‹ La nécropole de MyrinaChapitre 404 sur 488 · Journal of hellenic studies, 1884, p. 105 et suiv · texte numérisé non relu

Journal of hellenic studies, 1884, p. 105 et suiv

3. Revue archéologique, nouvelle série, t. XX (1869), p. 233 et suiv.

leurs offrandes sous forme de libations et de mets. Les plus anciens monuments, comme les reliefs archaïques de Sparte et de Tégée, donnent l’apparence la plus sensible à cette adoration du mort par les survivants, idée que l’art développera ensuite sous des formes très variées et qui fournira matière à des compositions sans cesse modifiées. Le mort, d’abord installé sur un trône, est plus tard couché sur un lit, tandis que sa femme reste assise à ses côtés 1 ; à l’origine il ne tient qu’un vase à boire dans la main ; mais à partir du ive siècle, c’est un véritable festin qu’on lui sert sur une table à trois pieds, apprêtée par des serviteurs et entourée de la famille. La scène se complique de plus en plus ; on y mêle d’autres concepts empruntés à la religion des morts, les Adieux, le Cavalier, le culte d’Esculape et d’Hygie, etc 2. A l’époque gréco-romaine, au contraire, la composition paraît tendre à une plus grande simplicité, comme si le sens primitif du symbole se perdait peu à peu ; la table disparaît, les assistants deviennent rares, le caractère conjugal et intime du couple se marque davantage dans leur attitude. Toutes ces transformations du même type aux différentes époques expliquent la variété des interprétations qu’on a proposées. Si l’on examine une composition en particulier et dans une certaine région, on pourra contester que le sens du repas offert au mort apparaisse nettement; mais si l’on suit la série entière, depuis les reliefs Spartiates jusqu’aux monuments romains, on aperçoit sous toutes ces formes les modifications d’un sujet unique, créé à une époque fort ancienne et avec un sens qui n’est point douteux 3.

1. Sur cet usage, voy. Heuzey, Gazette des Beaux-Arts, 1873, i, p. 509.

2. La présence du cheval, placé près des assistants ou passant sa tête par une sorte de lucarne, constitue une énigme encore très obscure dans cette série de représentations. Une terre cuite de Tarente, qui représente le cheval buvant dans la phiale même que tient le dieu couché sur le lit avec une déesse assise auprès de lui, apporte un élément nouveau à la question, sans l’éclaircir beaucoup; Monumenti delV Inst., xi, pl. 55, n°2; cf. Evans, Journal of hell. stud., 1886, p. 14.

3. Voici les principaux monuments qui forment la série chronologique des scènes de banquets — Sarcophages étrusques de terre cuite (Longpérier, Musée Napoléon III, pl. lxxx ; Heuzey, Gazette des Beaux-Arts, 1873, i, p. 509). — Reliefs funéraires de Sparte (Mit theil. Inst, in Athcn , n, p. 459; iv, p. 163; vu, p. 160; Arch. Zeitung, 1881, p. 293; Furtwângler, Collection Sabouroff, p). 1). — Relief de Tégée (Mit theil. Inst, in Athen, îv, pl. 7). — Terres cuites de Tarente (Gazette A rchéologique, 1881, p. 165; Arch. Zeitung, 1882, p. 285 ; Annali, 1883, p. 192; Monumenti deli Inst., t. XI, pl. 55; Journal of. hell. studies, 1886, p. 1 et suiv.) — Sarcophage

DESCRIPTION DES PLANCHES

Les variantes qui viennent dans la suite se greffer sur ce motif principal ne sont que les dérivations d’un type plastique, ^devenu un modèle usité dans les ateliers et, par suite, appliqué à] toutes sortes d’usages. C’est ainsi que s’est formé l’ex-voto religieux qui représente le banquet d’Esculape et d’Hygie en présence de leur pieuse clientèle; la composition en est souvent identique à celle du banquet funéraire, si bien qu’on a souvent opposé l’une à l’autre les deux interprétations *, sans vouloir admettre qu’elles fussent toutes deux vraies, selon la classe de monuments qu’on étudie. Pour nous, le problème est simple, si l’on tient compte de ce principe, applicable surtout aux produits de l’art industriel chez les anciens : le même sujet, la même composition ont servi pour des objets de]destination différente. Les ex-voto religieux, déposés dans les temples, n’ont pas donné naissance à des motifs différents de ceux qu’on avait imaginés pour les offrandes aux morts. Et, en réalité, n’y a-t-il pas une parfaite identité entre le mort héroïsé, adoré par sa famille comme un dieu enfermé dans le tombeau, et la divinité servie dans son sanctuaire par des prêtres? Quoi d’étonnant, si les banquets, prescrits pour l’un comme pour l’autre par les rites religieux, se ressemblent sur les représentations plastiques, au point de se confondre? Tout se borne à une question de provenance. Les reliefs découverts sur la pente de l’Acropole, près du sanctuaire mêmed’Asklépios, sont certai-

d’Athiénau, à Chypre (Perrot et Chipiez, Histoire de l'Art, t. III, p. 616, fig.r420.) — Reliefs de Lycie (Fellow, Lycia, p. 118, 137, 198, 200, 206, 208; Dumont, Revue Archéologique, 1869, t.XX, p. 243.) — Monument des Néréides [Monumentidell’Inst., x,pl.28; Baumeister, Denkmàler des kl. Altert., p. 1016, fig. 1226.) — Relief de Tarente (P. Gardner, Journal [of hell. studies, p. lOo.) — Reliefs de l’Asklépieion d’Athènes (P. Girard, L’Asklépieion, p. 103.) — Reliefs funéraires de Grèce et de Macédoine (Dumont, Rev. Archéolog. I. c. ; Heuzey, Mission de Macédoine, p. 264 et suiv. ; Furtwàngler, Collection Sabouroff, pl. 30 à 33.) — Reliefs funéraires de Thrace (Dumont, Archives des missions scientifiques, 3e série, ni, p. 117.) — Terres cuites de Babylonie, de basse époque (Heuzey, Figurines antiq. du Louvre, pl. ni, nos 2, 4.) — Terres cuites de Grèce et d’Italie, d’Asie et de Crimée ( Voy. la note 2 de la page 441 .) — Monnaies romaines ( Zeitschrift fur Numismatik, 1878, p. 320; 1882, p.168; 1883, p. 171 ; Journal of hell. studies, 1881, p. 116; Arch. Zeitung, 1882, p. 301-302.) — Je n’ai pas fait entrer dans cette liste un monument archaïque qui serait très important, le monument de Xanthos; mais il n’est pas absolument certain que la scène de banquet y ait un caractère funéraire (cf. Arch. Zeitung, 1882, p. 54; Rayet, Monuments de l’art antique, i, pl. 13 à 16; Mittheil. des d. Inst, in Athen, iv, p. 167.)

1 . Cf. P. Girard, L'Asclépiéion d’Athènes, p. 103-1 10, et la bibliographie citée dans les notes ; Bullettino, 1879, p. 10-11; Zeitschrift fur Numismatik, v, p. 320-338 ; Arch. Zeitung, 1882, p. 311 et suiv. ; Cartault, Collection Lecuyer, notice de la pl. Y*.

nement des ex-voto religieux; mais rien n’empêche que les mêmes reliefs, trouvés dans une nécropole, aient un caractère funéraire et fassent allusion au mort héroïsé. Pour la même raison, nous ne ferions pas difficulté d’admettre que les terres cuites de Tarente, représentant un homme couché sur un lit auprès d’une femme assise, tous deux coiffés d’un haut diadème, sont des ex-voto religieux où figurent des divinités *, car elles ont été recueillies en masse dans d’immenses dépôts qui rappellent les favissœ où les prêtres jetaient au bout d’un certain temps les offrandes sans valeur 2. Mais le même sujet, rencontré dans des tombeaux, s’applique pour nous avec évidence aux défunts héroïsés. En réalité, il n’y a pas là de difficulté d’interprétation pour qui connaît les procédés de l’art industriel des coroplastes anciens, souvent peu soucieux du cas particulier auquel leur œuvre serait consacrée, mais préoccupés avant tout de trouver un sujet qui répondît à tous les besoins du public. La seule question intéressante serait de savoir si, à l’origine, c’est le banquet des dieux ou celui des morts qui a créé le type consacré. Jusqu’à présent, le sens funéraire apparaît sur les monuments les plus anciens 3.

Nos trois petits groupes de Myrina représentent donc des morts héroïsés ; ceux de droite et de gauche montrent l’homme étendu sur un lit de repos, pressant tendrement sa femme assise contre lui et tenant de la main gauche un canthare, le seul accessoire qui, en l’absence de la table à trois pieds chargée de mets, rappelle le sens général de la composition. On remarquera que les deux épreuves sont sorties du même moule; une d’elles porte la signature de l’artiste Artémon h Le groupe placé entre les deux précédents est un peu plus

L Sans doute Dionysos et Coré. Cf. Evans, Journal of. hell. studios, 1886, p. 10. Voy. aussi une terre cuite de Cyrénaïque, représentant Éros couché et tenant la phiale, dans l’attitude d’un mort héroïsé; Ileuzey, Figurines antiq. du Louvre, pl. 52, n° 3 ; Aphrodite couchée, Kékulé, Terracotten von Sicilien, pl. 25, n08 2, 3, 4.

2. Sur cet usage, cf. Bull, de Corr. hellén., II, p. 419 et suiv.; Martha, Catalogue des flg. en terre cuite du Mus. de la Soc. Arch. d’Athènes, p. xn; Les sacerdoces athéniens, p. 105-110; Ileuzey, Catalogue des fig. en terre cuite du Mus. du Louvre, I, p. 166; Gazette des Beaux-Arts, 1882, î, p. 213; Bulletlino, 1881, p. 196. Voy. plus haut, p. 104.

3. Notons pourtant qu’une des plus anciennes représentations figurées du banquet en Grèce avait un sens mythologique; sur le fameux coffre de Cypsélus (vu® siècle av. J.-C.) on voyait Ulysse et Circé couchés sur un lit de banquet dans une grotte (Pausanias, v, 19, 7.)

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