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protestante. Les citoyens de Leyde ne balancèrent pas dans leur choix, a Une université ! » tei fut le cri général. Cette académie fut érigée le 9 février 1575. Une glande idée politique protégeait alors une telle institution^ qui allait donner un centre au mouvement intellectuel de la réformation batave. Ce n'était pas tout que de fonder par les armes Tindépendance matérielle des Provinces- Unies^ il fallait encore constituer une nationalité morale, ^université de Leyde était destinée à combattre Tinfluence de Tuniversité catholique de Louvain. Les professeurs entraient pleinement dans Fidée du Taciturne^ qui était de greffer la liberté civile et politique sur une nouvelle forme religieuse. Janus Douza^ qui avait si vaillamment défendu la ville de Leyde contre les Espagnols^ fut nommé premier curateur de Tuniversité. L'inauguration de Tacadémie protestante eut lieu avec toute la pompe qui était alors en usage pour de semblables solennités. Comme des processions et des cérémonies analogues se célèbrent encore dans la ville de Leyd^ il convient peut-être de retracer les principaux traits , d'une fête qui appartient à l'histoire. Le cortège s'avança de la maison de ville vers le siège de l'université. Une femme en robe blanche^ montée sur un char^ représentait l'Écriture sainte. Autour d'elle marchaient à pied les quatre évangèlistes^ Matthieu^ Marc^ Luc et Jean. La Justice suivait^ tenant d'une main le glaive, de l'autre la balance ; puis la Médecine^ portant un livre et des herbes^ avec Hippocrate^ Galien^ Dioscoride et Théophraste^ qui

se groupaient sur ses pas. Minerve s'avançait à son tour^ une lance dans la main droite^ dans la main gauche un bouclier avec la fameuse tête de Méduse ; à ses côtés^ on voyait Platon, Aristote, Qcéron, Virgile. Derrière ces figures symboliques se montraient les professeurs. Le cortège, en approchant de Tacadémie, rencontra un navire, souvenir du siège. Dans ce navire se tenaient Apollon et les neuf Soeurs : Apollon jouait du luth, les Muses chantaient. A la proue, on voyait Neptune, le libérateur de la vill^ sauvée par les eaux. A mesure que las professeurs arrivaient, on les embrassait et on les complimentait l'un après l'autre en latin. Enfin ils entrèrent dans rédifice de l'université, où l'un d'eux fit au milieu d'un groupe d'étudiants une première leçon sur la théologie, non sans accompagnement de musique. La fête se lermina par un grand banquet chez un des magistrats de Leyde. On retrouve dans cette cérémonie, moitié biblique, moitié païenne, une trace de cette alliance bizarre qui constituait la véritable physionomie de l'époque, surtout en Hollande : la réformation et la renaissance se donnaient la main sur le berceau de l'institution qui allait étendre et fortifier par les lumières la liberté politique conquise par les armes.

L'université de Leyde a tenu ce qu'on attendait d'elle. Appelant les hommes éminents delà Hollande, adoptant les savants étrangers^ cette institution ne tarda point à devenir une véritable cité de l'intelligence. Une académie qui compte parmi ses professeurs Juste Lipse, Paul

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Merula^ Scaliger, Marnix de Sainte- Aldegonde, Vossius^ Albinus^ Boerhaave et tant d^autres^ mérite assurément le respect. Dans Tédifice actuel de Tuniversité^ on trouve une salle où sont exposés les portraits de tous les anciens professeurs. En présence de ce concile^ où figurent tous les hommes célèbres dans la théologie^ dans les sciences et dans les lettres, j'éprouvai une véritable émotion. L'âme de la vieille Néerlande était là. Parmi les professeurs modernes, nous citerons Vander Palm et H. Thorbecke. Van der Palm, élève du grand orientaliste Schultens, a écrit la prose la pl}is pure qui existe en hollandais ; ses discours et* ses études sur la Bible doivent être considérés, même par les étrangers, comme des œuvres estimables. A Tàge de trente-trois ans, il enseignait les langues orientales. M. Thorbecke, aujourd'hui l'un des hommes d'Etat les plus distingués de la Hollande, professait, il y a quelques années, l'histoire du droit à Leyde. Né à Zwoll, d'une famille bourgeoise, M. Thorbecke a visité l'Allemagne, à laquelle il se rattache d'ailleurs par ses études philosophiques et par certaines affinités naturelles. Son cours excita des sympathies très-vives dans l'élite de la jeunesse. Un des mérites de M. Thorbecke, comme écrivain, c'est d'avoir beaucoup contribué à dégager la langue nationale. La prose hollandaise, sous l'influence de la période allemande, était lourde et prolixe. H. Thorbecke introduisit dans le dis* cours la phrase courte, serrée, concise. En voulant fuir la diffusion, il tomba, il est vrai, dans un excès contraire,

-^ une certaine raideur d'expression. M. Thorbecke n'en est pas moins un penseur et un des rares écrivains qui ont fait école en Hollande.

Quoique des noms estimables se rattachent encore aujourd'hui à Tacadémie de Leyde^ l'enseignement y est fort déchu de son ancienne splendeur. J'ai sous les yeux les cahiers des différents cours. Quelques professeurs ont conservé l'habitude de donner leurs leçons en latin. Il y a peu d'années^ H. Tiedeman^ robuste vieillard qui assiste encore les élèves de ses conseils^ professait l'économie politique dans cette langue morte. Il est curieux de voir les tours de fiDrce auxquels se livrait un esprit nourri de la sève latine pour traduire les idées de Jean- Baptiste Say dansl'idiome de Cicéron. Le capital se disait sorsy la riente reditus, le prix courant pretium haturale^ l'intérêt usura, l'assignat pecunia chartacea, les lettres de change cambiales litterœ. D'autres cours se font encore en latin ; le code civil lui-même est expliqué et commenté dans cette prose antique chargée d'un néologisme barbare. Tout cela est gravement puéril. A une science nouvelle et à des faits nouveaux il faut une langue vivante. L'ensemble des études à Leyde est assez complet ; seulement c'est un enseignement vieux comme les murs de l'académie, respectable comme les ancêtres, froid comme le passé. La plupart des professeurs se contentent de dicter tous les ans le même cahier. Je crains que l'immobilité universitaire n'ait contribué à l'immobilité de la vie intellectuelle en Hollande. Une des figures

curieuses de cet enseignement renouvelé des Grecs et des Latins, c'est le maître d'escrime, qui elegantetn gladii artem docet, dit le programme.

A l'université se rattachent des établissements scientifiques bien dignes de fixer l'attention. La bibliothèque est belle etvaste.Une vieille gravure représente rancienne disposition de ce dépôt scientifique. Leslivres étaient alors rangés sur des espèces de pupitres, et chacun d'eux tetenait à une tringle de fer par une petite chaîne. On lisait debout les ouvrages ainsi attachés et fixés. Aujourd'hui la confiance a fait des progrès, et les étudiants ont la faculté d'emporter les livres chez eux, sousia garantie du professeur. La bibliothèque possède des manuscrits et des ouvrages rares dont plusieurs ont appartenu à Scaliger; les murs sont décorés de quelques bons portraits historiques (1).

Le musée anatomique, dont Sandifort nous a laissé une description savante et raîsonnée, contient une riche collection de crânes, une belle série de monstres ^car les monstres ont aussi leur beauté), des fœtus appartenant aux diverses races humaines, la tête d'un roi d'Afrique, qui, triste retour des grandeurs humaines, figure aujourd'hui dans un bocal, et surtout une jolie tête d'enfant préparée par Ruysch. Le musée d'hiçtoire naturelle est une des plus magnifiques collections qui existent en Eu-

(1) Les études orientales trouvent à Leyde de grandes ressources; depuis quelques années, M. Dozy leur a donné une forte ioipulsloD, et l'influence d'un jeune professeur, M. Cobet, n'a pas été moins utile aux études grecques.

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rope. Des troupeaux de squelettes appartenant aux différents ordres de la nature^ chaque famille zoologique représentée par une profusion de sujets, des masses d'oi^ seaux aux mille couleurs, empaillés avec art et auxquels il ne manque vraiment que le ramage, des légions de mammifères qui ont conservé le mouvement de la vie dans rimmobilité môme, tout cela fait regretter que ces belles galeries soient si vides et si abandonnées. A la tête de rinstitution figurent cependant des savants tels que MM. Temminck et Schlegel, dont le nom a franchi les étroites limites de la Hollande. Dans cette collection, qui échappe à Tanalyse par la richesse des détails, j'ai recherché surtout ce qu^a produit pour la zoologie néerlandaise le commerce avec les colonies. Jusqu'ici, par exemple, on ne connaissait guère que deux espèces d'éléphants : celle d'Asie et celle d'Afrique. Les rapports des Hollandais avec Sumatra les ont mis à même de déterminer une troisième espèce qui forme la transition entre les deux autres. Un souvenir tout national a encore été conservé; c'est le teredo. Leteredo est un mollusque, ni plus ni moins. Cet habitant des mers, que Linnée appelle calamitas navivm, creuse des trous dans le bois submergé et double d'une substance écaîlleuse l'intérieur de ces cavités. En s'attaquant aux pilotis qui soutiennent les digues, il menaçait de détruire la puissance séculaire de ces ouvrages, qui résistent aux marées et aux tempêtes. La consternation fut générale. Les digues rongées, c'était la Hollande sous l'eau. L'existence de la vieille

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Batavie avec ses richesses lentement accumulées^ ses ports^ ses villes^ son commerce^ était donc mise en question^ et par qui ? par un misérable mollusque. Il fallut lui opposer des clous à grosse tête qui revêtent les pilotis d^une cuirasse de rouille On voit dans le musée de Leyde quelques morceaux de bois déchiquetés par ce cruel parasite, qui fut, Dieu merci I arrêté à temps dans ses mauvais desseins contre les Pays-Bas.

La nature animale n'est pas la seule qui soit représentée dans la ville de Leyde. Il existe un jardin des plantes qui peut sou tenir la concurrence avec tous les jardins scientifiques du monde. Un grand nombre d'arbres indigènes, et exotiques font de ce beau lieu d'étude une délicieuse promenade. Grftce aux soins d'une culture habile^ quelques végétaux étrangers ont été cédés par le ciel heureux de l'Orient auclimat humide et froid de la Batavie. £n été, les professeurs donnent dans le jardin des leçons de botanique. Ce qui distingue la science néerlandaise, c'est qu'elle s'éclaire et se réchaufie au soleil de llnde. Le directeur de THerbarium, autre établissement riche en plantes sèches, a séjourné neuf années à Java. M. Blume, Allemand d'origine, a écrit en hollandais et ' en latin plusieurs ouvrages considérables sur la géographie botanique de ces belles contrées (t). Chefduser-

(1) Sespcincipaux ouvrages sont \ De Indischebij [l'Abeille de l'Inde); — Bydragen tôt de Flora van neerlandsch Indiè {Idée générale de lœ Flore des Indes néerlandaises). Batavia, 1826; — Rumpkia sive commentationes botanicœ imprimis de plantis Indiœ orientaUs, tum peniiiis incognitis, tum quœ in libris Rumphiij Roxburghii,

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vice médical aux Indes hollandaises^ il a pu se livrer, sur ce magnifique théâtre défaits, à ses goûts pouf l'histoire naturelle. Les premières gravures de ses ouvrages ont été exécutées sur place par un homme condamné à mort, dont H. Blume obtint la grâce à la condition que cette main criminelle servirait désormais les intérêts de la science. Plus tard, un artiste javanais, dont j'ai vu quelques bons tableaux, lui prêta son concours. Dans les livres de M. Blume, mais plus encore dans sa conversation vive et animée, on reconnaît l'enthousiasme d'une âme fortement émue par la majesté de la Flore indienne* a Notre soleil, à nous autres peuples du Nord, me disaitil, est la lune du soleil que j'ai vu là-bas. »

M. Blume a pour contradicteur et pour rival dans l'université de Leyde un autre Allemand, M. Junghuhn, qui a également voyagé aux Indes. Les deux savants se sont même livrés Tun contre l'autre à des luttes personnelles et injurieuses qui rappelaient le moyen âge. On attribue à H. Junghuhn un livre anonyme, intitulé Nuit

Waltichii aliorumque recenseniur, scripsit CL. Blume, cognomtne HumpMus, Lugduni Batavorum 1835 • — Flora Javœ nec non insth larum adjacentium. Bruxelles, 1826 j — Musœum botanicum, 1849-1851.— Ce surnom de Ru mphlus tient à nn usage de l'université de Leyde, qui veut que certains profes3eur8 adoptent ainsi le patronage ,des anciens maîtres dans la science qu'ils exercent M. Blume a contribué à faire connaître en Europe la rhamnée, une plante de Java qui remplacerait avec avantage le chanvre dans les usages industriels, notamment dans la fabrication des voiles de navire. 11 prépare en ce moment une volumineuse histoire des orchidées dont il a bien voulu me montrer les dessins.

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et Jour. Ce sont des dialogues entre la lumière et les ténèbres. L^auteur cherche à prouver que Tavénement du christianisme a arrêté dans le monde le développement de la science^ de la civilisation et des arts^ et que dans tous les cas on a tort de vouloir l'introduire parmi les Javanais^ formant une société séculaire. Ce démenti donné aux idées reçues sur la succession féconde des croyances religieuses et sur la marche providentielle des sociétés fit scandale. Telle est pourtant la tolérance des mœurs en Hollande^ tel est surtout le respect des convictions même les plus opposées au sentiment général^ que le savant conserva sa position officielle. Il est juste de dire que M. Junghuhn s'est montré dans ses ouvrages géologue et botaniste très-remarquable (1). On lui doit des vues originales sur la constitution physique de l'archipel indien. M. Junghuhn est d'ailleurs un des savants les plus nomades qu'on puisse voir. Aujourd'hui en Hollande^ nul ne peut répondre qu'il ne sera pas demain aux Indes (2). Poussé vers les voyages par le démon de la science, oubliant, dans ses heures d'inspiration, les besoins de la vie matérielle, inégal dans sesétudes et dans ses loisirs, il représente bien le type des naturalistes allemands, dévoués d'esprit et de cœur à la contemplation de l'univers. On se souvient Ici de mademoiselle Sibylle

(1) II fait imprimer en ce moment une carte géographique en quatre parties sur l'tle de Java.

(2) M. Junghuhn Tient en effet d'arriver à Java» où il va, par ordre du gouvernement, activer la culture du quinquina.

Mérian, qui, dans le dernier siècle, travei-sa les mers pour faire connaissance avec les insectes de Surinam.

A côté des monuments de la science, où rencontre à Leyde les monuments de Thistoire. Le Musée des antiques mérite sa réputation pour le grand nombre de ses figures indiennes et égyptiennes: H. le professeur Van der Chys enseigne la science numismatique et possède un cabinet remarquable. Enfin nous nous arrêterons à une collection unique dans le monde, c'est le cabinet japonais de H. Siebold. La nation néerlandaise était jusque dans ces derniers temps la seule qui pût entretenir des rapports avec le Japon. Il existe une île nommée Décima, qui appartient aux Japonais, et dans laquelle les Hollandais ont établi un comptoir. Là, ils vivent tranquilles, à la condition de ne point franchir la limite d'un pont qui les sépare de la ville. Ce point de contact, si restreint qu'il fût, était encore, il y a quelques années, le seul lien par lequel cette partie de l'Orient communiquait avec l'Europe. De. tels rapports avaient suffi pour implanter la langue hollandaise au Japon. Les savants du pays étudient dans les écoles publiques cet idiome, qui n'est parlé en Europe que par trois ou quatre millions d'individus. Il existe même au Japon des livres écrits par les indigènes dans le hollandais qui se parlait en Hollande il y a deux siècles. La bonne intelligence des deux nations alliées se traduit par des cadeaux réciproques. Dernièrement, le roi de Hollande envoyait à l'empereur du Japon un bateau à vapeur qui excita fort

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rétonnem^nt et l'enthousiasme des indigènes. L'opposition des états généraux trouva d'abord matière à critique dans cette munificence^ et un des députés allait jusqu'à dire que l'empereur du Japon^ par quelque extravagance de souverain absolu, pourrait un beau jour avoir l'envie d^un cheval vert! Quant au vaisseau donné en cadeau à l'empereur du Japqp, il a été le gage de la consolidation des bons rapports entre les deux nations. Une nouvelle convention vient d'être signée à Nangasaki* ville voisine de Décima. De nouveaux avantages sont assurés aux Hollandais dans ces régions lointaines, et on a laissé même pressentir la négociation d'un traité plus large. Le gouvernement japonais, voulant s'initier à tous les progrès de l'architecture navale moderne, a fait en Hollande des commandes assez considérables pour sa marine; quelques officiers hollandais sont même restés au Japon pour y développer l'instruction nautique. Tout semble indiquer des relations nouvelles plus suivies et plus fructueuses pour les deux pays, dont trop longtemps les rapports ont été circonscrits par la défiance qu'inspirent les étrangers aux vieilles théocraties de l'Orient,

Cette exclusion, qui date de plusieurs siècles, et qu'ont provoquée les tentatives des missionnaires catholiques, a plus d'une fois excité le zèle indiscret des savants. H. Siebold, Allemand de naissance, attaché au service médical des Indes néerlandaises, passa, il y a un quart de siècle, au Japon. L'histoire de cette race, qui s'enveloppe sous le double voile de l'isolement et du silence.

était bien faite pour tenter un esprit curieux et persévérant. M. Siebold se promit de pénétrer^ malgré tous les obstacles^ dans les mœurs et les origines de ce peuple^ qui, pareil au sphinx, s'est fait une puissance de Tinconnu. L'origine du musée qu'on visite à Leyde, si Taneodote était vraie, serait aussi intéressante que la collection même. On raconte que la fille de l'empereur était malade et que H. Siebold eut le bonheur de la guérir. II n'aurait mis alors d'autre prix à se^ services que l'autorisation de visiter l'intérieur du pays et de nouer des rapports avec les savants. Malheureusement ce récit m'a tout l'air d'une fable. La vérité est que M. Siebold, médecin militaire de l'établissement hollandais à Décima, se glissa peu à peu dans les bonnes grâces de quelques Japonais lettrés. Il obtint ainsi furtivement la plupart des objets qui pouvaient jeter du jour sur la vie mystérieuse des différentes classes de la population. Le subterfuge fut découvert: les complices de cette fraude savante payèrent, dit-on, de leur tète une indiscrétion sévèrement réprouvée par les lois; H. Siebold lui-même fut retenu durant neuf mois dans une prison. La Hollande lui reprocha un instant d'avoir compromis ses bons rapports avec le gouvernement japonais ; mais elle reconnut bientôt que, si l'entreprise était téméraire, l'intention était fort excusable. L'émotion que produisit en Orient cette ruse louable n'est pas encore effacée, et lorsque dernièrement il s'agissait d'envoyer H. Siebold en mission vers le pays qu'il avait fait connaître, on

fut retenu par la crainte des dangers qui l'attendaient.

.Quiconque a visité avec attention le musée qui se trouve à Leyde peut dire qu'il a vu le Japon^ moins le soleil et moins la nature. Les temples^ les chapelles portatives, les idoles étonnées de ne plus recevoir Tencens et les prières, les costumes, parmi lesquels on remarque riiabillement des pécheurs, les instruments de musique, les ustensiles de ménage, les principaux outils de Tindustrie et de Fagriculture, les armes, les œuvres d'art, dans lesquels on reconnaît les traits délicats d'une race ingénieuse, patiente et immobile, une foule de détails domestiques, des modèles de maisons en bambou, en un mot, toutce qui peut éclairer l'histoire de la vie japonaise se trouve dans cette collection, formée par le savant au péril de sa vie. Le grand ouvrage de M. Siebold, Niphon^ donne l'explication de toutes ces gravures. Le texte et les gravures nous initient minutieusement à la géographie physique du pays, à l'histoire naturelle, à l'iconographie sacrée, aux principaux types de la race japonaise, aux monuments littéraires et scientifiques. M. Siebold est maintenant à Saint-Pétersbourg; mais il a laissé à Leyde un disciple, H. Hoffmann, qui, pour n'avoir pas voyagé, n'est pas moins instruit que lui dans la langue et dans les antiquités du Japon (1).

Ces divers établissements nous amènent à parler de la vie des étudiants. Les jeunes gens qui se destinent à la

(1) La Haye possède aussi un musée japonais qui mérite d'être cité.

chaire^ au barreau ou à la médecine passent ordinairement quatre ou cinq années dans la ville de Leyde. La première année est consacrée au complément des études classiques; ensuite les étudiants suivent différentes directions^ selon la faculté à laquelle ils appartiennent. Les professeurs font le plus souvent la leçon chez eux; ils sont payés moitié par FÉtat^ moitié par les élèves.- Cette dernière rétribution est pour chaque cours de trente flolrins par tête. Pendant tout le temps que les jeunes gens passent à Leyde^ ils peuvent^ cette somme une fois payée^ suivre les leçons du professeur^ qui se répètent^ dit-on^ d'année en année. Chaque aspirant aux grades est contraint d'assister à sept ou huit cours au moins dans chaque branche d'enseignement. Le nombre des étudiants est de quatre ou cinq cents environ. Ils donnent le ton et le mouvement à la ville. Le goût des fêtes historiques s'est conservé dans cette jeunesse^ qui aime à se donner en spectacle. L'année dernier»» elle célébrait en grand apparat l'entrée de Charles-Quint dans la ville de Dordrecht. On remarquait quelques riches costumes^ mais l'ensemble manquait ^e goût et d'harmonie; les chevaux avaient des selles et des harnais modernes. Cet anachronisme choquait l'œil. Le séjour que j'avais fait en Belgique m'avait d'ailleurs rendu difficile pour ces sortes de processions et de travestissements historiques. J'avais vu à Bruxelles la fête de la constitution : là^ tous les principaux corps d'états défilaient en costumes de caractère avec un ordre^ une solennité^ un soin scru-

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puleux des tlétails^ qui donnaient vraiment à cette représenlation la valeur d'une œuvre d'art.

Il y a ici comme partout les étudiants qui étudient et ceux qui n'étudient pas. Ces derniers se trouvent plus souvent à la société qa'mx cours et dans leurs chambres. Les sociétés sont en Hollande des espèces de cafés dans lesquels on lit les journaux^ on cause d'affaires peu sérieuses^ et on charge de dépenses plus ou moins licites la note qu'acquitteront les parents. Quelques étudiants plus laborieux ont fait revivre^ il y a plusieurs années^ la tradition des chambres de rhétorique^ rederijkcrs. Ces sociétésremontent au quatorzième siècle: elles existaient alors dans presque toutes les villes des Pays-Bas ; elles recrutaient leurs membres parmi toutes les classes de la population^ les nobles^ les moines^ les marchands. On se réunissaitàcertainsjoursdansunlocal qui appartenait à l'association et qui avait une devise particulière : on y récitait des poèmes et l'on s'exerçait à l'improvisation sur un sujet donné. Ces chambres de rhétorique ont exercé une grande influence sur la littérature néerlandaise^ et à la longue même, il faut le dire^ une influence pernicieuse. Le faux goût^ l'imitation de l'étranger, la futilité de certains ornements du langage, l'enflure classique, s'introduisirent peu à peu dans ces cercles^ dont les membres s'admiraient les uns les autres pour être Bémirés eux-mêmes. On accuse, et avec raison, les anciennes chambres de» rhétorique d'avoir fini par arrêter le développement de l'originalité batave. Toutefois de

telles institutions^ renouvelées et mises en harmonie . avec les besoins du siècle^ pourraient encore rendre des services. Les étudiants membres de cette association littéraire tenaient leurs séances dans le burg.

Autrefois citadelle de la ville^ le burg n'est plus qu'une ruine, mais une ruine imposante etvénérable. On attribue la fondation de cet édifice féodal è Engiste, duc des Saxons selon les uns, roi des Frisons selon les autres, qui venait de subjuguer les Bretons. Quoi qu'il en soit de^ cette origine obscure, le burg, auquel on montait jadis par un escalier de pierre, et vers lequel on se dirige maintenant par des avenues disposées en forme de labyrinthe, est un puissant ouvraged'architecture militaire. Sa forme ronde, l'épaisseur de ses murs que le temps a respectés, sa position sur une colline qui dominait le cours du Rhin, tout contribuait, dans les ftges de barbarie, à personnifier en lui le sotnbre génie de la force. Ce vieux château a été le Aoyau de la ville, les maisons particulières sont venues s'établir sous son ombre une à une, et s'adosser à une tyrannie féodale qui était en même temps une protection. L^histoirea enregistré les troubles et les séditions que souleva plus d'une fois parmi les bourgeois de Leyde la terrible domination des anciens burgraves. Leur nid d'aigle n'est plus maintenant qu'un des ornements delà ville. De ce point élevé, comme d'un belvédère, on découvre les vastes plaines^de la Rhinlande. Les étudiants tenaient pendant l'été leurs séances littéraires dans l'enceinte du burg^ circonvenue

par d'épaisses et formidables murailles. La voûte du ciel leur tenait lieu de plafond. Là firent leurs premières armes quelques hommes aujourd'hui connus dans la littérature ou dans les assemblées du pays. La jeunesse égayait ces réunions d'une foule de facéties toutes germaniques. Un jour, le verre patriarcal dans lequel on buvait le vin du Rhin pour arroser les discussions savantes fut trouvé brisé. Les étudiants décidèrent qu'on lui ferait les honneurs d'un enterrement en règle. Ces funérailles eurent de l'éclat. Les membres de la société littéraire se réunirent dans le burg ; une fosse était creusée ; le défunt fut déposé en terre avec toute la pompe due à ses nombreux services. M. Beets, aujourd'hui un grave ministre de l'Évangile, alors un joyeux étudiant, prononça en fort beaux vers l'oraison funèbre de celui qu'on venait de perdre (1). Un tombeau fut érigé à la mémoire du mort, et sur le tombeau on grava deux inscriptions latines : Poculo optimo de se meriio posuerunt fratres rhetorici, — et au revers du monument : Fortuna vitrea est.

L'été, les étudiants se répandent dans la campagne en essaims bruyants. J'ai traversé un jour, aux environs de Leyde, un village dans lequel les jeunes gens qui s'étaient tirés avec honneur de leurs derniers examens allaient se réjouir avec leurs camarades et célébrer le succès de

(1) M. Beets, dont nous avons déjà parlé dans ces études, est un écrivain populaire en Hollande sous le nom d'Hildebrand. On publie maintenant à Paris une traduction de ses œuvres.

leurs études. On buvait pour arroser la thèse. Après le repas^ dans lequel toutes les facéties et toutes les réminiscences classiques se ci^isaient avec le feu de la jeunctsse^ la bande joyeuse se dirigeait vers la maison du bourgmestre. Droit sous Tivresse, grave sous le rire, on présentait la thèse au magistrat locale qui, sans y entendre malice, entouré des autorités municipales du lieu, félicitait avec pompe, mais peut-être avec un peu trop de bonne foi, le nouveau docteur. La cérémonie, moitié bouffonne, moitié sérieuse, se renouvelait à chaque admission. Ces scènes de la vie de jeunesse ont trouvé un historien dans un ancien étudiant de Leyde,H. Knepellhout. L'auteur s'était d'abord abreuvé aux sources de la littérature française, il avait même publié deux volumes dans notre langue ; mais, abandonnant bientôt une entreprise qu'il a qualifiée lui-même plus tard de téméraire, H. Knepellhout a retrouvé depuis plusieurs années, en hollandais, un talent gracieux et spirituel. Si le développement des détails ne s'y opposait, nous aimerions à citer quelques pages de son livre sur les Étudiants , dans lequel le langage de la population universitaire est reproduit avec une liberté toute néerlandaise. Il existe aussi un recueil de caricatures intitulé Zoo zyn er (Il y en a de pareils) y dans lequel l'artiste a crayonné les types plus ou moins grotesques de cette jeunesse des écoles.

En sortantde l'université Je m'arrêtai quelques instants devant la boutique du libraire chez lequel les étudiante se procurent des livres pour occuper leurs loisirs.

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C'étaient des nouveautés assez frivoles^ des romans d'un choix contestable^ des nouvelles d'un goût douteux. Cette vue me rappela une critique assez ingénieuse d'un écrivain hollandais^ d'Aren Fokke Simonsz^ qui vivait dans le dernier siècle, a II avait commencé par vendre des livres et il avait fini par en faire, i L'auteur est censé se promener dans la ville d'Amsterdam. H cherche une boutique qu'il a vue annoncée le matin dans les journaux, et qui porte inscrit sur une enseigne : Magasin de poésie et de versification de monsieur Phœbus Apollo de Délos. Il tire la sonnette : à ce bruit^ une vieille servante rintroduit dans rarrière-boutique, où il trouve un vieil homme occupé à écrire ses comptes. La servante (qui eât une des Muses) l'avertit alors qu'il est en présence du dieu. Ce dieu^ le bon Aren Fokke Simonsz l'aborde en ces termes :

Des larmes viennent aux yeux du vieillard en entendant ces paroles ; mais il ne peut s'empêcher de sourire en même temps^ ce qui donne à tous ses traits une si singulière expression^ que Simonsz aurait éclaté de rire s'il avait osé. à 0 mon cher monsieur^ dit-il enfin^ qui êtesvous ? Voilà un langage que je n'ai pas entendu depuis longtemps. Cela me rappelle mon vieil ami aveugle^ mon pauvre Homère. J'en suis vraiment touché ; mais je ne [Suis m'empécher de sourire du contraste avec ma situa» tion actuelle. Est-ce que j'ai encore l'air d'un puissant

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dieu ? Non, non j je puis maintenant m'écriep avec Virgile, de glorieuse mémoire : Fuit Ilium, »

Après s'être montré tant soit peu laudator tempops acti, le dieu propose à son visiteur de lui montrer dans son magasin les livres qu'il loue au jour ou au mois, qu'il vend ou qu'il échange, selon le bon plaisir delà pratique. Avant de parcourir ces magasins,, qui sont remplis de toutes les nouveautés, c'est-à-dire de toutes les extravagances et de tous les lieux communs du jour, systématiquement rangés avec pompe, le visiteur s'enquiert de la santé des neuf Sœurs, auxquelles il désire présenter son respect.

« Les Muses, lui répond le dieu, sont, comme vous pouvez vous y attendre, vieilles et faibles. Elles se fondent sous Tâge comme la neige au soleil. I^ vie qu'elles mènent n'est pas des plus beureuses ; elles passent leur temps à se déchirer.

w — Mais Thalia, fis-je observer, était autrefois de bonne humeur. J'espère qu'elle est toujours la même ?

«—Oh! ne me parlez pas de Thalia; elle est la pire et la plus chagrine de la maison. Elle est devenue si morose, qu'elle me ferait mourir, si la chose était possible. Tout le long du jour, elle compose des pamphlets et des satires. Elle se fait vieille; sa veine comique est épuisée. Du temps même d'Aristophane, elle m'a donné déjà bien des ennuis. Elle ne s'est jamais aussi bien conduite que du temps de Plaute, de Ménandre et. de Térence. Il y a deux siècles, elle florissait encore avec Molière et avec Holberg ; mais maintenant elle est beaucoup trop éprise des poètes de la rue, qui viennent ici acheter ou louer leurs fadaises. Je ne puis pourtant point

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les empêcher de venir^ car après tout leur aident est aussi bon que celui d'un autre.

« — J'espère du moins, lui dis-je, que sa sœur Mclpomène n'est point changée? C'était autrefois une personne posée et grave.

« — Elle est changée aussi^ mon cher monsieur : elle est devenue sentimentale. *La sentimentalité la perd. Cestla plaie de ma vie. Quant à Terpsichore, elle compose des opéras aussi vite qu'elle peut^ et s'habille comme une femme à la mode... »

On voit suffisamment Tesprit de cette critique^ qui est en même temps un tableau de la décadence de la littérature hollandaise à la fin du dernier siècle. Ce vieil Apollon dans sa boutique présente, si je ne me trompe, quelques traits de ressemblance avec les Dieux en exil de Henri Heine (1).

Aujourd'hui les chercheurs de types se plaignent de ne plus trouver les véritables étudiants. Encore une race qui se perd ! Suivez-les : ils ne parcourent plus la ville en bandes joyeuses et bruyantes ; ils n'abordent plus les femmes avec des propos hardis ; ils ne troublent plus le repos des paisibles bourgeois par des algarades nocturnes. Depuis rétablissement des chemins de fer, ils profitent de la facilité des communications pour sortir de la ville. Les dimanches et les jours de fêtes, ils vont chez leurs parents se retremper dans la vie de famille. De la sorte ils évitent, en partie du moins, de contracter ces

(1) Voyez les Dieux en exil dans la Revue du 1er avril 1863.

habitudes tapageuses qui les séparaient plus ou moins de la société. Si l-histoire des mœurs perd quelque chose à cette vie d'étudiants qui s'éteint, le& études et lac littérature y gagneront peut-être. Les élèves de l'université de Leyde publient tous les ans un Almanach dans lequel sont racontés les événements universitaires de Tannée qui vient de finir. On y trouve aussi des pièces de vers en hollandais ou en latin, et même des poésies françaises. C^s dernières, il faut leur rendre cette justice, sont assez mauvaises ; mais on y reconnaît une trace de la lecture assidue de nos auteurs modernes et un goût prononcé pour une langue qui à d'autres mérites joint celui de l'universalité. On regrette en effet que des ouvrages utiles soient, pour ainsi dire, consignés à la frontière par un idiome national dont la nature toute caractéristique défie le plus souvent la traduction. La langue française remplacerait avantageusement pour les ouvrages.de science la langue latine, à laquelle tous les Hollandais éminents du seizième et du dix-septième siècle doivent d'avoir répandu leur nom avec leur pensée sur le monde.

En 1849, une commission fut nommée pour examiner dans les Pays-Bas l'état de l'instruction supérieure. Son rapport ne fut pas favorable. La commission constata de graves lacunes;dans l'enseignement du droit, delà médecine et des belles-lettres, le dépérissement général des études, l'insuffisance des méthodes, une certaine torpeur dans le corps chargé de distribuer la science à la jeunesse néerlandaise. A cet état de choses déplorable elle

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proposait divers remèdes^ entre lesquels nous n'en citerons qu'un seul^ la liberté. Le vœu de la commission était qu'à côté des chaires occupées par les professeurs de l'État^ il pût s'élever d'autres chaires rivales. Aujourd'hui cette liberté existe bien en Hollande^ mais les aspirants aux grades étant tenus de passer des examens^ et ces examens étant présidés par desprofesseurs ofBciels^ ceux-ci n'accordent naturellement le brevet de capacité qu'aux élèves qui suivent leurs cours. Il faudrait doçc renouveler le personnel du conseil. Ce projet de loi n'a point encore été discuté^ mais le principe sur lequel il se fonde est trop conforme aux tendances bien connues de la nation pour que le gouvernement n'entre pas dans cette voie. Il s'agit ici pour laNéerlanded'un intérêt suprême : quand les études baissent^ les peuples déclinent. L'université de Leyde est en décadence^ mais les traditions lui restent. Il suffirait d'une impulsion morale et des bienfaits de la concurrence pour régénérer un enseignement pétrifiéqui s'appuie trop sur sa gloire passée. La Hollande est encore la patrie de Leuwenhoek^ de Chrétien Huyghens^ de Ruysch, de Boerhaave^ de Valckenaer ; il faut seulement qu'elle suive^ par de fortes et consciencieuses études, la trace de tous ces grands hommes, au lieu de montrer leurs portraits.

On ne quitterait point la ville de Leyde sans visiter l'ancienne demeure de Descartes. C'est en effet une des gloires de la Hollande que d'avoir recueilli et de s'être en quelque sorte approprié tous les hommes qui luttaient

pour le triomphe de la raison humaine. A la Haye^ dans le parc de Guillaume^ on trouve une statue élevée au père de la philosophie moderne^ avec cette inscription : CogitOy ergôsum. La statue estdétestable^ mais Tintention est bonne. Un pays a droit de réclamer comme siens les proscrits de Tintelligence auxquels il a fourni le droit de vivre, de penser et de mourir en p£dx. La maison de Descartes est située à deux lieues de Leyde ; c'est bien un nid de philosophe, caché sous de grands arbres^ qui, secoués par le vent^ engagent entre eux de graves dialogues. Cette habitation est pleine de souvenirs. Descartes se trouvait bien de son séjour en Hollande : il engageait dans une lettre son ami Balzac à le rejoindre sur cette terre de liberté.

Sur le même chemin^ c'est-à-dire sur le chemin qui conduit à la mer, on rencontre Thabitation de Boerhaave (1), plus vaste, plus ornée, plus somptueuse, comme il convenait à un des princes de la science. On m'a raconté que le propriétaire actuel de ce château cherchait à renier, pour je ne sais quel nom et quel titre de noblesse, ses liens de parenté avec le médecin célèbre. Rougir de Boerhaave et en rougir par amour-propre ! On ne s'éloigne pas non plus de ces lieux, où la grandeur des noms se mêle au charme du paysage, sans jeter un defnier regard sur le Rhin. Faible, oublié, mé-

(1) J'ai va à Harlem, chez le savant professeur M. Van Breda, un magnifique portrait de Boerliaave. La fougue et l'énergie viriles de cette» tête sont incomparables.

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