Revue archéologique, 1886, u, p. 8 et suiv., pl. xv
DESCRIPTION DES PLANCHES
semble désarmer, par une tendre insistance, les scrupules de la vierge encore hésitante et craintive, tandis que le fiancé, à demi nu, est assis plus loin, vers la droite, comme s’il attendait avec impatience l’heure de la réunion amoureuse qui se prépare. Le groupe de Londres est d’une intelligence moins aisée, parce que le fiancé et les personnages accessoires font défaut, mais la scène est presque identique, si ce n’est que la conseillère porte le voile et que la jeune fille placée à côté d’elle n’a aucun des attributs d’une fiancée. La nudité du bras et du sein gauche, dans la figure voilée, interdit d’ailleurs de renverser les rôles et le détail du voile paraît de peu d’importance, quand on se rappelle l’insouciance des coroplastes à l’égard des attributs de leurs figures. Les interprètes des Noces Aldobrandines ont parfois voulu reconnaître Peitho, la déesse de la persuasion, dans l’amie couronnée de myrte qui se tient auprès de la fiancée; il nous semble qu’une hypothèse de ce genre, déjà contestable pour la composition romaine, serait tout à fait déplacée dans le cas du groupe de Myrina. C’est l’amie déjà mariée, la pronuba, à laquelle Claudien, dans un passage charmant, a comparé le Désir d’amour :
Jam vicina toro plenis adolcverat annis
Virginitas : tenerum jam pronuba flamma pudorem
Sollicitât, mixtaque tremit formidine votum *.
« Quand on s’essaie à l’interprétation des terres cuites grecques, il ne faut jamais oublier ces mots de M. Heuzey : « Suspendues entre le monde idéal et le monde réel, beaucoup de ces figures restent dans une indécision qui fait une partie de leur grâce. » Il n’en est guère, en effet, qui ne comporte une explication mythologique en même temps qu’une explication réaliste; souvent, à ce qu’il semble, le motif, religieux à l’origine, a graduellement perdu ce caractère pour devenir une scène de genre et, comme l’on voit les pratiques survivre à la foi, prendre même en durant une signification nouvelle, les mêmes types plastiques ont servi de vêtement à des conceptions que le temps a modifiées... Pour le groupe du Musée du Louvre, on a admis l’existence d’un prototype représentant Aphro-