‹ La NéerlandeChapitre 26 sur 47 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La région toarbease. — Les veen-kolonien. — Leur origine. — Forme des exploitations. — Création da sol. — Les engrais. — Les semailles en ligne.

— La caltnre alterne.— Les colonies agricoles de la société de bienfaisance. .

— Frederiksoord, — Le Limbonrg. — Région crétacée. — Le kess. — Le métayage.

Il ne reste plus, pour compléter cette étude, qu'à décrire un système de culture pratiqué aussi dans la région haute que nous venons de visiter, mais qui diffère complètement des procédés qui y sont généralement suivis. C'est dans les colonies des tourbières et dans les colonies de bienfaisance qu'on le rencontre. L'exploitation de la tourbe a été parfaitement décrite par M. Esquiros, dans son livre sur la Néerlande. Je me permettrai d'y renvoyer le lecteur. Je rappellerai seulement ici qu'on a toujours soin de rejeter sur

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le fond sablonneux de la tourbière la couche supérieure qui forme un très mauvais combustible, et qui, au contraire, mêlée au sable qu'on extrait des fossés, fait une terre très fertile, quand on combine avec ce mélange de deux terres différentes une quantité suffisante d'engrais (1). Cette méthode fut introduite d'abord, semble-t-il, au seizième siècle, dans les vastes landes tourbeuses, hooge veenen^ que la ville de

(1) Quand la tourbe a été enlevée, il reste une série de bandes de terrains de 82 mètres de largeur, séparées les unes des autres par des fossés qui débouchent à angle droit dans le canal principal. Il s'agit alors de fertiliser ces langues de terres composées d'un sous-sol sablonneux, recouvert de la couche supérieure de la tourbe qu'on y a rejetée : on coupe ces bandes de terrains (dalgronden) , par de nouveaux, fossés, un dans la longueur et plusieurs en travers, à une distance de 125 mètres. Le creusement de ces fossés livre environ par hectare 1,000 mètres cubes de sable qu'on mêle à la couche de tourbe légère et spongieuse de la superficie. Si le sous-sol est sablonneux et imperméable, on le défonce aussi à une ou deux bêchées de profondeur. On a soin de bien niveler les champs, de manière à les disposer en dos d'âne afin de faciliter l'écoulement des eaux dans tous les sens. On donne ensuite trois labours et trois hersages, et on obtient un sol composé d'un mélange de sable et de tourbe qu'il faut réchauffer maintenant par l'addition d'une grande quantité d'engrais. On y met habituellement de 40 à 50 lasten (de 2,000 kilos chacun d'engrais), recueilli à Groningue, qui contient beaucoup de vidanges et qui est par suite très actif. Autrefois on mettait

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Groningue possédait vers le sud-est de la province. A peine la paix conclue avec l'Espagne assura-t-elle quelque sécurité, que Groningue creusa un canal dans cette direction et accorda des concessions pour exploiter les veenen. Des paysans frisons dont le nom est encore conservé formèrent plusieurs associations : Trips-compagnie, Borger- compagnie, Kiel-compagnie , Nieuwefriesche-compagnie, qui successivement

toute la quantité, la première année, maintenant on la diyise en deux années, a&i d'obtenir deux bonnes récoltes. Voici le calcul du coût de ce défrichement pour un hectare, tel que l'établit M. Borgesius, qui en a fait l'objet d'une étude spéciale. (V. Landontginning en landbouw in de veenkolonien der province Oroningen).

Prix d'achat 150 florins.

Creusement des fossés, distribution du sable. 80

Trois labours, hersage, etc 20

Cinq vrachten d'engrais 400

Frais divers 25

On obtient ainsi une magnifique récolte de seigle dont le produit ramène le coût de la terre à 450 florins, et comme on peut la louer à 24 florins l'hectare, on retire encore 5 p. c. de ses avances.

En répartissant l'engrais sur deux récoltes, le coût tombe à 350 florins. La terre alors est plus épuisée et on ne peut la louer que 20 florins, mais cela fait encore 6 p. c. de la mise dehors.

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môme étendue, puis, on rencontre un nouveau fossé débouchant dans le grand canal et ainsi de suite, de maîiière qu'on trouve une série d'îlots renfermant cha'cun deux exploitations. Quand celles-ci contiennent une vingtaine d'hectares, elles forment des bandes de terrain de près d'une demi-lieue de longueur, car elles n'ont que quatre-vingt-deux mètres de largeur. Cette étroite bande cultivée est à son tour divisée, par de petits fossés, en champs d'une étendue moyenne d'un hectare; mais une digue un peu relevée l'entoure tout entière et la préserve de l'inondation des crues ordinaires.

C'est sur cette digue que s'ouvre le chemin qui permet au cultivateur d'arriver à tous les champs avec ses chevaux et ses instruments aratoires. Les bâtiments de la ferme, toujours situés le long du canal principal, se composent, suivant le plan généralement suivi en Gronin» gue, d'une maison d'habitation, à laquelle est adossé un énorme vaisseau contenant à la fois la grange, les étables et toutes les dépendances de l'exploitation,

La manière dont le sol est mis en valeur n'est pas moins remarquable que la façon dont il a

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été créé et dont il est oQCupé. Les fermes ont de 10 à 20 hectares, et presque tous les cultivateurs .sont propriétaires ou locataires héréditaires {beklemde meyers) de celles qu'ils exploitent. Ils ne reculent pas devant les avances; chaque année, ils achètent pour 2 ou 3,000 francs d'engrais de toute sorte, surtout des boues de rue que des bateaux amènent d'Amsterdam, et • des autres villes hollandaises, à travers le Zuyderzée, ou de la ville deGroningue, qui a depuis 1628 adopté les meilleurs règlements pour recueillir toutes les matières fertilisantes, trop souvent perdues ailleurs. Ils emploient aussi pour stimuler leurs réColtes le limon fertile que la mer dépose dans le DoUard, le fumier de l'hiver qu'ils obtiennent des fermiers de la zone argileuse moyennant 36 ou 40 francs par tête de bétail, enfin jusqu'à des moules qu'on répand ici sur les champs dans la proportion de 200 à 300 hectolitres par hectare, au prix de 50 centimes l'hectolitre.

L'assolement partout suivi est excellent; il est strictement alterne; jamais deux récoltes épuisantes ne se suivent, et après une rotation de cinq et six ans on laisse la terre en prairie

fSd LA ZONE SABLONNEUSE.

pendant ^ne couple d'années. On applique d'ailleurs, depuis plus de cent ans, avec des instruments très simples (1), un procédé généralement considéré comme une invention récente de l'agriculture anglaise; je veux. parler dès semailles en ligne, qui exigent moins de semences et qui permettent de biner deux fois les récoltes sur

(1) Les instraments dont dn se sert ici tant pour faire les semailles que pour biner les récoltes méritent de fixer l'attention des agronomes. C'est d'abord une sorte de marqueur coudé qu'on attache au côté droit de la ckarrtiè ei qui trace ainsi uûe raie dans la partie du champ déjà labouré; on l'appelle bongeL Les lignes sont espacées de 25 à 30 centimètres pour les blés et de 40 à 50 pour le sarrasin. L'autre instrument dont on se sert pour tracer les lignée esit le gotenjay^: il est formé d'une tïès forte planche sous laquelle sont fixées é à 5 règles parallèles qu'on peut éloigner ou rapprocher à volonté suivant l'intervalle qu'on veut laisser entre les lignes. Un cheval traîne cet engin sur la terre hersée où les lignes se trouvent ainsi parfaitement mar(|uées.Oa sème ensuite avec le zaaihoorn qui n'est autre chose qu'un petit entonnoir, à peu près fermé vers l'extrémité inférieure. On le remplit de semence et on le secoue de manière à faire tomber celle-ci dans la ligne tracée par le marqueur. Un petit garçon ou uiie femme peut semer éé* ares par jour et suivre facilement avec le zaaihoorH la charrue du bongel qai trace les lignes. Le binage se fait au moyen d'une houe {^hoffet), dont le fer aplaMala forme d'uâ croissant et qu'on manie en, le poussant et le ramenant à soi alternativement, de manière à couper les mauvaises herbes au dessous du collet. Far les semis en ligne on épargne à peu près le tiers de la semence.

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pied. Les produits répondent aiïx soins bien entendus de cette excellente culture, et sur ce sol étrange, formé complètement par la main de l'homme, ils égalent ceux des meilleures terres argileuses.* Ces produits s'élèvent par hectare pour le froment à 25 hectolitres, pour le seigle à 27, pour l'orge à 88, pour le colza à 28, pour les féveroles à 26, chiffres tout à fait exceptionnels ailleurs.

Les 16,000 hectares de terrain productif que comprennent les six veenrkolmien nous offrent donc un des plus curieux exemples de ce que peut l'industrie agricole quand elle est conduite avec intelligence, et qu elle apprend à tirer parti des propriétés particulières du sol qu'elle met en valeur. L'histoire de la création de ces colonies est sans contredit une des plus belles pages des annales de l'économie rurale de la Néerlande, une de celles dont elle peut s'enorgueillir à juste titre. De nos jours, l'œuvre de la colonisation se poursuit. La ville de Groningue, à qui appartiennent encore d'immenses espaces de hautes tourbières, y a hardiment creusé un canal qui s'étend jusqu'à Ter-Apel, aux frontières de l'Allemagne. Déjà une nouvelle commune s'y est

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t38 LA ZONE SABLONNEUSE.

formée, Stadskanaal, qui promet démarcher sur la trace de ses aînées. La ville de Groningue continue d'appliquer à ces défrichements le régime de bektem-regt (bail héréditaire), et elle n'a qu'à s'en féliciter, car les colon% apportent au travail toute l'activité, toute la prévoyance que donne* seul le sentiment de la propriété, et pourtant elle ne perd pas complètement les avantages du domaine éminent. Son revenu augmente sans cesse, et il* lui est payé, non par des fermiers qu'inquiète le retour fréquent de locations publiques, mais par des cultivateurs satisfaits et assurés de l'avisnir.

La région sablonneuse nous présente encore un autre exemple de culture alterne, avec achat d'engrais et parfois avec semailles en ligne (1) dans les colonies de bienfaisance et de répres-

(1) En visitant les cultures de Frederiksoord, j'ai pu constater l'heureuse influence que les semailles en ligne exercent sur la récolte. Les blés en terre semés en ligne étaient bien plus forts et d'un vert plus intense que les autres. Avec moins de semences on obtient aussi plus de produits et, grâce au binage entre les lignes, la terre est bien plus propre et mieux débarrassée, des mauvaises herbes. La culture des pommes de terre sur le genêt retourné dans les sillons comme fumure verte est aussi remarquable.

LA KÉGION TOURBEUSE. S39

sîon, à Frederiksoord, à Veenhuyzen et à Ommerschans; seulement cette culture est pratiquée dans des conditions tout autres que dans les belles communes de Groningue. C'est un général de l'armée néerlandaise, le comte Van den Bosch, qui conçut, il y a plus de quarante ans, l'idée de fonder des colonies agricoles pour donner du travail aux hommes valides qui en manquaient. Le projet semblait parfaitement entendu, il fut •accueilli avec enthousiasme. La Société de bienfaisance {Maatschappy van Weldàdigheid) fut fondée. Les membres de la famille royale lui accordèrent leur patronage et des sommes, considérables. Les souscriptions affluèrent : au bout de peu de temps, on en compta vingt et un mille; c'était un admirable élan de charité chrétienne, . comme pu en voit si fréquemment dans la Néerlande non moins qu'en Angleterre. Le général Van den Bosch veilla lui-même à l'exécution de la grande œuvre de bienfaisance qu'il avait rêvée. De vastes landes furent acquises ou obtenues en concession de l'État dans l'Over- Yssel et dans la Drenthe, et des contrats conclus avec des communes, des associ^^tions ou des particuliers qui, moyennant une certaine

UO LA zone SABLOSTNECSC

rétribution, avaient le droit d'envoyer un indigent àla colonie, où il obtenait lajouissance d'une maison, d'an jardin et de deux hectares et demi de terre. Le colon, qui recevait aussi des instruments aratoires et une vache, travaillait d'abord sous la surveillance et pour le compte de l'asso^ dation; mais, parvenait-il à épargner le petit capital nécessaire à son exploitation, il deve-^ nait locataire indépendant (vrjfboer).

Ce plan si bien conçu a-t-il réussi? On voudrait pouvoir répondre afllrmativement, car le moyen serait trouvé de combattre efficacement la misère dans tous les pays qui ont encore des terres vagues à défricher. Certes l'œuvre de la Société de bienfaisance n'a pas été vaine. Grâce au dévoûment des administrateurs et à la géné^ rosité des souscripteurs, des résultats sérieuï ont été obtenue : 434 petites fermes ont été bâties, 1,400 Jiectares de terre mis en culture ; des églises, des écoles, six fabriques de cotonnades successivement construites, et une population laborieuse de 2,500 à 3,000 personnes a été entretenue, moralisée, sauvée de la misère. Ce sont là sans doute des résultats admirables; malheureusement les dépenses ont été énormes.

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U RÉGION roURBËCSS. . fUi

le déficit est allé croissant, et ridôuvre, au lieu de s'étendre, a décliné. D'atbord on a séparé et avec raison les colonies pour la répression de la mendicité^ Veenhuyaîen et Ommerschans , de celles de Frederiksoord; ensuite il a fallu vendre une partie de la propriété, et comme le zèle des souscripteurs s'est refroidi, la situation de la société est devenue dans ces dernières années extrêmement critique. Cependant, grâce aux excellentes réformes introduites récemment, les recettes allaient balancer les dépenses^, quand la cherté inattendue du coton e&t venue tarir la source des bénéfices que procuraient les fabriques (1). L'administration actuelle a doncà lut-

(l) La commission de là société, composée d'hommes compétents et présidée par un agronome disttingué, M. O. Van Andringa de Kempenaer, a nettement dévoilé les causes de cette fâcheuse situation; elle a montré que Ton avait trop négligé de faire appel aux efforts individuels des colons, et qu'il était impossible de faire vivre 2,500 personnes sur 1,200 hectares de terres sablonneuses nouvellement défrichées. Elle propose comme remède la création de plusieurs grandes fermes, et le jeune et intelligent directeur de la colonie, M. Jongkindt Coninck, m'a affirmé qu'avec ce système la colonie pourrait marcher et se développer. Il est fâcheux qu'on n'ait pas dès le principe planté en sapins toute l'étendue qu'on avait acquise.On aurait employé aux travaux de défoncement et de plantation les pauvres qu'on

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fit U ZONE SABLONNEUSE.

ter encore, mais il faut espérer qu'elle sera soutenue par le concours du pays tout entier, et que la nation hollandaise ne laissera point succomber une admirable institution qui a coûté tant de sacrifices, qui a déjà fait tant de bien, et qui, habilement dirigée, peut rendre encore de si grands services.

Un dernier district agricole digne d'étude se trouve dans la partie de la province du Limbourg située à l'est de la Meuse, et où l'on rencontre un terrain qui manque partout ailleurs en Néerlande. Le sol y est formé d'une argile fertile que les géologues allemands désignent sous le nom de lœss, et qui ne diflPère guère du limon de la Hesbaye. Par endroits, affleure au jour la craie blanche à silex, formation de l'époque secondaire, qui élève en Belgique, aux bords de la Meuse, ses falaises escarpées, et

voulait secourir en leur assurant une demeure et quelques ares de terres qu'ils auraient cultivés à leur guise. Us auraient vécu au moyen du salaire que la colonie leur eût payé; ils seraient devenus dès l'abord des travailleurs responsables et indépendants, et aujourd'hui l'administration trouverait dans ses bois un capital accumulé d'au moins un million. Mettre en culture de mauvaises terres au moyen de mauvais ouvriers, c'était entreprendre l'impossible. Le directeur «ctuel s'occupe activement des plantations.

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constitue, près de Maestricht, la montagne de Saint-Pierre, si connue des géologues par ses ossements fossiles, et des touristes par ses catacombes, dont les galeries ont plusieurs lieues d étendue. On voit que les anciennes révolutions du globe ont préparé ici un sol fait à souhait pour l'agriculture. La surface du pays est ondulée, mais les déclivités ne sont jamais assez fortes pour s'opposer au travail de la charrue. Les hauteurs trop abruptes sont plantées de chênes ou d'arbres résineux. Le cultivateur se procure à bon marché le fer des forges voisines de Liège et le combustible des houillères de la Meuse ou de celles de Kerkrade, qui appartiennent au gouvernement néerlandais. Le terrain, moins compacte que l'argile de la Belgique, livre en général un passage facile aux eaux, et n'exige que rarement le secours du drainage.

De divers côtés, des bancs de cailloux roulés permettent de faire à peu de frais d'excellentes routes. Enfin la Meuse, qui traverse la province dans sa plus grande longueur, un canal qui réunit cette rivière à l'Escaut, des chemins de fer dans toutes les directions, ojffrent aux produits de l'agriculture des débouchés assurés et

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de3 transports si peu dîspendiaux, q<ie même le marché de Londres leur est ouvert.

Voilà sans doute bien des conditions favorables ; il faut rechercher cependant si Ion a su en tirer bon parti. Le nombre des propriétaires riches qui font valoir eux-mêmes leurs terres est assez considérable; il sensuitqueles grandes fermes de 50 à 100 hectares ne sont pas rares, et quà peu près partout les bâtiments de ferme sont grands, solides et bien entretenus. Le bé? tail est beau, mais il est peu nombreux. Sur une ferme de 100 hectares, on ne compte guère que 16 ou 17 vaches à lait, autant d'élèves, une centaine de moutons et 8 ou 9 chevaux. C'est à peu près le type de la ferme belge du Hainaut, si ce n'est qu'il y a moins de chevaux, parce que la terre est plus facile à travailler.

Les* machines à battre commencent à s'introduire, mais les charrues sont encore de mauvaise construction, lourdes, avec un avant-train à roues et très semblables à celles qu'on rencontre aux environs d'Aix-la-Chapelle. L'assolement généralement suivi est aussi assez ,mal entendu, c'est une modification de l'ancienne rotation triennale. Du froment, puis du seigle et

la troisième année, trèfle, avoine, pommes de terre, etc. De cette façon les trois quarts de la terre sont en céréales et un cinquième à peine est réservé pour les fourrages. Il est vrai qu'on met souvent des navets en dérobé après le seigle, pratique empruntée sans doute à la Campine, qui s'étend de l'autre côté de la Meuse. La plupart des fermiers achètent aussi du foin sur les prairies que fertilisent les débordements annuels de la rivière et suppléent de cette manière au défaut de nourriture dont pourrait soufirir leur étable.

Le métayage est encore en vigueur, pour les céréales du moins, dans certaines parties du pays, surtout dans un district qui avait continué d'appartenir à l'Espagne après la révolution du seizième siècle et qu'on appelle pour ce motif het Spansch quartier. Les conditions de cette culture à mi-fruit ne sont pas tout à fait les mêmes que dans le Midi. Le propriétaire a la moitié des grains, mais pour la partie de terre emblavée en féveroles, trèfle ou pommes de terre, on paie un loyer en argent moins élevé d'un tiers que les fermages habituels. Il est défendu aux métayers de semer des navets en

fcCONOMIB EUBÂLB. SI

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récolte dérobée, parce qu'on prétend que c'est autant d'enlevé à la terre dont le propriétaire ne profite pas. Cette interdiction est très mal entendue, car les navets permettent de mieux nourrir le bétail et par suite de mieux fumer le sol. On s'étonne que le bail à ferme ordinaire ne remplace pas le métayage, qui exige une plus grande surveillance, d'abord pour prendre note de l'étendue consacrée à chaque récolte, ensuite pour envoyer un ouvrier battre les céréales en grange et opérer le partage. Deux raisons le font maintenir. D'une part, il assure au propriétaire un revenu plus grand qu'il ne pourrait obtenir par la location ordinaire, et d'autre part, le cultivateur aime mieux que le possesseur du sol soit associé à ses chances de bonne et de mauvaise récolte plutôt que d'être tenu à payer une somme fixe quoi qu'il arrive. La location ordinaire des fermes a lieu pour six ou neuf ans, mais avec des conditions spéciales qui méritent d'être notées. L'entrée en jouissance a lieu au mois de mars; le fermier qui entre a droit à la moitié de la récolte sur pied, et le fermier dont le bail finit à l'autre moitié. Celui-ci conserve donc, même durant la dernière année de ce

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bail, un certain intérêt à obtenir de bonnes récoltes, et le fermier entrant a l'avantage de^se trouver en possession d'une quantité de produits suffisante pour se nourrir lui et son cheptel, sans devoir faire immédiatement les avances de toute une année. Le prix de location varie de 60 à 100 francs l'hectare, et le prix de vente de 4,000 à6,000 fr. C'est déjàun chiffre satisfaisant; malheureusement le salaire de l'ouvrier agricole ne monte guère à plus d'un franc par jour.

J'ai encore remarqué dans ce canton une autre coutume qui m'a paru très judicieuse.

Comme les arbres poussent parfaitement dans ce sol riche et profond, on en plante beaucoup, et il s'ensuit que le pays n'a pas cet aspect triste et uniforme habituel aux bonnes terres à froment. Or les communes tirent du droit de plantation un revenu assez considérable. Le long des chemins vicinaux, partout où la commune a un bout de terrain, elle accorde aux particuliers le droit de planter des arbres marqués de leur chiffre, moyennant une rétribution annuelle qui va en augmentant avec lage de l'arbre. Le moindre coin de terre est ainsi utilisé. Les plantations sont bien faites, car c'est

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rintérêt privé qui s'en charge, et on ne voit point ici ces espaces vagues et improductifs qui sont ailleurs comme une enseigne d'incurie et d'imprévoyance.

A proximité des carrières de calcaire crayeux qui distingue la formation du territoire de Maestricht, les habitations rurales ont un grand aspect de richesse et delégaupe qu'elles empruntent aux pierres blanches, parfaitement équarries et appareillées dont elles sont construites et qui ne coûtent pas plus que la brique, c'est à dire de 15 à 18 francs le mètre cube. Quand on visite le pays, on est très étonné de voir des toits de chaume tout couverts de mousse s'appuyer sur des murs dignes d'un palais. Malheureusement l'intérieur ne répond pas à ces dehors soignés, et en entrant dans la demeure des ouvriers, on s'aperçoit bientôt qu'on a quitté le Hollande. Les étables des grandes fermes ont au contraire un aspect grandiose. Les vaches sont placées èur deux rangs, la tête dirigée vers le milieu du bâtiment; elles sont attachées entre des montants de bois devant leurs auges. Au milieu de ces deux rangées se prolonge un couloir par où l'on apporte la nourriture au

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bétail et qui communique avec la place où on la conserve et la prépare. Derrière les vaches, règne aussi un passage où Ion peut circuler pour les traire et pour enlever le fumier. L'ensemble de ces dispositions est extrêmement commode et bien entendu.

En résumé, la partie méridionale du Limbourg assise sur le loess est une belle région agricole, et forme le plus complet contraste avec la partie occidentale de la même province, qui est le canton le moins habité, le plus pauvre, le plus isolé de tout le royaume.

Considérée dans son ensemble, la région sablonneuse des Pays-Bas ne nous a pas offert une culture très avancée; elle est remarquable plutôt par les anciennes coutumes auxquelles elle est restée iîdèle et par les restes de Torganisation rurale de la Germanie primitive, qu elle a en partie conservée. Déjà cependant, malgré la stérilité du sol, le progrès agricole s'introduit dans ces districts si longtemps isolés, et les cultivateurs qui voudront améliorer leurs procédés et augmenter leurs produits auront ce grand avantage, qu'ils ne devront pas chercher des modèles à l'étranger : ils en trouveront tout près

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