V. le chapitre I, p. 41 à
3. Cf. Vidal-Lablache, Commentatio de titulis funebribus Graecis in Asia Minore , Paris, 1872; Newton, Essai sur les inscriptions grecques, traduit par S. Reinach dans son Traité d’épigraphie grecque, p. 161 à 164.
toujours eu le caractère d’un acte sacrilège et clandestin; elle a pu être pratiquée à certaines époques d’une façon en quelque sorte officielle, quand la place était devenue trop rare pour permettre de creuser de nouvelles tombes dans la nécropole; dans ce cas, on a pu utiliser les sépultures plus anciennes en transportant ailleurs les restes funéraires qui s’y trouvaient. C’est ainsi que nous expliquerions la découverte faite sur la pente de l’Acropole, au-dessous de la muraille hellénique (fig. 2). A une profondeur de 2 mètres environ, on a trouvé trois larges fosses creusées dans le tuf et mesurant 5m,20 de long, 3m10 de large et f m,70 de haut ; l’intérieur était rempli de sarcophages brisés et entassés les uns sur les autres, comme si on les avait jetés du niveau du sol au fond de ces trous. Il n’y faut certainement pas voir une sépulture commune aux membres d’une même famille : il semble qu’on ait seulement voulu rassembler dans le plus petit espace possible les débris d’une soixantaine de sépultures. Au milieu de ces décombres on a recueilli une seule terre cuite en poussière et fortement brûlée, 3 petits lécythes à figures noires, des restes de verreries d’un beau travail, un petit pot à ornements géométriques, un petit lécythe en forme de coquillage à double valve très adroitement imité i, un miroir de bronze avec poignée, une coupe noire à pied, 4 ou 5 lampes, une quantité d’objets en terre cuite de forme pyramidale ou convexe. Il n’est pas douteux, d’après l’aspect d’ensemble, que nous ne nous trouvions en présence d’une sorte d’expropriation de tombeaux, faite dans l’antiquité. On a dépossédé un certain nombre de sarcophages de la place qu’ils occupaient anciennement et, sans doute pour éviter le sacrilège d’en disperser les restes à l’extérieur, on les a enfouis dans des fosses communes. A quelle époque remonte cette dépossession? C’est ce qu’on ne saurait fixer avec certitude. Remarquons seulement que les vases recueillis dans ces fosses ne ressemblent pas aux autres poteries trouvées dans le reste de la nécropole et paraissent appartenir à une époque plus reculée. Nous avons donc supposé que les tombeaux actuellement établis sur cette pente de l’Acropole ont pris la place de tombes plus anciennes; cette hypothèse a été confirmée par la découverte d’un
I Colnloyue, n° .‘iOC.
LES TOMBEAUX
tombeau construit sur le même emplacement et fermé d’un coté par un fragment de stèle avec inscription dont les lettres (A et indiquent une époque un peu antérieure à celle des autres épitaphes h Un second fait observé à l’appui de cette hypothèse est la découverte d’un vase peint de style très ancien, trouvé sur la même colline et posé en terre par-dessus les plaques d’un tombeau ordinaire qui ne contenait pas d’objets : il représente un homme vu de profil, au nez busqué, à l’oeil énorme vu de face, portant une barbiche pointue, sans moustaches, les deux mains élevées dans l’attitude de la prière. M. O. Rayet, dont la compétence en matière de céramique est connue, a bien voulu l’étudier en particulier et lui consacrer une notice spéciale 2. On y verra qu’il explique aussi comme le résultat d’une Tua€wpD-/ia la présence de ce vase au milieu d’objets d’une époque beaucoup plus récente et qu’il le rattache à la céramique grecque la plus ancienne, jusqu’à présent connue par quelques rares spécimens des îles de la mer Egée et de la côte d’Asie, dont on fait remonter la date jusqu’aux vne et vie siècles avant Jésus-Christ. Nous croyons pouvoir conclure de ces faits que le même emplacement a sans doute servi de tout temps aux sépultures myrinéennes, mais que la nécropole gréco-romaine s’est substituée en cet endroit aux tombes plus anciennes dont quelques rares vestiges ont seuls subsisté.