‹ La nécropole punique de Douïmès (a Carthage)Chapitre 14 sur 29 · Hist. de l’art, t. III, p · texte numérisé non relu

Hist. de l’art, t. III, p

cadavre. On y trouve cependant une double série de quatre des poteries habituelles. On en retire en même temps une hachette de bronze, deux clous en fer conservant des traces du bois qu’ils traversaient, un scarabée en pâte blanche portant sur le plat cinq cercles en creux, concentriques, puis deux pièces de valeur qui méritent une description spéciale.

La première est un beau scarabée en agate avec monture en or. Le plat du scarabée représente la déesse Isis allaitant son fils Horus (fig. 43). Ce

Fig. 43. Scarabée, chaton de bague sigillaire.

groupe mythologique est placé entre deux personnages à tête d’épervier, tenant chacun d’une main une fiole et levant l’autre dans l’attitude de l’adoration. Au-dessus de cette scène, une grande paire d’ailes éployées.

La seconde pièce tout entière en or est un anneau sigillaire (fig. 44). Le sceau arrondi aux deux extrémités porte cinq personnages. Au mi-

lieu, une divinité à tête d’épervier, assise sur un trône, tenant d’une main une tige de papyrus ou

Fig. 44. Bague sigillaire en or.

de nénuphar, lève l’autre main vers deux personnages dont elle reçoit les hommages. Derrière le trône sont deux autres personnages.

On ouvrit encore, le 2!7 mai, deux autres tombes. Mais, à part un objet de bronze ayant la forme d’une poire, à queue plate et percée pour être enfilée dans un collier, leur mobilier n’offrait rien de particulier.

Le 28 mai, on arrive encore à une chambre creusée au fond d’un puits. L’entrée était fermée par deux dalles superposées. A droite et à gauche, on trouva deux patères appliquées contre ces dalles comme pour boucher des trous. Cet hypogée renfermait deux squelettes avec double mobi-

lier funéraire, une hachette de bronze, une tige de même métal longue de 1 6 centimètres, à extrémités ovoïdes, enfin les os d’un petit animal (oiseau ou quadrupède) et un scarabée en verre portant sur le plat un sujet gravé ou moulé.

Le 30 mai, on trouve dans une tombe une poterie singulière. Elle a la forme et à peu près les dimensions de la moitié supérieure d’un œuf d’autruche, et l’intérieur est orné sur le bord d’une ligne de points noirs, tandis que six lignes de même couleur ont été tracées en zigzag du bord au fond de cette coupe.

31 mai. Le dernier jour du mois de mai nous réservait une agréable surprise. Nous ne pouvions mieux terminer ce mois de fouilles. Dans une simple fosse, à parois damées avec soin, longue de ^m05, haute de 1 mètre et large seulement de 0m50, fermée par deux dalles, on trouve, avec les six poteries ordinaires, un mobilier composé de pièces intéressantes, telles que pendant d’or, anneau sigillaire en argent, vases grecs, morceaux d’œufs d’autruche, des grains de collier, des amulettes sous forme de figurines égyptiennes, une tête égyptienne en pierre blanche, une belle fiole de verre et enfin une statuette de la déesse Astarté.

La fiole est un flacon à parfum (fig. 45) , de verre noir, dans la pâte duquel on a incrusté des lignes de matière vitreuse blanche. Ces lignes, vers le goulot, forment des cercles horizontaux parallèles,

puis vers le milieu de l’objet décrivent des ondulations et enfin plus bas prennent la forme de

Fig. 45. Flacon de verre.

chevrons et de zigzags. Cette fiole révèle une grande habileté à manier le verre en fusion.

Quant à la statuette d’Astarté (fig. 46), c’est une figurine de terre cuite, haute de 0m2!6. La déesse, de forme élancée, est debout sur une base rectangulaire. Sa tête est surmontée d’une sorte de couronne creuse tenant lieu d’orifice, car la statuette a été fabriquée pour servir de vase

LÀ NÉCROPOLE PUNfQÜE DE DOUÏMES

à parfum. Les cheveux de ia déesse, ondulés sur le front, passent derrière les oreilles et tombent de chaque côté de la poitrine, en deux longues tresses s’écartant l’une de l’autre. Derrière la tête, la chevelure formée d’une série de tresses couvre complètement le cou et une partie du dos. Les bords de cette natte de cheveux conservent des traces de couleur rouge, traces qui se montrent aussi autour du goulot, au-dessus de la tête. La déesse est vêtue d’une tunique aux plis fins et symétriques. De la main droite, elle tient son manteau dont le bord est orné d’une bande très accentuée. Le manteau enveloppe le corps et les jambes comme dans une gaine et descend jusqu’aux pieds qui sont nus et en partie découverts. De la main gauche, la déesse presse sur sa poitrine une colombe, et c’est cet oiseau qui fait donner à cette statuette le nom de la déesse Astarté. Le Louvre possède des exemplaires de figurines identiques provenant de la Phénicie septentrionale et de Gamiros dans l’île de Rhodes. On en a trouvé aussi en Grèce et en Italie. M. Heuzey, ce savant si compétent pour l’histoire de la plastique, voit dans cette figurine un « des types perfectionnés du premier archaïsme grec, conservant, au contact de l’Orient, un caractère asiatique assez prononcé1. »

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