Pour lu découverte, cf. p. 95, tombeau n
3. Il a été reproduit dans l’ouvrage de M. Duruy, Histoire des Grecs, t. I, p. 407.
4. Sur cet usage de briser les terres cuites, cf. p. 102-103.
DESCRIPTION DES PLANCHES
Ce n’est pas, à proprement parler, une scène de banquet que nous avons sous les yeux. A la tendresse émue et un peu impatiente du jeune homme qui se penche comme pour saisir dans ses bras sa compagne, au maintien grave de la jeune femme, chastement enveloppée dans les longs voiles qui recouvrent sa tête, nous reconnaissons une scène de mariage, l’épisode de l’àvoaàXwjn;, du « dévoilement » qui était le premier acte de la soirée des noces, quand les époux se retrouvaient seuls en tête à tête: le geste même de l’éphèbe indique qu’il vient d’écarter les voiles où se dérobait la figure aimée qui se tourne doucement vers lui, le regard encore perdu dans une vague rêverie. Une grande pureté d’expression est répandue sur toute cette scène ; malgré le caractère érotique du sujet, on y sent cette sérénité un peu grave, cette noblesse tranquille d’attitudes qui est la marque des oeuvres les mieux inspirées de l’antiquité. On ne peut comparer au groupe de Myrina que la peinture célèbre des Noces Aidobrandines où l’on retrouve, avec les mêmes gestes, le même air de recueillement dans le couple central, qui se compose de deux femmes, la pronuba et la fiancée h On pourrait aussi en rapprocher les fresques découvertes à Rome dans la Villa Farnesina; mais le sujet y est traité d’une main beaucoup moins délicate, dans une série de scènes où l’artiste a sacrifié la grâce du sentiment au réalisme des attitudes et à la précision des détails *. En tout cas, les peintures de ce genre, placées dans les maisons, montrent combien ce motif était répandu dans l’art gréco-romain, et c’est sans doute à un tableau analogue que le coroplaste a emprunté l’heureuse idée de sa composition.
Il est important de remarquer qu’elle se rattache, au moins par des liens d’origine, à la grande classe des banquets funèbres. Malgré l’absence de tout accessoire qui rappelle le repas, il est facile de voir que le modeleur ne s’est pas écarté des conventions principales fournies par ce type classique. Que l’on compare avec la Scène nuptiale les trois petits groupes placés en haut de la planche et l’on
L Bellori, Picturæ antiquæ , 1750, pl. 18; Bôttiger, Aldobrandinische Hochzeit, 1810; Woltmann, Geschichte der Malerei , I, p. 112; Baumeister, Denkmciler, fig. 946.
2. Monumenti dell’ Instituto, t. XII (1884), pl. 8; Mau, Annali, 1884, p. 321-322, Cf. Helbig, Wandgemalde Campaniens, n09 1 4 4 9 à 1452.
verra que l’unité de lieu, pour ainsi dire, n’a pas changé. Le lit sur lequel est assis le couple est la xXiV/i, le lit de banquet, relevé d’un côté par l’àvobAivrpov et muni d’oreillers (ïrpocxetpàXata) pour s’accouder, recouvert d’une draperie, supporté par des pieds tournés et luxueusement décorés de grosses tresses qui retombent de chaque côté, accompagné de l’escabeau (üt;o-6<W, yù.ûyn) long et étroit, destiné à soutenir les pieds des personnes qui, comme les femmes, mangeaient assises; tout le matériel, en un mot, est emprunté au banquet. La pose même de la femme, les deux mains cachées sous le manteau, le coude droit posé dans la main gauche et l’autre main à la hauteur du menton, est très souvent répétée sur les reliefs funéraires h Nous n’avons donc pas affaire ici à une pure œuvre d’imagination, conçue en dehors des modèles ordinaires dont s’inspiraient les coroplastes; ce n’est pas autre chose qu’un banquet funèbre transformé en scène nuptiale. La transition entre les deux motifs est déjà marquée par quelques-uns des groupes de terre cuite cités plus haut2, où le caractère intime et conjugal du couple a été mis plus particulièrement en lumière par l’artiste.
Rapproché de ces divers monuments, le beau groupe de Myrina cesse d’apparaître comme un sujet exceptionnel et l’on n’est plus tenté de l’expliquer comme une simple « scène de genre. » En réalité, il se rattache aux représentations funéraires. Dans le cas où l’on conserverait quelques doutes sur ce dernier point, il n’est pas inutile de signaler un monument inédit du Musée de Berlin qui ne laisse subsister aucune incertitude; c’est un groupe, de dimensions beaucoup plus petites et de style médiocre, qui provient comme le nôtre de Myrina. Il nous a été signalé par M. Hirschfeld qui l’a fait passer directement d’Ali-Aga au Musée de Berlin en 1874 3. M. Furtwaengler a eu l’obligeance de nous en communiquer une description détaillée dont voici le résumé :
N° d’inventaire 72G4. Haut. 0m,09; larg. Om,lb Style négligé. Sur un lit
L Cf. Clarac, Musée de sculpture , pi. 155, nos289, 290; pi. 156, nos 284, 291, 340; pl. 159, n" 287; pl. ICI, n° 283; pl. 161 A, nos 355 Ii et 410 A.
2. Voy. p. 441, note 2, les n05 5 , 6 , 7. Cf. Perrot et Chipiez, Histoire de l’art, t. III, p. 616, lig. 420; Clarac, l. c., pl. 155; pl. 157, n° 285; Froehner, l. c., pl. 2.