TOPOGRAPHIE ET HISTOIRE DE MYRINA
On appelle Port clAli-Acja une baie peu profonde, mais bien abritée contre les vents du large, que forme le golfe de Tckandarlv entre la presqu’île d Wrap Tchiflik au sud-ouest et l’embouchure du Kodja-Tclidi au nord-est h Le village d’Ali-Aga s’élève, depuis un demi-siècle, un peu à l’est du fond de la baie. Si l’on quitte Ali-Aga pour se rendre à Kalabassary, remplacement de l’ancienne Myrina, on côtoie d’abord la mer pendant quatre kilomètres; puis, avant d’arriver aux salines indiquées sur notre carte, on laisse à gauche un monticule nommé Touzla-Tépé , où est construite une ferme, et l’on entre dans la plaine dite de Kalabassary ou de Kayalan. Cette plaine est traversée par le Kodja-Tckaï, dont le gué, souvent impraticable en hiver, devient facile en été. Le cours de la dernière partie de cette rivière a été modifié depuis le commencement du
1. La carte que nous publions (pi. I) a été dressée d’après celles de l’amirauté anglaise, dues aux capitaines Gopeland et Spratt (nos 515 et 1902), et une carte cadastrale du domaine d’Ali-Aga dessinée en 1868 pour M. Baltazzi par MM. les ingénieurs Accord frères et Paul Czuyki.
siècle. L’ancien lit du Kodja-Tchaï était autrefois plus au sud, et il est désigné dans le pays sous le nom de Kiort-Tchaï : une partie seulement de cet ancien lit est à sec toute l’année. C’est pour préserver les salines que le cours de la rivière a été détourné vers le nord. Les alluvions qu’elle apporte sont considérables, et tout le terrain qui avoisine les salines est de formation relativement récente. Le Kodja-Tchaï prend sa source en amont de Nimroud-Kalessy, l’ancienne Aegae, située à trente kilomètres environ d’AM- Aga *; il reçoit sur la rive gauche, à l’est de la plaine de Kalabassary, un affluent qui passe à Guzel-Hissar, ce qui fait parfois appeler le Kodja-Tchaï rivière de Guzel-Hissar , bien que le cours d’eau qui naît à Nimroud-Kalessy soit plus considérable 1 2.
La plaine de Kalabassary est entourée de collines dont les plus élevées se trouvent à l’est, dominant le village d’Ouzoun-Assanly.
Il y a là deux monticules très abrupts, portant les traces de constructions fort anciennes, et où M. Sayce, qui les a visités en 1881 avec MM. Baltazzi et Reinacb, voudrait reconnaître l’emplacement • primitif de Myrina. Ces collines ont été explorées par nous à plusieurs reprises, mais toujours inutilement, en vue de retrouver une figure taillée dans le roc que M. le commandant Guicbon, auautrefois attaché à l’exploitation du domaine d’Ali-Aga, nous signalait dans la lettre suivante, datée du 23 mars 1881 :
« J’appelle rivière de Cayalan le cours d’eau qui a son embouchure près de Kato-Tépé, colline en pain de sucre située près de la ferme de Kalabassary.
À sept kilomètres en amont de cette embouchure, en suivant la rivière de Cayalan, est l’affluent désigné comme la rivière de Guzel-Hissar. Au confluent de ces deux cours d'eau, et en aval, sont les ruines d’un pont. On voit de là, à une faible distance, et sur la rive droite de la rivière de Cayalan, la ferme
1 . Ægac faisait partie du territoire de Myrina. Estienne de Byzance, s. v. Alycd • A iyaï nollui, 7ro).iç Ki/txtaç, MaxeÆovtaç, y nç y.od M/j loSôrEipu slêysro, rÿç, ©pax/joacov ^eppov/jffou • /.ai ri Èv Mu-
êv 7/j A îo ïiiïi. Cf. Galien, Lib. de boni malique succi cibis : TotoOroç Sé loriv ohoç r. ap’ /jpîv o ij Aiyatç /.ai IlepTr zp'ivq, T/j p'ez opopp MupL'fl, rp rJs nepyapw.
2. M. Kicpert fait aboutir à Ali-Aga une rivière qu’il appelle Kondura-Tchai, nom que Texier a donné à une rivière qu’il rencontre à quatre kilomètres au sud d’Élée et qui est certainement le Kodja-Tchaï. Le Kondura-Tchai est inconnu des indigènes, qui donnent parfois le nom d<- Kondu:-Tchai au bras secondaire du Kodja. Cf. Ramsay, Journal of Hcllenic Studies, III, p. 278.
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d’Ouzoun-Bouroun. Toujours sur cette rive droite et au bas de la petite hauteur où sont les bâtiments de la ferme, il existe un sentier que l’on doit suivre en tournant le dos à Kalabassary. A trois kilomètres de distance, on arrivera à une roche coupée de main d’homme. Cette roche est sur la rive droite et touche à la rivière de Cayalan. Une fois arrivé à cette roche, qui a été coupée pour établir une prise d’eau en vue de l’établissement de deux moulins dont les ruines se voient encore, il suffit de regarder sur la droite : la colline de la grotte est à petite distance sur la rive gauche. Deux minutes d’ascension sans trop de fatigue conduisent au sommet de la colline, qui est garnie de gros rochers séparés par des crevasses pleines d’eau. Dans la partie du sud et à quelques mètres plus bas que le sommet, on trouvera la grotte en question. Y étant entré , j'y ai vu une sculpture grossière à la paroi extérieure , qui m'a paru représenter un Assyrien factionnaire gardant une chambre sépulcrale. »
La description de M. le commandant Guichon, qui est celle d’un homme tout à fait étranger à l’archéologie, se rapporte évidemment à une figure taillée dans le roc du genre de la prétendue Niobé du Sipyple ou du prétendu Sésostris de Karahel. Il faut croire que la grotte et la sculpture ont disparu dans quelque éhoulement, puisque tous nos efforts n’ont pu réussir à les retrouver. Mais l’existence d’un pareil monument à Ouzoun-Assanly, sur l’ancienne route de Myrina à Magnésie, n’a rien qui doive surprendre et doit être considérée comme établie avec certitude par le témoignage que nous venons de reproduire.
M. Sayce a publié 1 une description de ces deux collines, que nous avions visitées ensemble à la recherche du Guerrier assyrien de M. Guichon. Nous traduisons ici un extrait de son article publié, sous le titre d’ Explorations in Æolis, dans le Journal of Iîellenic Studies :
« La première colline était le site d’une ancienne acropole entourée de murs d’appareil cyclopéen dans un bon état de conservation. Ce travail cyclopéen est de la meilleure époque et court autour de la partie inférieure comme autour de la crête de la colline sur laquelle la ville préhistorique était bâtie. Au nord, la pente de la colline est très escarpée; quelques tombes grecques ont été taillées
1. The Academy, 9 avril 1881; Journal of Hellenic Studies, III, p. 218 et suiv. Cf. Reinach, Revue Archéologique, 1885, 1, p. 74.
dans la paroi dont la base est baignée par le Kodja-Tchaï. En escaladant la face sud-ouest de la colline, nous trouvâmes qu’elle se terminait par un double sommet, celui de l’ouest étant le plus élevé. En haut était l’entrée, qui regarde au nord-est. Les deux pieds-droits de la porte, consistant chacun, comme à Mycènes, d’un seul bloc de pierre, étaient encore en place, bien que l’un d’eux fut tombé et brisé à moitié; le linteau avait disparu, mais les pieds-droits présentaient des traces des joints sur lesquels il reposait. Le monolithe resté debout a 2m,50 de long et lm,25 de large; l’autre a 2m,15 sur ira. 10. La différence de longueur apparente s’explique parce qu’une partie du monolithe resté debout est enterrée sous le sol. La route conduit de cette entrée vers l’est dans la vallée d’Ouzoun-Assanly, ainsi nommée d’un village situé au nord-est de l’ancienne acropole. A une petite distance de la porte, elle consiste en une série de marches taillées dans le roc. Après avoir passé la porte et être entrés ainsi dans l’enceinte de l’acropole, nous trouvâmes les restes d’une construction qui peut avoir été un temple. Tout auprès était une mare pleine d’eau où j’observai quelques fragments de pierres taillées. Non loin de là nous aperçûmes les restes d’un tombeau d’époque hellénique audessus duquel je trouvai une inscription en caractères grecs taillés dans le roc. L’inscription se compose d’une seule ligne, où l’on reconnaît encore les lettres . . . . NT . . • C • • • O- La forme du C prouve qu’elle appartient à l’époque gréco-romaine de Myrina. Au-dessous du sommet occidental, nous remarquâmes une citerne et comme une tranchée coupée dans le roc, ainsi que quelques autres tombes helléniques, les unes taillées dans le roc, les autres creusées en terre.
» Le sommet inférieur ou oriental de la colline est fortifié comme le reste de l'acropole; l’une des pierres angulaires du mur d’enceinte mesure 2m,20 de longueur sur 1 m , 3 8 de largeur. La pierre a été taillée par clivage, et ne porte point de traces de l’emploi d’un outil métallique. Vers le nord, dans l'enceinte de l’acropole, une tombe hellénique a été creusée dans le roc de manière à former deux chambres basses, l’une plus petite que l’autre et avec un toit pyramidal. A l’est de l’acropole, une tombe semblable a été taillée dans la face nord d’un roc isolé qui s’élève du plateau situé plus bas.
» L’emplacement tout entier occupe une position dominante, et du sommet ouest nous pûmes considérer Kalabassary, la Myrina historique, à une distance d'environ six milles. Les tombes grecques trouvées à cet endroit prouvent qu’il a été habité à l’époque historique et qu’il a probablement appartenu à une des riches familles grecques de Myrina. Tout, en somme, s’accorde à prouver que ç’a été une de ces cités primitives de l’Éolide qui furent détruites par les Crées quand ils occupèrent la côte et qui ne furent plus habitées dans la suite. Les murs cyclopéens, l’absence de toute trace de métal, la situation
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à l’intérieur des terres, sont autant d’indices d’un caractère préhellénique et préhistorique. A l’appui de cette conclusion, je peux alléguer que nous n’avons trouvé sur la colline aucune trace de poterie d’époque historique, à l’exception de quelques fragments de céramique grecque aux environs de tombes récemment violées. Je crois, en conséquence, que ce site est celui de la Myrina préhellénique, fondée, suivant la tradition, par les Amazones, ou, pour mieux exprimer mon opinion, de la Myrina hittite. Après la destruction et l’abandon de cette ville, son nom fut transféré par les colons grecs à leur nouvelle ville de Myrina construite six milles plus loin, à l’embouchure de la rivière.
» Le lendemain, nous partîmes des fouilles de Kalahassary et nous nous dirigeâmes le long de la rive septentrionale du Kodja-Tchaï, ayant à notre droite les ruines d’un aqueduc byzantin et traversant, à l’ouest de la route actuelle de Pergame, un tronçon de route pavée qui doit avoir primitivement conduit dans la même direction et avoir rejoint la voie romaine dans la plaine, en la coupant à angle droit. Cette route traversait la rivière sur un pont romain, actuellement ruiné. Peu de temps après, nous nous trouvâmes en face de ce que j’appellerais volontiers Y ancienne Myrina sur l’autre bord du fleuve, et nous arrivâmes à un point où un passage étroit est coupé dans un pan de rocher qui s’avance dans la rivière. Ce passage, comme nous ne tardâmes pas à le reconnaître, est la suite de l’aqueduc déjà signalé. Puis, après avoir escaladé une masse escarpée de rochers, nous redescendîmes de l’autre côté pour retrouver le lit de la rivière. Là, nous aperçûmes une coupe pratiquée de main d’homme à travers le roc, longue environ de 28 mètres, haute de 8 à sa partie la plus élevée et large de 0m,60 environ. La courbure est dirigée vers le nordest, et son extrémité orientale aboutit à un bassin naturel d’eau claire et profonde, formé par un retrait quadrangulaire du roc qui borde la rivière. A cette *
extrémité, le roc avait été laissé intact de manière à former une double arcade, l’espace entre les arcades ayant été évidé presque jusqu’au sommet du rocher comme dans le reste du passage. Juste au milieu de la coupée, et sur la paroi du mur, je remarquai un grand bloc de basalte émergeant de la paroi qui avait été taillé de main d’homme de manière à imiter grossièrement une tête de taureau b La tête a 0m,60 de long et le nez 0m,25 de hauteur. Le rocher à travers lequel est pratiquée la coupée s’avance dans la rivière, et sur la partie de sa face externe au-dessus de l’eau on aperçoit les restes d’une tablette horizontale qui portait peut-être autrefois une inscription. Vers l’ouest, l’embouchure de la coupée s’ouvre dans un canal formé par un double monticule de terre, qui conduit lui-même vers le canal taillé dans le roc que nous avions aperçu avant d’escalader les rochers, de sorte que le but de l’ensemble du travail devenait
\. Nous ne sommes pas certains que ce ne soit pas là un simple lusus naturae : M. Sayce croit au contraire à un modelé intentionnel.
clair. C'est la prise d’eau d’un aqueduc destiné à conduire à Myrina les eaux du Kodja-Tchaï, à un point de son cours où la rivière n’avait pas encore été contaminée par les marécages qu’elle traverse plus loin. La portion occidentale de l’aqueduc a été réparée au moyen âge. La tête de l’aqueduc est à neuf milles environ de l’embouchure du Kodja-Tchaï, qui, presque aussitôt après, fait un détour rapide vers le nord.
» Nous passâmes la rivière et fîmes l’ascension d’une colline rocheuse qui s’élève de l’autre côté. Une fois arrivés au sommet, [ nous nous trouvâmes sur un plateau élevé, dominant la partie la plus haute de l’ancienne Myrina, et surmonté lui-même d’un monticule formé de rochers à moitié éboulés qui étaient alors en partie couverts de neige. Nous remarquâmes que le monticule tout entier est entouré d’un mur d’appareil cyclopéen, de construction bien plus grossière que l’enceinte de l’ancienne Myrina. Ce monticule forme le sommet occidental d’une arête, qui présente un second sommet de même hauteur, mais environ deux fois plus long, s’étendant dans la direction de l’est. A son extrémité occidentale une masse triangulaire de rochers émerge à un niveau plus bas que le reste du monticule et regarde le site de l’ancienne Myrina qui est placé notablement au-dessous. Cette masse triangulaire est fortifiée avec soin par un mur cyclopéen bien conservé, mais grossier, et les fondations d’une construction quadrangulaire se voient un peu en arrière sur le côté sud du monticule. Du côté nord de l’enceinte, la vue s’étend jusqu’à Nimroud-Kalessy, qui s’élève à sept milles plus loin environ au fond de la vallée du Kodja-Tchaï. Du même côté, un village yourouk est construit sur la pente de l’arête où nous nous trouvions, tandis que le village d’Ouzoun-Assanly s’élève dans la vallée du côté opposé, c’est-à-dire au sud. C’est par le sud que l’on accédait à cette forteresse comme à celle de l’ancienne Myrina. Elle protégeait l’entrée de la vallée, et sa possession permettait aux Grecs qui envahirent la contrée de commander la route qui la longeait au sud-est. De la hauteur que nous occupions, nous pûmes la suivre des yeux pendant une certaine distance le long delà vallée; elle conduit dans la plaine de Magnésie et elle est encore pratiquée par les bergers qui la considèrent comme la plus directe. M. Dennis me suggéra l’idée que c’était là une partie de la voie conduisant du territoire d’Éphèse à Phocée (Hérodote, II, 106); s’il en est ainsi, l’on pourrait espérer y trouver des sculptures hittites du genre de celles de la passe de Karabel. Le fait que la route côtière de Smyrne à Phocée n’existait pas encore du temps d’Hérodote, alors que les marécages à l’embouchure de l’Hermus n’étaient pas formés, donne beaucoup de vraisemblance à cette opinion.
» Les seuls vestiges de la période hellénique que nous pûmes découvrir sur M 'tro nouvelle acropole sont trois tombes taillées dans le roc, qui prouvent que cet endroit a dû être à une époque postérieure la propriété privée et le cime-
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tière de quelque opulente famille de Myrina. Les tombes sont toutes de forme rectangulaire. L’une d’elles est à l’autre extrémité nord-ouest du monticule fortifié, une seconde au nord-est. Un de nos guides réussit à grimper jusqu’à celle-ci et nous dit qu’elle contenait un sarcophage. Le manque d’échelles nous empêcha de nous en assurer. La troisième tombe est à l’extrémité sud-est et contient une chambre intérieure avec trois sùvai rectangulaires. Tout auprès, j’ai recueilli un fragment de poterie hellénique.
» Le caractère des murs de cette vieille forteresse prouve qu’elle est antérieure à l’établissement que j’ai appelé l 'ancienne Myrina. Il est possible qu’elle ait été abandonnée longtemps avant l’arrivée des Grecs et remplacée par la seconde acropole située plus à l’ouest. Si, comme je le pense, la légende des Amazones se rapporte à l’invasion de l’Asie-Mineure occidentale par les Hittites, dont la présence est attestée à la fois dans ces contrées par les inscriptions égyptiennes, et les monuments du Sipyle et de Karabel, la tradition qui attribue à une Amazone la fondation de Myrina peut indiquer la conquête par les Hittites de la passe d’O azoun-Assanly et de la forteresse qui en commandait l’issue, ainsi que la fondation d’une cité dont la garnison hittite était destinée à protéger la route vers le sud. Parmi les villes do l’Asie-Mineure occidentale dont l’origine était rapportée aux Amazones — Smyrne, Éphèse, Myrina et Cymé — Cymé seule porte un nom qui lui est particulier (forme éolienne de xü>;j.y], « village »), car la partie amazonienne d’Ephèse s’appelait Smyrna ou Samorna. Myrina est à Smyrne comme g-upo; à cpuxpo;. O11 peut encore faire observer que Samarius est le nom d’un prince hittite dans les inscriptions de Ramsès IL »
Du côté de la mer, la plaine de Kalabassary est limitée par deux monticules dont F un porte le nom d 'Epano-Tépé et l’autre celui de Kato-Tépé ou Diennen-Tépé (mont du Moulin). Le point culminant du chaînon dont ces éminences font partie est le mont Divlit ou Saint-Élie. Le port de Kalabassary est à l’extrémité nord de la vallée qui s’étend entre ces deux collines. La ferme actuelle de Kalabassary s’élève à l’ouest de l’Épano-Tépé; un peu plus loin vers le nord-est est une ferme ruinée, avec des restes d’habitations construites par les Yourouks ou Turcs nomades.
Dans toute la partie de la plaine de Kalabassary qui avoisine la mer, les restes de constructions antiques sont encore assez nombreux, bien que l’on ne retrouve plus actuellement tous les vestiges signalés sur les anciennes cartes de l’amirauté anglaise. Au sommet
du Kato-Tépé, quelques coups de pioche ont fait découvrir des fragments d’ex-voto en terre cuite, d’un travail grossier plutôt qu’archaïque, représentant Cybèle assise sous un héroon, tenant un tympanon, avec un lion à ses pieds h Le faîte de la colline, qui est aplani, portait peut-être un autel consacré à la déesse, car les ex-voto ont été trouvés sur la pente qui suit immédiatement le point culminant et paraissent avoir été jetés de la plate-forme ou entraînés par l’éhoulement des terres. A l’endroit où la haie se creuse pour former un port, les cartes de l’amirauté anglaise ont signale les restes d’un môle de granit qui s’avance dans la mer et les déhris d'un quai en marbre. Si nous redescendons vers la rivière, nous trouvons en face d’une petite île plusieurs assises, encore en place, d’un quai de granit. Immédiatement au nord de ce quai, nos sondages ont fait reparaître les fondements d’un édifice rectangulaire, en granit également. Tout l’espace compris entre l’Apano-Tépé et le Kato-Tépé est d’ailleurs jonché de fragments de marbre, et l’on en compte un grand nombre dans les murs de clôture qui ont été élevés en cet endroit. Les restes désignés sous le nom de vestiges antiques sur notre carte sont des fûts de colonnes généralement lisses, des restes de corniches ou d’architraves en granit. Entre la ferme et le Kato-Tépé est un monticule formé d’une accumulation do blocs de granit taillés : nous avons trouvé tout auprès, en remuant le sol, une grande plaque de marbre avec une croix byzantine. D’après les récits de quelques paysans, c’est de là que proviendraient les marbres conservés à Ali-Aga dans la cour de l’église; ce sont quatre blocs ornés de filets et de feuilles d’eau, qui semblent avoir appartenu à une corniche. Dans la ferme de Kalabassary, on conserve la partie supérieure d’un pilastre corinthien trouvé, dit-on, au même endroit.
La forme seule de l’Épano-Tépé, colline isolée entre la rivière et la mer, fait penser à une acropole, et cette idée est confirmée par les restes de fortification ancienne qu’on y remarque. Ce sont
I. Un»; plaque en relief analogue, mais plus grande et d’un style plus soigné, publiée dans la Collection Hnbouroff (pl. CXXVI1), a été attribuée avec vraisemblance par M. Furtwangler li Myrinu.
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d'abord, au nord, les débris d’une muraille composée d’assises en granit non cimentées, d’appareil polygonal, qui présente l’aspect d’une construction hellénique assez ancienne. Au point où la muraille est le mieux conservée, il y a cinq assises. L’appareil polygonal est régulier dans la partie la plus considérable : il devient irrégulier à quelques mètres plus loin sur la droite b La même construction irrégulière est à signaler dans un petit pan de mur placé à l’extrémité est, près d’un olivier. Le plateau a dû rester fortifié jusqu’à une époque très basse; en effet nous rencontrons à l’est un mur byzantin, et au nord-ouest une sorte de tour comblée qui présente l’aspect d’un tumulus. Le sommet de l’acropole est un plateau dénudé : nous n’y avons trouvé qu’un grand bloc de granit qui paraît avoir été le seuil d’une porte, car on y remarque encore les trous des gonds. Nous ignorons à quel édifice antique ou byzantin cette pierre pouvait appartenir; remarquons seulement que l’entrée est exactement orientée de l’est à l’ouest.
Trois autres constructions d’époque gréco-romaine, réparées à l’époque byzantine, se voient encore dans la plaine de Kalabassary, où elles ont été signalées par M. Sayce au cours de l’article que nous avons traduit plus haut (p. 23). Ce sont : un aqueduc aboutissant près du port, et qui se prolonge sur la rive droite du Kodja-Tchaï; deux ponts en ruine sur le Kodja-Tchaï, dont le plus éloigné de la mer est presque entièrement de construction romaine et qui indique en cet endroit le tracé de la voie militaire allant de Pergame à Smyrne.
La seconde partie de notre carte indique les points de la plaine où l’on a ouvert des tombeaux. Nous n’en avons pas rencontré sur l’Épano-Tépé au-dessus de la muraille hellénique, ce qui confirme notre hypothèse que cette colline serait l’ancienne acropole. Plusieurs chambres sépulcrales ont été découvertes sur le Kato-Tépé et dans la partie du monticule qui descend vers la mer. La pente
1. « It is built in a transition style common in this country, generally in horizontal courses, but sometimes the lines grow irregular and the style becomes alinost Cyclopean. » (Ramsay, Journal of Hellenic Studies, III, p. 277). Nous donnons ci-dessous (fîg. 2 à la fin du chapitre) un croquis de ce mur, d’après un dessin obligeamment communiqué par M. Ramsay.
nord de l’Épano-Tépé et la colline qui lui fait face renferment plusieurs milliers de tombeaux creusés, à des profondeurs variables, dans le tuf calcaire dont ces collines sont formées *; on en a découvert aussi, et de fort riches, dans la vallée qui sépare les deux collines. Au nord-est de la seconde (celle du nord), nous avons visité une chambre sépulcrale à plusieurs compartiments, creusée dans le roc et isolée. C’est sur la nécropole du nord et celle de la vallée que s’étaient portées les recherches antérieures, et nous avons pu y constater, en arrivant, l’existence de quelques centaines de sépultures précédemment explorées.
Les tombeaux que nous avons ouverts à Kalabassary ont donné un très grand nombre de monnaies en bronze de Myrina, et un petit nombre seulement d’autres provenances. Ce fait seul nous permettrait d’affirmer que la ville, dont nous venons de décrire l’emplacement et la nécropole, est la cité éolienne de Myrina; les données topographiques fournies par les auteurs anciens ne contredisent pas cette identification.
Le texte capital, à cet égard, est celui de Strabon, bien qu’il présente certaines obscurités dans l’évaluation des distances : « Aux villes éoliennes subsistant actuellement, dit-il 1 2, il faut ajouter
1. Sur la conslilulion géologique des collines qui bordent la baie de Myrina, v. P. de rchihalcbelT, Asie-Mincure, 4° partie, Géologie, Paris, 1869, II, p. 193.
2. Slrabon, XIII, III, 3, p. 622 (Irad. Tardieu, t. III, p. 77) : Et; <Jè -àw.vzic/. rà e^i t ov Kaïxov ■jvjvk'j. v.t.'j ActptVij; p.ey o laoàvT*. ràv "E pptov et; Kvp.riv eê(?op.>jxov7a aràiJtot, evreuôev §' et; Mûpt yav Terrapa/ovra 77 àotot, 70 0’ Invj vjtsüOîv et; roévtov zàxetôev et; ’E) atav • w; <T ’Ap7ept<?wpo; , xtv 6
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7T0V 7 IV IjV.ÏZV/.'j-J 77 pi; 77) V XTZlVKTJzlO'J X/.pX'J ’App.XZO’J'JZX. ToÜ JttÈV OUV 770p.a70; 70 77).«70; 7repi
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Ægae, ainsi que Temnos, qui vit naître Hermagoras, l’auteur du Traité de Rhétorique. Ces deux villes sont situées près de la chaîne de montagnes dont l’Hermus baigne le pied et qui domine à la fois les cantons de Cymé, de Phocée et de Smyrne. Pas bien loin non plus de ces deux villes s’élève Magnésie du Sipyle, déclarée ville libre par les Romains, mais que les récents tremblements de terre ont cruellement éprouvée. Si, maintenant, repassant l’Hermus, on se dirige à l’opposite du côté du Caïcus, on compte depuis Larissa 1 jusqu’à Cymé 70 stades et de Gymé à Myrina 40 stades; autant de Myrina à Grynium et autant encore 2 de Grynium à Élée. Mais, suivant Artémidore, tout de suite après Gymé est Adae (?) 3, puis, à 40 stades de là, on atteint la pointe d’Hydra, qui, avec la pointe d’Harmatonte, située juste vis-à-vis, forme le golfe Élaïtique. L’entrée de ce golfe a 80 stades environ de largeur. A 60 stades, en suivant la côte (à partir du cap Hydra), est Myrina, ville éo-
eit’ ’Ayxiüv lt[Avjv, otcov et j3 wpwi tcüv SrjirJz'/.v. Se&iv, sitk nokiyviov Mupivaîcoy Tpiviov y.xi igpàv ’AîiôXXwvoç y.xi ptavrsïov xpyxïov y.v.i vscùç izohjTsknz ïiOoü Isv/oü, crv.Sioi â’ Itt’ «ÿrvjv zgT-xpxy.ovTx • êJ/f sêJopt vj/ovra siç 'E'kxixv, },tu.évx ïyovGXM y.xi w.vgzxOuO'J züv ’Azzxktx&v j3a<7t)i«v.
1. L’emplacement de Larissa a été identifié par M. Ramsay ( Journ . of Hellenic Studies
II, p. 281).
2. Strabon dit plus loin (v. le texte dans la note précédente) que, d’après Artémidore, la
distance de Grynium (?) à Élée est de 70 stades, alors qu’il vient de l’évaluer lui-même à 40 stades. On a voulu corriger dans le texte : x«xet0sv [Ég<?opjzovra] sic, ’E Ixixv, mais cette conjecture, adoptée dans la traduction de M. Tardieu, nous parait inutile. Le chiffre d’ Artémidore est celui de la distance mesurée en suivant la côte (èyxoÏKiÇov-i) et non pas de l’éloignement en ligne directe. Dans le passage où Strabon indique la distance entre Colophon et Éphèse (XIV, p. 642, 28), il oppose nettement les deux procédés d’évaluation : E vOvnlotx (à vol d’oiseau ou en ligne droite) gsv ouv éê^opjxov ra g zxSiol eWtv èyy.ohti'Ço'jTi de sV.arov
y.xi ’éiy.oGi. Du reste, le texte de la citation d’Artémidore paraît altéré, car le féminin xùràv ne s’explique pas bien dans la phrase : thx itokiyyim rpûvtov -/ai tspà-j ’Anolluvoq y.xi ptavmov xpyxiov y.xi -je wç Tzolvrélni; lidov Isu/oü, gtxoioi d’ st:' aôrv)v zszzxpxy.o'jvx. On est obligé d’admettre que aôr h se rapporte à M vpvyx.
3. C. Müller se demande, dans l’index du Strabon de Didot (p. 718), s’il ne faudrait pas lire 'Alat , frequens locorum maritimorum nomeii. Toute la côte entre Myrina et Phocée est encore couverte de salines, xlsç, xkxî, x\Uxi, xkvy.idsç. On peut donc se demander si AAAI ou AAAI est véritablement un nom propre, et si le géographe n’a pas voulu simplement parler des salines situées aux environs de Cymé (cf. Reinach, Revue Archéologique , 1883, II, p. 121). M. Sayce a proposé d’identifier Adae avec Guzel-IIissar, où l’on plaçait autrefois Ægae; d’autres ont cherché Adae à Ali- Aga (Journ. of Ilell. Studies , III, p. 220). Si cette localité a existé, elle ne peut se trouver que dans la presqu’île d’Arap-Chillik, entre Cymé et Ali-Aga, où l’on a découvert une borne du territoire de Pergame (Bull, de Correspondance Hellénique , t. V, p. 283), mais aucun vestige de ville antique, si ce n'est quelques fragments de poteries à l’extrémité septentrionale.
lienne, avec son port; puis à Mjrina succède le Port des Achéens, où Ton remarque les autels des douze grands dieux. Yient ensuite Grynium, petite ville dépendant de Myrina \ avec son temple d'Apollon, son antique oracle, et son magnifique sanctuaire de marbre blanc. De Grynium à Myrina, [Artémidore compte] 40 stades; il en compte ensuite 70 jusqu’à Élée, ville dont le port servait de station à la flotte des Attales et qui fut fondée par Ménesthée et par les Athéniens venus avec ce héros au siège d’Ilion. »
On voit que dans le texte de Strabon, Myrina est placée entre Cvmé et Élaea, à 40 stades de la première de ces villes et à 80 de la seconde. L’emplacement de Cymé est connu avec certitude par les nombreux textes épigraphiques qu’on y a découverts : il correspond à la localité de Namourt, éloignée de Kalabassary de 8,650 mètres en ligne directe. Élaea est identique à Klissé-Keui, situé à 13 kilomètres de Kalabassary. Gomme la distance entre Cymé et Kalabassary est de 8 kil. 650 ou 47 stades, le chiffre de 40 stades donné par Strabon est un peu trop faible 1 2 : il n’en reste pas moins que Kalabassary est le seul emplacement de ville antique qui réponde d'une manière satisfaisante aux données numériques du géographe grec. La largeur du golfe Élaïtique entre le cap Hydra et la pointe Ilannatonte, serait, suivant Strabon, de 80 stades, c’est-à-dire de 1 1 kil. 800 environ. Or, le cap Hydra d’ Artémidore est très probablement identique à la pointe occidentale de la presqu’île d’Arap- Chiliik, nommée Utch-Keucheh ou Leja Bouroim sur la carte anglaise {LifJja Bouroun). En d’autres passages, dont les difficultés ont été signalées par G. Muller 3, Strabon semble donner au même promontoire les noms (TÆga et de Canae. Mais le cap Ganae, situe
1. i. ■ -i par um; erreur typographique, d’ailleurs reconnue dans l’index (p. 1026, col. 2, en 1. 1 . qu ■ le Slr.ihon-Didot a supprimé dans le texte le mot Mvpivcd&>v. Eslienne de Byzance,
■ > } >i .1 h t Slrab.>n, écrit aussi (s. v. r pûviov), i:o'hiyviov Mvpivca'wv.
2. I, i lidance de 8k,0ü0 est mesurée entre les ruines actuellement visibles de Cymé et de Mm ina. tandis que les 7k,i00 de Slrabon indiquent sans doute l’éloignement des points les I • I i rapprorhi's de ces deux villes. Avec une ouverture de compas correspondant à 7k,400, on l i\ .-ii i • fie t , embrasser l’espace compris entre le Xanthus de Cymé et le bras méridional du Kodja-Tchaï.
!. Iian- l’édition de Slrabon-Didot, p. 763-04.
TOPOGRAPHIE DE MARINA
tout auprès des îles Arginuses, est à l’extrémité septentrionale et non pas au sud du golfe Élaïtique 1 et paraît d’ailleurs, comme le dit Strabon, être identique au promontoire Æga 2. Ptolémée 3 est d’accord avec Artémidore pour placer le cap Hydra entre Myrina et Cymé. C’est donc par erreur que la carte anglaise donne le nom de cap Hydra au cap Arslan-Bouroun, situé à l’ouest de Nouvelle-Phocée 4. On peut hésiter seulement entre les deux pointes voisines de Lidja et de Tasly, situées l’une au nord-ouest, l’autre au nord-est de la péninsule d’Arap-Chiflik.
L’identification de la pointe d’Harmatonte 5 est plus difficile. Pour Artémidore et Strabon, comme nous l’avons vu, elle se trouverait à 15 kilomètres environ du cap Hydra. M. C. Millier, dans Y Atlas du Strabon de Didot, la place au point désigné par les cartes anglaises sous le nom de Tckinarly-Bouroun ou Dermen- Bouroun, à l’ouest de Tckandarly; mais la distance de ce cap au cap Hydra n’est que de 11 kilomètres. D’autre part, un texte formel de Thucydide nous oblige à chercher une pointe d’Harmatonte beaucoup plus loin vers le nord. « La flotte péloponésienne, dit l’historien 6, après avoir touché au port de Carteries, dépendance de Phocée 7, côtoya le rivage de Cymé; ils allèrent souper aux Arginuses 8, en face de Mytilène. Ils continuèrent à longer