PLANCHE XXVII
1. Éros funéraire. — Voy. Catalogue , n° 144. Nous avons expliqué précédemment1 2 pourquoi nous faisions rentrer dans la catégorie des sujets funèbres ces petites figurines qu’on a trouvées en nombre considérable dans les tombeaux de Myrina. Nous y joignons
1. Sur ce caractère réaliste de l’art hellénistique, voy. Furtwaengler, l. c., p. 8 et H. Je crois qu’on pourrait y voir aussi un retour aux anciennes formes, celles du vi°et du ve siècle, qui avaient donné aux Silènes, Satyres et Pans, un type bestial très marqué.
2. Voy. p. 150, 151. Des figurines analogues ont été publiées dans la Collection Gréau, pl. 32, 100. Voy. nos planches xn, nos 1, 3, 4, 5; xxxiv, n° o.
DESCRIPTION DES PLANCHES
les représentations de deux motifs qui complètent le cycle funéraire, Eros debout et s’appuyant sur la torche renversée, symbole de la vie éteinte (fig. 47) 1 et Eros couché sur un rocher que recouvre une draperie, dormant avec la torche renversée dans une main (fig. 48, p. 386) 2. Ces deux types, qui sont encore assez rares à l’époque où se place l’ensemble des terres cuites de Myrina 3 deviennent très usités dans l’art romain qui les a répétés à satiété 4.
2. Masque de Démêler , tenant une colombe et une fleur de lotus. — Yoy. Catalogue , n° 192 5. Le style de cette belle figure diffère absolument du caractère hellénistique que nous avons observé dans l’ensemble des produits de Myrina.
Les plans géométriques, l’ovale pur et plein du visage, l’ourlet saillant de la paupière inférieure, le menton fort et le sourire appelé éginétique 6 qui est donné aux lèvres, reproduisent avec précision les traits communs aux figures de la première moitié du ve siècle. Gomment s’expliquer
1. Cette figurine ne fait pas partie de la collection du Louvre. Elle a été reproduite d’après un dessin de JM. Reinach, fait à Ali-Aga.
2. Catalogue , n° 123. Pour les ornements aux jambes, voy. la notice de la pi. xvi.
3. Notons un exemple dans les terres cuites de Sicile, Kékulé, Terracotten von Sicilien, fig. 71, p. 31 ; un autre de Cyrénaïque, Heuzey, Figur. antiq., pl. lii, n° 1 ; un troisième de Crimée, Antiq. du Bosph. Cimmérien, pl. lxx®, n° 8.
4. Voy. comme exemples du premier motif, Müller-Wieseler, Denkm. der Kunst , ii, pl. 53, n° 669; Museo Capitolino , iv, pl. 57; Clarac, Musée desculpt., pl. 650 B, n° 1504 A; pl. 762, n° 1861 ; cf. Stephani, Compte-Rendu de Saint-Pétersbourg p. 1868, pl. ni, n° 2 et p. 67, où il renvoie aux figures analogues. Cette figure funéraire est parfois représentée en costume phrygien; Annali dell’ Inst., 1864, pl. l, net n. - Pour le second motif, Müller-Wieseler, ii, pl. 52, n° 661; Clarac, pl. 643, 644, 761, 761 B, 762, etc., avec divers attributs dans la main d’Éros; Gerhard, Antike Bildwerke, pl. 77; Garrucci, Muséum Lateranense, pl. 40. — Cf. sur ces deux types Furtwængler, Bullettino dell' Inst., 1877, p. 121 ; art. Éros dans 1 oLexikon der Mythol. de Roscher, p. 1369, 1370; Collignon, art. Cupido dans le Dict. des Antiq. de Saglio, p. 1609, 1610 et les vignettes dans le texte.
5. Voy. le procès-verbal du tombeau n° 96, p. 91. Cf. Catalogue , n° 191.
6. Sur ce trait de l’art archaïque, voy. les remarques de M. Heuzey, Catalogue des figurines antiques, p. 131, 132.
la présence d’un objet de style archaïque au milieu de statuettes qui datent au plus du 11e ou du Ier siècle avant l’ère chrétienne ? Nous avons attribué ce fait à la persistance d’un style de tradition qui conservait principalement aux ex-voto religieux leur forme
ancienne et nous avons supposé que les moules de ce genre avaient pu se transmettre de génération en génération sans subir de modification apparente On croira peut-être que ce tombeau, qui renfermait toute une série de masques du même style, appartient à une période beaucoup plus ancienne que le reste, que c’est un représentant isolé de la nécropole du ve siècle, échappé aux dévastations et aux expropriations dont cet emplacement a été le théâtre 2. Mais en consultant le procès-verbal du tombeau n° 96 on se convaincra que la date de l’ensevelissement du mort ne remonte pas à une époque différente des autres : on a trouvé près des ossements une série d’objets, terres cuites et vases, qui nous reportent sûrement à une époque voisine de la période gréco-romaine. On serait donc obligé de soutenir que ces masques archaïques se sont conservés dans une famille pen-