‹ La NéerlandeChapitre 27 sur 47 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

La Hollande jadis pays commercial, anjonrd'hui pays agricole. — Le domaine de ragriculture. — Répartition des caltnres. — Les bois. — Les pommes de terre. — Le fromage et le beurre. — Les assolements. — Les produits. — Accroissement de la population. — Condition des classes rurales.

La Hollande était autrefois, avec Venise, rÉtat européen qui devait la plus grande part de sa richesse au commerce et la moindre à l'agriculture. Ce qui permettait au pays de subsister, ce n'était pas la charrue ouvrant à grand effort le sein d une terre trop humide et sans cesse menacée par les eaux, c'était le navire sillonnant librement les flots de toutes les mers. Un ancien écrivain hollandais, pour dissimuler infériorité de sa patrie au point de vue agricole, disait dans ce 'latin relevé d'antithèses qu'on

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traités : c'est la terre mise en valeur et toujours prête à récompenser au décuple tous les sacrifices intelligents qu'on consent à lui faire; en un mot, c'est l'agriculture. C'est elle en efiet qui a soutenu autrefois la Lombardie et la Belgique, asservies à l'étranger et privées de leurs anciennes industries, et c'est elle aussi qui, plus récemment, a relevé la Hollande déchue de son antique grandeur commerciale. Peu à peu, à rinsu de l'étranger et du pays lui-même, sans bruit, sans éclat, mais par des améliorations poursuivies de tous les côtés à la fois, la Néerlande, qui ne vivait jadis que par le trafic, est devenue une des nations agricoles les plus avancées de l'Europe , et celle qui relativement exporte le plus de produits de son sol. Le café et le sucre de ses belles colonies, le beurre, le fromage et le bétail de ses gras pâturages, voilà maintenant les éléments solides de sa prospérité. Déjà, en parcourant le pays, en décrivant ses différentes régions, la région verte de la Frise et de la Hollande, les riches cultures de la Zélande et de la Groningue, en constatant le bien-être répandu dans beaucoup de fermes, nous avons signalé les symptômes de

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cette grande révolution économique. Nous voudrions en chercher les preuves directes et irré* fulables dans les chiffres et dans les faits qu'ont pu recueillir les statistiques officielles. Au retour d'un voyage entrepris pour étudier l'économie rurale d'un État étranger, on aime à contrôler ses observations personnelles en les comparant aux données les plus exactes émanées du pays même qu'il s'agit de faire connaître. C'est le meilleur moyen de se^rapprocher de la vérité et de présenter au lecteur un tableau fidèle, dont il peut lui-môme apprécier les éléments.

Quelle est d'abord l'étendue du domaine agricole de la Néerlande, et quelle place y occupe chaque genre de culture? Le territoire du royaume des Pays-Bas mesurait 3,275,533 hectares en 1858; mais il faut remarquer que ce chiffre change d'annécen année: il s'accroît en moyenne de 1,000 hectares par an, grâce aux conquêtes faites sur les eaux. La terre, on le sait, est encore ici en voie de formation , et les fleuves travaillent de concert avec l'homme à étendre le fonds productif dont celui-ci peut disposer. Les chemins, les lacs, les canaux, les maisons,

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prennent 169,000 hectares ; reste donc pour la superficie susceptible de livrer quelque produit à l'agriculture un peu plus de 3 millions d'hectares, ce qui fait dix-sept fois moins que la France, qui compte environ 50 millions d'hectares imposables, et 400,000 hectares de plus que la Belgique, qui n'en a que 2,600,000.

D'après un document dont les données restent encore aujourd'hui opportunes et significatives, le domaine agricole de la Néerlande en 1859 se partageait ainsi :

Froment 85,000 hectares.

Seigle et sarrasin .... 255,000 —

Avoine et orge. .... 129,000 —

Légumineuses, panais, racines 80,000 —

Pommes de terre .... 100,000 —

Plantes industrielles . . . 60,000 —

Jachère 21,000 —

Prairies permanentes . . . 1,352,000 —

Bois 225,000 —

Terres vagues 702,000 —

Ce tableau montre qu'avec la Suisse, la Néerlande est le pays où les herbages occupent le plus de place. En y ajoutant les racines fourra-

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gères et les prairies artificielles, on trouve que la superficie consacrée à nourrir les animaux domestiques est de 1,400,000 hectares, c'est à dire deux fois aussi grande que celle destinée à ■ des produits servant immédiatement à satisfaire les besoins des populations. La terre arable est très peu étendue, puisqu'elle ne comprend que 700,000 hectares environ, soit moins du quart de la superficie totale susceptible d'être mise en valeur. Sauf les contrées couvertes de hautes montagnes, on ne rencontre guère en Europe de pays où la charrue joue un rôle aussi secondaire.

Les bois occupent également une* place très restreinte : tandis qu'en France et en Belgique ils s'étendent sur le sixième du territoire, ici ils n'en prennent que la quatorzième partie.

C'est très peu à coup sûr. A l'époque antéhistorique, la plus grande partie de la contrée semble avoir été couverte d'épaisses forêts de chênes, de pins et d'aunes, car au fond des tourbières on trouve une couche pour ainsi dire continue de gros troncs d'arbres étendus presque tous dans le même sens. On suppose que ces arbres poussaient sur un terrain peu consistant.

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et que les tempêtes les auront renversés dans les eaux des marais qui les auront conservés et où ils se seront ensevelis peu à peu sous les détritus accumulés. C'est un phénomène naturel dont on peut suivre encore la marche dans les grandes forêts marécageuses de la Louisiane et dans le dismal swamp de la Virginie, où les ouragans abattent parfois par milliers les gigantesques taxodiums aux fûts élancés comme des mâts de navire et aux racines en forme d arcs-boutans. Même jusqu'au commencement du moyen âge, la plus grande partie de la région sablonneuse, maintenant presque tout à fait dépouillée et et transforiîiée en landes nues ou sables mouvants, était occupée par de «grands bois dont il ne reste plus que quelques lambeaux. Les hagiographes et les anciennes chroniques nous représentent les apôtres de l'Évangile et les chasseurs égarés à la poursuite du gros gibier marchant des journées entières en de vastes forêts qui ont disparu sans laisser de traces. Aujourd'hui il y a des provinces où les bois font complètement défaut. Ainsi la Drenthe n'en possède que 5,000 hectares, et la Groningue qu'un millier d'hectares seulement. Cela est

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d autant plus regrettable que la Hollande a besoin de beaucoup de bois, d'abord pour ses constructions navales, ensuite pour tous les travaux de défense contre la mer et les fleuves, enfin pour ses bâtiments de tout genre où le bois entre dans une grande proportion, à cause de la difficulté de se procurer d autres matériaux et aussi de la mobilité du terrain, qui, en beauboup de localités, ne supporterait pas des murs trop pesants. L'importation du bois, qui vient principalement du Nord, s élève, année moyenne, à 15 ou 20 millions de francs, somme énorme pour un si petit pays.

En examinant encore le tableau de la répartition des cultures, on peut remarquer que les pommes de terre entrent pour une large part dans l'alimentation des classes les plus nombreuses, car on leur destine autant de terrain qu'au froment. Prise dans son ensemble, cette répartition des cultures est extrêmement favorable. Comme en Angleterre, et par suite aussi de la prédominance des herbages, elle assure aux cultivateurs de riches produits sans exiger beaucoup de travail, car dans les prairies c'est la fertilité du sol et l'humidité (Ju climat qui font

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naître spontanément les plantes dont les animaux se nourrissent, et qui produisent ainsi le lait et la viande, dont les prix augmentent bien plus rapidement que ceux des céréales. En eifet, les régions les plus lointaines, les fertiles plaines de l'ouest des États-Unis ou du sud de la Russie peuvent envoyer des blés sur les marchés de l'Europe occidentale, et empêcher en conséquence les prix de cette denrée de s'élever en raison de l'accroissement rapidedelapopulation ; mais il n'en est pas de même pour le beurre et la viande fraîche, qui ne supportent pas d'aussi longs tViajets. Le cercle des pays producteurs est beaucoup plus limité, et l'offre ne peut s'accroître aussi rapidement que la demande, qui va sans cesse s'étendant à mesure que l'augmentation si rapide des capitaux crée de nouveaux consommateurs. Les contrées où les pâturages dominent profitent donc plus largement que les autres des progrés économiques des sociétés modernes.

Si Tagriculture néerlandaise jouit ainsi d'incontestables avantages, on regrette d'autant plus de rencontrer de si vastes étendues de landes qui ne lui, livrent pour tout produit que

quelques mottes de bruyère employées à former des fumiers de composts. Les terres vagues prennent encore le quart du domaine agricole, tandis qu'en France elles n'en occupent que la sixième partie, et en Belgique la neuvième seulement. Ces lacunes, ces taches de terrains improductifs qui frappent désagréablement quand on étudie la belle carte rurale du pays dressée par M. Staring, s'expliquent par l'action de deux causes qui, réunies, ont dû arrêter ou au moins retarder singulièrement toute nouvelle conquête de la culture. La première de ces causes est la qualité détestable du sol : ainsi qu'on l'a vu, il est en général formé d'un sable aride qui, abandonné à lui-même, se couvre à peine d'une maigre végétation, et qu'on ne parvient à mettre en valeur qu'au prix de beaucoup de sacrifices et des plus persévérants eiTorts. La seconde de ces causes, nous la trouvons dans l'ancienne constitution de la propriété. Aussi longtemps que la lande demeurait le bien commun et indivis des cohéritiers de la marke, aucun de ceux-ci, et nul autre à plus forte raison, ne pouvait songer à employer à cette terpe rebelle le capital considérable nécessaire pour la défri-

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cher. Comme la stérilité naturelle ne peut être vaincue que peu à peu, à force d'engrais et de travail, il faut que l'énergique stimulant de la propriété privée intervienne. Maintenant du moins l'obstacle qui résultait des institutions locales a disparu en grande partie, et déjà l'étendue des terrains improductifs diminue chaque année.

Les assolements suivis par l'agriculture néerlandaise sont très variés. Nous avons fait connaître les principaux en décrivant les diflférentes régions agricoles. Pour compléter ce qui concerne ce sujet, nous suivrons de préférence les indications que donne M. Staring dans son excellent ouvrage : Huisboek voor den landman in Nederiand, et qui ont servi de base à sa grande carte agricole. Nous avons vu que le mode de culture le plus primitif est celui qui consiste à ne demander un produit au sol qu'à des intervalles plus ou moins longs. A ce genre d'exploitation intermittente appartient d'abord la culture du sarrasin sur les tourbières, que le lecteur connaît déjà, et celle des pommes de terre dan« les vallées formées par les dunes des côtes de la mer du Nord. Dans ces vallées pro-

tégées contre le vent d'ouest se développe une végétation assez abondante et très spéciale : ce sont des graminées aux longues racines et quelques arbrisseaux rampants. On brûle ces plantes dont les cendres donnent un léger engrais; on on y ajoute tous les débris végétaux que les vagues rejettent sur l'estran, les algues, les fucus, les méduses, les étoiles de mer qu'on trouve en grand nombre après les tempêtes et qu'on néglige trop généralement de recueillir ailleurs. Le sable des dunes n'est pas aussi infertile qu'il le paraît au premier abord; les coquilles brisées qu'il contient fournissent les éléments calcaires, et les habitants de la côte y obtiendeux ou trois récoltes d'excellentes pommes de terre. La culture intermittente des tourbières et des dunes correspond à Yécobuage et à ïessartage qu'on rencontre dans les contrées plus élevées, notamment en Belgique et en France.

Dans l'assolement biennal et triennal, la jachère représente encore les années de repos qu'on accordait primitivement au sol. Autrefois l'assolement triennal régnait en Hollande comme dans tout le reste de l'Europe. Maintenant on

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ne trouve plus la jachère que sur les terres d alluvion en Zélande, dans le bassin du Rhin et de la Meuse et dans la zone argileuse de la Groningue. Dans la région sablonneuse, la jachère a complètement disparu. Le sarrasin a pris sa place, de sorte qu'on arrive à la rotation suivante : P seigle, 2° seigle, 3^ sarrasin. En récolte dérobée, on obtient un peu de navets et de spergule. Ce système est suivi sur la Veluwe dans le territoire sablonneux de Zutphen, de Nimègue et de Cuyk. Quand le. sarrasin est remplacé par du seigle, de façon qu'on cultive cette céréale dix ou douze ans de suite sur la même terre, on aboutit alors à cette étrange rotation suivie dans la Twenthe et désignée sous le nom de Roggen-bouwery. Un assolement aussi vicieux ne peut se soutenir sur un sol d'aussi médiocre qualité que grâce à la coexistence de vastes espaces de terres vagues auxquels on enlève toute la végétation spontanée dont ils se couvrent, tous^ les éléments de fertilité qu'ils contiennent, pour les concentrer sur les champs maintenus en culture permanente. Comme on ne peut renouveler cette opération que tous les douze ans au plus tôt, la plus grande partie

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de la superficie est donc encore soumise à. l'exploitation intermittente.

Dans le Brabant septentrional, le système que nous venons d'indiquer est profondément modifié par de nombreux emprunts faits aux pratiques flamandes, de sorte qu'on se rapproche déjà de l'assolement alterne. Les rotations offrent d'assez grandes variétés, mais on peut les ramènera peu près au type suivant : P seigle, 2"* trèfle, S"" avoine ou spergule, 4** seigle, S"" seigle, &" pommes de terre, sarrasin, etc.; après le seigle d'hiver, navets où spergule en dérobé. Comme on a plus de fourrages par suite de la place accordée aux prairies artificielles, le bétail est mieux nourri à l'étable où il reste plus longtemps pendant la journée. On recueille ainsi plus de fumier; les prairies sont parfois fumées, la production est plus abondante. Les fermiers achètent parfois de l'engrais et les champs sont parfaitement sarclés et disposés en lits ou ados^ comme en Flandre. Ce sont là autant de marques d'une culture décidément entrée dans la voie du progrès.

Dans les terres argileuses, les céréales occupent aussi une grande étendue relative, mais

le. froment remplace le seigle, et Forge, le sarrasin. M. Staring distingue plusieurs nuances dans l'assolement adopté par les cultivateurs de la région basse, assolement qu'il désigne sôus le nom de : Km'enbouwery (culture de céréales).

Il décrit d'abordrassolementzélandais(Z^^wt(jsche tanveteelt) qui comprend neuf années avec jachère : P jachère, 2"" colza ou orge d'hiver, 3*^ froment, 4"" à 6"* deux ou trois ans garance, T" lin, 8^ trèfle, 9^ féveroles, ou bien en excluant les plantes industrielles : P jachère, 2^ orge d'hiver, 3^ féveroles, 4^ froment, 5^ trèfle, 6^ froment, T"" pommes déterre, 8^ avoine. Suivant que la succession des céréales et des plantes sarclées est souvent combinée, on se rapproche plus ou moins de la culture alterne. Les sarclages faits à la main ou à la petite houe rappellent la culture en ligne.

Un second système est la culture du froment avec jachère {tanveteelt met braak), qu'on trouve sur lès argiles de rivière de la province d'Utrecht et du bassin où coulent le Rhin , le Waal et la Meuse. Le type dominant, mais avec un nombre considérable de combinaisons diverses, serait celui-ci : P jachère, 2^" colza.

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Sf" froment, 4"" pois, féveroles, pommes de terre, 5"* froment, 6^ avoine ou seigle, 7° trèfle, 8"* froment. Dans rOver-Betuwe, la jachère revient plus souvent et, du côté d'Utrecht, on rencontre aussi la rotation suivante : P jachère, 2"* froment, 3"* froment, 4"" seigle.

Sur les alluvions de ITssel, de Hattem àDoesborgh, on rencontre la culture des céréales sans jachère {korenbouwery zonder braak) : P seigle, 2° féveroles, S"* froment, ' 4** avoine, &" trèfle, 6*" froment. L'assolement du Limbourg se rapproche aussi du précédent dans ses caractères essentiels. Les céréales dominent, malgré l'absence de la jachère : P pommes de terre, féveroles, pois, betteraves, 2° froment ou orge, 3"" seigle ou avoine, 4!" après le seigle de Tannée précédente, avoine, ou, après l'avoine, pois, sarrasin, pommes de terre, etc.

Dans la Frise, en intercalant une année de pâturage, on se rapproche de la culture alterne de rOldambt. La succession des récoltes peut se ramener au type suivant : P jachère (1),

(1) M'appuyant tlmt sur mes propres observations que sur celles des agronomes hollandais, notamment de M. H. Boeke, directeur de Técole d'agriculture de Haren, je crois devoir faire

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t"" orge d'hiver ou froment, 3"* pommes dé terre, 4** colza, 5"* pommes de terre, 6° fé véroles, 7^ avoine, S"" trèfle, 9** herbages. On y réserve aussi fréquemment une place pour le lin et la chicorée. Cette dernière plante est surtout cultivée dans le Bildt où elle occupe, dans certaines années, jusqu'à 1,000 hectares, c'est à dire lès trois quarts de l'étendue consacrée à la chicorée dans tout le royaume.

Dans les lacs de la province de Hollande mis à sec au moyen de moulins et qui ne sont pas. complètement dévolus au pâturage, l'assolement ressemble à celui de la Frise : P jachère, 2"* colza ou orge d'hiver, 3** féveroles, 4** froment, avoine ou orge d'été, 5° trèfle, 6°- herbages. Seulement, cette année d'herbage ne revient pas régulièrement. Ce n'est que dans l'Oldambt en

remarquer que l'assolement attribué ici à la Frise par M. Staring, est plutôt celui qu'on suivait il j a une vingtaine, d'années. Depuis lors la jachère a presque complètement disparu. Voici deux assolements nouveaux notés par M. Boeke. (Voy. Een blik op den frieschen landbouto, 1860,- pag. 15) : !• colza forte ment fumé, 2® froment avec trèfle retourné en terre comme fumure verte, 3« pommes de terre, 4» lin. Le second se composait de : 1^ colza bien fumé, S'' orge d'hiver, 3<> féveroles, 4<> lin ou chicorée.

Groniiigue qu'on trouve la culture alterne avec la terre réservée systématiquemet pendant plusieurs années au pâturage. Le type des rotations en usage est le suivant : P féveroles en lignes très espacées, 2** colza, semé entre les lignes l'année précédente, 3® orge,* 4° trèfle, 5*" orge, & avoine, froment ou seigle, l"" trèfle, 8^ à \Çf pâturage. La culture en lignes {ryenteelt) des colonies tourbières ne s'éloigne pas beaucoup de l'aswolement de TOldambt. Les récoltes se succèdent fréquemment dans l'ordre suivant : P colza, 2"* seigle, 3"* pommes de terre, 4"* féveroles, 5° seigle, 6° trèfle, 7^ herbages, ou bien aussi : P orge, 2^ féveroles, 3^ seigle avec navets en dérobé, 4'' pommes de terre, 5"* féveroles, 6° seigle, 7^ sarrasin. Il se comprend que les différentes rotations données ici ne sont que des types sans cesse modifiés par les convenances des cultivateurs, par le prix relatif des denrées et aussi par l'imitation de pratiques plus rationnelles. Il faut jeter un coup d'œil sur la grande carte agricole de M. Staring, pour voir quelle place du territoire occupe chacun des systèmes d'exploitation qu'on vient de caractériser ici.

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Lexamen de la répartition des cultures (1) suflSt pour fairedeviher que les produits végétaux entrent dans le chiffre total de la production agricole pour une moins forte part que les produits animaux,* et en effet les statistiques montrent que la Hollande récolte peu de céréales, surtout extrêmement peu de froment. Comme le froment n'est cultivé que dans la région fertile, le produit moyen est élevé : il monte à 22 hectolitres par hectare. Bans la région basse il est peu de terres qui conviennent à cette céréale : les terres légères sont trop maigres et les terres grasses des polders sont trop fortes, surtout quand elles sont nouvellement endiguées. Il y a même des provinces entières qui n'en cultivent pour ainsi dire point du tout, comme la Drenthe et l'Over-Yssel. La récolte totale du froment ne dépasse pas 1,800,000 hectolitres, ce qui fait à peine un demi-hectolitre par habitant. C'est moitié moins qu'en Belgique, et seulement le quart de la proportion qu'on a constatée en France. Il est vrai que le pain de froment est un aliment de luxe qu'on ne ren-

(1) Voir aux annexes, n«» i.

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contre que dans les maisons riches^ et encore en très petite quantité. On consomme généralement du pain de seigle, non-seulement dans les campagnes, mais encore dans les villes.

Aussi la récolte de cette céréale est-elle deux fois plus considérable que celle du froment : elle dépasse trois millions et demi d'hectolitres, soit environ un hectolitre par habitant. Quoique en Hollande on mange relativement peu de pain, et qu'il faille encore tenir compte d'environ un million et demi d'hectolitres de sarrasin, dont une grande partie sert à l'alimentation des populations rurales, la récolte totale des céréales est insuffisante pour faire face aux besoins de la consommation.

Cette insuffisance de la production nationale date de l'affranchissement des Provinces-Unies, et du prodigieux développement de population et de richesse qui en fut la suite. Les grandes villes commerciales étaient toutes placées le long des côtes, dans la région des pâturages, qui ne produisaient guère de céréales; les communications avec l'intérieur du pays étaient rares, difficiles, et il était bien plus aisé aux marchands d'Amsterdam de tirer

né LES CULTURES ET LA PRODUCTION.

les approvisionnements de la Baltique et même de la mer Blanche que de la région haute, qui d'ailleurs avait peine à suffire à ses propres besoins. Les navires hollandais transportaient les grains de la Russie en Flandre, en France, jusque dans la Méditerranée, et pendant le seizième et le dix-septième siècle on put dire sans exagération que la Hollande, qui ne cultivait pas de blé, n'en était pas moins le grenier d'abondance de toute l'Europe. L'ambassadeur d'Angleterre, le chevalier Temple, cet excellent' et profond observateur, croyait môme que la Hollande de son temps ne produisait pas assez de grain pour nourrir les ouvriers employés à la conservation de iâes digues, ce qui était évidemment très-exagéré. — D'autres affirmaient que. la production agricole répondait environ au cinquième des besoins de la consommation. Les opulentes cités de la région basse et même les campagnes, dont le beurre et le fromage constituaient les seuls produits, s'habituèrent ainsi à puiser dans les vastes approvisionnements que le commerce de transit mettait à leur disposition, et elles pouvaient se vanter avec raison de manger du pain à meilleur

compte que les autres nations, surtout à un prix moins variable, elles qui n'en récoltaient pas elles-mêmes.

Depuis le dix-huitième siècle, la production des céréales a beaucoup augmenté dans les Pays-Bas; des terres nouvelles, propres à cette culture, ont été conquises sur les eaux; on a ouvert de bonnes routes, reliant Tintérieur du pays aux marchés de la côte, et Ton peut prévoir le temps où la Néerlande se suffira sous ce rapport à elle-même. Déjà elle ne demande plus à l'étranger, année moyenne, que de 800 à 900,000 hectolitres de céréales. C'est à peu près la même proportion qu'en Angleterre ; mais c'est quatre fois moins qu'en Suisse, où l'importation s'élève à un hectolitre par tête. •

La pomme de terre, avons-nous vu, entre pour une grande part dans l'alimentation publique; aux repas de midi et du soir elle tient lieu de pain. Dans les dîners mêmes qui se composent de plusieurs plats, elle sert d'accompagnement obligé à chaque mets. Aussi le chiffre de la récolte totale est-il très élevé ; il monte à plus de douze millions d'hectolitres, ce qui fait environ quatre hectolitres par tête. On cultive encore

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276 LES CULTURES El LA PRODUCTION.

beaucoup davoine et dorge. Le produit de la première de ces céréales est de trois millions et demi d'hectolitres, et celui de la seconde dun million ef demi. Parmi les plantes industrielles, les plus importantes sont le colza, le lin, la garance et le tabac, qui donnent une valeur annuelle de trente à quarante millions de francs ; ihais il est d'autres produits dont s'enorgueillit avec non moins de raison l'agriculture néerlandaise et qui donnent lieu à un immense commerce d'exportation : ce sont ceux des innombrables et magnifiques troupeaux répandus dans ses vastes et riches pâturages. Je n'ai trouvé nulle part une estimation satisfaisante de la valeur de ces produits ; il faut donc se résoudre à la fixer approximativement et par voie de comparaison. Je crois qu'on peut porter la quantité de lait que donne une vache en Hollande à environ 2,000 litres par an (1), ce qui, au

(1) Je sais parfaitement qu'il n'est pas rare de trouver en Hollande des vaches nouvellement vêlées qui donnent la quantité énorme de 24, même de 30 litres par jour, et qui arrivent au bout de l'année à 4,000 ou 5,000 litres; mais ce sont là des exceptions. J'ai sous les yeux des tableaux faits avec soin qui indiquent le produit annuel de chaque vache dans différentes étables des deux provinces de Holia]\de, et les chiffres varient

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prix de 10 centimes, ferait un total annuel de 200 francs : comme on comptait dans le pays, en 1860, 856,000 vaches, on arriverait de cette façon à un produit de 170 millions. On peut contrôler ce résultat en le -comparant à celui qu'on a constaté dans les autres pays pour lesquels le laitage est aussi le principal produit de l'espèce bovine. En Lombardie, on a estimé que les vaches, au nombre de 256,000, livraient en 1854 une valeur annuelle de 80 millions de francs, ce qui ferait 350 francs par tête. Sans doute les animaux qui paissent dans les gras pâturages des bords du Pô sont d'origine suisse et de première qualité,, les herbages sont excellents et en grande partie arrosés, et le fromage de Parmesan se vend très cher; mais néanmoins le chiffre de 350 francs, paraît trop élevé. En Belgique, on a porté le produit de

entre 5,000 et 2,000 litres. On pourrait donc me reprocher de m*être arrêté au cbiffre le plus bas et de ne pas avoir pris la moyenne; mais les deux Hollandes sont les provinces où se rencontrent évidemment les vaches les pins lactifères, et ce n'est pas d'après celles-ci qu'il faut juger celles de laDrenthe, de rOver-Yssel, de la Gueldre et du Brabant. Les animaux de dernière qualité de la Hollande ou de la Frise peuvent être pris, me semble-t-il, comme moyenne pour tout le pays.

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