inverse dans le fond de la fosse (fig. 3), parfois superposés et comme enchevêtrés. En plusieurs endroits c’étaient de véritables ossuaires, sortes de fosses communes (iraXuàvSpia, xoivo-à<pia) où les ossements étaient confondus, à peine recouverts de terre et mêlés de poteries grossières en morceaux 2. Cette communauté de sépulture pour les membres d’une même famille enfermés dans un seul caveau, ou pour les pauvres jetés dans la même fosse, nous autorise à croire que les rites religieux des Grecs n’interdisaient pas de rouvrir le tombeau pour y enterrer successivement plusieurs personnes, car il est inadmissible que tous ces morts aient été déposés en même temps à cette place. Un tombeau, qui sera décrit plus loin 3, permet de constater plus sûrement encore un double ensevelissement fait à des époques différentes : un mort repose avec quelques objets dans le fond de la fosse; au-dessus de lui, deux autres morts ont pris place, mais séparés du précédent par une couche d’humus. On voit que la tombe a été rouverte, la terre enlevée jusqu’à une certaine profondeur, et les corps déposés sur la couche où reposait déjà un membre de la même famille h

A côté des ossements humains on a découvert deux ou trois fois des ossements d’animaux, soit de chiens, soit de chevaux, ou même de

L Voir la description du tombeau n° 95.

2. Sur le 7ro).ucLrjptov ou xon/orayiov, cf. Hermann, op. Iciud ., p. 375.

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