‹ La néerlande et la vie hollandaise (volume 2)Chapitre 12 sur 28 · II · texte numérisé non relu

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connu, il se traîne misérablement vers Katwijk. Tel ne fut pas toujours le destin de ce fleuve déchu ; mais vers 860, iine tempête, dit-on, éleva des montagnes de sable sur la côte et ferma la bouche, du vieux Rhin. La poésie néerlandaise devait s'inspirer des infortunes du fleuve national. Au moment où le pays regrettait son indépendance, un poète hollandais, Helmers, assimilait le sort de sa patrie à la destinée du fleuve : il se demandait si, comme le Rhin, qui, après avoir promené ma* jestueusement ses eaux à travers TAUemagne, vient se perdre ignominieusement sur les rivages de Katwijk, la Hbllande, qui s'était autrefois répandue non sans gloire sur le monde, devait finir par la servitude et Tabjection. Malheureusement cette œuvre, d'un caractère épique, n'est point exempte d'enflure ni de mauvais goût. Le patriotisme est une belle chose; la poésie en est une autre. Je préfère et de beaucoup au manifeste de Helmers une élégie simple et touchante dont l'auteur s'adresse également au Rhin. Le poëte, Bofger, compare sa jeunesse à celle du fleuve : a Comme toi, dit-il, j'ai eu des jours sans nuage ; mes plaines vertes, mon humble demeure, que l'amour dorait d'un rayon, me paraissaient préférables aux palais des monarques. Le soir j'étais heureux lorsque, considérant avec elle la voûte étoilée, nous voyagions dans l'amour et nous prenions notre part du ciel; mais maintenant I... » Ici le poëte chante ses infortunes personnelles : la couronne de joie est tombée de sa tête ; le cours de son existence s'est assombri et perdu

comme le cours du vieux fleuve. Sa femme est morte, son enfant est mort ; le bouton est tombé avec la fleur. Ils reposent à Katwijk, ces êtres si chers^ et le Rhin leur a fait un oreiller de sable. L'époux, le père désolé mêle ses larmes aux eaux du fleuve, en leur recommandant d'en porter quelque chose aux tombes qu'il aime. Le monde est plein de tristesse et de misères : de même que le vieux fleuve, qui, connaissant à Katv^ijk le sombre dé* noùment des plus belles destinées, ne voudrait sans doute plus recommencer son cours, le poète ne voudrait pas, dit-il, remonter vers les sources de sa vie.

L'université de Leyde présente surtout un intérêt littéraire et scientifique. A Utrecht, nous allons rencontrer l'élément religieux. La vieille Néerlande, avec son orthodoxie sévère et étroite, nous attend au seuil de cette académie, qui brille encore, quoique d'un éclat affaibli. Le mouvement théologique tient d'ailleurs une trop grande place, aujourd'hui môme, dans la vie intellectuelle et morale des Pays-Bas, pour que l'université d'Utrechl n'offre pas un vaste champ d'observations.

Utrecht est une assez grande ville, avec des canaux profonds et encaissés^ auxquels les maisons voisines communiquent par des conduits souterrains, — une tour, le Domtoreriy du haut de laquelle on découvre un paysage

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immense et vingt villes^ — d'anciens remparts^ aujourd'hui convertis en une promenade délicieuse et qu'entoure une ceinture d'eau. JL.'air y est plus pur et plus léger que dans les autres cités de la Hollande propremeot dite. Le vieux Rhin s'y partage en deux bras^ mais faibles et languissants. Utrecht a perdu ses célèbres fabriques de velours ; il lui reste de beaux magasins de nouveautés. Les caves qui s'étendent sous les quais^ le long de l'eau, sont assez vastes pour servir d'entrepôts et pour se prêter à des exploitations industrielles. La physionomie de la ville est triste, surtout les jours de repos. L'observation du dimanche s'est beaucoup relâchée à la Haye, à Rotterdam, à Amsterdam, de l'ancienne sévérité calviniste ; il n'en est pas de même à Utrecht. Ce jour-là, on voit se diriger vers les services religieux des figures puritaines qu'on ne rencontre guère ailleurs, et qui semblent des évocations d'un autre temps. Utrecht est une ville historique. A Leyde, nous, avons trouvé le souvenir du duc d'Albeet de Philippe H ; ici, nous rencontrons à chaque pas la mémoire de Louis XIV. La lutte que les Provinces- Unies soutinrent contre la France a laissé surtout des traces dans les édifices religieux. La grande église du Dôme, cette forêt de pierre si curieusement coupée en deux par un coup de vent, changea, si l'on ose ainsi dire^ plusieurs fois de Dieu, selon les vicissitudes de la guerre. A l'arrivée des Français, les murs de l'édifice hérétique furent exorcisés; les statues de saints furent replacées dans les niches vides; les processions oubliées parcouru-

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rent la ville. Puis^ par un de ces retours qui atteignent même les bienheureux^ les statues bénites tombèrent de nouveau^ etTautel disparut. Les Hollandais du dix-sep* tième siècle ne négligèrent rien pour surexciter le sentiment national contre l'invasion étrangère. Les récits et les gravures du temps retracent avec une énergie sauvage les actes d'atrocité auxquels se livraient les soldats de Louis XIV. Il est permis de croire que la passion a exagéré le caractère de ces scènes révoltantes ; on ne peut toutefois se défendre d'un sentiment de tristesse en présence de tels monuments historiques. De graves témoignages s'élèvent contre cet esprit de conquête qui associait aux intérêts politiques desombres querelles religieuses.

Quiconque est curieux de connaître le revers de la médaille frappée par les historiens français doit venir en Hollande. Ici la mémoire du ffi^and roi est chargée de sombres couleurs. Il existe dans toutes les bibliothèques des Pays-Bas des masses de brochures et de pamphlets qu'il est au moins intéressant de consulter. Les événe* ments de cette époque y sont présentés sous un jour nouveau. Il ne faut pas oublier qu'une partie de la population française était alors sur le sol étranger (1). La 11-

(I) On rencontre à chaque pas en Hollande les traces de cette émigration hostile. A la Haye, on voit encore une boutique de coutellerie qui porte pour enseigne un chat rouge. Cette enseigne est, on ne le croirait pas, un monument historique. Un nommé Bertrand, Français de naissance, coutelier de son état, était venu s'établir dans les Pays-Bas à la suite des guerres de religion. Gomme signe de

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berté de penser, couverte dans les ProTinees-Unies par la protection des lois, se vengeait cruellement du silence qui régnait autour du pouvoir absolu. La Néerlande profitait de ces divisions créées par les persécutions religieuses. Menacée par la Grande-Bretagne, par une partie de rAllemagne et par la Fraîice, elle fit face sur toute la ligne à rènnemî. Attaquée dans son existence nationale, elle eut recours à son moyen de défense ordinaire ;, elle appela les eaux, et se noya dans un marais, au mo^ ment où llllustre de Ruyter sauvegardait les côtes contre Talliance des flottes les plus puissantes. Après des victoires chantées par les poètes, Louis XIY, qui s'était avancé dans le pays, fut forcé de battre en retraite. Il s'éloigna, laissant derrière lui des digues rompues, a et,, comme dit Voltaire, la déplorable gloire d'aVoir détruit un des chefs-d'œuvre de l'industrie humaine, d

Utrecht était autrefois le siège de l'évéque catholique^ prinAe souverain de ce district, et qui soutint de sanglantes guerres contre son rival, le prince-évéque de Liège. Il y a quelques années, ce siège épiscopal fut rétabli par la cour de Rome avec quatre autres èvêchés, autrefoiscélèbres, mais depuis longtemps ensevelis sous la victoire du protestantisme. Cet acte et plus encore les termes de l'encyclique soulevèrent les susceptibilités calvinistes. Il y

protestation, il fit peindre sur une plaque de tôle, d'un côté un chat rouge, et de l'autre le cardipal de Richelieu, avec celte devise : Aux deux méchantes béies. La diplomatie s'en mêla, et le chat rouge seul est resté.

eut un orage sous lequel disparut le ministère de M. Thorbecke. Quelques catholiques prudents désavouèrent eux-mêmes la forme de cette lettre apostolique^ qui respirait trop le ton d^un vainqueur rentrant dans ses États. L'agitation fut extrême dans tous les Pays-Bas^ elle se prolonge encore. Les sièges restaurés demeurèrent debout ; mais cette mesure intempestive faillit compromettre la liberté de conscience dans un pays qui^ à travers les souvenirs de rhistoire, envisage toujours l'église romaine comme le drapeau de la domination étrangère. La plus violente polémique éclata dans les journaux et dans les chaires. Cette levée de boucliers dénota dû moins la force et Ténergie du protestantisme batave. Les vieux souvenirs du Taciturne et de la guerre contre les Espagnols furent évoqués avec transport; on en appela aux ancêtres^ qui avaient fondé sur la réfonAe religieuse la nationalité néerlandaise ; on somma leurs ombres de paraître et de combattre dans la mêlée. Les représailles étaient surtout dirigées contre le parti catholique^ non contre la religion catholique elle-même. En Hollande, toutes les croyances sont couvertes par la loi d'une protection égale. Cette tolérance est même passée dans les mœurs (i). Ce qu'on réprouve, ce sont les menées et les intrigues d'une opinion plus politique encore que reli- ^euse^ et qu'on accuse d'avoir favorisé^ au moins par

(1) Les catholiques hollandais sont redevables de cette liberté de conscience à la révolution française; c'est un fait qu'ils affectent trop souvent de méconnaître.

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son indifférence^ la séparation de la Belgique. Le parti catholique a des historiens et des journalistes. Les protestants hollandais accusent ces historiens de dénaturer les faits relatifs à la reformations de méconnaître les services rendus au pays par les fondateurs de la liberté batave^ d'insulter le dogme national qui servit de barrière à la domination de ^étranger. Le langage des journaliste catholiques n'était pas de nature^ il faut le reconnaître^ à calmer l'irritation des esprits. A les entendre^ les écrits de leurs adversaires étaient a les réceptacles impurs des plus dégoûtantes infamies... » Le débat fut porté jusque sur le terrain de la littérature et des arts. Depuis quelques années^ il s'est aussi formé en Hollande une école qui> reniant^ à peu d'exceptions près^ les monuments de la renaissance et les poètes nationaux des trois derniers siècles^ réserve son admiration exclusive et outrée pour les édifices du moyen âge^ pour les ouvrages des saints^ pour les légendes. Une carte géographique fut imprimée à Bréda^ au moyen de laquelle Tauteur^ effaçant les délimitations politiques et nationales^ enveloppait les Pays-Bas^ ou^ pour mieux dire^ les cinq évèchés restaurés par le pape^ dans la grande unité catholique. De ce coup le Dieu de la vieille 'Néerlande^ de God van Nederland, comme disent certains protestants, se trouvait supprimé. Toutes ces provocations eurent pour effet malheureux de ranimer dans les Pays-Bas contre les catholiques des antipathies éteintes. Aujourd'hui l'émotion s'apaise, quoique lentement; mais il reste un triom-

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phe de plus pour la doctrine religieuse qui rendit à la Néerlande^ en des temps difficiles^ la victoire et la liberté. La ville d'Utrecbt est^ par son université^ le siège de l'orthodoxie protestante. Il nous faut expliquer la valeur de ce mot dans des bouches hérétiques. La guerre venait de finir. La révolution politique s'était assise sur la révolution religieuse. Les Provinces-Unies sortaient régénérées de la grande lutte qui divisait alors TEurope en réformés et en catholiques. On a demandé pourquoi la Néerlande se fit calviniste au lieu de s'arrêter^ <;omme TAllemagne^ sa voisine^ aux doctrines de Luther. La raison de ce fait est toute dans la guerre de l'indépendance ; les Pays-Bas voulaient, en se séparant^ mettre le plus grand intervalle entre eux et la cour de Rome^ qu'ils accusaient d'avoir prêté la main à la domination de l'Espagne. S'il se fût trouvé dans le mouvement de la réforme un chef de secte plus résolu que Calvin^ les Hollandais l'eussent adopté. Cependant la liberté d'examen ne tarda point à susciter des dissidents parmi lesdissidentseux-mémes. Arminius^ professeur à l'université de Leyde, soutint contre Gomar^qui occupait une chaire dans la même académie^ une de ces luttes théologiques pour lesquelles s'enflammaient alors les imaginations les plus froides. La Hollande religieuse se trouva ainsi déchirée en deux doctrines rivales. L'élément civil intervint; mais les partisans d'Armi nius, adressèrent aux états-généraux une requête et des observations, d'où leur vint le nom de Remontrants, Les étatsgénéraux n'avaient rien de mieux à faire que de ren-

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voyer la décision à un synode. Ce synode fût convoqué en 1618 dans la ville de Dordrecht (1). Toute la chrétienté protestante y envoya des députés. Une gravure du temps représente cette assemblée historique : les pères du nouveau concile^ figures longues et austères, pourvues de barbes vénérables, y traitèrent des intérêts très-graves pour répoque. Il s'agissait de ressaisir une espèce d'unité au milieu du naufrage des anciennes croyances. Le synode dura six mois et tint cent cinquante^eux séances. Après des discussions longues et ténébreuses sur la prédestination, sur la liberté humaine, sur Tinfluence plus ou moins irrésistible de la grâce divine, le président déclara que t( les miraculeux labeurs du synode avaient fait trembler l'enfer, o et que sa mission était terminée. Les docteurs venaient de fixer le type de la religion nationale. Ils formulèrent leui^s décisions en plusieurs articles de foi : quiconque en Hollande adhère pleinement à ces articles est orthodoxe, quiconque s'en écarte ou les repousse est hétérodoxe.

Avec le temps, ce symbole était à peu près tombé dans l'oubli. Si l'unité est un fruit de l'autorité religieuse; la division est une conséquence de la liberté. Cette divi-

(1) Dordrecht est une des pins anciennes Tilles de la Hollande. Si Ton en croit la tradition, conflrraée d'ailieurs par de récentes études géologiques, cette ville aurait subi un déplacement bien extraordinaire. Lors de la terrible inondation qui en 1421 força les digues, la ville de Dordrecht, avec ses édifices publics et ses maisons, se serait transportée d'un lieu à un autre. Ce phénomène s'explique par la nature du terrain. La ville étant bâtie sur une couche d'argile, cette couche aurait glissé sur la masse' de tourbe qui forme la basedusoL

^ion s'était très-étendue dans les Pays-Bas^ en dépit des efforts de Tancien synode^ lorsque vers la fin du dernier siècle un homme se proposa de ramener ses concitoyens à l'ancienne orthodoxie protestante. Cet homme, on ne s'y attendrait pas^ était un poète. Bilderdijk, car c'est lui dont nous voulons parler^ naquit en 1756. Il se destinait au barreau^ et exerça même quelque temps la profession d'avocat dans la ville de la Haye. Profitant des loisirs que lui laissait l'étude des lois, il s'aventura dans la forêt des connaissances humaines : la théologie, la philosophie, la médecine^ l'anatomie comparée, l'astro*nomie, les langues orientales^ il parcourut tout, et fort jeune, avec une incroyable ardeur. Le dessin même et la gravure sur cuivre ne lui étaient pas étrangers. Quelques poésies avaient déjà répandu son nom en Hollande, . lorsque le pays fut agité par le vent des révolutions politiques qui commençait à souffler l'âme de la France sur le inonde. Bilderdijk suivit le dernier stathouder en exil. Il demeura soit en Angleterre, soit en Allemagne, de 1795 à 1806, gagnant sa vie à donner des leçons. Ses amis croient que l'exil et le malheur aigrirent encore son caractère, naturellement irritable. Quoique attaché à la maison d'Orange, Bilderdijk ne se fit point scrupule de retourner dans son pays et de paraître à la cour du roi Louis Bonaparte. Le poète fut comblé de faveurs. Ce règne éphémère disparut, ef l'empereur Napoléon refusa de continuer la pension que son frère avait faite à Bilderdijk. Réduit à vivre du produit de ses œuvres dans

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un pays de trois millions d'habitants^ le poète recueillit plus de gloire que d'argent. Ces privations développèrent le germe d'une maladie contractée dans Texil. Les événements de I8i4 et de 1815 éclatèrent; la domination française tomba. La restauration de la famille d'Orange était pour Bilderdijk une bonne fortune : il épousa

• chaleureusement la cause de la résurrection nationale. Appuyant ses griefe personnels sur les griefs de la nation hollandaise,^ il avait fort maltraité le régime impérial dans des chants qui lui valurent une partie de sa renommée. Bilderdijk n'obtint néanmoins du nouveau gouvernement qu'une pension modique. Une .chaire était vacante à l'université 4^ Leyde : il sollicita la place de professeur; mais l'amertume de ses satires^ la rigidité de ses principes religieux, la violence d'un caractère peu sociable firent échouer ses démarches. Des malheurs domestiques troublèrent encore le déclin d'iine vie qui s'isolait dans de sombres ressentiments. Il mourut en 1831. J'ai vu son tombeau dans la grande église de Harlem.

Bilderdijk est sans contredit, après Vondel, un des plus grands poètes de la Hollande. Au moment où il parut, la littérature nationale était descendue très-bas; il s'efforça de la relever. Cet écrivain s'est exercé dans tous les genres, et il réussit dans tous, excepté dans le

. genre dramatique. Il fit plusieurs traductions estimées ; mais on ne saurait louer toujours le choix de ses études littéraires. Ses œuvres originales ont plus de valeur. On

admire beaucoup en Hollande le poème intitulé le Monde primitif y composition grandiose^ mais confuse et monotone. L'enthousiasme pour Bilderdijk fut poussé jusqu'au fanatisme (I). Ce qui obscurcit à nos yeux le mérite d'un écrivain qui eut certainement de la force et de Téolat^ c'est la préoccupation malheureuse qui rentrainait sans cesse vers les querelles théologiques. Nous ne prétendons point nier Tinfluence, quelquefois heureuse^ du sentiment religieux sur la littérature et sur les aris; mais dès que ce sentiment se limite lui-même à l'esprit de secte^ il perd avec l'indépendance toute la majesté de l'idéal. La prétention de refaire une église nationale à l'aide de la poésie était d'ailleurs fausse et puérile. Les poètes grecs et latins ont contribué^ au contraire, à dissoudre les antiques religions^ en introduisant dans les mystères et les dogmes la liberté de l'imagination humaine. Bossuet^ l'homme de l'autorité^ le savait bien :

(I) Un littérateur hollandais s'exprime ainsi: « Bilderdijk, dans ses immortels ouvrages, a donné à notre liUérature un caractère et une impulsion qui le placent, avec lord Byron, à la tète de tous les poètes contemporains... La Maladie des Savants (poème de Bilderdijk] est un chef-d'œuvre dont jamais le monde poétique n'avait donné d'exemple... Sous le roi Louis, il avait commencé, avec cette facilité de verve et d'imagination qui le caractérise, une épopée dont le Paradis perdu seul approcherait en quelque sorte, et dont aucune littérature, pas même celles de l'antiquité, n'offre d'équivalent. • De telles exagérations ne servent point un auteur ni une littérature nationale. On peut croire que les Hollandais, irrités de l'injuste oubli dans lequel l'Europe laissait quelques-uns de leurs poètes, "ont voulu les venger par une admiration démesurée ; mais si l'intention doit sembler honorable, le moyen était maladroit.

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