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aussi n'aimait-il point ces harmonieux faiseurs de Aruit, Une orthodoxie^ étroite et chagrine s'associait dans rftme de Bilderdijk à un implacable éloignement pour les idées françaises. Dans plusieurs de ses ouvrages^ il s'emporte contre notre langue et contre notre littérature en invectives qui font sourire (1). Ce que Bilderdijk ne pardonnait point à la France ^ c'était d'avcMr produit Montesquieu, Voltaire^ Jean-Jacques Rousseau^ et d'avoir &it la révolution. Il n'entrevit la révolution française qu'à travers l'affront de la défaite et la déchéance de son pays. La haine des théories nouvelles^ poussée chez lui jusqu'à l'aveuglement et à la fureur^ lui a fermé les sources d'une inspiration plus élevée et plus universelle. En exagérant les anciens défauts de sa nation^ en ressuscitant le sarcasme religieux^.il a rétréci de belles facultés pour descendte au rôle d'un chef de secte. Son influence^ il est vr^i^ a été grande et incontestable en Hollande^ mais à plusieurs égards elle a été pernicieuse.
Bilderdijk a fait école. Les chefe de cette école sont aujourd'hui M. Groen van Prinslerer et M. da Costa. li
(1) 11 reproche à la langue française d'être < une langue bâtarde, chargée de notes basses et brisées, un jargon digne des chacals bumains et des hyènes, formée exprès pour une race d'Infidèles qui rient de la vérité, un idiome composé de sons gutturaux qui s'échappent par les voies nasales et qu'accompagnent les grimaces du singe. » Cette boutade est surtout amusante de la part d'un Hollandais. La langue néerlandaise a des qualités que nous ne voulons pas méconnaître, telles que l'énergie, la richesse ; mais elle est certes très-loin d'être mélodieuse. Il est vrai que l'auteur, après cette diatribe, avoue que la langue française s'est répandue sur le monde entier; « mais, ajoute-t-il, elle s'est répandue pour le mal. »
convient de parler de M. Groen avec les égards que mé- . rîtent toujours un talent sérieux^ une conviction forte et une volonté persévérante. Il a publié en françiûs une volumineuse histoire de la maison d'Orange^ dans laquelle on reconnaît la trace voilée des idées de Joseph de Maistre sur ralliance du principe religieux et du principe social. Dernièrement^ H. Groen n'avait pas dédaigné de descendre dans Tarène du journalisme. De NederlandeTy gazette de Torthodoxie protestante^ paraissait quotidiennement à Utrecht. A bout d'impuissants efforts pout attirer le pays à ses idées, ce chef de parti avait cessé la publication de sa feuille, et il menaçait de s'envelopper dans le silence, quand, il y a quelques mois, la ville de la Haye le renvoya, après une absence d'une année environ, aux états-généraux. H. Qfoen doit au gouvernement représentatif quelques succès de tribune. Sa parole mordante lui a fait une place à part dans le petit groupe des orateurs néerlandais. Le parti auquel se rattache cet homme d'État a des racines dans l'ancienne république batave. Confondant l'ordre religieux et l'ordre politique, il aspire à une sorte de théocratie protestante. H. Groen appuie ses idées personnelles sur l'histoire même de la nation, qu'il interprète à sa manière, et de laquelle il cherche à dégager une sorte de providence égoïste veillant sur les destinées des Pays- Bas comme sur son patrimoine. Un Dieu hollandais, renouvelé du Dieu des Juifs, a pu avoir sa raison d'être dans un temps où les Pays-Bas avaient besoin de se cou-
vrir de leur foi colnine d'un rempart. Ce temps n'existe plus. Si le parti de M. Groen était aux affaires, il effacerait tous les progrès et toutes les conquêtes de Thistoire contemporaine. Le protestantisme^ dont il veut faire la tige de l'ordre social^ est le protestantisme synodal^ tel qu'il a été fixé par les pères de Dordrecht. Au réste^ M. Groen lui-même est débordé. Sous le nom de séparatistes, il s'est formé en Hollande une nouvelle église^ qui^ trouvant que Téglise nationale a dévié des saines doctrines^ se retire et rompt tout pacte avec Timpiété. Cette secte a d'abord été persécutée par le gouvernement de Guillaume !•% ses premiers apôtres ont émigré en Amérique; mais, accrue par ses souffrances, elle a conquis aujourd'hui droit de cité religieuse*. H. Groen n'approuve point la conilaite des séparatistes, a Ce n'est pas à ngus, leur dit-il, de nous retirer; ces églises, envahies maintenant par de fausses doctrines et par de faux docteurs, ces églises sont à nous. Nous sommes les élus, les véritables enfants de la Hollande; il ne &ut point déserter la place, il faut chasser les infidèles. »
Si absolu qu'il soit, le parti de M. Groen n'affirme rien; il vit de négations. Selon lui, la révolution française a été la boîte de Pandore renversée sur le monde. Voudrait-il donc restaurer en Hollande l'ordre de choses antérieur à la révolution de 1795 1 1l le nie. On lui suppose un goût médiocre pour le gouvernement représentatif : il déclare ne pas vouloir du despotisme. On l'accuse de voiler sa pensée et de ne se réserver qu'une valeur d'op-
position. Cette opposition atrabilaire s'attaque sans cesse au;^^ progrès de Tordre politique et ci^l^ aux diminutions d'impôts, aux mesures qui ont en vue la séparation de TEglise et de TÉtat. Ce parti s'appuie sur les deux extrémités de l'échelle sociale, la classe aristocratique et la classe pauvre. La classe moyenne le repousse. A voir les stériles et chimériques entreprises de M. Groen, on regrette qu'un esprit d'élite épuise ainsi son énergie sur un anachronisme. Le parti des grœnistes a beau se remuer en Hollande : au moins quant à présent, il n'est pas dangereux. Le pays le regarde et l'écoute avec plus de curiosité que de sympathie. Si par hasard il entraîne et passionne les masses, c'est quand il agite le drapeau du protestantisme, lequel est, pour ainsi dire, le vêtement moral de la nation. 11 peut alors se faire illusion sur son influence ; mais cette force, empruntée a|ix souvenirs de l'histoire et aux croyances religieuses, l'abandonne tout à coup dès qu'il découvre ses, desseins rétrogrades. M. ISroen n'en est pas moins une personnalité considérable, n est un des types les plus parfaits de l'austérité calviniste, qu'il ne faut point confondre du reste avec la mortification catholique. Pourvu d'une immense for- 'tune, dont il se sert noblement, M. Groen habite à la Haye une maison princièrement située sur le bord du Vivier, vaste et pittoresque nappe d'eau dans laquelle se réfléchit au clair de lune Tombre du vieux palais des états.
M. Groen est le prosateur de l'orthodpxie : M. da Costa
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en est le poëte. Ce dernier est fils d'un riche juif portugais ; il fut converti au christianisme par Tinfluence de Bilderdijk. En changeant de religion^ il ne renia d'ailleurs qu'en particf le Dieu de ses pères. On accuse les orthodoxes de professer plus d'ardeur pour l'Ancien que pour le Nouveau Testament. La sombre majesté d'un Dieu omnipotent^ impénétrable et taciturne convient mieux à leur caractère et à leurs idé«$ que l'enseignement doux et humain de l'Évangile. La notion d'une race privilégiée flatte d'ailleurs leur sentiment national. Il leur suffit de transporter Israël dans laNéerlande pour continuer les traditions bibliques. M. da Costa se croit le descendant de ces prophètes auxquels le Tout-Puissant révélait autrefois ses volontés. Son talent s'est de préfér/snce exercé sur les sujets religieux. On pourrait définir sa poésie, d'après un vers de l'auteur, « une musique qui passe entre le ciel et la tei*re. » Cette musique un peu vague gagnerait peut-être à se rapprocher de notre humble planète. Un mysticisme bizarre exalte et afiaiblit en môme temps cette nature impétueuse, qui a conservé sous le ciel du Nord quelques gouttes du sang méridional. Un des traits de l'école à laquelle appartient H. da Costa, c'est la haine et le mépris de l'économie politique. M. da Costa s'est emporté contre le mouvement industriel de notre siècle, qu'il confond avec le culte aveugle de la matière. Toutes les invectives des poètes contre la locomotive, cette salamandre moderne y ne l'empêcheront cependant pas de courir et de faire le
tour du monde. Une poésie qui se trompe de date^ qui voudrait immobiliser Tesprit humain^ n'a pas d'avenir. Cette direction a été fatale : elle a fait négliger le cœur humain^ la nature^ le drame social^ toutes les sources éternelles et inépuisables du beau. La poésie hollandaise ne doit point abjurer.sans doute le sentiment spiritualiste; mais ce sentiment^ égaré dans des fictions inintelligibles, associé à l'esprit de secte, borné aux limites étroites d'une petite église nationale, ne saurait jamais remplacer la contemplation de Dieu dans l'univers et dans l'humanité. D'ailleurs cette littérature n'est point exempte d'emphase. Une telle enflure de mots n'est pas dans le caractère hollandais, dont le principal mérite est au contraire la simplicité ; il faut donc en chercher l'origine dans des inspirations sèches et ténébreuses, qui, à défaut d'idées solides, aiment à gonfler la forme. J'ai vu M. da Costa dans la ville d'Amsterdam, où il habite : ses traits, quoique heurtés par la maladie qui défigura Mirabeau, attestent bien, avec des cheveux noirs, son origine sémitique (1).
L'influence de Biderdijk ne s'est point arrêtée à M. Groen ni à M. da Costa ; elle a malheureuisement enve-
(1) M. da Costa donne à la Haye, dans la salle Diligentia^ des leçons, ou, comme on dit ici, des lectures politico-religieuses. La forme en est aussi bizarre que le fond des idées ; mais il faut croire que ce mélange de tous les genres, de tous les styles et de toutes les quea^ tions est dans le goût d'une partie du public hollandais, car ces conférences ont du succès. La critique n'a pourtant pas ménagé les aberrations de cette école, d'ailleure pleine de verve.
loppé des esprits jeunes et charmants qui^ par la nature de certains débuts littéraires^ semblaient devoir le plus résister à Tinfluence des idées mystiques. De ce nombre est H. Beets^ pasteur à Utrecbt. M. Beets avait commencé par des traductions de Byron et par des poésies originales dans lesquelles un fond d'indépendance et d'observation délicate s'alliait peut-être à quelque scepticisme. Une direction par trop orthodoxe menace aujourd'hui d'assombrir et de dénaturer les aimables facultés d'un esprit qui n'était point fait pour les controverses religieuses. Le vieux parti protestant a surtout pour organes dans la Néerlande les poètes et les femmes. Des missionnaires en jupons^ aux cheveux^ longs et bouclés, s'enflamment pour des idées obscures et métaphysiques dont on les accuse d'entrevoir vaguement la signification. L'orthodoxie est devenue, grâce k cette intervention féminine^ une affaire de mode. Il n'est guère de salons de la Hollande où les controverses de la chaire ne tiennent la place qu'occupaient en France, sous le régime représentatif, les discussions politiques.
L'université d'Utrecht est placée sous cette influence orthodoxe. Le corps enseignant se rattache étroitement aux anciennes traditions de l'église officielle. Cependant le loup s'est glissé dans la bergerie, si bien gardée qu'en soit la porte. Un des professeurs, M. Opzoomer, se prononce pour la philosophie en niant toute action surnaturelle. Fondée en 1636, Tacadémie d'Utrecht fut autrefois célèbre ; elle occupe maintenant le cloître de
l'ancienne cathédrale. La salle dans laquelle les professeurs tiennent conseil conserve les portraits des anciens professeurs qui semblent assister aux délibérations actuelles du corps enseignant. Parmi ces portraits^ j'ai remarqué surtout celui de Voetius^ le farouche théolo* gien qui rendit la vie amère à Descartes. L'université d'Utrecht a^ comme celle de Leyde, une grande bibliothèque^ un cabinet d'anatomie et d'histoire naturelle^ un jardin botanique, un observatoire. Il existe sur la promenade qui a remplacé les anciens remparts un observatoire de météorologie^ science encore au berceau^ mais qui peut jeter de vives lumières sur la constitution physique du globe et fournir d'utiles renseignements à l'agriculture. Si j'en crois mes yeux et le témoignage des graves habitants d'Utrecht^ la conduite des étudiants de cette ville ne serait point aussi orthodoxe que la doctrine de l'université. La voix publique accuse surtout les élèves en théologie de préluder aux rigides fonctions de leur ministère par une vie joyeuse. Les sociétés^ les cubicula locata, les rues elles-mêmes redisent pendant la nuit cette chanson de la jeunesse qu'on ne chante qu'une fois^ et qui se mêle au bruit des verres^ aux éclats de rire^ au tumulte des voix... Multiloquœ voceSy sed non omnes masculœ.
Centre de l'action catholique^ centre de l'action protestante orthodoxe, Utrecht est encore le siège de l'évéque janséniste. Les disciples de Jansénius trouvèrent autrefois en Hollande la protection que cette terre
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secourable accordait à tous les dissidents. Quelques-uns d'entre eux s'enrichirent dans le commerce. Leur église s'est perpétuée sans bruit. Les jansénistes habitent en quelque sorte dans la ville d'Utrecht une ville à part. De petites maisons disposées en forme de cloître^ bien recueillies, ombragées d'arbres à fruits se serrent les unes contre les autres et sont défendues par une entrée commune qu'on ferme à une certaine heure. Rien ne peut donner une idée du calme^ du silence^ du parfum spirituel qui régnent dans cette cité religieuse. C'est Port-Royal moins Nicole. Au centre de ces habitations, reliées entre elles par des cours intérieures, s'élève l'église avec cette simple inscription : Deo. L'église des jaqsénistes, hors les heures d'office, est aussi fermée que leur paradis. Il faut s'en faire ouvrir la porte par un saint Pierre qui tient les clefs, et qui est tout simplement la servante du curé. Cette église est jolie, quoique d'un goût maniéré. L'évéqûe, qui officie dans le saint lieu les jours de fêtes, est nommé parle chapitre. Le jour de son avènement, il signifie son élection au pape, lequel ^empresse d'y répondre par une bulle d'excommunication. Cette bulle est lue publiquement et solennellement du haut de la chaire de l'église, et puis tout rentre dans le repos accoulumé. L'impartialité nous oblige à dire que ce groupe de fidèles, quoique désigné, et à bon droit, sous le nom de jansénistes, repousse une telle qualification. L'évêque s'intitule lui-même évêque de l'église catholique hollandaise. Il figure avec son
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clergé dans quelques cérémonies publiques à côté des ministres protestants. Cette communion religieuse n'est d'ailleurs intéressante qu'au point de vue historique. L'évéque est vieux ; la doctrine vieillit, les murs vieillissent, et l'église, qui s'affaiblit chaque jour, reste là comme un débris suranné, mais honorable. Il en est de certaines opinions religieuses comme de l'odeur des cierges et de l'encens qui se répand encore après que les lumières sont éteintes.
Il n^ faut point dire adieu à Utrecht sans visiter le joli village des frères moraves. Cette société religieuse descend par une filiation morale des anciens hussites qui agitèrent si fort la Bohême après la mort de leur chef. Ce sont les débris d'une secte, miserabiles quesquiliœ, comme les appelait dédaigneusement Bossuet. Persécutés, ils erraient dans la Bohême et dans la Moravie, quand, au commencement du dix-huitième siècle, un noble Allemand, le comte Zinzendorf, leur céda une partie de ses bâtiments et de sesterres, où ils s'établirent. Quelques-uns d'entre eux fondèrent alors .une colonie à Zeist, près dlltrecht. C'était un lieu sauvage, une forêt dans laquelle GuillcAime III aimait à chasser. La forêt a disparu; mais elle a cédé la place à de charmantes promenades, qu'ombragent encore de vieux arbres. Là, au milieu d'un paysage varié, s'élève la maison des frères moraves. Il y a cent quatre ans que cette maison existe. Les frères travaillent en commun à des ouvrages d'industrie: ils ne sont point agriculteurs, du moins en Hollande.
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Les produits industriels sont vendus sur place, à prix fixe, dans des chambres qui servent de magasins, et où se trouvent aussi d'autres objets de commerce qui n'ont point été confectionnés dans les ateliers de la maison. Le salaire est égal ; seulement les hommes mariés reçoivent une rétribution plus forte que celle des célibataires. Ceux qui ne peuvent plus travailler, les infirmes, les vieillards, sont entretenus et soignés dans rétablissement. La société compte cinquante garçons, quatre-vingts filles et quatre-vingts ménages, qui vivent sous une discipline commune. Les sœurs raoraves occupent à part une aile de bâtiments dans laquelle les étrangers sont diflicilement admis. Ces sœurs se distinguent entre elles par la couleur du rilban qui sert à nouer leur bonnet ; les veuves le portent blanc, les filles, rouges, les femmes mariées, bleu. Il existe dans cette maison des ateliers où les fenunes se livrent à des ouvrages d'aiguille. Les plus instruites tiennent et dirigent des classes où Ton reçoit des pensionnaires de tous les pays. J'y ai surtout remarqué des Anglaises et des Allemandes. Le prix de la pension est cle 400 florins par an. Ces jeunes élèves se distinguent par la simplicité de leur vêtement et par la candeur de leurs manières. Un parfum agreste entre dans les vieilles salles avec un rayon de soleil et avec le chant des oiseaux. J'ai visité le cimetière. Cet enclos lui-même n'a rien de triste. Il y a des divisions pour les hommes et les femmes mariées^ pour les filles, pour les enfants. Une pierre et une simple
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inscription marquent la place de chacun et de chacune. Cette pierre, couchée sur le sable, porte le nom du mort, et à la suite de ce nom un mot qui veut dire parti. Tous les frères moraves de la Hollande n'habitent point rétablissement de Zeist. Plusieurs exercent dans la ville d'Ukecht diverses industries, quelques-uns ont môme élevé des fabriques pour leur propre compte ; mais ils conservent toujours un lien de solidarité avec la commune. Cette société n'a point de constitution écrite : elle s'appuie uniquement sur une base morale, et elle est plus étendue qu'on ne le croirait. On compte, dit-on, en Europe cent mille frères moraves, qui habitent surtout les Pays-Bas et l'Allemagne. Désespérant de faire des prosélytes parmi les autres sectes, ils cherchent à étendre leur doctrine toute chrétienne dans les pays lointains. Un tableau qu'on voit à Zeist représente des nègres et des peuples de l'Inde convertis par les frères moraves. Us ont aussi des missionnaires à Surinam. Quand un de ces missionnaires revient en Europe et qu'il s'arrête à Zeist, on célèbre son retour par des agapes. Les frères et les sœurs, ceux qui vivent dans l'établissement et ceux qui demeurent dans la ville, s'assemblent ce jour-là dans l'église. Le pasteur, autrement dit le Domine, préside. Il siège en habit laïc sur un pauvre et vieux fauteuil recouvert d'un velours vert. Les frères et les sœurs sont assis sur des bancs de bois. Le missionnaire raconte naïvement ce qu'il a vu ; il rend compte de ses travaux et de ses humbles victoires. L'orgue joue un air solennel
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pour remercier Dieu. On boit quelques tasses de thé à l'union des frères. Les heures que j'ai passées à Zeist sont vraiment douces au milieu de la belle et tranquille nature qui rayonne sur cette vie de famille.
Utrecht est une ville éminemment religieuse ; là se conservent les débris d'anciennes sectes qui partout ailleurs se sont à peu près effacées et perdues. L'université a obéi à Tinfluence des lieux, en se faisant Tarche de la vieille foi protestante. Si maintenant on quitte l'académie d'Utrecht poui: celle de Groningue^ ce n'est pas seulement la physionomie de la ville et des moeurs qui va changer, c'est encore le drapeau des doctrines. Groningue est le centre de l'action hétérodoxe ou philosophique.
Groningue, autrefois 'ville anséatique, aujourd'hui capitale dfune province enrichie par l'agriculture, a de larges rues, de grandes places, des canaux qui portent des navires^ une vieille église dont la tour rappelle, quoique de loin, la tour de la cathédrale d'Anvers. On admire beaucoup l'hôtel de ville, édifice considérable et élevé durant la domination française. Quelques maisons de Groningue se distinguent par une bizarrerie d'architecture qui a du moins le mérite d'attirer les yeux. Les murs sont revêtus d'un crépissage grisâtre et rugueux, avec des morceaux de verre incrustés dans le ciment. Quand
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le soleil tombe sur la façade^ ces maisons s'illuminent d'un éclat chatoyant et ^ngulier. Les peuples du Nord sentent le besoin de décupler Téclat d'une lumière avare par des moyens artificiels. Les habitants du Midi se garderaient bien d'augmenter par cette réverbération fatigante rintensité des rayons solaires; ils construisent au contraire dans des rues étroites leurs habitations^ qui s'ombragent les unes les autres^ comme les arbres d'une forêt.
L'université de Groningue^ que les cités voisines nomment avec quelque prétention une seconde Athènes^ est un édifice neuf et imposant. Les différents cours se tiennent dans des salles qui portent leur destination écrite sur la porte d'entrée, auditorium mathematicum, auditorium juridicum, auditorium chimicum. Le cabinet d'anatomie et d'histoire naturelle est riche en pièces curieuses. J'ai surtout remarqué certaines préparations des organes de l'ouïe faites avec toute l'habileté d'une main savante et délicate. Les jours de marché, les paysannes de la Groningue viennent en assez grand nombre dans ce musée. L'intérêt qu'elles prennent aux mœurs des animaux et aux différentes formes de la vie annonce une race avide de s'instruire. Ce goût des lumières est une conséquence du bien-être matériel qui a répandu plus ou moins l'éducation dans toutes les classes. Parmi ces collections, il en est une qui m'a semblé unique ; je veux parler d'ufK variété de dessins de poissons exécutés en Chine sur du papier anglais, avec de l'or et de l'argent
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mêlés à des couleurs très-vives. Cette série iconographique a été obtenue du gouvernement chinois par un consul hollandais qui en a fait présent à l'université. Toutes les richesses de rétablissement reposent sous la garde et la surveillance du custos. Ce custos est une figure originale ; aide-préparateùr^ un peu artiste^ homme d'action dans Fétude^ il s'identifie de bonne foi et avec Tardeur de la jeunesse aux intérêts de la science. Une bibliothèque, située dans un vieux bâtiment, renferme les livres qu'on prête aux élèves. L'université possède encore un jardin botanique; mais l'esprit positif des habitants de la Groningue ne les porte point à cultiver seulement la science pour la science : à ce jardin botanique est annexé un jardin économique et agricole, dans lequel on se livre à des applications utiles. Les cours de clinique se font à. l'hôpital de la ville, et ils se font en latin, pour ne point etfrayer les malades.
Le programme des études, ordo lectionum^ affiché à la porte de l'université de Groningue, est à peu près le même qu'à Leydeet à Utrecht; seulement la direction diffère. Groningue se trouve placée à quelques lieues du Hanovre ; la science et la littérature allemandes ont déteint ici sur l'esprit hollandais. Quelques-uns des professeurs sont des hommes distingués. Cette académie a perdu, il y a peu d'années, un écrivain de mérite, M. Limburg Brouwer, auteur d'un petit roman, la Société de lecture de Diepenbeek, dans lequel il tournait en ridicule les partisans exagérés de l'orthodoxie. Ce qui carac-
tcrise en effet cette université^ c'est la couleur de l^enseignement religieux. Les théologiens de Groningue forment, dans le mouvement intellectuel des Pays-Bas, une école à part. Cette école naquit, il y a quelques années (vers i833), dans le sein même de la ville orthodoxe par excellence. Un professeur dUtrecht, M. van Heusde, auteur de l'École socratique et d'un ouvrage latin Initia philosophiœ platonicœ^ cherchait à ouvrir dans le champ des croyances religieuses quelques perspectives nouvelles. Ses idées se rencontrèrent avec celles de M. Hofstede de Groot, élève de l'université de Groningue, esprit jeune et indépendant, qui cherchait, lui aussi, une réforme dans la réforme. Du contact de ces deux hommes, de la fusion de leurs doctrines, sortit le noyau d'une société théologique dont le siège est maintenant établi à Groningue. MM. de Groot, PareauetMnurling, esprits fort versés dans l'histoire et dans les monuments du christianisme, se pai^tagent les diverses branches de l'enseignement sacré. Leurs idées ne sont ni bien nettes^ ni très-précisément définies dans letirs ouvrages. Une pensée obscure, qu'obscurcit encore une forme plus ou moins germanique, ne se prête guère aux exigences de l'esprit français : nous voudrions pourtant dégager les points essentiels d'une doctrine qui exerce dans les» Pays-Bas, sur le mouvement des esprits, une influence irrécusable. Les théologiens de Groningue se défendent de miner l'édifice de la réforme, mais ils se prononcent contre le protestantisme synodal. Leur point de départ est la négation
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formelle de tonte autorité humaine en matière religieuse. Ils acceptent bien le synode de DordrecUt comme un fait historique ; mais ce fait^ suivant eux, ne saurait lier en rien la foi des générations nouvelles. Les théologiens de Groningue accusent leurs adversaires, qui tiennent pour une église officielle, pour une tradition écrite, de vouloir le papisme moins le pape. Quant à eux, ils ne reconnaissent pas plus un pape en chair et en os quun pape de papier. Remontant aux origines de la réforme religieuse, ils se déclarent pour la doctrine du libre examen. La source de toute lumière est pour eux dans la lecture de TËvangile, interprété avec toute la bonne foi^ mais aussi avec toute l'indépendance de la raison individuelle. La révélation n'est, à les entendre, queTéducation du genre humain. Cette éducation du genre humain en Jésus-Christ est un fait qui se continue. L'é* poque de la réforme a été une des phases glorieuses de cette initiation historique ; mais il faut poursuivre ce que les hoiïmies de la réforme ont commencé. L'école de Groningue donne elle-même l'exemple de cette révision incessante du dogme chrétien, en repoussant le mystère de la Trinité, dont on ne trouve, selon elle, aucune trace dans les saintes Écritures, en niant la prédestination, cette idée fondamentale de Calvin, qui suppose, dit-elle, un Dieu méchant et qui enchaîne la liberté humaine, en écartant même le mystère de la rédemption^ au moins telle que l'entend la théologie ordinaire, qu^elle qualifie une théologie de sang. Pour donner à cette doc-
trine hardie une couleur locale^ les théologiens de Groniogue ont exhumé des archives religieuses de la provinceun apôtre de la réforme^ un certain Wesselus Gransfortius^ dont les opinions concordent avec leurs principcBS (1). La prétention de ces nouveaux réformateurg est en efiet de formuler un type du christianisme propre à la Néerlande. Leur théologie repose, comme celle des orthodoxes, sur Thistoire du protestantisme batave, mais ils arrivent à des conclusions tout à fait contraires. On se demande seulement si une doctrine qui se sépare des dissidents eux-mêmes sur des points si essentiels est encore une théologie, ou bien une philosophie masquée de formes chrétiennes. Nous avons parlé des ténèbres dans ^lesquelles s'enveloppe cette école : une telle obscurité ne tient pas seulement à la nature des matières ni à Tinfluence du génie allemand ; elle est encore la conséquence, nous le craignons, d'une confusion d'idées. Les théologiens de Groningue veulent associer deux termes à peu près inconciliables, le rationalisme et le surnaturalisme. De là résulte une direction fertile en inconséquences, contre lesquelles ils se débattent au milieu des ombres.
La voix de cette école philosophique ou hétérodoxe a des échos dans les chaires de l'église protestante
{i) De Wesseli Gransfortii cum vitœ tum mentis in prœparandâ sacrorum emendatione in Beîgio septentrional i, Traj. ad Rheii., 1831 . — De Wesseli Gransfortii gei^nani theologi principiis ac virtùfihfts ett'amnunc probandis et sequendis. Amst., 1840.
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nationale. Cette influence ne s^appuie point sur les classes inférieures^ où les formules étroites, mais fermes et précises de Torthodoxie comptent au contraire de. nombreux adhérents ; la force morale de cette doctrine de liberté repose sur la classe nioyenne. De jeunes et ardents prédicateurs agitent dans ^tous les Pays-Bas le drapeau du nouveau protestantisme^ qu'ils prétendent d'ailleurs conforme à l'histoire nationale des idées religieuses. A les entendre, ce ne sont point eux qui se détournent de la voie droite ; c'est le synode de Dordrecht qui s'est écarté de l'esprit de la réforme. La science a d'ailleurs fait des progrès depuis cette assemblée célèbre dans les fastes de la Hollande^ et il faut marcher avec la science. A la tête du mouvement se placent M. Meyboom, pasteur à Amsterdam^ et M.Zaalberg. pasteur à la Haye. Leur élection rencontra une vive résistance dans ces deux villes de la part du consistoire. Enfin ils furent nommés. Le jour de leur installation^ H. Meyboom et H. Zaalberg prononcèrent^ l'un dans l'église d'Amsterdam^ l'autre dans Téglise de la Haye^ à la même heure et sur le même thème, un discours qui commençait par ces mots : a Nous venons vous annoncer Jésus-Christ, rien que Jésus-Christ. » Les deux frères d'armes s'étaient évidemment donné le mot, et ils continuent de marcher à peu près dans la môme voie. 11 y a quelque temps, le roi de Hollande se trouvait un dimanche dans la ville d'Amsterdam. M. Heyboom devait prêcher ce jour-là ; c'était son tour.
Le roi délibéra pour savoir s'il se rendrait au temple et s'il consacrerait en quelque sorte par sa présence un enseignement hétérodoxe. Il ne tarda point à se décider pour Taflirmative. Cet hommage^ rendu moins aux doctrines suspectes du prédicateur qu'à la tolérance reli- ~ gieuse et à la souveraineté de l'opiilion^ qui avait appelé M. Meyboom dans la chaire évangélique^ fut considéré en Hollande comme un acte de quelque gravité. L'ancienne église nationale s'écroulait avec ses dogmes fondamentaux devant le .principe d'élection et devant le respect que le chef de l'État lui-même venait témoigner pour la liberté des croyances. La parole et la conscience^ ces deux sœurs immortelles^ soumises^ il est vrai^ à une sanction^ sortaient ainsi victorieuses de la lutte.
On le voit^ les habitants de la Néerlande.. parfaitement tranquilles et assez d'accord entre eux quant au fond des questions politiques^ sont profondément divisés sur le terrain des opinions religieuses. Les partisans de la concorde semblent compter sur l'invariable attachement du caractère national aux coutumes et aux traditions anciennes comme sur un frein moral qui doit modérer ce que ces discussions ont d'alarmant pour la paix. Il se peut que cette fidélité soit en effet un contre-poids ; mais elle présente aussi aux nouvelles doctrines philosophiques le moyen de s'introduire par le couvert des vieilles institutions. Grâce à cette immobilité des formes et au mouvement des idées^ la
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Hollande calviniste pourrait un jour avoir changé de reli* gion, sans même s'en être aperçue. Il est un point grave et délicat sur lequel les orthodoxes cherchent à serrer de près leurs adversaires, c'est celui de la divinité de Jésus- Christ. La pensée des hétérodoxes se dérobe ici volontiers derrière on nuage. Jésus-Christ est pour eux le typé . le plus parfait de Thumanité, l'envoyé du Très-Haut, l'image de Dieu ; mais est-il Dieu en personne ? Généralement ils éludent cette question embarrassante par des subtilités plus ou moins scolastiques. Quelques-uns d'en* tre eux croient à la divinité, mais non à la dette du fils de Marie. Nous ne nous engagerons point dans ces discussions. Une réponse si obscure et peut-être obscure à.dessein équivaut presque à une négation. On est donc autorisé à voir dans la doctrine des hétérodoxes néerlandais un déisme sentimental, plus ou moins attaché à la poésie des formes chrétiennes. Ils se parent de la morale évangélique, ils témoignent pour quelques hommes de la réformation un respect historique, mais entre leurs idées et celles de Calvin, par exemple, il y a la distance de plusieurs siècles. Cette position équivoque et avancée est vivement attaquée par les orthodoxes : « Si vous ne croyez plus ce qu'ont cru nos pères,* objecte-t-on aux nouveaux théologiens, comment vous dites-vous encore de leur église ? Quittez votre robe, abandonnez cette chaire, redescendez dans la foule des philo-* sophes. x> Les ministres dissidents répondent qu'ils ne se sont point glissés subrepticement dans la chaire chré^
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tienne^ que leurs doctrines^ publiées par eux dans de nombreux ouvrages^ étaient connues, que c'est aux fidèles de juger eux-mêmes la formule des croyances religieuses qui leur conviennent ; ils ne s'imposent pas ; on les a appelés, ils sont venus. Quoique revêtue maintenant de Tautorité ecclésiastique, leur parole n'est d'ailleurs pas à l'abri de toute censure. Les fidèles que choquerait une liberté trop grande dans l'interprétation du dogme peuvent en appeler au consistoire, et le consistoire en appellerait au synode, qui aurait le droit d'interdire la chaire au pasteur égaré. Cette garantie existe bien en principe ; mais en fait le synode y regarde h deux fois avant de s'ériger en tribunal des consciences, et, pourvu que la conduite du ministre soit irréprochable, on le laisse généralement libre d'enseigner sous sa responsabilité personnelle ce qu'il croit la vérité. Or la vie des pasteurs hétérodoxes est ordinairement exemplaire. ^
On peut en dire autant des mœurs de l'université de Groningue. Les étudiants appartiennent bien à une classeaisée, mais leurs familles sont moins riches que celles des étudiants de Leyde. Obligés de se faire une position, ils connaissent déjà la valeur du temps. La plupart forment entre eux des sociétés littéraires et savantes, dans lesquelles ils s'exercent à cultiver le sentiment du beau et de l'utile (1). Ce goût des sciences appliquées est d'ailleurs
(!) Dans les trois universités, le.nombre proportionnel des élèves catholiques est infiniment faible, li résulte de là pour les catholiques
i3i LA NËERLANDE
d^ns ie caractère de la race frisonne, àlaqueAeles habitants de la province de Groningue se rattachent par des traits reconnaissables. La ville subit elle-même cette direction sérieuse et honorable. J'ai visité, durant mon séjour à Groningue, un établissement dans lequel se donnent des cours publics. Ces cours s'adressent à la classe bourgeoise et même à une partie de la classe ouvrière. Quatre fois par an on tient des séances auxquelles assistent les femmes. Ces jours-là, la salle, si vaste qu'eilesoit, se trouve toujours pieine.Cette société, fondée pour lapropagation des sciences exactes, existe depuis cinquantecinq ans. J'ai été surpris d'y rencontrer une curieuse collection d'insectes, surtout de papillons indigènes, faite par le concierge. Le goût de l'histoire naturelle a pénétré ici dans tous les rangs. ,
La théologie de Groningue a fait école ; nous ne doutons point qu'elle n'exerce à son tour une ^action sur le mouvement littéraire. On se demande seulementsi, entre deux influences religieuses, il n'y aurait point place dans la Néerlande pour une littérature nationale, qui, éclairée aux rayons du bon sens populaire aux souvenirs de la gloire maritime,àl'histoirevivante des mœurs contemporaines, s'aflranchiraitde toute direction mystique. La race batave estdouée d'une originalité forte : en s'étudiant ellemême, en s'inspirant de ses golfes, de ses lacs, de ses
hollandais une condition d'infériorité intellectuelle. Ces derniers figurent dans la population générale des Pays-Bas pour plus des deux cinquièmes; ils sont donc presque égaux en nombre, mais non en lumières.
dunes^ de ses fleuves qui débordent, en idéalisant la vie des populations qui vivent aîl bord de la mer ou dans les marais desséchés^ elle rencontrerait dans la nature une source de poésie vraie et féconde qu'elle demande vainement aux controverses religieuses. II fut un temps où les intérêts de la politique voulaient que la Néerlande s'isolât du reste de l'Europe. Boulevard de la foi protesT tante^ cette petite république maintenait alors son- existence nationale en se tenant à l'écart des autres États. Un tel isolement a été une force ; mais il est maintenant une cause de faiblesse morale. Retranché dans la vie de famille^ dans l'immobilité des usages^ dans certains dogmes religieux et civils^ le Hollandais se persuade trop qu*il n'y a que la Hollande au monde. Nous croyons qu'il gagnerait beaucoup à revenir de son erreur. Sans abjurer son caractère, et tout en rendant justice aux bonnes intentions des diverses sectes qui se disputent sur le sol des Pays-Bas le domaine des consciences, il comprendrait alors que l'avenir de l'humanité n'est contenu dans aucune de ces petites églises. Au reste 'le mouvement religieux tend à une sorte d'unité par la division même. Le protestantisme n'a ni dans ses dogmes^ ni dans son organisation extérieure, le moyen de réagir contre les entreprises de la raison individuelle. Issu du libre examen^ en vain cherche-t-il à fixer en matière de foi une ombre d'autorité. Cette autorité lui échappe, les limites qu'il a voulu tracer à la pensée humaine s'effacent comme une ligne marquée à la craie^ et de tous côtés^ en Hol*