PLANCHE LI
Peinture d'amphore archaïque, représentant un buste d'homme barbu. — Voy. Catalogue , n° 561 2. Nons insérons ici une notice due à un de nos anciens camarades et amis, M. Olivier R.ayet, qui tout jeune' avait pris le rang d’un maître parmi les archéologues français et qu’une cruelle maladie vient de ravir à la science, à l’affection des siens et à l’amitié de ses condisciples qui fondaient sur lui les plus chères espérances. Sa compétence en matière céramique avait engagé M. F oucart, directeur de l’École d’Athènes, à lui demander une étude 3 sur ce curieux monument qui, recueilli au milieu d’antiquités d’un âge beaucoup plus récent, déroutait à première vue les idées que nous avait suggérées l’ensemble de nos découvertes.
Nous nous contenterons d’ajouter en notes les observations que nous avons pu recueillir de notre côté sur la série des vases du même genre, heureux de mêler à notre travail le souvenir du savant que nous avons connu plein d’activité et de vie.
« Le vase dont la planche li reproduit la face la plus intéressante (et dont les deux figures insérées ici (fîg.55, 56) donnent l’ensemble
L Cf. Saglio, Dict. des Antiq art. Cælatura, p. 801-802. Athénée (v, p. 199), en décrivant deux vases corinthiens, distingue les ornements en manière de bas-reliefs (npoarw r«), placés sur le corps du vase et sur le col, des figures en haut relief ou en ronde bosse (a-sotyav/j r ÊTopvsupsva Çw«), qui en décoraient les bords.
2. Notre planche en couleurs est reproduite d’après une aquarelle qui a été faite par M. Julien, architecte, pendant qu’il était à Athènes.
3. Elle a été publiée dans le Bulletui de Correspondance hellénique, 1884, p. 309-N 1 4, pl. vit.
et le revers) est une sorte d’hydrie 1 grossière, faite d’une terre brun clair et peinte d’ornements brun foncé relevés par place d’engobes d’un rouge assez vif 2. Il a été trouvé par MM. Pottier et Reinacb, en même temps que plusieurs autres du même style5, mais plus petits et décorés simplement de bandes, dans une partie de la nécropole de Myrina où les tombes ont paru aux deux explorateurs être de l’époque romaine 4. Mais même en admettant, et je n’ai aucune raison de ne pas le faire, le bien fondé de cette opinion, on n’y saurait trouver un critérium certain pour la détermination de l’époque à laquelle ont été faits le vase de la planche li et ses congénères. Dans les tombes fouillées en Italie et en Cyrénaïque, on a bien des fois trouvé, à côté d’objets contemporains du moment où avait été creusée ou construite la sépulture, d’autres objets que leur caractère d’art faisait reconnaître comme beaucoup plus anciens : soit que ces objets eussent été conservés dans les familles comme des souvenirs ou des œuvres d’art, soit qu’ils eussent été acquis de quelque marchand d’antiquailles par des gens pauvres et pour la bourse desquels l’offrande au mort d’un vase neuf eût été trop chère 5. L’industrie si répandue des fouillôurs des tombes, Tu[j.êcopu-/oi, ne pouvait se borner à l’enlèvement des rares bijoux et des quelques bagues déposés dans la sépulture; elle ne faisait assurément pas fi des poteries beaucoup plus nombreuses qu’on rencontrait dans les tombes archaïques, et ces poteries devaient donner lieu, dans les boutiques de revendeurs de bric-à-brac, à un certain commerce. Pour la nécropole de Myrina en particulier, MM. Pottier et Reinacb ont expressément reconnu que les tombes les plus
L [Le nom d’amphore lui convient mieux. On réserve généralement le nom d’hydrie aux vases à trois anses, dont deux petites sont placées horizontalement sur la panse et une plus grande en arrière verticalement.]
2. [A notre avis, le vase tout entier a été peint en couleur noire. Une cuisson trop vive a fait passer le noir au ton rouge par places, comme on le constate souvent dans les vases à figures noires.]
3. | C’étaient de simples fragments. Pour les poteries de style archaïque recueillies à Myrina, voy. notre Catalogue, nos 562, 569, et plus haut p. 232-235. Une série de fragments d M.vrina, à décoration linéaire, a été acquise par le Musée Britannique (Arch. Zeitung, 1885, p. 238). Cf. Lcnormant, Gazette archéologique, 1879, p. 99.]
4. [ Nous avons dit plutôt gréco-romaine, car l’ensemble des antiquités découvertes nous a 1 '"U dater des deux premiers siècles avant notre ère; voy. p. 109, 154.]
Le vase contenait simplement des ossements incinérés avec un peu de terre, sans aucun objet.]
DESCRIPTION DES PLANCHES
antiques avaient été, à une certaine époque, systématiquement détruites pour faire place à la foule sans cesse croissante des tombes nouvelles L Ils voient dans cette destruction le résultat d’une sorte d’expropriation pour cause d’utilité publique. Ne serait-ce pas à quelque dévastation de ce genre, faite par l’Etat ou due à la rapacité des particuliers, que le vase trouvé dans les fouilles de l’Ecole d’Athènes a dû de reparaître au jour pour être bientôt enfoui une seconde fois?
» Quoi qu’il en soit de cette hypothèse, sur l’antiquité même du vase il ne saurait y avoir un instant de doute. La maladresse du tournassageyla gaucherie delà décoration, attestent qu’il faut, pour en trouver la date, remonter fort haut. 11 ne se perd d’ailleurs pas dans cette fameuse « nuit des temps » qui renferme tant de mystères; il a, d’ores et déjà, sa place marquée dans une famille bien connue, au milieu de laquelle on peut le classer sans hésitation au rang qui lui appartient légitimement. Il entre dans une des subdivisions de la grande série de la « céramique des îles de la mer Egée » , céramique dont des spécimens assez nombreux et parfois fort beaux ont été trouvés à Milo, à Théra, à Camiros, dans l’ile de Rhodes1 2, et qui est caractérisée par l’emploi dans la peinture des tons clairs et gais, par la division de la décoration en bandes horizontales recoupées par des ornements verticaux, et par le mélange dans l’ornementation d’éléments provenant des anciennes traditions nationales de la poterie géométrique et d’éléments nouveaux empruntés à l’imitation des objets d’industrie orientale apportés par le commerce phénicien ou par celui qui se faisait à travers l’Amanus et les plateaux du centre de l’Asie-Mineure.
» La configuration même de la mer Egée, le régime de vents et de courants qui y règne, ont rendu de tout temps très intimes les rela-' tions entre les habitants des îles et ceux de la côte asiatique. Les poésies homériques et les textes des historiens concordent à prouver l’étroite connexion qui unissait les populations . La ressemblance qui existe entre la sculpture des îles et celle de l’Ionie prouve à quel point insu-