Guide to the second vase room, II, p. 20, n
5. Ileuzey, Catalogue, p. 176; Pausanias, viii, 31, 1; 37, 3.
6. Heuzey, ibid., p. 184, nos 132, 133; Figur. antiq. du Louvre, pl. xvi, n° 1.
7. Lenormant, Arch. Zcit., 1867, p. 122; Gazette archéologique, 1877, p. 42-48; art. Cérès, dans le Dictionnaire des antiquités de Saglio, I, p. 1049.
DESCRIPTION DES PLANCHES
ment voilée et drapée, l’autre, avec la tête découverte et un ajustement plus dégagé, s’appuyant familièrement sur l’épaule de sa mère h La dignité de l’expression et du maintien, les différences d’ajustement montrent que le modeleur a présent à l’esprit le souvenir des Grandes Déesses et qu’il s’attache encore à les reproduire, sous un aspect un peu rajeuni. Mais, à partir de ce moment, le motif dévie et incline visiblement vers les compositions d’un genre plus familier. Quelques groupes, d’un style encore pur, donnent aux deux femmes l’aspect de deux jeunes filles qui ne diffèrent aucunement l’une de l’autre; on pourrait y reconnaître deux soeurs et, comme on l’a dit parfois en y cherchant une légende héroïque, Electre et Chrysothémis 2; d’autres figures, comme Éros, s’interposent entre elles et achèvent de changer le caractère de la scène primitive3. Deux jeunes femmes, appuyées l’une sur l’autre, se trouvent aussi dans le fronton en terre cuite de Tanagre qui représente l’enlèvement d’Hélène, et l’on ne peut guère voir à cette place que des compagnes mortelles de la sœur des Dioscures 4. Dans les groupes qui conservent encore aux deux personnages le caractère de mère et de fille, l’altération du type ancien se manifeste par la petitesse d’une des figures qui a l’apparence d’une fillette et où il serait impossible de reconnaître la jeune épouse du dieu des Enfers 5. Le modeleur en use encore plus librement avec son sujet, quand il remplace la petite fille par un jeune garçon 6. Tous ces exemples, à mon sens, sont des signes de la transformation qu’a subi le motif religieux, transfor-
1. Heuzey, Monuments grecs, 1876, pi. 1; Figur. antiq. du Louvre, pl. xxiv, n° 1 ; Stackelberg, Graeber der Hellenen, pl. 69; Babelon, Collection Lecuyer, pl. A, n° 1. M. Heuzey a démontré que le moule de l’école attique avait été importé à Chypre, Catalogue des figur. antiq., p. 191-193.
2. De Witte, Choix de terres cuites du Cab. Janzé, pl. xv, n° 2; cf. Babelon, Collection Lecuyer, pl. A, n° 2; Furtwængler, Collection Sabouroff, pl. 79 et 80; Antiquités du Bosphore Cimmérien, pl. 69, n° 2; pl. 70 a, n° 3.
3. Antiquit. du Bosphore Cimrn., pl. 70 a, n° 1. Cette figure d’Éros est évidemment empruntée à la représentation du jeune Iacchos qui figure quelquefois aux pieds d.es Grandes Déesses dans les statuettes de style archaïque (Saglio, Dict. des antiq., I, p. 1049, fig. 1297).
4. Curtius, Zwei Giebelgruppen aus Tanagra, pl. ii, dernières figures à droite.
5. Groupe de la Cyrénaïque, au Louvre; les deux personnages portent une couronne en bourrelet; Heuzey, Monuments grecs, 1876, p. 7; cf. Kékulé, Terracotten von Sicilien, pl.50,n° 3.
6. Heuzey, Figurines antiques du Louvre, pl. 49, n° 1; mais l’auteur y voit le jeune Iacchos ou Bacchus, en admettant même dans ces variantes la persistance d’une signification mythique.
mation qui est absolument dans l’esprit de l’art hellénistique, comme nous l’avons remarqué tant de fois au cours des précédentes notices. La signification symbolique s’efface lentement, mais la composition plastique subsiste dans ses traits essentiels, avec un sens plus familier et plus libre. A l’idée de Déméter et Coré se substitue l’idée congénère de mère et fille ; c’est pourquoi il arrive parfois que celle-ci se montre sous les traits d’un véritable enfant et la première, avec l’aspect d’une femme âgée, d’une vieille nourrice L
Si l’on admet les explications précédentes, les groupes de Myrina sont faciles à interpréter. Nous sommes en présence de figures dont les unes tiennent encore de très près au motif religieux, et dont les autres attestent l’écart qui s’est produit. Les deux plus petites (nos 1 et 3) se rapprochent des types du ive siècle. La première exprime avec un abandon charmant la joie du retour; la seconde montre la réunion accomplie et goûtée avec une douceur tranquille. A la même catégorie on peut rattacher le joli monument dont nous avons parlé dans la notice précédente, Coré agenouillée et saisissant sa mère de ses deux bras, avec un mouvement plein de tendresse; nous rangerons aussi dans la même série le petit groupe de la pl. xxix, n° 4. Enfin, l’union affectueuse de la mère et de la fille est rendue avec un caractère plus intime encore dans une série de terres cuites qui montrent Déméter tenant Coré assise sur ses genoux 1 2.
Dans la planche que nous étudions ici, la grande figure n° 2 indiquerait, à mon avis, une transition entre les deux séries et elle est fort intéressante à cet égard. Dans la femme diadémée et voilée on est tenté de reconnaître Déméter : le costume, l’expression triste, l’attitude fatiguée et presque épuisée conviennent fort bien à la mère infortunée qui chercha sa fille si désespérément pendant neuf jours
1. M. Heuzey voit encore dans ces images de vieilles femmes nourrices un souvenir précis de Déméter; cf. Monuments grecs , 1874, p. 9; Figurines antiq., p. 28.
2. Nous n’avons pas découvert de monument de ce genre dans nos fouilles, mais le Louvre en possède un spécimen qui a été acheté ultérieurement à un marchand d’antiquités de Smyrne et qui provient certainement de Myrina (cf. Pottier et Reinach, Terres cuites et autres antiquités, Catalogue du Louvre, n° 659.) Un groupe identique a été vendu récemment à Paris et a passé dans la Collection Lecuyer; cf. aussi Guide to the second vase room,Brit. Mus., N, p. 81, n° 9.
DESCRIPTION DES PLANCHES
et neuf nuits. Mais la figurine qui la soutient est d’une taille qui la rapproche de l’enfance et elle représenterait mal l’épouse du puissant Hadès. Nous reconnaissons d’ailleurs dans cette composition le souvenir d’un motif plastique, fréquemment reproduit à l’époque hellénistique : un dieu, comme Apollon, Dionysos, Silène, au repos ou en marche, est soutenu par un serviteur ou un jeune compagnon h L’artiste paraît avoir été plus préoccupé de rendre la grâce de cette attitude appliquée à deux femmes que d’exprimer clairement le sens mythologique du sujet. On pourrait cependant hésiter sur son intention, mais les deux derniers groupes (nos 4 et 5) ne laissent subsister aucun doute : ce sont bien des fillettes que nous avons sous les yeux. Le modeleur s’est ingénié à rendre piquante son invention en montrant d’une part la sollicitude complaisante avec laquelle l’enfant se fait le porte-qneue de sa mère, levant les yeux vers elle et quêtant son approbation, en exprimant d’autre part la gravité modeste de la petite fille que sa vieille nourrice emmène à la promenade, soigneusement emmitouflée et relevant un pli de sa draperie pour ne pas s’y embarrasser les pieds. Ce dernier sujet nous était déjà connu par d’autres terres cuites 2.
On voit quelle part nous faisons au cycle religieux de Déméter dans cette série de représentations. Il est visible qu’il faut lui attribuer la formation du groupe des deux femmes drapées, mais nous ne pensons pas que tous ces groupes aient conservé, depuis le ve siècle jusqu’à l’ère chrétienne, un même caractère invariablement mythologique. Nous avons des exemples qui prouvent que lorsque les coroplastes de Myrina ont voulu exécuter une oeuvre d’un style religieux bien défini et consacré par le rite funéraire, ils l’ont reproduit sans y rien changer et avec son caractère ancien 3 : ce qui frappe dans notre collection, c’est que les motifs mythologiques et religieux sont toujours exécutés avec une grande précision 4. Quand
1. Müller-Wieseler, Denkm. d. ait. Kunst, II, pl. 32, nos 368, 370, 371; pl. 35, n° 419; pi. 36, n° 421; pi. 42, nos 508, 510; pl. 44, n° 557; pl. 50, n° 624, etc.; cf. Furtwaengler, Collection Sabouroff, pl. 141, n° 2, Éros soutenu par un jeune garçon.
2. Kékulé, Terracotten von Sicilien, pl. 50, n° 3; Cartault, Collection Lecuyer, pl. G4, n° 5; Collection Castellani, n° 581.