‹ La néerlande et la vie hollandaise (volume 2)Chapitre 16 sur 28 · II · texte numérisé non relu

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goûts industrieux de la, nation juive. Au moment où toute TEurope vivait encore sous Tempire d'une organisation militaire^ cette petite république des Provinces- Unies^ berceau du commerce et des arts utiles, s'appuyait sur le principe que la classe moyenne devait inaugurer en France^ deux siècles plus tard, en portant ses hommes et sonjnfluence aux affaires. Le cooimerce vit de liberté : les Provinces-Unies jouissaient, sous ce rapport, d'une législation qui garantissait à chacun ses droits et la propriété de son travail. La position géographique était admirable : la mer s'ouvrait de toutes parts, et sur la mer Thorizon des grandes entreprises commerciales. Des flottes destinées à protéger le mouvement intérieur des affaires et à étendre les rapports de la Hollande avec le monde entier ombrageaient les villes d!une forêt de mâts. Il n'y avait pas jusque cette terre, oh les eaux se trouvaient suspendues comme par miracle, qui ne rappelât aux Israélites les principaux faits de leur histoire : là, ils pouvaient en quelque sorte traverser une seconde fois la mer à pied sec. Le moyen de s'étonner que sur un théâtre si conforme aux mœurs, aux traditions et aux facultés acquises de leur race, les Israélites modernes aient ressaisi une situation honorable et florissante !

Au milieu du dix-septième siècle, les étatsgénéraux coupèrent court aux différends qui avaient surgi entre la république, l'Espagne et le Portugal au sujet de quelques cai^isons appartenant à des Israélites établis en Hollande, et à

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qui les deux cours prétendaient refuser la qualité de citoyens néerlandais. Les états derUnion néerlandaise déclarèrent qu'ils a considéraient comme citoyen néerlandais tout Juif établi sur le territoire de la république^ et que ses droits seraientprotégésefflcacement sur terre et sur mer^ si Ton se hasardait encore à les violer. » Plus tard^ dans le même siècle, Guillaume III choisit pourun de ses agents diplomatiques en Espagne un Israélite, le marquis de Belmonte, honneur tout spécial, h ce qu'il parait, car, si les Israélites jouissaient en Hollande de la liberté de conscience et du libre exercice de leur religion, si leur commerce était protégé, des ordonnances les excluaient de toutes les charges publiques. II ne faut pas s'exagérer Iç système de protection que les Provinces-Unies accordèrent aux Juife. Chacune de ces provinces étant souveraine et pouvant s'administrer elle-même, la condition des Israélites différait beaucoup d'un district à l'autre. Il était défendu aux Israélites de résider dans plusieurs localités. En Hollande môme, où leurposition setrouvait meilleure que dans le reste des Pays-Bas, ils eurent plus d'une fois à se défendre contre des préjugés invétérés. Il existe un document historique assez curieux : c'est une requête adressée en 1723 par les Israélites hollandais aux états généraux, dans laquelle ils protestent contre les incapacités légales qui les frappent. «Vous nous reprochez, diseiH-ils, d'avoir mis à mort le Juste ; mais si toute la postérité d'une race était enveloppée dans le crime de quelques-uns pour la destruction d'un innocent, toutes

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les nations du monde devraient s'attendre à être condamnées. Il n'y a pas un siècle, pas un pays qui ne présente des exemples mémorables d'hommes éminents mis à mort par la violence de quelque faction dominante^ et cela le plus souvent aux acclamations de la foule. Vous ajoutez, il est vrai, que nous avons mis à mort plus qu'un homme, un Dieu. Dans tous les cas, nous l'ignorions. Votre Sauveur, plus juste envers nous que vous ne l'êtes vous-mêmes, s'écriait sur la croix : a Seigneur, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ! d

Les Juifs espagnols et portugais, désormus fixés sur le sol des Pays-Bas, ne bornèrent point leur ambition ni leur intelligence à la pratique du commerce. Plusieurs d'entre eux continuèrent de cultiver la littérature et les sciences. Parmi les hommes éminents que forma l'enseignement des synagogues de la Hollande, il faut citer le rabbin Henasseh ben Israël, qui était né à Lisboqpe en i604, et qui vint tout enfant à Amsterdam avec son père. Il est un autre Juif célèbre dont je m'étonne de n'avoir trouvé dans la Néeriande aucune statue, aucun portrait. Une tradition généralement reçue veut qu'il soit ' inhumé à la Haye, dans le terrain de TÉglise-Neuve, sur le Spui. Du reste, pas une pierre, pas une inscription. U est là, rien de plus. Ce grand penseur n'a laissé d'autres traces sur la terre natale que ses ouvrages et son nom. Spinoza, carc'est de lui qu'il s'agit, était néà Amsterdam, dans le voisinage de la synagogue. Cette ménie synagogue des Juifs portugais devint plus tard le théâtre d'une des

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scènes les plus orageuses de sa vie. Depuis longtemps il disputait avec les rabbins sur les matières religieuses et philosophiques. Une rupture était imminente^ elleéclata. Baruch Spinoza fut censuré; la multitude des Juifs lui adressa même dans une assemblée des menaces de mort. C'est à la suite de son expulsion de la synagogue* que, obligé de quitter Amsterdapi pour mettre ses jours en sûreté, il se retira d'abord à Rynsburg^ près de Leyde, puis à Yoorburg, enfin à la Haye. J'ai vu sa maison dans le voisinage du Spui, une humble maison de philosophe et d'ouvrier où il gagnait sa vie, — un peu de pain et de lait, — à polir des verres. C'est là que, préférant une pauvreté libre à tous les honneurs de la science, il refusa une place de professeur à Heidelberg que lui offrait l'électeur palatin. En sa qualité de protes* tant orthodoxe, M. da Costa ne saurait être soupçonné de partialité envers Spinoza : il condamne avec une rigueur extrême les doctrines du panthéiste ; mais il ne peut qu'admirer le caractère de l'homme, a Tout ce que nous connaissons de sa vie privée, dit-il, porte la même empreinte de calme, de modération et de dignité : avec de telles vertus, il aurait pu être l'ornement d'une communauté chrétienne (1). »

Guillaume 1I| avait eu en grande amitié plusieurs

(!) M. Limburg Brouwer, dont les étude» sur Spinoza ont été remarquées en Hollande, annonce la prochaine publication d'un ouvrage inédit du célèbre philosophe, découvert dans la bibliothèque delà communauté des Kernootrants à Amsterdam.

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Israélites portugais ; les mémoires du temps nous apprennent môme qu'il avait reçu du baron de Soasso des fonds considérables pour opérer sa grande expédition d'Angleterre. Soo successeur avait suivi ces traditions; il prit en haute considération M. Isaac de Pinto^ économiste et écrivain distingué^ qui, en 1748^ au milieu d'une crise nationale, versa de grandes ressources dans le trésor public, au point que M. van Hogendorp, le trésorier général, lui écrivit qu'il c avait sauvé l'État. » M. de Pinto contribua notablement aussi à faire élever le stadthouder Guillaume IV à la direction suprême des deux compagnies des Indes.

Malgré les avantages que le régime politique des Provinces-Unies offrait aux Israélites pour la culture de l'esprit et pour la silencieuse accumulation des richesses, CD dépit du degré de splendeur où s'étaient élevées les synagogues d'Amsterdam et de la Haye, les exclusions légales dont les Juifs étaient victimes ne tendaient que lentement à s'effacer, bien que de temps à autre des esprits d'éUte, tels que van Effen dans son Spectateur hollandais, protestassent énergiquement contre ces préjugés. Il ne faut pas oublier que les Pays-Bas n'avaient point alors dégagé leurs institutions socialesdudogme religieux* Les lois, d'accord avec les croyances et Jes mœurs, cherchaient à retenir les Juifs dans un état d'infériorité. Abolir ces exceptions était une oeuvre réservée à la philosophie et à la révolution française. «Un fait digne de remarque, dit avec quelque amertume M. da Costa,

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c'est que la crise qui changea si complètement en France la position des protestants et des Israélites fut amenée en grande partie par des hommes qui étaient indifférents au protestantisme et pleins de haine et de mépris pour les Juifs.» Je ne sais sur quel fait H. da Costa appuie cette accusation : dans tous les cas^ s'ils détestaient et méprisaient les Juifs^ les hommes de 89 montrèrent qulls savaient mettre les principes au-<lessus de leurs sentiments personnels. En ITOl^une complète égalité fut proclamée pour tous ceux qui accepteraient les devoirs de citoyen français. La révolution, introduite en 1795 dans la république des Pays-Bas^ devait porter les mêmes fruits, non-seulement pour les Juifs, mais pour tous les dissidents chrétiens, exclus conime eux des charges publiques. Ge mouvement fut néanmoins vu avec une sourde défiance par quelques Juifs espagnols et portugais, qui étaient enthousiastes de la maison d'Orange et dévoués aux intérêts de Taristocratie. D'autres Israélites, hommes d'énergie et de talent, fortement attachés à Tesprit du siècle, formèrent une association politique sous le nom de Félix libertate. Le but de cette association était de maintenir Tégalité qui venait d'élre assurée à leurs coreligionnaires et la révolutioirqui en était la base. Cette différence d'opinions politiques donna même lieu à un schisme dans la synagogue. Il fallut du temps à certains Juifs portugais pour se réconcilier avec leurs nouveaux droits. Ceux-là avaient conservé un peu du caractère des anciens Hébreux, qui, à leur sortie

d'Egypte^ ne se révoltaient que contre la liberté. La masse des Israélites allemands témoigna, au contraire, en Hollande qu'elle voyait avec joie la révoliftion française assurer son émancipation.

Cette conquête passa aussitôt dans les mœurs et résista aux événements qui suivirent. L'État s'était affranchi de rinfluence religieuse ; il reposait désormais sur lui-même et sur les intérêts de la nation, au lieu de reposer seulement sur l'église réformée. Au retour de la maison d'Orange, le principe auquel les Juifs devaient leur incorporation dansla société hollandaise ne reçut aucunç atteinte. En conséquence ils exercent aujourd'hui dans les Pays- Bas différentes charges publiques. Je ne crois pas qu'on puisse jamais revenir sur un progrès consacré par les constitutions de i8i4, de 1815, de 1840 et de 1848. Il faut pourtant que je dise par quelles mains cetto arche de la foi politique pourrait encore être menacée. L'affranchissement des Juifs, ce fait accompli, ne paraît avoir d'autres ennemis à craindre dans la Néerlande que le parti des ultra-protestants, qui, comme H. Groen van Prinsterer, voudraient confondre ce que la révolution a séparé, l'Église et l'État. La tendance à reléguer les Juifs derrière certaines exceptions légales existe encore: je puis m'en convaincre en lisant les sophismes ingénieux qu'entasse un poète inspiré par cette école, H. da Costa, pour persuader aux Israélites qu'ils étaient beaucoup plus heureux sous le régime de la liberté et de l'égalité restreintes que sous le système actueL

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Quelle est cependant en Hollande la situation actuelle de cette race si durement éprouvée ? Pour la bien connaître^ plaçons-nous d'abord à (a synagogue.

Les Juifs^ ayant perdu leur patrie^ leur gouvernement, leurs institutions civiles, doivent s'attacher à leurs cérémonies et à leurs réunions comme aux derniers liens de leur nationalité. Là est la cause de la ténacité avec laquelle ils adhèrent àlesrs usages religieux. La synagogue est le centre de leur vie morale, l'ombre du temple écroulé. Ils ont conservé l'usage touchant de prier la face tournée vers Jérusalem. La porte de leur synagogue est placée en conséquence, et vis-à-vis de cette porte se trouve l'arche dans laquelle est déposé le livre de la loi. Au milieu s'élève une sorte de bureau ou d'autel, autour duquel se tiennent les chantres et les clercs. Des candélabres sont suspendus aux différentes parties de l'édifice. Les assistants se placent sur des bancs de bois, mais ces sièges ne sont point admis dans l'espace qui s'étend entre l'autel et l'arche : cet espace doit rester vide. Les femmes ne s'assoient jamais à côté des hommes ; elles sont séparées et en quelque sorte cachées à un étage supérieur dans une galerie particulière. Les prières se font en hébreu. Les chants ont quelque chose de grand et de triste comme cet exil qui dure depuis bientôt deux mil ie ans.

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Les principaux éléments du culte hébraïque sont la lecture de la loi et la prière^ qui ont tout à fait remplaceles antiques offrandes. L'exemplaire dans lequel on fait la lecture du Pentateuque doit être un manuscrit ; il doit avoir la forme d'ua rouleau ; l'encre avec laquelle les caractères ont été tracés doit être composée dingrédients déterminés, car les rabbins ont établi minutieusement les règles qui président à la transcription des livres saints. Sur ; es livres s'appuie tout Tédiflce des croyances mosaïques. Le nombre desversets^ des mots, des lettres^ des points, des accents, des virgules, tout a été compté depuis longtemps par des hommes qui avaient à cœur de préserver le texte contre toutes les altérations des copistes. Quand la lecture publique est terminée, deux ou trois as- «stants prennent des mains du lecteur le rouleau sacré (le manuscrit de la loi), et l'enveloppent précieusement dans un riche étui. Le service dans la synagogue se fait chaque îour et plus spécialement le vendredi soir et le samedi matin. La synagogue portugaise d'Amsterdam a été aa jCommencement de ce siècle le théâtre d'une scène intéressante. Un Français, l'abbé Grégoire, avait contribué par ses écrits, par ses discours et par son influence dans les assemblées politiques à l'émancipation des Juifs. Se trouvant à Amsterdam, on le pria de venir dans la synagogue : il s'y ^ndit« Là, les Israélites hollandais chantèrent un cantique d'actions de grâces pour remercier Dieu d'avoir amené parmi eux un homme, un évéque^ qui, se plaçant au-dessus des préjugés du moyen âge et

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mù par un sentiment d^umanité chrétienne^ avait osé défendre la cause de la race proscrite.

On connaît Thistoire religieuse des anciens Hébreux, €e peuple au cbu dur, comme rappelle Moïse, qui Pavait Dût; je me bornerai à dire en quoi insiste le judaïsme moderne. Les Juifs modernes ont deux lois. Tune écrite^ l'autre dite orale. La première a été dictée ( c'est un de leurs articles de foi) par Dieu même à Moïse ; la seconde se compose des traditions de la race, de diseussions et de décisions théologiques. Après la prise de Jérusalem par Titus, un grand nombre d'Israélites s'étaient établis à Tibérias, en Galilée : ils y tinrent un concile. Tibérias devint alors une seconde Jérusalem. Là, au lieu d'un édifice de pierre dont la restauration n'avait d ailleurs pas cessé d^étre l'objet des espérances et des prières constantes de la race, quelques ouvriers s'employèrent à la construction d'un autre édifice, qui se maintient encore debout après plusieurs siècles : je veux parler de la rédaction de la loi orale. Cette loi, comme l'indique son nom, n'était point destinée originairement à subir l'épreuve de récriture, elle devait être confiée à la mémoire de certains hommes : Moïse était censé l'avoir communiquée à Jo^é, et ce dépôt avait ainsi passé intact de génération en génération ; mais le centre de la nation étant détruit, les études décroissant, et les Juifs se voyant dispersés sur la terre, il était à craindre que les traditions ne se perdissent, si l'on ne se hâtait de les recueillir dans un livre.

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La première idée de cette entreprise parait avoir été conçue par le rabbin Akiba ; mais l'opinion générale des Juifs attribue le plan et l'exécution de cette œuvre gigantesque au rid)bin Juda^ le Sacrée le Safnt {hakkadosh, comme on l'appell^/ou encore par excellence le Rabbin), Né au temps d'Adrien^ il occupait dans la Palestine la dignité de nasi ( prince de la captivité ) ; il était la tête spirituelle des synagogues du pays. Vers Tan 190^ il fit une collection de toutes les ordonnances traditionnelles^ qu'il appela le Mishna ou seconde loi. Le Mishna contient les préceptes que, selon la légende des rabbins, Moïse a reçus de la bouche de Dieu durant les quarante jours qu'il passa sur la montagne. Le livre, divisé en six traités, est écrit d'un style concis, le plus souvent sous la forme d'aphorismes. La loi orale, fixée, arrangée, commentée, devint, grâce à ce monument écrit, une sorte d'encyclopédie religieuse et nationale. Le MisJma parut néanmoins obscur à certains rabbins, qui voulurent éclaircir le texte par des commentaires plus ou moins ingénieux. Ces commentaires ont été réunis plus tard sous le titre de Gemara (complément). Les deux livres, le Mishna et le Gemara, formèrent ce qu'on appelle le Talmud. La majeure partie des Juifs modernes témoignent pour le Talmud une profonde vénération. Sans partager leur foi religieuse, on peut bien reconnaître que le Talmud est un monument curieux, avec de grandes proportions de poésie biblique mêlée à d'étranges puérilités. Ce livre est surtout intéressant

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au point de vue historique ; il jette une vive lumière sur les mœurs^ les costumes^ les antiquités et les relations sociales des Israélites.

Il existe aujourd'hui parmi les Juifs deux partis : Tun^ orthodoxe ou talmudiste^qui se rattache étroitement à la tradition des rabbins; l'autre^ plus libéral^ qui^ tout en adhérant à la loi de Moîse^ cherche plus ou moins à secouer le rigorisme des traditions orales. Pour celui-ci les prescriptions bibliques sont outre-passées dans les prescriptions talmudiques. Quelques rabbins^ au contraire, affectent de préférerrautoritéddlaloi orale à cellede la loi écrite. «Lessainte^Écritures, disent-ils dans leur langage métaphorique, sont une eau fraîche ; mais le Miskna est du vin et le Gemara du vin raffiné. » Quant aux sectes qui divisaient autrefois le mosaïsme, elles se sont peu à peu effacées dans l'exil. Celle des sadducéens, par exemple, qui formaient un parti nombreux et puissant, a disparu depuis la chute de Jérusalem (1). Les karaïtes^ qui ne réconnaissent que Tautorité des Écritures, existent encore, mais ils forment une minorité insignifiante (S).

(1) Un juif portugais voulut ressusciter en Hollande la secte des sadducéeus, qui negabantresurrectûmemmortuorum^ ditTÉvanglle. La synagogue d'Amsterdam fut alors le théâtre du plus violent conflit qui ait peut-ôtre jamais éclaté au sein du judaïsme moderne. La secte des pharisiens résista opiniâtrement à la doctrine dissidente. Les magistrats civils s'en mêlèrent et commencèrent une instruction judiciaire contre un ouvrage dans lequel Uriel da Costa, le chef du nouveau sadducéisme, niait l'immortalité de l'àme. l>es exemplaires furent saisis, et l'auteur condamné à payer 300 florins d'amende. •

(2) Les Iwaraîtes ou karaîmes sont particulièrement répandus de Crimée. Les Archives israélites ont donné récemment sur la conni-

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Une seule de ces sectes est restée debout, c'est celle des pharisiens. L'impartialité m'oblige à dire que les Juifs n'acceptent point le jugement porté par les évangélistes sur le caractère des pharisiens, ces conservateurs de la loi. a Les évangélistes, disent-ils, se rattachaient par leur maître à la secte des Esséniens, ils étaient les adversaires naturels de ceux qui avaient résisté à la nouvelle doctrine ; ils devaient par conséquent couvrir le pharisalsme des plus noires couleurs. » Quand on lit avec attention l'Évangile, on voit d'ailleurs que Jésus-Christ, tout en reprochant aux pharisiens leur orgueil, leur affectation de sainteté, leur attachement étroit et hypocrite à la lettre de la loi deHo!se, ne leur refuse point de grandes lumières. Us formaient, sanscontredit, l'aristocratie intellectuelle delà nation. On doit donc s'attendre à ce que leur doctrine et leur influence se trouvent dans les synagogues modernes. Les Juifs qui s'éloignent de cette direction pharisaîque et talmudiste se rapprochent singulièrement du christianisme. Us ne forment point précisément un parti ; ils se distinguent seulement des autres Israélites par une ten-

tion de cette secte des renseignements authentiques qu'elles doivent au ministère de la guerre. C'est M. le général de Martimprey, chef de l'état-major général de l'armée d'Orient, qui s'est chargé de transmettre à M. Cahen ces notes curieuses, recueillies par le commandant Baudoin, chef du service des renseignements militaires nax avant-postes. Les karaîtes Jouissent en Grimée d'une grande réputation d'intégrité : Il est aussi probe qt^un karaite, est une formule populaire. Comme les Israélites libéraux, les liaraîtes reconnaissent l'aMtorilé des Écritures, de préférence à la tradition orale ; mais les derniers s'attachent plus à la lettre, les premiers sont plus spirltoalistes.

dance plus philosophique, une interprétation plus large des Écritures. La plupart d'enti^ eux envisagent la diffusion de l^vangile comme un grand fait f »rovidentiel ; ils écoutent^ comme un écho de leur passé 'et comme tm pressentiment de leur avenir^ ces chants nationaux que les différentes églises chrétiennes leur ont empruntés ; ils se réjouissent d'un événement qui doit préparer sur toute la terre le règne de leur Messie^ Tunité du genre humain. Sur quels motifs se fondent-ils cependant pour ne point se réunir à la religion chrétienne ? — Le Christ annoncé par les Écritures^ disent-ils^ doit être un homme, non un dieu^ ni une part de dieu; les promesses faites par les prophètes depuis le commencement du monde, et qui doivent se réaliser à Tavénement du Messie, ne sont point toutes accompliesencore,parcequ6 le genre humain n'est point notablement changé, que les inimitiés et les inégalités entre les hommes ne sont point éteintes, qu'on attend toujours la paix universelle. Entin le Nouveau Testament, selon eux, présente des contradictions. — Il est inutile de discuter ces objections ni de les détailler ; je ferai seulement remarquer que toutes les civilisations anciennes ont péri pour s'être refusées au progrès; la nation juive est la seule qui ait résisté au temps en s'appuyant sur l'immobilité du dogme.

La vie des Juifs à tous les âges est comme enveloppée dans les pratiques religieuses. A moins de raisons sérieuses, Tenfant Israélite doit être circoncis dans les huit jours qui suivent la naissance; c'est le baptême de l'ancienne

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loi. Tout jeune^ il apprend à lire dans la langue originale le Pentateuque^ le Mishna^ le Gemara et les livres de prières; bien peu d'ailleurs étudient l'hébreu grammaticalement^ et se mettent en mesure de le parler ou de récrire (i). A treize ans et un jour, le jeune Israélite passe de l'autorité paternelle sous l'autorité de la loi. Jusqu'ici, c'était le père qui était responsable des &utes du fils; maintenant le premier déclare, en présence des autres Juifs, qu'il est déchargé de ce fardeau moral : le fils prend alors le nom de Bar tnetsvah,yen{eini du com* mandement. Les jeunes filles juives sont émancipées à dou^e ans et un jour. Le mariage est regardé pour les Israélites des deux sexes comme un devoir sacré et indispensable; les jeunes gens qui, après dix-huit-ans^ vivent sans raison majeure dans le célibat sont vus avec peine par les rabbins. La polygamie est sanctionnée par le Talmud; mais un concile d'Israélites, tenu dans le dixième siècle, a aboli cet usage, qui ne se trouve d'ailleurs plus en harmonie avec la loi civile ou religieuse des États de l'Europe. Les cérémonies du mariage hébraïque ressemblent beaucoup aux cérémonies du mariage chrétien ; le voile de la fiancée, la présentation* de l'anneau conjugal, l'espèce de dais ou de poêle sous lequel s'accom-

(I) Dans le langage familier des classes inférieures des Juifs d'origine germanique il s'est glissé un assez grand nombre de mots hébreux et allemands qui, mêlés au hollandais, constituent une sorte de jargon dont ils se servent pour converser entre eux. Les Juifs de l'Afrique ont continué de parler la langue de leurs pères; ceux du Levant parlent l'espagnol ou l'italien.

plit Tunion sacrée^ tout cela annonce entre les deux cultes une communauté d'origine. Il y a néanmoins un détail intéressant et propre au rit hébreu : l'Iiomme et la femme boivent Tun après l'autre dans le même verre, ' après quoi le nouveau marié brise le verre en éclats, par allusion, selon les uns, à la fragilité de la vie, selon d'autres, en souvenir de la destruction du temple. Les cérémonies funèbres occupent une assez grande place dans * ce culte, qui a longtemps gardé lesilence sur la vie future. Quand un Juif meurt, on veille le corps, on le lave à l'eau pure, et l'on place un cierge allumé dans la chambre mortuaire. Le mort, revêtu de son habit de religion, le tail€tk{{), est ensuite placé dans Itf cercueil, qui reste ouvert. Une cérémonie qui n est point sans grandeur, et dont l'origine se perd dans la nuit des temps, s'ac^ complit alors au milieu d'un religieux silence : les amis, les parents, s'approchent l'un après l'autre du défunt, et implorent son pardon pour les offenses dont ils ont pu se rendre coupables envers lui. Le nom du cimetière juif est bien propre aussi à élever l'âme; il s'appelle Betk Ckajim, maison des vivants, traduisant ainsi énergiquement ledogme de la vie future. Les rangs, les distinctions disparaissent dans cette commune et dernière demeure : les Juifs n'admettent point de luxe dans les cercueils, dans les tombeaux ; point d'architecture sépulcrale aux

(f) Cet habit est décrit et ordonné par Moïse : « Parle aux enfants d'Israël et dis-leur de porter des franges au bord de leurs vêtements, et sur ces franges un ruban bleu. »

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lieux où repose simplement lapoussièj^e dans la poussière. C'est tout au plus si les tombeaux de grands rabbins se distinguent par une élévation de terre couverte d'une dalle portant une inscription en leur honneur.

Dans toutes les grandes villes de la Hollande, les Juifs ont un cimetière particulier. À la Haye, ce cimetière se trouve hors de Tenceinte de la ville, à droite du chemin qui conduit vers Scheveningue; il est enclos d'un mur de briques et ombragé par les grands arbres de cette charmante promenade. Une poignée de terre, que l'on dit avoir été apportée de la Palestine, est placée dans un sac sous la tète du mort, ou répandue sur ses yeux, pour qu'il puisse dormir du sommeil de ses pères et dans le souvenir de la. patrie. Quand la fosse est recouverte^ les assistants se retirent eu silence. A ce moment, dit une tradition ancienne, un ange descend et frappe sur les planches de la bière ; il demande au trépassé quel est le passage des Écritures saintes qui se rapporte à^ son nom (i ) ; si le mort ne répond point, l'ange s'éloigne trisn tenient. Je me hâte d'ajouter qu'oh peut être très-bon Juif et ne croire à aucune de ces fictions, qui sont purement traditionnelles. L'esprit et le sens de la légende sont d'ailleurs très-transparents ; les rabbins ont voulu par là obliger les Juifs à la lecture et à l'étude de la loi.

(I) Je suppose, par exemple, que le mort s'appelle de son nom de religion Abraham, sa réponse doit être : < Vous êtes le Seigneur, ]e Dieu, vous qui avez choisi Abraham et qui Tayez amené d'Cr, en Chaldée... >

Après la céréaionie de Fenterreinent^ les plus proches parents rentrent chez eux^ et alors seulement ils rompent le jeûne qu'ils ont dû observer depuis le matin des funérailles. Les lois qui concernent le deuil sont très-sévères. Une des expressions de la douleur en usage chez toutes les nations de Tantiquité, consiste pour Thommeià déchirer ses vêtements ; les Juifs pratiquent encore cette lacération. Pendant sept jours^ Tlsraélite soumis au deuil ne doit se livrer à aucune affaire ni à aucune transaction commerciale ; il s'abstient du rasoir et de toute toilette ; assis sur une chaise moins élevée que de coutume^ il reçoit les condoléances des visiteurs. Ces pratiques étonnent ; mais quand on songe que c'est en grande partie à l'observation de tels usages que la race juive doit sa perpétuité^ on admire la politique de Hoise^ et après lui la politique des scribes^ qui ont voulu isoJer Israël au milieu des nations anciennes et modernes^ en l'enveloppant de ses traditions comme d'une armure.

Dégagée de ces superstitions^ de ces rits et de ces ordonnances rabbiniques^ la religion des Juifs modernes ne manque pas d'élévation. Il existe treize articles de foi auxquels tout bt)n Israélite doit adhérer. Les Juifs croient à un Dieu unique et indivisible, créateur de l'univers^ aux récompenses et aux châtiments de l'autre vie^ à la venue d'un Messie^à la résurrection des morts. Une science cultivée par quelques adeptes en dehors de la religion proprement dite est ta Cabale, sorte de théosophie orientale où, à travers beaucoup de ténèbres, percent quel-

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ques rayons de sublime lumière (1). Il existe à Amsterdam deux séminaires Israélites : Tun^ créé par les Juifs portugais du dix-septième siècle ; Tautre^ destiné aux Juifs allemands^ et qui est d'une date plus récente. Quelques élèves remarquables sont sortis de ces pépinières de jeunes lévites^ établies à Amsterdam depuis la chute des grandes écoles que les Juifs espagnols et portugais avaient fondées dans la Péninsule. Longtemps les chrétiens furent tributaires des Juifs pour la version des livres saints^ et même dans des villes universitaires où autrefois les Israélites n'étaient pas tolérés, on aimait à s'entourer de Juifs érudits pour approfondir le texte hébreu. On prétend aussi que les ministres protestants chargés de la traduction de la Bible ont profité de leurs lumières dans la langue qu'aimait à cultiver au dix-septième siècle la savante Anne-Marie Schuurmans. Aujourd'hui, après les travaux des grands orientalistes, Schultens et van der Palm, les études hébraïques sont beaucoup plus répandues parmi les chrétiens, et le consistoire protestant s'occupe en ce moment, dans les Pays-Bas, d'une nouvelle traduction de la Bible en langue nationale. Celle qui existe est d'ailleurs un vrai monument littéraire. Elle fut ordonnée par le synode de Dordrecht de 1618 à 1619; on s'accorde à la trouver énergique, majestueuse et puissante ; mais on lui reproche de ne plus être à la hau-

(1) Le principe fondamental de la cabale judaïque est que, toutes les exislences sont des émanations de Dieu : l'évolution et Texpan- ~slon de cette substance divine constituent Tunivers.

teur des nouvelles recherches surles racines de la langue hébraïque. Le parti orthodoxe^ auquel il faut toujours rattacher le nom de M. Groeii van Prinsterer, et qui se distingue par une haine vigoureuse de toutes les innovations, s'oppose à un essai d'interprétation nouvelle que le progrès de la science philologique a pourtant rendu inévitable. Seuls d'ailleurs^ les Israélites possèdent les lumières traditionnelles qui peuvent jeter du jour sur un texte obscurci par le temps. La littérature hébraïque^ en dehors de la Bible et du Talmud, offre d'abondants témoignages de la souplesse et de la pénétration de l'esprit israélite; on étonnerait peut-être bien des gens en leur disant qu'il y a des Aiilliers de livres écrits en hébreu ,sur l'histoire, sur la politique, sur toutes les sciences! Les Juifs instruits parlent avec admiration de cette littérature^ qui a surtout ses initiés en Allemagne et en Russie. • En Hollande^ chaque synagogue se gouverne ellemême et pourvoit aux besoins de ses pauvres (i). Comme cette organisation est calquée^ à peu de chose près, sur le mécanisme de la charité mutuelle que nous avons vu fonctionner dans les Pays-Bas^ nous ne nous y arrêterons point. Il suffira de dire que, relativement à leurs ressources matérielles et à leur proportion numérique (on compte près de 64,000 Juifs dans la Néer^ lande), la population israélite fait peut-être plus de bien que celle des autres communions religieuses. En

(1) A la Haye est établi le consistoire central des Israélites formé d'une commission principale de sept membres.

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présence d'un système de secours si fortement constitué^ la justice oblige de reconnaître que le sentiment chrétien a développé, fécondé sans aucun doute les germes de la solidarité humaine» mais que ces geroies existaient néanmoins dans l'ancienne loi mosaïque. Les Israélites ont des maisons d'orphelins à eux ; sur le frontispice de ces établissements est écrite l'époque de la fondation ; seulement les Juifs ne datent point comme nous. Ils comptent le nombre d'années qu'ils supposent s'être écoulées, non depuis la venue de Jésus-Christ, mais depuis la création du monde. 5616 ans est l'âge qu'ils assignent à la terre (I). Les Juifs commencent leur année à l'équinoxe d'automne. C'est une opinion reçue parmi eux que le monde fut créé le jour de leur nouvel an. ,

Il existe dans la Néerlande cinquante écoles juives autorisées par le gouvernement et un certain nombre d'institutions particulières. Bien des Juifs libéraux ne

(I) En face de celte date arbitraire qui fait le monde si jeune, il est peut-être curieux de placer les observations d'un géologue anglais. « Lorsque je visitai la Nouvelle-Orléans en 1846. dit-il, je fis des expériences pour déterminer la proportion de sédiment contenu dans les eaux du MIsstssipi. La surface du delta étant d'enviroii 13,600 milles carrés, et la quantité de matière solide charriée annuellement par le 0euve étant de 3,702,758,400 pieds cubes, il aurait fallu C7,000 années pour la formation de ce delta. £nc4>re la période durant laquelle le MississipI a transporté son fardeau de terre à rOcéan est-elle insignifiante au point de vue géologique, car les rives escarpées qui bordent la grande vallée, et qui sont dès lors d'une date plus ancienne, se composent en grande partie d'argile contenant des coquilles fluviatiles et lacustres d'espèces qui habiient encore la même contrée. »

craignent même point d^envoyer leurs enfants dans les écoles publiques^ où jusqu'ici on enseignait la morale sans application aucune aux diverses croyances qui divisent le pays ; Tinstruction purement religieuse était donnée en dehors de Técole. Cet état de choses a été fortement attaqué dans ces dernières années par le parti ultraprotestant^ et malgré une vive résistance^ la majorité des états généraux semblait naguère disposée à le suivre dans cette voie. Quelques esprits sérieux et désintéressés envisagent une telle réforme avec une tristesse profonde. — La réunion, disent-ils, d'enfants catholiques, réformés, Israélites, sous la môme discipline pédagogique, était pour eux une excellente école de tolérance ^religibuse. Dans un pays où les sectes abondent, où la division existe dans la division même, la séparation dans la séparation, il était bon qu'il y eût un terrain neutre sur lequel les adolescents pussent se réunir et apprendre de bonne heure le respect qu'on doit à toutes les convictions désintéressées. -— L'édurcation des filles Israélites a été longtemps négligée en Europe, sans doute par un reste du préjugé qui règne dans tout le Levant sur la condition de la femme, car le judaïsme trahit à chaque pas son origine orientale. Un tel reproche ne saurait être adressé maintenant aux familles juives de la Hollande. Grâce à cette culture intellectuelle des deux sexes, grâce aussi à la situation relativement heureuse dont les Israélites ont joui dans les Pays-Bas durant deux siècles, avant leur complet

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affraochissement^ on trouve aujourd'hui des représentants de la race hébraïque dans toutes les carrières libérales, dans lebarr^uet la magistrature (i), dans renseignement (2) comme dans la littérature, la presse et les arts (3).

(1) Entre autres, M. Lipman, auteur d'un ouvrage sur )e système gouverneuienlal en Europe, et Tun des premiers avocats de la Hollande. Né à Londres, il ne peut siéger aux états généraux, où son talent de parole lui marquerait une place. 11 a embrassé depuis peu d'années le christianisme. On peut encore nommer parmi les Israélites qui honorent l'administration, la magistrature et le barreau en Hollande, M% Godefroi, député et conseiller de cour d'appel d'Amsterdam ; M. van Mesritz> administrateur des domaines; M. Mulder, inspecteur de l'instruction publique des Israélites ; M. van Mesritz. conseiller d'État en service extraordinaire ; M. Goudsmidjurisconsulteéminent; M. de Pinto, avocat et publiciste, fondateur de la Société d*utiiit4 publique en faveur des Israélites ; M. Hartogh, chef du Parquet au tribunal civil d'Amsterdam, auteur d'un traité célèbre sur Taxiome: Locus régit actum.

(9) Le médecin van Deem, professeur à Groningue; le chimcste SarphatI, d'Amsterdam; M, Lobatto, mathématicien et professeur i Delft ; M. Hirch, de Rotterdam, instituteur en chef du nouvel établissement pour les sourds-muets qu'on a fondé dans cette ville.

(3) Plusieurs journaux en Hollande sont entre les mains des Jaife. Ainsi le journal politique et commercial le plus important àks Pays- Bas, le Handelshlad, avait naguère pour rédacteur principal on Israélite, M. Keyzer. Parmi les peintres distingués de race juive, on peut citer MM. David Bles. Israeis, Verveer et Calisch. VAfmuaire que publie la Société futilité publique, fondée par M. de Pinto, recueille souvent aussi d'intéressants témoignages des dispositions littéraires de cette race, entre autres les essais de deux jeunes filles, mesdemoiselles Estelle et Marie Hertzveld, dont l'une a écrit des irfers touchants sur les inondations de 1855. Je ne dois point oublier M. J.-J. Belinfaute, homme de lettres modeste et distingué, profondément instruit, et aux lumières duquel je suis païUculièrement redevable pour ses études sur la Hollande.

Les mœurs des Israélites modernes diffèrent en Hollande selon Forigine des familles qui se sont établies sur celte terre de tolérance et de liberté. La grande prospérité des Juifs portugais a disparu avec le temps ; mais ils continuent de former une congrégation distincte, dont les membres, attachés les uns aux autres par le lien des souvenirs, tiennent généralement dans la société une place honorable. Guidés de leur côté par un jurisconsulte célèbre, Jonas Danie Heyer, et par un maître des requêtes éclairé, Charles Asser, dont les descendants, MM. Edouard et Charles Asser, occupent aujourd'hui un siège aux États provinciaux de la Hollande septentrionale et au conseil communal d'Amsterdam, les Juifs allemands ont, depuis la fin du dernier siècle, fait d'heureux efforts pour se relever.

' Plus séparée toutefois .du reste de la population, concentrée à Amsterdam et à la Haye dans un quartier spécial, presque exclusivement livrée au commerce de détail, la masse des Israélites allemands présente encore les traits d'une dégradation historique. Qu'on pénètre dans les rues sombres, étroites, sinistres, qui avoisinent leurs synagogues à Amsterdam : là fourmille, pullule toute une génération étrange. Les portes basses des maisons laissent passer de jeunes filles à demi vêtues, les cheveux noirs relevés négligemment sur le derrière de la tête à la manière antique. Quelquefois une femme centenaire, enveloppée dans sa couverture comme la nation juive dans son antiquité, muette, immobile, assise sur quel-

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que débris de chaise^ promène autour d^elle des regards indifférents. La vieillesse des individus dans la vieillesse de la race a quelque chose de mystérieux qm commande le respect. Du reste^ aucuns signes de décadence; les enfantspoussent comme des jets \igoureux sous la misère des vêtements^ et c'est parmi ces pauvres filles israélites que se conserve encore un des types de beauté les plus dignes de Tadmiration des artistes. Israël a gardé d'ailleurs jusque dans les cités du Nord les habitudes de ia vie sous la tente. La cuisine se fait en plein air; le bruit des poissons frits qui babillent au fond de la poêle alterne avec les cris des enfants qui jouent^ avec la voix des parents qui annoncent leurs marchandises. La vente se pratique au milieu de la rue ; les marchands tiennent boutique sur le pavé. Des débris de ménage, de garde-robe^ de mobilier, tout ce qui n'a déjà plus de nom dans les langues hunaaines, les reliques de tous les cultes, des crucifix, des images de dévotion, ils tiennent tout. La poésie des guenilles s'étale à chaque pas; ces haillons racontent des existences humaines. Toutes les décrépi- • tudes de la coquetterie, de la gloire, de la beauté, les ^ vieilles robes et les vieux galons, sont là tristes, consternés, maniés par la foule qui les examine et qui rit. Les Juifs brocantent ces lambeaux informes ; ils fondent l'anneau de mariage, dont l'or est du moins resté pur. Dans ces rues fangeuses et humides, où une sueur verte baigne les pavés, où de pâles visages se dessinent sur des murs livides, où se confondent toutes les vieilles fer-

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railles rongées de rouille et les morceaux de pourpre rongés de vermine^ quelques inscriptions de boutique^ écrites dans une langue mystérieuse et morte^ appellent les regards étonnés. Quelquefois ces caractères hébraïques tracent des phrases construites dans Tidiome dlsraël ; le plus souvent les signes seuls sont étrangers, et les mots sont hollandais.

On a. fait de tout temps peser sur les Juifs une accusation de rapacité qui s'appuie malheureusement sur des faits peu contestables, mais qui devrait, pour rester juste, atteindre surtout les classes inférieures de la famille israélite. Ilfaut se souvenjr que la condition de ces classes n'a guère changé depuis le moyen âge. Après les avoir forcées à s'abattre sur le lucre, comme sur la seule ressource qu'elles avaient pour fléchir l'intolérance de leurs maîtres, on a ensuite rejeté sur elles ce que cette pratique obstinée du gain pouvait avoir d'odieux (1). Quand on creuse les faits, on trouve que les classes inférieures d'Israël participent à certains vices dans un degré moindre que les classes abaissées qui les entourent. Parcourez les annales du crime : y trouvez-vous beaucoup de noms d'origine hébraïque ? On peut attri-

(1) Il est vraiment pénible de rencontrer dans les rues de la Haye et d'Amsterdam, pendant les froides et pluvieuses nuits d'hiver, des enfants de cinq à six ans qui, exposés bravement à toutes les inclémences de la saison, d'une voix prématurément brisée, crient des allumettes chimiques ou tout autre genre de petit commerce. Les autres catégories de la race Israélite ne sont point exemptes d'une telle avidité ; mais l'éducation corrige en elles ou dissimule ce que oette soif de l'or a de caractéristique et d'héréditaire.

' buer cette sorte de supériorité morale au système si pa^ fait de charité qui règne parmi les Juifs^ et qui prévient ainsi^ en réduisant la misère^ les tentations brutales d'où procède le sombre troupeau des crimes. Il faut en même temps reconnaître que les principes de moralité qui forment le fondement du christianisme constituent aussi le fondement de la religion juive. Non-seulement les riches exercent l'assistance envers les malheureux; mais ce qu'il y a chez eux de caractéristique, c'est la charité du pauvre envers le pauvre. La veille de laPàque, leur grande fête, les portes des plus humbles maisons sont ouvertes : un plat, un couteau, upe fourchette, reposent sur la table frugale ; quiconque manque de nourriture et d'un toit pour célébrer cette fête sacrée peut entrer bravement et s'approcher du siège qui lui est réservé. Qu'il soit étranger, qu'importe ? Il est Hébreu, c'est un frère dans le besoin : à ce titre, il sera-le bienvenu. Les vertus.d'Israêl sont surtout des vertus domestiques. Les Hollandais se distinguent, comme on sait, par la vie d^ famille, par le bonheur et le repos de leur foyer. Sur ce terrain, les Juifs égalent la race batave, si même ils ne la surpassent. Depuis les classes riches jusqu'aux plus indigentes, l'affection, la tendresse, les bons rapports entre les parents et les enfants forment les principaux traits d'un intérieur israélite. Souvent troiset quatre générations successives habitent ensemble sous un toit commun ; on n'entre point sans un sentiment de respect dans ces maisons^ qui respirent une sorte de piété antique

pour la vieillesse^ pour la fécondité^ cette bénédiction de la femme. Une race qui emporte avec elle de pays en pays les os de ses pères, c'est-à-dire leurs traditions^ leurs exemples^ devait honorer par-dessus tout les qualités patriarcales. Content de peu^ le Juif se soumet aisément à sa condition^ derrière laquelle il adore en silence la main de la Providence divine. L'esprit d'ordre et la tempérance lui tiennent lieu des richesses qu'il ne peut acquérir.

Le cachet de laxace est son caractère industrieux; mais il faut encore distinguer ici les traits qui appartiennent aux deux branches du judaïsme. Les Juifs espagnols et portugaisontétabli leur quartier général à Amsterdam et à la Haye, où ils ont continué de cultiver le commerce, la littérature et les sciences ; les Juifs allemands au contraire, poussés par un esprit d'entreprise et par l'ariiour du travail, moin? scrupuleux peut-être sur les moyens de gagner leur vie, plus impatients de trouver par euxmêmes une voie qui les conduisit à l'aisance et à la fortune, se sont répandus dans toutes les Provinces-Unies. On les retrouve jusque dans les villages. A l'extrémité de la Hollande septentrionale, il est une île oubliée et comme perdue dans les flots du Zuyderzée : c'est l'île de Wieringen. Eh bien ! là j'ai trouvé une famille Israélite (1).

(1) L*ilede Wieringen était autrefois liée au continent de la Nord- Hollande, dont elle fut séparée par une inondation dans le courant du quatorzième siècle. Elle n'est plus aujourd'hui très-élolgnée de la cAle, grâce à des travaux d'endiguement qui ont conquis, depuis trois années, de nouveaux terrains sur la mer. Le sol vert et

Le temps a d'ailleurs amené dans la situation morale des Juifs allemands établis sur le sol des Pays-Bas des changements heureux. Partout cette race longtemps abaissée ^ relève^ partout elle profite de la liberté civile et des progrès de la bienveillance publique à son égard pour secouer le linceul de misère, d'ignorance et d'abjection qui l'enveloppait.

Les Israéites hollandais ne se sont point attachés uniquement au commerce. La ville d'Amsterdam est aujourd'hui la seule qui possède de grands ateliers pour la taille du diamant. Cette industrie, qui a eu Gand pour premier théâtre (i), occupe en Hollande un nombre con-

quelque peu accidenté de Tlle^ la tour, Téglise, les bâtiments de la Quarantaine, tout cela forme un tableau pittoresque. Les habitants s'occupent surtout d'élever des bestiaux. L'tle fournit aux Pays-Bas plus.de 8,000 kilos de fromage et plus de 17,000 kilos de laine par an. L'agriculture est la principale ressource de ces insulaires ; mais ce n'est point la seule. Ils se livrent à la pèche 'de Tangullle dans le Zuyderzée. Une autre industrie maritime est devenue dans ces derniers temps une source de produits, c'est la pèche du varech. Les anciens appelaient le varech la chevelure d'Amphitrite ; les modernes, plus positifs, tondent et recueillent cette chevelure pour différents usages domestiques. Le varech tombé est péché ; le varech sur pied est fauché dans des terres qui sont la propriété de l'Ëtat. Deux cents personnes au moins prennent part à ces travaux, qui commencent au 15 juin et se terminent en septembre. En 1853, on a exporté de l'île «325,000 kilos de varech. L'industrie emploie le varech à remplir les matelas et les coussins, à fermer les trous des bâtiments maritimes, à couvrir les maisons, à fumer les terres. EnQn le varech rend à la Hollande des services tout particuliers : la grande digue de rtlede Wieringen doit sa solidité à l'emploi de ce ciment végétal. (1) On sait que la taille régulière du diamant ne remonte qu'à l'année 1475, et que cette découverte est due à un jeune Brugeois, Louis de Berghem.

sidérable d'ouvriers^ et la plupart de ces ouvriers 'sont juifs. Les efforts tentés dans ces dernières années pour implanter la taille du diamant à Paris et à Londres ont tous échoué. Cette opération exige en eflffet des études et une habileté toutes particulières. Lorsque les pierres arrivent dans les diamanteries d'Amsterdam^ on retient ce qui est propre à être taillé, fendu, haché ; le reste se vend en masse pour faire de petites roses. C'est à Anvers que la rose se fabrique particulièrement. Une grande difficulté du métier consiste à déterminer sur la vue du diafnant brut ce qu'il deviendra entre les mains de l'ouvrier. La pierre est alors couverte d'une surface plus ou moins rugueuse qui voile la couleur réelle et la qualité de l'eau. Il existe bien certaines règles, mais il s'en faut de beaucoup que ces règles reposent sur un principe invariable. Le diamant déconcerte souvent l'ouvrier qui le taille par les transformations les plus inattendues. Quelques diamants jaunes ou bruns perdent leur teinte originelle par le travail ; d'autres, au contraire^ changent du limpide au brun sur le métier. Il est nécessaire ^de prévoir toutes ces transformations, si l'on ne veut point s'exposer à des pertes énormes. Une telle connaissance exige une grande sûreté de coup d'œil et en quelque sorte certaines transmissions héréditaires. Cela ne s'acquiert point, c'est un instinct naturel. Il faut, comme disent les directeurs d'atelier, être né dans la chose.

Une société établie à ximsterdam pour la taille du diamant possède à elle seule trois ateliers, dans lesquels

on occupe six cents ouvriers, sans compter les aides et les apprentis. La quantité de la matière taillée varie suivant l'arrivée du diamant brut^ mais on peut évaluer cette quantité à 200,000 carats (1) par an. Cela représente une valeur de iO millions de francs. La nature des travaux sépare les ouvriers diamantiers en deux catégories, les tailleurs et les polisseurs. Les tailleurs rentrent dans la condition ordinaire des salariés ; on les rétribue à la pièce ou au carat. Les polisseurs payent le loyer des places qu'ils occupent et tous les objets nécessaires à leur travail. Cette circonstance demande une explication. Il y a vingt ou vingt-cinq ans, chaque ouvrier polisseur travaillait cfiez lui. Il avait une machine qu'il faisait tourner par des hommes. Les entrepreneurs se sont réunis et ont bâti des fabriques où le mouvement est fourni soit par la force des chevaux, soit par la force de la vapeur et où les ouvriers payent en retour aux maîtres une somme déterminée. Les maîtres ont trouvé à ce changement un grand bénéfice, et les ouvriers un certain avantage. La rétribution dépend de l'habileté de chacun et varie de 25 jusqu'à 100 francs par semaine, elle va même quelquefois au delà. Sauf les chômages, la condition des diamantiers serait donc relativement heureuse et supérieure à celle de tous les autres ouvriers. Malheureusement l'industrie du diamant, comme la première

(1) Le mot carat vient de la graine d'un plante nommée en Afrique kuara, et qui, transportée dans l'Inde, servit à peser les diamants dans l'origine de Texploitation.

industrie de luxe^ est aussi la première atteinte par les crises politiques et* commerciali^s. Lorsque j'étais à Amsterdam^ les diamanteries souffraient beaucoup de la guerre d'Orient. Les ouvriers travaillent pendant Thiver jusqu'à huit heures du soir ; les salles sont éclairées au gaz. Un jour par semaine^ le jeudis ils travaillent quinze heures^ afin de regagner la perte du samedi, qui est la fête du sabbat^ le dimanche des Juifs. Il est curieux de voir rindifférence avec laquelle ces mains noires traitent les parcelles de carbone cristallisé auxquelles les femmes et les capitalistes at{achent un si grand prix. Quelquesuns des ouvriers, me disait un contre-maître, prendraient peut-être des ciseaux ou tout autre objet ; ils ne prennent jamais un diamant. Les diamantiers payent d'ailleurs tout ce qu'ils perdent et au delà : ils restituent 60 florins pour ce qui en vaut 30. Quelques-uns de ces ouvriers sont de véritables artistes. Toutes les grandes pierres trouvées depuis cinq années dans les mines du Brésil ont été façonnées à Amsterdam^ dans les ateliers de M. Coster. L'habileté de ces ouvriers d'élite est un secret pour eux-mêmes : a On se garde bien, me disait un directeur, de leur révéler leur valeur, ils deviendraient trop exigeants. » C'est là que fut traitée la fameuse Étoile du Sud. Ce diamant a été poli en quatre mois par un seul ouvrier. On le forçait quelquefois d'interrompre son travail et de reprendre haleine sur des diamants de moindre prix, tant il avait conçu pour son œuvre une sorte d'attachement passionné. J'ai vu ce brillant au

moment où il venait d'être achevé ; il était éblouissant^ il brûlait les yeux. De tels ouvrages ne sont plus payés selon le tarif ordinaire ; Tartiste reçoit en secret une gratification sur laquelle il doit garder le silence.

L'industrie du diamant n'est pas la seule qui prospère entre les mains des Israélites dans les Pays-Bas (<)- La race juive est^douée de facultés fortes et variées ; si ces facultés ne s'exercent point partout ailleurs, c'est sans doute la faute des circonstances. Les deux groupes Israélites de la Hollande ont pu suivre leurs inclinations et servir, chacun dans la mesure de ses forces, le pays qui leur donnait asile. Les Juifs espagnols et portugais, par leurs capitaux, par leurs relations, ont donné une impulsion au grand commerce avec l'Espagne, le Portugal, l'Italie, le Levant et les deux Indes. Les JÙits allemands ont rendu un service économique en découvrant une valeur commerciale dans des objets qu'on lassait perdre. Enfin les uns et les autres ont pris une part considérable au développement de la Néerlande.

L'action de l'émigration portugaise et allemande ne s'est pas toutefois circonscrite aux Pays-Bas. On la re-

(1) Signalons quelques-uns des grands foyers d'industrie créés et dirigés par les Israélites: M. Enthoven à la Haye, M. Salomon, dans rOver-Yssel, dirigent de vastes et nombreux ateliers qui font vivre des centaines de familles ouvrières*

trouve sur presque tous les points du inonde où la race juive s'est élevéeà un haut degré de culture intellectuelle/ en Angleterre par exemple et aux États-Unis. Ainsi s'agrandit le rôle des Juifs de Hollande^ qui nous apparaissent, comme les dépositaires des plus nobles traditions de la race, et qui n'ont pas cessé de diriger le mouvement des idées Israélites. Ce n'est d'ailleurs pas quitter la Néerlande que de suivre un écrivain néerlandais dans ses recherches sur la conditioit de ses anciens frères, dont les ancêtres ont été mêlés à la vie de ses ancêtres, et dont les destinées actuelles sont un développement, une continuation du même ordre de faits. En étendant lé cercle de ses études à l'Angleterre, à quelques parties de l'Allemagne qui confinent au royaume des Pays-Bas, et à certains États du Nouveau-Monde, H. da Costa a cédé à des considérations que je dois indiquer. Il existe un lien entre la situation des Juifs néerlandais et celle des Juifs anglais et américains, puisque la plupart de* ces derniers sont partis des Pays-Bas ou des côtes de l'Espagne. D'un autre côté, les Israélites fixés en Allemagne (surtout ceux de la Westphalie) conservent avec les Juifs germains qui vivent en Hollande des rafl^orts d'origine et de solidarité morale qu'il est impossible de méconnaître. Si ces raisons ne justifient point entièrement le plan, à la fois trop vaste et trop restreint, de M. da Costa, elles serviront du moins à l'expliquer. L'historien ne s'est point occupé de la France , où les Juifs occupent pourtant une haute position sociale, sans doute

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parce que leur émancipation les asâmile maintenant en France à tous les autres citoyens^ et parce qu'ils demeurent à peu près étrangers aux traditions des Juifs néerlandais.

Les Israélites établis en Hollande ne regardaient point sans un œil d'envie de l'autre côté de la mer ces belles côtes de la Grande-Bretagne^ ces marchés^ ces ports florissants qui ouvraient une perspective nouvelle à leur esprit d'entreprise.'Ce fut sous le protectorat d'Olivier Cromwell que les Juifs firent une première démarche pour obtenir leur rétablissement légal en Angleterre (1). Le rabbin hollandais Menasseh ben Israël fut chargé de cette négociation délicate. Le protecteur convoqua une assemblée d'ecclésiastiques^ de juristes^ de marchands^ à White-Hall^ et là il leur soumit la question. Dans cette réunion solennelle, il se déclara lui-même chaudement et ouvertement en faveur de la réadmission des Juifs. 4Jn témoin auriculaire rapporte qu'il n'avait jamais vu le protecteur si éloquent que dans cette circonstance. Ce fut en vain^ la majorité se montra opposée à la mesure. Quelques monuments de l'époque semblent indiquer que

(1) Quelques historiens veulent que les Juifs aient commencé à s'établir en Angleterre sous le gouvernement des Romains. Leur opinion se fonde sur la découverte d'un bas-relief romain trouvé à Londres, et qui représente, croient-ils, Samson conduisant des renards dans un champ de blé. Ce témoignage archéologique peut bien être révoqué en doute, mais II est certain qu'en 1230 les Juifs avaient érigé une magnifique synagogue à Londres. A l'ère de l'établissement avait succédé l'ère de la persécution. Les Juifs avaient été tourmentés, dépouillés, vendus et finalement chassés de la Grande-Bretagne.

les Juifs étaient retournés sans bruit dans la Grande- Bretagne avant la restauration de 1656. Charles II les rétablit officiellement^ et aussitôt après leur rappel ils fondèrent une synagogue à Londres (i). L'histoire impartiale aime à reconnaître que les familles Israélites contribuèrent à la prospérité du royaume et à l'accroissement de la navigation^ en exportant les produits des manufactures, surtout les articles de laine. On ne découvre pourtant qu'en 1723 des traces de leur incorporation comme sujets britanniques. Les Juifs peuvent aujourd'hui témoigner en justice, ils peuvent remplit* différentes fonctions publiques, mais la même indulgence ne s'étend point encore à leur entrée dans le parlement. Ils ne sont d'ailleurs séparés de cet honneur national que par un serment, ou, pour mieux dire, par les termes du serment ; <iJe']\ivesurla foi du chrétien... » En principe ils sont admissibles, en pratique ils ne sont point adinis. La chambre des communes avait naguère renversé cet obstacle ; la chambre des lords vient de le maintenir. Personne n'ignore que dans le mécanisme des institutions constitutionnelles auxquelles la Grande-Bretagne doit ses libertés, l'aristocratie anglaise représente l'élément de résistance ; mais cet élément n'est point inflexible. Sa force consiste précisément à céder devant les circonstances. L'opinion s'est depuis longtemps prononcée contre les incapacités

(1) L'émigration des Juifs hollandais en Angleterre a continué pendant le dix-huitième siède. et continue encore tous les jours. Le rabbin de la synagogue espagnole est né dans la Néerlande.

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politiques, dernières traces de Tintolérance religieuse et des âges de barbarie, et comme en définitive^ dans ce pays de publicité, c'est toujours Topinion qui devient souveraine, la cause des Juifs est assurée de triompher. La ville de Londres en particulier ne cesse de protester contre un usage suranné, en portant à chaque élection dans la chambre des communes un membre Israélite à qui il est interdit de siéger, mais dont l'absence même indique le vœu des habitants. Un fait récent et significatif est encore la nomination d'un Juif, M. David Salomons, à la dignité de lord-maire. Tout* cela prouve que la loi est sur ce point en arrière des mœurs. Quant aux Juifs anglais, ils attendent en silence le retrait des dernières dispositions légales qui s'opposent, dans la Grande-Bretagne, à l'exercice de tous leurs droits politiques. Israël est le peuple de l'attente. Patient comme Dieu, parce qu'il se croit éternel, il s'appuie sur le temps, qui use et vieillittoutes les institutions humaines, mais qui travaille pour les races opprimées.

Les Juifs|anglais se divisent, eommeles Juifs hollandais, en familles d'origine portugaise et en familles d'origine allemande. Contrairement toutefois à ce que nous avons observé en Hollande, les Israélites dont les ancêtres ont longtemps séjourné en Espagne et en Portugal sont généralement soumis en Angleterre à une condition assez malheureuse. L'orgueil est leur défaut dominant et la source de leur infortune. Drapés dans une sorte de fierté héréditaire, ils négligent ou dédaignent le plus

souvent les moyens de parvenir à une meilleure situation» Quant aux Juifs allemands^ ils ont profité des avant;\ges d'une longue paix mêlée de liberté pour accroître nonseulement leiurs richesses^ mais aussi leurs lumières^ leur influence et leurs relations sociales. Le moraliste fait des vœux pour que ces deux branches du judaïsme se rapprochent dans un avenir peu éloigné. L'une et Tautre gagneraient au contact et à l'échange de qualités diverses. Quelques faits permettent déjà d'espérer que cette union s'accomplira et que ces vaines distinctions d'origine s^'effaceront sur le terrain de l'unité britannique» On peut citer comme un présage heureux de cette union désirable une Institution littéraire et scientifique, récemment fondie à Londres pour tous les Juifs en général, et qui ouvre ses classes^ son excellente bibliothèque^ à l'Israélite espagnol comme à l'Israélite allemand.

En dehors des distinctions d'origine, on peut diviser la masse des Juifs anglais en trois classes. La catégorie inférieure habite les antres de White-Chapel et les repaires de Petticoat'Lane. Ces pauvres gens se livrent au trafic des haillons, des verres cassés, des os, des vieux habits. Quelques-uns travaillent dans les manufactures de cigares. C'est le dimanche matin qu'il faut pénétrer dans ces rues étroites, sous ces sombres hangars, dont les murs s'écroulent de vieillesse, et où de mornes chandelles allumées en plein jour triomphent difficile* ment de Tobsburité huniide qui vous enveloppe. Les visages n'ont, je l'avoue, rien de très-rassurant, et de ^

SOS LA NÈERLANDE

bonnes âmes vous préviennent charitablement de veiller sur votre foulard. Les Juifs de la classe moyenne s'attachent au commerce des joyaux^ des vêtements et des objets de confection ; quelques-uns d'entre eux possèdent dans la ville de Londres des magasins considéra* blés. La vente en gros des fruits et surtout des oranges est entre leurs mains. Cette branche de commerce n'est point sans importance : il se vend dans les rues de Londres^ année commune^ i5 millions d'oranges^ qui représentent environ une somme de 40^000 liv. sterl. Très-peu d'Israélites colportent eux-mêmes ces fruits^ la vente de détail est presque tout entière dévolue aux rudes Milanais ; mais quiconque^ qux approches des fêtes de Noël, se promène du côté de Duke's place peut s'assurer^ par ses propres yeux, que le marché est essentiellement juif. — Au-dessus des pauvres habitants de White- Chapel, au-dessus des riches marchands de la Cité, les banquiers, les agents de change, les artistes, les lettrés^ forment enfin ce qu'on peut appeler la classe supérieure de la population juive de Londres.

Les qualités morales des 36,000 Israélites fixés depuis un temps plus ou moins long sur le sol de la Grande- Bretagne ont fort occupé depuis quelque temps les ministres de l'église anglicane, qui opposent dans leurs écrits, a non, disent-ils, sans quelque honte, » les vertus des Juifs à la dépravation des chrétiens. M. Mills, un ecclésiastique réformé, affirme que les Juifs pauvres se distinguent par leur tempérance et leur hospitalité.

ÏT LA VIB HOLLANDAISE. 209

Un rapport dû à un physiologiste célèbre^ M. Grainger, établit que le choléra/ toutes proportions gardées^ a fait moins de ravages^ dans fa classe pauvre, parmi les juifs que parmi les chrétiens. L'auteur attribue cette circonstance favorable aux excellentes mœurs des Israélites, et (le croirait-on ?) à leur propreté. On voit qu'en Angleterre, comme en Hollande, le Juif actuel n'est plus le Juif de la tradition. Le culte de l'intelligence forme parmi les enfants d'Israël, avec le culte de l'humanité,

un des traits de leur religion, , qui s'épure. Les écoles et

les hôpitaux fondés par les libéralités des membres delà congrégation s'élèvent comme à l'envi autour de leurs églises. L'éducation se répand jusque dans les classes obscures; les écoles gratuites reçoivent un nombre considérable d'enfants des deux sexes. Des hommes remarquables (i) et même des femmcR distinguées attestent les heureux résultats de cette diffusion des lumières. Je ne citerai parmi les femmes Israélites que mademoiselle Grâce Aguilar, morte il y a quelques années, et dont les romans, les nouvelles, les écrits moraux méritent de figurer parmi les bons ouvrages de second ordre. Ce que l'on aime à trouver dans son talent simple et délicat, c'est un certain parfum de poésie biblique, l'amour de son antique race et ce culte de la vie de famille que la langue anglaise exprime si bien sous une plume habile. La reconnaissance des Juifs pour les nations protestantes

(I) Il suffit de nommer M. Disraeli parmi les hommes politiques et les écrWains. •

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qui les ont recueillis dans un temps ou ils erraient présents sur toute la terre a quelque chose de touchant et de profond. Le bon accord ne repose point uniquement sur un service rendu^ il s^appuie sur une conformité de croyance religieuse et sur une notion commune des devoirs. Israël aimé à reconnaître dans le christianisme réformé ses propres doctrines sur Tunité de Dieu^ rimmortalité de Tàme^ Tinspiration des Écritures et la pratique des vertus domestiques. Les deux cultes proscrivent les images^ et rien ne ressemble à un temple protestant comme une synagogue. Les Juifs s'appuient sur Tautorité même de Jésus-Christ pour affirmer le lien qui les unit à la religion anglicane : a Le salut, dit TÉvangiie^ vient des Juifs, salus ex Judœis est. » Les trois grands cultes qui couvrent le monde de leur influence^ le catholieisme^ le protestantisme et le mahométisme, procèdent du juda!sme comme d'une origine commune. Le fleuve ne doit point renier sa source, l'arbre ne doit point mépriser ses racines.

Les synagogues anglaises se gouvernent elles-mêmes par une sorte de petit parlement électif^ dont les membres se renouvellent chaque année. Quoique fixés par des intérêts considérables sur le sol de la Grande-Bretagne, les Israélites anglais ont encore les yeux et le cœur tournés vers leur antique patrie.» vers la terre de Ghanaan. Les familles juives forment les pierres vivantes du temple, et tant que les pierres sont debout, quoique dispersées, Tespoir delà reconstruction n'est point éteint.

ET LA VIE HOLLANDAISE. 21t

Il faut d'ailleurs, selon eux, que les prophéties s'accomplissent (1). Les derniers événements de la guerre d'Orient ont ranimé ces espérances. Un mémoire a été adressé tout dernièrement par quelques Juifs anglais au lord-maire de Londres, pour que celui-ci provoquât»un meeting tendant à favoriser la restauration des Israélites à Jérusalem, a Un contlit, dit ce mémoire, entre les deux grandes églises chrétiennes, touchant les droits de chacune sur la Terre-Sainte, a donné naissance à la der* nière guerre. Ces droits demeureront instables aussi longtemps que les sentiments religieux des deux puissance rivales resteront appuyés sur l'état actuel des 'choses. En conséquence le débat peut renaître d-un jour à l'autre et éclater en une conflagration générale. Le peuple juif est, par son ancienne occupation des lieux et aîissi par la promesse divine de restauration qu'il a reçue, le seul propriétaire légitime de la Terre - Sainte. Cette circonstance a été perdue de vue par les hommes durant la guerre, mais elle n'échappera pas aux yeux du Tout-Puissant dans le temps de la paix. Aujourd'hui les relations amicales de la France et de

(1) Le teKte de ces prophéties se trouve répandu dans les difTéreuts livres de l'Ancien Testament : « Le Seigneur ton Dieu mettra fin à ta captivité et ramènera tes enfants du sein des nations au mi- Ueu desquelles il les a dispersés... — Et le Seigneur ton Dieu te reconstituera dans la terre que tes pères ont possédée et que tu posséderas toi-même... — Et mon peuple rebâtira de grandes villes, et il les liabitera ; il plantera des vignes et en boira le vin ; il fera des jardins et en mangera les fruits. . . Et il ne sera plus chassé de cette terre que je lui al donnée. »

TAngleterre^ et de ces deux nations avec la Turquie, présentent une occasion favorable au delà de toute attente pour réaliser les desseins avoués de Dieu sur le rétablissement (tke re-nationalization) des Juifs dans la Judée. i>

J'ai dû signaler cette demande comme un exemple de la foi vivace des Israélites dans Timpérissable existence de la patrie. Ce noble sentiment a résisté chez les

• Juifs modernes à l'action du temps, à toutes les tortures et à tous les exils. Un peuple qu'on suit dans Thistoife à une trace de sang, et qui, malgré tout, transmet d'âge

. en âge à ses enfants une religion nationale^ cause de toutes ses infortunes, ne mérite point le mépris dont on' l'accable encore dans quelques parties de la terre. Aux yeux des croyants, cette longue humiliation est un cUtiment; aux yeux des penseurs, c'e^t une épreuve. Le peuple juif donne depuis des siècles une grande leçon à tous les peuples du monde, qui peuvent perdre en un jour leur gouvernement, leurs lois, leur sol natal. En emportant avec lui ses traditions, son histoire, le respect de ses ancêtres et ses espérances, Israël a emporté la patrie à la semelle de ses sandales. Fort de ses croyances populaires, il a subi toutes les servitudes, mais il n'en a accepté aucune. Dispersé, maltraité^ e^ rant sur toutes les mers et toutes les terres, il a su incarner en lui la liberté de conscience et la revendication de la nationalité. Toute race qui souffre ainsi pour un droit a une .grande mission dans l'histoire.

L'Allemagne a été dans ces derniers temps le centre d'un vaste mouvement Israélite. L'établissement des inib dans les états germaniques remonte à des âges reculés. La synagogue de Worms est une des plus anciennes de Tunivers; on suppose qu'elle fut bâtie à l'époque de la construction du second temple de Jérusalem. Deux lampes toujours allumées brûlent dans cette synagogue en mémoire de deux martyrs qui ont sacrifié leur vie pour défendre les autres Juifs. La haute antiquité de la synagogue de Worms repose d'ailleurs plutôt sur une légende traditionnelle que sur des titres historiques. Il est plus raisonnable de croire que les * Juifs arrivèrent en Allemagne aussitôt après la destruction du second temple. Les Israélites germains vécurent longtemps dans une abjection imméritée. Lessing^ un des premiers^ attaqua en Allemagne le préjugé populaire contre le judaïsme; mais la réhabilitation des Juifs est principalement due à Hendelssohn^ l'aïeul du célèbre compositeur. Mendelssohn^ né à Dessau^ en 1729^ de parents pauvres^ releva magnifiquement par de courageuses études l'honneur de sa race. Philosophe formé à l'école de Platon et de Maimonide^ il apprit à ses concitoyens tout ce qu'il y avait de sève intellectuelle dans ce rameaujudaïque longtemps comprimé. Durant le seizième et le dix-septième siècle^ Tignorance semblait avoir été le partage fatal des Juifs allemands. Le mouvement de la première révolutibn française vint en aide à la cause des Juifs dans la plus grande partie de l'Allemagne^ mais

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surtout daus la Westphalie. Ces conquêtes légales furent néanmoins soumises à des revirements historiques. Dans llntervalle qui sépare 1813 de 1856^ on peut distinguer deux périodes animées chacune d'un mouvement contraire^ une période de réaction contre les idées françaises^ réaction qui atteignit son point culminant en i9^, et une période de renaissance pour les principes de 89^ renaissance qui commença avec la révolutioe de 4830. Ce ne fut pas seulement dans les États monarchiques de l'Allemagne que se manifesta, de 1813 à 1830, la réaction contre les droits acquis par les Juifs. Les villes libres de Francfort, Lubeck et Brème prirent des mesures pour restreindre les libertés dont jouissaient les habitants Israélites depuis quelques années. £n 1830, il s'éleva dans presque toute l'AUemagne une génération de Juifs libéraux. Leurs idées se répandirent et se développèrent avec une énei^e inconnue jusquelà. Uni de cœur et d'intérêts aux principes de la Jeune- Allemagne, le nouveau ju(faîsme vint renforcer le parti du mouvement. 11 réclamait l'émancipation complète des Juifs. 1848 éclata au milieu de cette fermentation morale. Les libéraux jui& de toutes les nuances prirent une grande part aux événements de cette année en Bohême et en Hongrie. Un bon nombre des journaux les plus lus en Prusse et en Autriche étaient rédigés par des Israélites. Plusieurs députés juifs siégèrent dans la diète de Francfort et^dans l'assemblée nationale de Prusse à Berlin. A quelque point de vue qu'on envisage

les faits de cette époque^ on doit reconnaître que les Israélites ont déployé alors de grands talents dans les directions les plus variées. La révolution de 1848 améliora d'ailleurs en Allemagne la condition des Juifs. « Jusque-là^ dit H. da Costa^ les droits politiques accordés aux Juifs germains étaient si restreints par les exceptions et les mesures provisoires^ que l'ancienne exclusion pouvait passer pour modifiée^ mais elle n'était point détruite; elle continuait^ au contraire, de former une partie de la constitution. »

L'Allemagne a naguère aussi donné naissance à de nombreuses célébrités juives dans les arts^ dans la science^ dans les lettres et dans la finance (1). Dans une rue de Francfort habitée par les Israélites, où l'on pénètre à travers une futaie de hauts pignons et de lugubres • allées, on montrait encore, il y a quelques années, une petite maison, et dans cette maison une vieille femme à mine vénérable, assise dans un grand fauteuil, auprès d'un étroit panneau de vitres. Cette femme était la mère des Rothschild. De nombreuses écoles Israélites coqvrent l'Allemagne, et l'éducation y adoucit les mœurs. Une des accusations sur lesquelles se fonde le préjugé qui

(1) La Revue des Deux Mondes a publié des articles auxquels nous reavoyons le lecteur, sur les remarquables romans de M. Léopold Komper( qui ont rapport à la condition et aux mœurs des Juifs allemands. M. da Costa aurait pu'citer^dans son ouvrage plusieurs illustrations juives, Henri Heine, Hoffman, Meyerbeer, etc. Il aurait pu nous entretenir de la condition des Juifs en Prusse, où on en compte près de 220,000, et en Autriche, où ils exercent quelque influence ; mais nous avons déjà indiqué le motif de ces omissions volontaires.

existe encore contre les Juifs est la haine qu'on leur suppose contre les chrétiens. J'ai sous les yeux un document public qui dément avec une autorité victorieuse cette opinion trop accréditée. Dans le catéchisme juif de Bavière^ catéchisme accepté par les synagogues^ et qu'on peut dès lors considérer comme l'expression des sentiments de l'église hébraïque^ je lis au chapitre des devoirs cette question : a Les lois qui règlent les rapports d'humanité d'un Juif envers un autre Juif sont-elles applicables aux non-Israélites? » Réponse : a Évidemment oui, car la loi fondamentale des devoirs : a Aimé ton prochain comme toi-même^ » s'étend aussi bien aux Israélites qu'aux non-Israélites ou aux gentils. Il est écrit en effet: a Si un étranger séjourne parmi vous, dans votre terre, vous ne le maltraiterez point; mais cet étranger qui demeure parmi vous sera vu comme s'il était né parmi vous, et vous l'aimerez comme vous-mêmes, car vous aussi ave2 été étrangers sur la terre d'Egypte. » Cette déclaration si formelle est de nature, il me semble, à désarmer les haines religieuses, et donne une idée élevée de la morale des Juifs modernes. Si ces mêmes Juifs ont longtemps vécu séparés des chrétiens, la faute de cette division doit être attribuée aux lois qui les parquaient dans certains quartiers infects des villes, dans un petit nombre d'industries déterminées et dans des limites sociales qu'il leur était interdit de franchir.

Le même lien qui unit la population juive de Hollande aux familles israélites d'Angleterre ou d'Allemagne la

rapproche aussi des Isjraélites du Nouveau-Monde: ce lien est la communauté d'origine. Quand les enfants de Jacob furent bannis de TEspagne, plusieurs d'entre eux, ail lieu de se diriger vers la Hollande, cherchèrent un asile dans Tautre hémisphère. La découverte de TAmérique ouvrit un vaste champ à leurs entreprises commerciales. Dans les siècles suivants, beaucoup de familles Israélites dispersées dans les différents États de • l'Europe, mais surtout dans les Pays-Bas, tournèrent leurs yeux vers cette nouvelle terre sainte où la liberté avait établi son temple. Les Juifs ont commencé de s'établir à New-York vers Tannée 4656. Quelques pierres tumulaires portant des inscriptions hébraïques, vieilles de deux siècles, demeurent encore debout dans uki des cimetières de cette ville. Aujourd'hui les synagogues sont répandues sur une immense surface de terrain, depuis les neiges du Canada jusqu'aux steppes brûlées de la Guyane. Ces synagogues, indépendantes les unes des autres, règlent séparément leurs intérêts. A New-York, à Philadelphie, dans toutes les grandes villes de l'Union, il existe des écoles, des églises, des centres d'instruction religieuse et littéraire, des sociétés pour améliorer la condition des Juifs. On trouve parmi eux des ouvriers et des artisans dans toutes les branches de l'industrie. Les Juifs ont prospéré aux États-Unis: aussi aiment-ils ' cette patrie adoptive d'un amour é^al à celui des autres citoyens, avec lesquels ils partagent tous les fruits de la libertés Un grand nombre d'entre eux^ tous ceux qui

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