‹ La nécropole de MyrinaChapitre 341 sur 488 · Cf. Furtwângler, Z. c., p · texte numérisé non relu

Cf. Furtwângler, Z. c., p

3. Ibid., p. 9-12. Il y a un grand intérêt à rapprocher aussi de ce monument une figure de la frise du monument de Lysicrate, un jeune Satyre imberbe, avec la nébride sur le bras gauche, les jambes écartées, le pied gauche soulevé sur l’extrémité des doigts, le bras droit levé et tenant le pedum ; il offre beaucoup d’analogies avec le Satyre de Pergame, sauf la tête qui conserve le caractère de noblesse particulier aux Satyres du iva siècle. Comme ce monument est daté (334 av. J.-C.), on en peut conclure qu’au ive siècle le motif était déjà formé dans ses traits essentiels.

4. Cette peinture de Pompéi, qui était inédite, a été gravée dans le Satyr aus Pergamon,

DESCRIPTION DES PLANCHES

Hermès, mais un jeune Satyre, dans une attitude absolument semblable à celle de la statue d’Olympie, le bras droit élevé tenant une grappe de raisin 1 qu’il montre à l’enfant assis sur son bras gauche et qui n’est plus Dionysos enfant, mais un petit Éros ailé. Bien que l’enfant soit placé à sa gauche, le Satyre tourne la tête vers sa droite, comme dans la figurine de Myrina, ce qui est encore une modification importante à noter. Les variantes du même sujet se voient dans des reliefs de sarcophages où les Satyres portant un enfant prennent place dans le cortège bachique ; au lieu de montrer à l’enfant une grappe de raisin, c’est un masque scénique 2, une petite panthère 3, un simple pedum 4, qu’ils élèvent en l’air de l’autre main.

A la draperie qui pend sur le bras gauche de l’Hermès de Praxitèle se substitua naturellement la nébride, une fois que le personnage du Satyre fut adopté. L’idée de remplir de fruits le pan de cette nébride a dù suivre de près; on sait combien ce motif est devenu fréquent dans la représentation des divinités champêtres, protectrices des moissons et des récoltes 5. C’est une addition ingénieuse

pl. ni, n° 6. Une autre peinture de même provenance, qui reproduit plus exactement encore le type de la statue de Praxitèle, vient d’être publiée par M. von Rohden, Jahrbuch des dent. Instituts, 1887, pl. 6. 11 est bien entendu que nous n’établissons pas ici de suite chronologique entre les œuvres mêmes que nous citons, mais entre les prototypes supposés de ces œuvres. Par exemple, il est certain que la peinture de Pompéi, quoique postérieure au Satyre de Myrina, dérive d’un type plus ancien que ce même Satyre, puisqu’on y retrouve tous les traits de l’Hermès du ive siècle.

1. Ce détail est très concluant pour lu restitution de l’accessoire dans la main droite disparue de l’Hermès d’Olympie; il se trouve aussi dans la figure publiée par M. von Rohden. Cf. un autre Satyre analogue, mais sans le petit Bacchus,avec la grappe de raisin élevée dans la main droite ; Furtwângler, Satyr aus Pergamon, pl. m, i.° 4, Voy. aussi une monnaie de Zante, Miiller-Wieseler, Denkm. d. ait. Knnst , n, pl. 35, n° 410. Sur les répliques de PHermès d’Olympie, cf. Arch. epigr. Mittheilungen aus CEsterreich , ii, pl. 1; Benndorf, Vorlegeblàtter fur arch. Uebung., Série A, Vienne, 1879; A. Smith, Journal of hell. Stud ., 1882, p. 81 et suiv.; Waldstein, Ibid., p. 107: Rohden, Jahrbuch des deut. Inst., 1887, p. 66. M.de Villefosse a présenté récemment à l’Académie des Inscriptions une statuette de bronze, trouvée en France, représentant Mercure tenant sur le bras gauche Bacchus enfant et élevant de la main droite une grappe de raisin.

2. Mus. Pio Clement., v, pl. 8; Millin, Galerie Mytholog., i, pl. 63, n° 241.

3. Clarac, Mus. de sculpt., ii, pl. 127, n° 148. Le motif est renversé; l’enfant est placé sur le bras droit, la panthère dans la main gauche élevée.

4. Gerhard, Antike Bildioerke, pl. ex, n° 1. Une statue en forme d’Hermès, ibid., pl. cii, donne une autre variante, un lapereau dans la main droite.

5. Représentations de Satyres : Mus. Pio Clement., m, pl. 42; Clarac, Mus. de sculpt., iv, pl. 694 D, n° 1685 A; pl. 706, n°s 1684, 1685, 1687; pl. 716, n° 1707; pl. 716 D, n° 1685 E, etc! — Représentations de Vertumne et de Silvain : Clarac, ni, pl. 345, n° 817; pl. 446, n° 816: pl. 447, nos 817 A, 819; pl. 448, n° 818; pl. 449, n° 820; Millin, Gai. Myth., i, pl. 91, n° 291;

au sujet primitif : elle consiste à amuser le jeune Dionysos avec un fruit qu’on lui présente. Nous voyons maintenant d’où vient cette grappe de raisin; le Satyre l’a prise dans le pan de sa nébride et il la montre en riant à son jeune nourrisson. Tel devait être le sujet d’une statue, actuellement à Londres, qui représente un Satyre portant le jeune Dionysos sur la main gauche et dont la nébride est remplie de fruits; son bras droit élevé est malheureusement cassé et on l’a restauré avec un pedum dans la main *. Nous croyons que, d’après les sujets précédemment indiqués, on pourrait plutôt penser à un fruit 2.

Quoi qu’il en soit, la combinaison de la nébride pleine de fruits avec le petit Dionysos a pu déterminer un changement notable dans la composition du sujet qui jusqu’alors conservait, malgré quelques variantes, une ressemblance précise avec le type classique de l’Hermès de Praxitèle. On remarquera, en effet, dans la statue de Londres, qu’en ajoutant simplement la nébride pleine de fruits à côté du jeune dieu, l’artiste a nui à l’équilibre de la figure. Le bras gauche porte le poids de deux lourds objets, pendant que le bras droit manie un accessoire très léger. L’enfant ne trouve plus de place pour s’asseoir que dans la main même du Satyre, au lieu d’être solidement

h, pl. H 6, n° 289. — Représentations d’Éros et d’enfants : Clarac, u, pl. 134, n° 182; pl. 135, n° 119; A noient Marbles in the brit. Mus., v, pl. 9, n° 4; Journal of hellenic stud., 1883, p. 272. — Représentations de Pomone et de Bacchantes : Clarac, ni, pl. 275, n° 1645; pl. 442, n° 806; iv, pl. 575, n° 1235, etc. — On trouve môme ce geste attribué à Hercule; Clarac, v, pl. 796, n° 1990; Mus. Borb., i, pl. 76.

1. Gerhard, Antike Bildw., pl. cm, n° 1; Furtwangler, l. c., pl. ni, n° 1.

2. M Furtwangler (p. 14) croit juste la restauration du pedum, en invoquant l’exemple d’une statue de Naples du même genre, où le bout du pedum antique est conservé (Gerhard, Neapels ant. Bildw., n° 34). Ce type a évidemment existé, mais nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de restituer d’après lui toutes les statues du même genre. On remarquera combien le motif obtenu est lourd et disgracieux. Comme le remarque lui-même M. Furtwangler (p. 14), il y a là une sorte de contaminatio de trois sujets qui n’ont pas entre eux de rapports nécessaires : 1° le Satyre menaçant une panthère de son pedum, 2° le Satyre avec la nébride pleine de fruits, 3° le Satyre portant Dionysos enfant. La création de ce type appartient sans doute à une époque assez tardive, où les effets se compliquent outre mesure, aux dépens de l’élégance. Si l’on suppose, au contraire, comme motif initial, un fruit, grappe de raisin ou pomme, dans la main droite élevée, on obtient un sujet plus simple, plus artistique, et qui est certainement un type classique. Cf. une statue du Museo Capitolino, ni, pl. 33; Clarac, iv, pl. 694 D, n° 1685 A; Lübke, Geschichte der Plastik, p. 279, lig. 164; on y voit la nébride pleine de fruits, et la main qui tient la figue est antique. C’est de celte façon que nous voudrions aussi restaurer le joli torse en marbre du Musée de Berlin (Furtwangler, pl. n) dont l’exécution dénote assurément une composition élégante.

DESCRIPTION DES PLANCHES

maintenu sur l’avant-bras h D’autre part, le moindre mouvement de cet enfant doit faire tomber les fruits du pan de la nébride, qui n’est plus tenue par la main 2. Le problème fut sans doute résolu d’une façon très simple en transportant l’enfant du bras gauche sur le bras droit abaissé, de telle sorte que le poids de l’enfant à droite fit équilibre au poids de la nébride remplie de fruits à gauche; mais, dès lors, nous commençons à perdre de vue l’attitude primitive, et nous voyons que, par une série de transformations successives, dont les monuments attestent encore l’existence, on aboutit à une composition entièrement neuve, qui n’a guère plus de commun avec le type initial que le sujet lui-mêmevC’est cette attitude nouvelle qu’a choisie l’artiste dont s’inspirait le coroplaste de Myrina; mais, avec cet esprit ingénieux qui faisait, à cette époque, rechercher les mouvements hardis, au lieu de montrer l’enfant tranquillement assis sur le bras droit abaissé, il l’a juché sur le biceps de ce bras écarté du corps à angle droit, sans autre appui que la main du Satyre qui empoigne solidement le bras de l’enfant et l’empêclie de glisser; motif gracieux et spirituel qui donnait lieu à d’heureux contrastes entre la figure riante du Satyre, amusé de ce jeu, et la pose de l’enfant à la fois ravi et effrayé de sa position élevée, le bras gauche cherchant un autre point d’appui, la jambe droite repliée sous lui, par crainte de glisser dans le vide.

L’attitude toute particulière du petit Dionysos est une donnée des plus intéressantes pour l’histoire de ce type dans l’art grec. L’invention en revient-elle uniquement aux artistes du me ou 11e siècle? Nous ne le croyons pas. Un sculpteur de Corinthe, qui vivait dans la première moitié du ive siècle (vers 364), Euphranor, avait représenté Latone portant ses deux enfants, Apollon et Diane 3, et sur une monnaie d’Éphèse, qui représente ce groupe, on voit distinctement l’un des deux enfants placé de la même façon sur le bras droit élevé,

1. Ce motif est reproduit dans une série de statues dont le groupe du Louvre, Hercule portant Télèphe, est le plus important spécimen (Bouillon, Mus. des Antiq ., it, pl. 3; cf. Mus. Pio Clement., n, pl. A, nos 1 et 4, monnaies).

2. Pour cette raison encore, nous ne croyons pas que le motif de la statue de Naples et de la statue de Londres (si elle est bien restaurée) doive être regardé comme un type classique de bonne époque, sur lequel on puisse se régler pour les restaurations à faire.

3. Pline, Hist. Nat., xxxiv, 77; Ovcrbeck, Schriftquellen, n° 1798.

les jambes pendantes, le bras tenu solidement par la main droite de sa mère l. Il y a donc là probablement un emprunt fait à un motif plus ancien du ive siècle, ce qui n’est pas du tout éloigné des habitudes de l’art hellénistique 2. Nous retrouvons le même geste dans une peinture à fresque des environs de Rome 3 et dans quelques reliefs de sarcophages romains 4, appliqué à des Satyres ou à des Centaures qui portent de la même façon de jeunes enfants ou des Éros; ce qui donne à penser que ce motif ingénieux était devenu lui-même un type classique 5. A notre avis, le geste indiqué par la statuette de Myrina est donc un élément dont on doit tenir grand compte dans les conjectures que l’on fait pour les restaurations possibles de statues antiques; bon nombre de Satyres, actuellement restaurés avec le pedum ou une grappe de raisin dans la main droite élevée, ont pu reproduire l’arrangement myrinéen, surtout quand la tête est tournée vers la droite du personnage et un peu levée, comme c’est le cas pour une statue de Naples (restaurée avec une grappe de raisin dans la main droite) qui offre beaucoup d’analogies avec la nôtre par le mouvement de la tête, des bras et des jambes 6.

Dans cet examen détaillé des différentes parties du Satyre de Myrina, nous n’avons pas encore parlé des jambes dont le mouvement

1. Overbeck, Gesehichte der Plastik, 3e édit., n, p. 87, fîg. 112 B.

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