‹ La NéerlandeChapitre 15 sur 47 · RAPPORT A L INSTITUT DE FRANCE. XXI · texte numérisé non relu

RAPPORT A L INSTITUT DE FRANCE. XXI

réaies inférieures, comme le seigle et l'avoine, a reculé dans plusieurs provinces. Non seulement l'étendue cultivée en céréales s'est accrue, mais, ce qui vaut mieux encore, le produit par hectare a notablement augmenté ; de 20 millions d'hectolitres, la récolte totale en grain s'est élevée à 24 millions. Les racines fourragères, les pommes de terre, les plantes industrielles et les prairies artificielles, tous les signes d'une culture riche se multiplient. La valeur vénale des terres a monté de 30 p. c, la valeur locative de 20 p. c. Pour tout dire en un mot, quoique la population se soit élevée dans ces dix ans de 4,300,000 âmes à 4,700,000 (elle doit être aujourd'hui de 4,900,000), l'importation moyenne des farines et des grains étrangers a diminué de près de moitié, et l'exportation des produits agricoles a plus que doublé.

Ce brillant tableau pèche par un côté, et M. de Laveleye ne le dissimule pas; c'est la mauvaise condition du cultivateur flamand. Il est douloureux que la partie de la Belgique la mieux cultivée soit précisément celle où le salaire rural est le plus bas. Cette pauvreté de l'homme sur un sol qu'il sait rendre si riche tient à une cause principale, l'excès de population. Tandis qu'en France, la moyenne de la population rurale ne dépasse par quarante habi-

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tants pour cent hectares, elle atteint dans les Flandres le double et même le triple. De là une concurrence acharnée, comme en Irlande, pour la possession du sol ; de là une hausse constante dans les fermages et une réduction des salaires à la stricte nécessité. Il n y a qu'un remède à un pareil mal, l'émigration. D'autres parties du territoire belge, comme le Condroz, pourraient recevoir plus d'habitants ; en France, nos campagnes qui se dépeuplent accueilleraient d'autant plus volontiers ces émigrants, que ce sont les premiers cultivateurs du monde : mais la population flamande aime mieux jusqu'ici souffrir chez elle que d'abandonner le sol natal.

L'Angleterre reprend ici l'avantage, car elle emploie beaucoup moins de bras pour un produit égal. C'est l'étendue des pâturages qui est la principale cause de cette différence. L'état de la propriété y est aussi pour quelque chose. La grande propriété domine en Angleterre, et en Belgique la petite; or M. de Laveleye remarque avec raison que plus les propriétés sont petites, plus la condition de l'ouvrier rural devient mauvaise, quand il n'est pas lui-même propriétaire, et c'est malheureusement le cas le plus fréquent dans les Flandres.

Tel est, en résumé, YEssai sur Véconomie rurale de la Belgique, Je n'ai pu, dans cette rapide

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analyse, donner une idée de l'agrément du style. M. de Laveleye est un écrivain en même temps qu'un agronome et un économiste. Ses tableaux s'animent sens sa plume, et qu il décrive la culture jardinière des Flandres ou les bruyères de la Campine, les riches moissons du Brabant ou les plateaux arides du Condroz, les cimes sauvages de l'Ardenne ou les grasses prairies des polders, l'effet du paysage n'est jamais oublié. On dirait une succession de tableaux flamands, les premiers de tous pour la reproduction des scènes rurales ; on y retrouve ces horizons bas et verdoyants où ruminent paisiblement des vaches, ces chaudes écuries tout encombrées de fourrages et d'animaux, ces intérieurs rustiques, ces grands bois, ces bestiaux à l'abreuvoir, qui revivent sous les pinceaux de Paul Potter, de Wouwermans et de Berghem.

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