‹ La NéerlandeChapitre 32 sur 47 · VALEUR DES TERRES. S · texte numérisé non relu

VALEUR DES TERRES. S

grès de Tindustrie, qui ont agi partout en Europe, telles que l'accroissement de la population, lavilissement du numéraire, l'augmentation des produits, l'amélioration des moyens dé communication, il est des circonstances particulières aux Pays Bas, et qui les ont singulièrement favorisés. D'abord, tandis que le prix des céréales augmentait très peu, celui de la viande, du beurre et du fromage doublait, et au delà. Or, comme la plus grande partie du territoire néerlandais est consacrée à la production de ces denrées si recherchées, il a dû participer plus que tout autre à la hausse générale du prix des terres. Ensuite, jusqu'à présent, le capitaliste hollandais n'achetait la terre que quand elle lui rapportait 4 p. c, tandis qu'ailleurs on se contentait de 3 et de 2 1/2. A un placement qui le soumettait au paiement de l'impôt foncier, des droits de succession et des frais d'entretien de tout genre, il préférait les rentes sur l'état, ne lui produisant que 3 p. c, ou des fonds étrangers, qui donnaient un plus fort intérêt. Il n'était habitué à porter en compte nî la dépréciation certaine et continue du numéraire, nila hausse rapide des fonds de terre. Il s'en est suivi que

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tous ceux qui, il y a quelques années, ont acheté des biens ruraux touchent aujourd'hui 6 et 7 p. c. de leur capital. Mais déjà il n'en est plus ainsi : lattention s'est portée de ce côté, et la concurrence des pères de famille économes, en quête d'un bon placement pour leurs épargnes, continuera à faire monter le prix des terres. Remarquons toutefois que cette hausse ne sera féconde en bons résultats que si elle est accompagnée de travaux d'amélioration ayant pour but d'augmenter en même temps la production agricole.

Il est à peine nécessaire de rappeler ici l'in- , fluence vraiment merveilleuse que de bonnes routes exercent sur l'agriculture. On sait aujourd'hui à quel point elles favorisent ses progrès en ouvrant de nouveaux débouchés à ses produits; mais comment améliorer les routes dans un pays où les matériaux nécessaires manquent complètement, et où la. terre n'est qu'une boue figée, encore noyée pendant une partie de l'année? C'est cette boue même qui en a fourni les moyens : cuite dans des fours fermés avec un feu de tourbe, elle donne des briques excellentes et si dures, qu'elles résonnent comme du métal, d'où leur vient le nom de klinkers. On a exhaussé

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les routes au dessus du- niveau des eaux en creusant un canal à côté, et on les a pavées de ces klinkers, ce qui fait des voies admirables. Un gazon fin,, uni et très productif, parce qu'il est toujours arrosé dengrais, encadre ce pavé de briquettes, sur lequel on roule aussi doucement que sur les dalles de Naples et de Florence. On n est jamais incommodé par la boue ou par la poussière, et le chemin lui-même n'est point perdu pour la nourriture du bétail," car le foin qu'il produit, et qu'on fauche deux fois, est loué à un, très haut prix. Impossible, on le voit, de mieux joindre en ce genre l'utile à l'agréable, car il n est pas de chemins, même dans un parc anglais, qui pour l'état d'entretien valent ces routes de la Néerlande. Les côtés en sont partout plantés d'arbres et souvent aussi d'un taillis qui, scrupuleusement respecté par le passant, est coupé tous les huit ou neuf ans. Dans mes courses à pied jusque dans les provinces du nord, en Frise, en Drenthe ou dans les îles de la Zélande, je ne pouvais me lasser d'admirer ces voies charmantes, fraîches et ombragées, qui forment un si frappant contraste avec les routes tour à tour poudreuses ou boueuses de la

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plupart des autres pays. Mais ces chemins ne servent quaux voitures légères, les seules qui, à vrai dire, existent en Hollande. Les gros transports se font tous par eau, et dans toute la région basse il n'est pas une ferme qui n ait creusé son bout de fossé, afin de se mettre en communication avec le canal le plus rapproché. Comme les statistiques ne tiennent pas compte de ces innombrables fossés navigables, on ne peut, d'après les chiffres qu elles donnent, se faire une idée des facilités de transport dont jouit l'agriculture dans cette contrée. Au seizième et au dix-septième siècle, qufind ailleurs les charrois ne se faisaient qu'à grand renfort de chevaux, et que les marquises en voyage devaient en atteler huit à leur carrosse, qui ne s'en embourbait pas moins, alors déjà les étrangers s'étonnaient de voir ces routes si admirablement entretenues, ces canaux sans cesse animés d'une foule innombrable de bateaux, et très semblables pour le mouvement aux rues d'une grande ville.

Malheureusement la région haute était restée dans son isolement, et, faute de matériaux, ses seules voies de communication étaient l'ancien chemin de sable serpentant à travers la bruyère ;

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ce n'est que récemment qu'on a songé à tirer parti des pierres et du gfavier que lediluvium du Rhin, de la Meuse et de TEscaut avait enfouis dans le sol, et avec ces petits fragments roulés de silex, de granit et de basalte, on fait d'excellentes routes macadamisées (grindwegen). Partout ailleurs c'est dans les régions argileuses qu'on rencontre les chemins de terre les plus défoncés^ les plus coupés d'ornières et les plus impraticables. Ici on a trouvé moyen de les rendre aussi durs, aussi unis, aussi bons qu'un dallage d'asphalte, grâce à la bonne entente des cultivateurs et à leur esprit de prévoyance. De temps en temps, dès que de petites ornières se forment, et surtout au printemps, on donne aux chemins un léger labour avec une forte herse de fer, on les dispose en dos d'âne, puis on les aplanit avec de grands rouleaux de bois ou de pierre ; l'eau s'écoule, le soleil durcit l'argile et la transforme en une sorte de ciment, sur lequel on roule comme sur le meilleur macadam. Pour obtenir cet excellent résultat, auquel on pourrait arriver dans toutes les régions de terre forte, le travail à exécuter est, on le voit, extrêmement facile ei peu dispendieux; mais il doit être fait à temps.

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On comptait dans les Pays Bas, à Iafindel861, 8,716 kilomètres de routes pavées ou empierrées, 362 de chemins de fer et 2,916 de canaux, sans compter les innombrables fossés navigables de la région basse (l).Ce grand golfe intérieur, le Zuyderzée, et les grands estuaires des fleuves offrent aussi à l'agriculture des facilités extrêmes. Les rivières ne sont pas seulement ici, comme dit Pascal, des chemins qui marchent; ce sont des chemins qui, grâce à la marée, vont et viennent dans les deux sens, de sorte qu on peut toiijours partir avec le flux et revenir avec le reflux. Jusqu'à présent, les chemins de fer ont fait défaut dans la plus grande partie du pays; mais, quand le réseau sera terminé, l'agriculture néerlandaise se trouvera, sous le rapport des voies de communication, dans les meilleures conditions.

Ce qui fait encore bien présumer de l'avenir, c'est le nombre si considérable de membres que comptent les différentes associations. agricoles qui existent en Néerlande; ce nombre dépasse 20,000. La Société d'agriculture des deux

(1) Voir aux annexes n" 6.

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