‹ La néerlande et la vie hollandaise (volume 2)Chapitre 17 sur 28 · II · texte numérisé non relu

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218 LA INËBRLANDE

pouvaient porter les armes^ se joignirent aux Américains, lorsque éclata la guerre de indépendance. Le zèle avec lequel ils défendirent les libertés de leur patrie d'adoption a été célébré par la plupart des historiens du Nouveau-Monde. Un des motifs qui ont contribué^ dans les Ages militaires, à rendre les Juifs méprisables aux yeux des chrétiens^ c'était précisément leur absence des ar- ^ mées. Cette absence ne provenait point de leur fait; exclus généralement du droit de porter les armes, ils subissaient au contraire avec regret Tinaction et la neutralité violentes qui leur étaient imposées par les préjugés du temps. Le courage des races est d'ailleurs eo rapport avec la place qu'elles occupent dans l'édifice social et avec les avantages qui leur sont accordés. Réduits à la condition d'êtres nomades et vagabonds, \& Juifs.du moyen ûge devaient se montrer indifférents aux conflits qui avançaient ou reculaient la limite des ÉtaU. Aujourd'hui les choses sont bien changées. Dès que les Israélites de l'ancien et du nouveau monde eurent des autels et des foyers, ils se levèrent avec toute la nation pour les défendre. Dans les États de l'Europe où les lois les admettent sous les drapeaux, les Hébreu)^ modernes ont montré que l'antique valeur de leur race pastorale et guerrière ne s'était point amollie dans la pratique du commerce. Durant la guerre que l'Allemagne soutint de i8i3à 1815 pour reconquérir les droits de sa nationalité, 17,000 Israélites combattirent au service de l'Autriche. Au siège d'Anvers, en 1832, la ciliidelle

comptait pkrmi ses défenseurs grand nombre de Juifs, à la noble conduite desquels le général hollandais Chassé a rendu depuis un éclatant hommage. Ces deux faits, et je pourrais en citer d'autres, prouvent que si les Israéli* tes se montrèrent si patients et si inoffensib sous la main des gouvernements qui les frappaient, il ne faut point en accuser un sentiment de pusillanimité.

L'Amérique nous présente encore le spectacle curieux d'une race primitivement agricole, mais arrachée au sol de ses pères et confinée dans les affaires coipmerciales, qui retourne, après des siècles, aux travaux de la terre. Les Israélites ont contribué poUr une assez grande part au défrichement des déserts du Nouveau-Monde. La colonisation de la Géorgie fut entreprise en i73S. Des Juifs sans autre fortune que leur industrie, « sans autre patrie que la tombe, » tournèrent alors leurs yeux vers cette terre où, «sous sa propre vigne et sous son figuier, » chacun d'eux pourrait adorer le Dieu de ses pères sans être maltraité par les autres hommes. En 4733, quarante émigrants Israélites s'embarquèrent à Londres et arrivèrent à Savannah. Au milieu des sauvages et à l'ombre des noires forêts de la Géorgie, Jehova reçut les prières de son peuple dans la langue d'Isaac et de Jacob. Cette colonie prospéra. En 1816, un jeune homme arriva des côtes de la Grande-Bretagne à New-York; il venait chercher un asile dans le Nouveau-Monde. C'était un Juif, nommé Joseph Jonas, qui alla s'établir à Cincinnati. La ville contenait alors six mille habitants, mais pas un Juif.

220 LA NÉEttLANDE

Aujourd'hui un assez grand nombre de familles jui\e« florissent à Cincinnati, où elles ont fondé une synagogue. Plusieurs Juifs portugais, quelque temps après la découverte de rAmérique^émigrèrent fiuBrésil, et le non»bre s'en accrut par suite de leur proscription de la Péninsule. Aussitôt que les Hollandais devinrent les maiires de cette riche contrée, beaucoup de Juifs des Pays-Bas se rendirent aussi sur le théâtre de la conquête. Usbhe Raynal attribue en grande partie à leur industrie agricole la fertilité qui enrichit alors cette terre équalopîalejruïdustrie de la taille du diamant parait dater de cetti^ époque pour Amsterdam. Lorsque les Portugais reprirent le Brésil, les Israélites se réfugièrent soit sur les Adtilles hollandaises ou anglaises, soit en Hollande. David Nassi et quelques autres Juifs portugais, qui étaient revenus du Brésil dans les Pays-Bas, obtinrent de la compagnie hollandaise des Indes occidentales une charte pour établir une colonie à Cayenne.' Des familles israélitfé d'Amsterdam, de Livourne et d'autres villes de l'Europe s'y transportèrent. Elles jetèrent les bases de la colonie de Surinam, où elles continuèrent d'exploiter la terre. On voit que partout où les circonstances se montrent favorables et où les Juifs jouissent des mêmes avantages que les autres hommes, ils s'attachent volontiers à l'agriculture et aux arts utiles. S'ils n'ont point manifesté les mômes aptitudes dans l'ancien mondé, c'est que la loi les réduisait kl'état de voyageurs. Ils prospérèrent grandement à Surinam, où ils surent môme défendre la co-

KT LA VIE HOLLANDAISE. tti

loiïie contre une escadre de Louis XIV. Les Juifs de Surinam comptaient à Amsterdam un nombre considérable d'agences commerciales. Toute cette grandeur a disparu depuis )a guerre contre TAngleterre en i780j, guerre courte^ mais désastreuse pourlaNéerlande.

Aux États-Unis d'Amérique^ les Juifs sont admissibles à tous les emplois et à toutes les charges publiques. Un assez grand nombre d'entre eux figurent dans les tribunaux, dans l'administration des villes^ dans les congrès (i). Une constitution qui place les cultes en dehors de l'État et Dieu dans la conscience^ une terre qui s'offre partout d'^eUe-méme à la main laborieuse de l'homme^ la nature élevant toutes les sectes à la contemplation du vrai et du beau^ ces avantages inspirèrent^ il y a quelques années à un Juif l'idée de fonder dans le Nouveau- Monde un État israélite. Cette proposition émut au plus haut degré les théologiens et les professeurs hébreux de l'Allemagne. Après une vive discussion^ à laquelle prirent part les Juifs de toute l'Europe et de l'Amérique, le projet fut rejeté. Il fut décidé que la reconstitution de la nationalité hébraïque devait avoir lieu à Jérusalem et non ailleurs. Je n'approfondirai pas les motifs qui, en dehors du point de vue religieux, ont sans doute motivé une résolution négative (2).

(1) On peat consulter un organe israélite, Jewish Advocaie Oeci' dental and American, publié à Philadelphie, et qui donne de curieux renseignements sur la condition des Juifs dans les Ëlats-Unis.

(2) Plusieurs Juifs éclairés se disent que le sanhédrin, tel que l'a fait surtout la tradition des rabbins et des SGrit)e8, serait le plus des-

fît LA NÉERLANDB

Là s'arrête l'histoire des Juifs modernes^ si Ton veut rester dans les limites que s'est tracées Tannaliste hollandais d'Israël^ H. da Costa. On s'étonnera peut-étn que^ traitant des destinées générales du rameau israélite, l'auteur n'ait point étendu ses recherches à la Pologne (1), à la Hongrie^ à la Turquie^ ou les Juifs sont trèsnombreux^ et se distinguent du reste de la population par des traits caractéristiques. M. da Costa n'a étudié les vicissitudes de la race juive en dehors de la Néerlande que dans les rapports qu'elles peuvent offrir avec Thistoire des Israélites hollandais. 11 reste sans contredite écrire après lui une véritable histoire d'Israël. Ilyabieo aussi quelque chose de singulier dans la situation personnelle de l'auteur, juif converti au christianisme et défendant la cause de ses anciens frères. M. da Costa répoo-

. drait sans doute avec Bossuet que le chrétien est un';»/ accompli^ et que, touché par le rayon de la grâce, iln'i pas perdu pour cela le droit de se souvenir de sa naissance, de son peuple déchiré par lambeaux et envojé comme le corps du lévite à toutes les tribus de la terre. Il plaint le sort d'Israël, qui, aveuglé par de faux doc-

^teurs, refuse de voir dans l'Évangile la réalisation des prophéties; mais, ayant vécu lui-même dans cette erreur, il continue de sinléresser, * dit-il, au sort d'une race providentielle, qui a été la tige de la rédemption

potiqne des tribunaux delà terre. La liberté nationale ne ferait alor«

que consacrer le plus dur des esclavages, Vesclavagede ]aconseienc<>

(I) Vers 1830, on complaît 1 13,393 artisans juifs en Pologne.

humaine. Appuyé sur la foi du Christ, qui est ve u <c non pour détruire la loi de Moïse, mais pour la pertectionner, d M. da Costa se regarde comme le continuateur éclairé et logique de ses anciennes croyances. Cette position de juif converti gène néanmoins la liberté de ses vues comme historien, et son livre, qui se distingue par quelques pages éloquentes, manque absolument de conclusion.

L'histoire des Juifs, limitée même à la Hollande, ne suffit-elle pas cependant pour autoriser quelques réflexions sur leur état présent et sur leur avenir? C'est pour s'être considérés comme étrangers au milieu des autres peuples que les enfants de Jacob ont trop longtemps souffert. Ils ne demeuraient point dans les différents États de la chrétienté: ils passaient. Voyageurs, ils cherchaient la cité future. Appuyés avec assurance sur • leur foi dans la venue du Messie, ils aspiraient à Theureux moment où Israël serait réuni des quatre coins du monde et restauré sur la terre de ses pères. Toutes leurs prières portent le témoignage de cette attente. a Convoque-nous, disent-ils à Dieu, par le son de la grande trompette, et lève l'étendard qui doit mettre une fin à la captivité ! Sois béni. Seigneur, toi qui rassembleras les exilés et qui les rappelleras dans leur patrie î » Lorsque les Israélites an*ivèrent en Hollande, ils ne réclamèrent eux-mêmes qu'une hospitalité provisoire. Tout ce qu'ils demandaient des autorités chrétiennes, c'était a un exil qui ne fût point trop dur. » L'éman-

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cipation des Juife^ œuvre de ces derniers temps^ a ea pour conséquence de modifier leurs idées et leurs sentiments. Traités comme les autres citoyens^ admise tous les droits et à tous les avantages de la vie sociale^ ils ont fini par trouver qu'après tout la captivité avait des charmes. La plupart d'entre eux se sont assimilés avec une ardeur extrême aux nations qui les adoptaient. De là deux conséquences^ — une modification dans leurs doctrines religieuses d'abord^ puis un affaiblissement dans leur esprit de race. Les Juifs doivent-ils redouter ou désirer ces conséquences? Une réponse à cette question n'embrasse pas seulement les destinées du judaïsme dans les pays germaniques et anglo-saxons^ mais dans le monde entier.

Dans le domaine religieux, on ne peut évidemment que souhaiter un accord des doctrines Israélites avec la condition faite aux Juifs par la conquête de la liberté et de l'égalité civile. Quelques docteurs de l'ancienne loi peuvent s'effrayer de ce résultat^ le philosophe et tous les Juifs instruits s'en réjouissent. L'abolition des incapacités et des indignités légales a déjà amené des faits heureux. Les Israélites ne séparent presque plus leurs intérêts des intérêts de la population chrétienne. La civilisation ne peut que gagner à un rapprochement qui lui assure le concours d'une race puissante et éclairée. Sans renoncer au Dieu de leurs pères^ (es Jui& modernes trouveront eux-mêmes dans un contact plus fréquent avec les autres doctrines morales un moyen

de secouer les liens et les entraves dans lesquels les retenait jusqu'ici le rigorisme exclusif des talmudistes. Ainsi dégagé des superfétations de la loi orale^ le judaïsme s'adapte, sans difficulté aucune^ au mouvement des sociétés chrétiennes.

Une modification dans les préjugés de race n'est-elle pas également souhaitable? La race juive^ isolée des autres races par des exceptions et des limites légales^ a conservé sous tous les climats une nationalité distincte^ un type invariable. Il n'en sera plus de même sans doute lorsque^ confondue avec les différents peuples n de la terre sur le terrain de la liberté politique^ elle aura mêlé les croyances^ les usages^ peut-être même le sang d'Israël à la vie des gentils. Pourquoi s'en plaindre ? Les races n'ont dans la physiologie de l'humanité qu'une fonction temporaire. Les Juifs ont été au moyen ftge les promoteurs du commerce^ aujourd'hui cette spécialité ne leur appartient déjà plus. Le type judaïque^ ce type flexible qui a résisté en cédant^ qui s'est prêté sans s'altérer aux transformations diverses des temps et des lieux, traverse dans ce moment-ci une épreuve toute nouvelle pour lui, l'épreuve de la tolérance; mais s'il doit en sortir modifié, le rameau israélite pourra toujours garder son originalité. Il suffit que le peuple élu sache concilier sa foi dans l'indestructibilité morale de la patrie avec les leçons et les bienfaits de la liberté. Il faut enfin que dans la vie religieuse comme dans la vie civile il sache tirer parti des enseignements de l'exil. Ses

ii6 LA NtBELANDB RT LA VIE HOLLANDAISE.

loiSj ses usages^ ses traits extérieurs, modifiés par le contact avec les autres nations et par Tinfluence des différents climats, les habitudes commerciales qulla contractées depuis près de dix-huit siècles, ses progrès dans les sciences et les arts, tout doit neutraliser aujourd'hui cette politique d'initiés qui était imposée au peuple d'Israël par les anciens prêtres, et que certains rabbins modernes s'efforcent vainement de relever. Rien ne ressemble moins à l'isolement farouche des anciens Juifs que la tolérance des Israélites éclairés de notre temps. A ceux qui en douteraient, on peut opposer, comme un témoignage victorieux, ces nobles paroles où Mendelssohn résume le progrès et les devoirs de la race juive : « Les meilleurs principes religieux sont ceux qui se rattachent le plus étroitement aux intérêts généraux de l'humanité, a

Bigitized

UES SOCIÉTÉS d'histoire NATURELLE.

La science est fille dje la liberté d'examen : au moyen ftge^ quand cette liberté n'existait pas^ les savants se contentaient presque de commenter Aristote, et de défigurer par des fables la majestueuse simplicité de ses descriptions zoologiques. L'histoire naturelle était inféodée à la théologie^ laquelle était^ à un certain point de yue^ une négation de la nature. Il fallait que la raison reprit ses droits pour affranchir les connaissances humaines. Luther ayant parlée Galilée ayant affirmé par des calculs positifs le mouvement de la terre^ Michel- Ange ayant brisé le moule de l'art mystique, une nouvelle direction, forte et précise, ne tarda pas à remplacer la période des songes et des illusions. Au dix-huitième siècle enfin, Linnée et Buffon parurent. Avant eux, la zoologie expérimentale n'existait pas; mais à peine eurent-ils répandu sur l'histoire de la vie, l'un les clartés d'un esprit sévère, l'autre les ornements d'une imagination délicate, que les progrès de cette science devinrent rapides et universels. Vers la fin du même siècle, un

événement politique contribua encore à développer k goût de la nature en versant sur toute l'Europe les lumières de la philosophie et en fondant à Paris le Muséum d'histoire naturelle : on devine que nous parlons de là révolution française.

Chaque série de connaissances nouvelles crée dans l'humanité un sens nouveau. Le besoin de connaître par nos yeux les animaux qui habitent avec nous la terre est né dans ces derniers temps de la lecture des aiaitres en histoire naturelle. Le goût de la zoologie vivante s'est répandu avec une rapidité incroyable en France, en Angleterre^ en Allemagne^ en Hollande^ en Belgique, et partout il a créé des institutions scientifiques^ plus ou moins modifiées par la constitution et le caractère des sociétés. En France, où la force d'initiative de l'ËlUt est considérable, le Muséum d'histoire naturelle est sorti d'un décret de la convention nationale ; en Angleterre, en Hollande et en Belgique, au contraire, où le pouvoir central n'intervient que dans les intérêts collectifs do pays, où l'initiative des mesures d'utilité locale appartient tout entière aux villes et^aux particuliers, les jardins zoologiques ont été créés par des compagnies. Notre but serait de déterminer les résultats auxquels est parvenu l'esprit d'association et de liberté, appliqué à la science. Nous aurons à rechercher ensuite, en prenant le jardin zoologique d'Amsterdam pour principal exemple et pour point de départ; si les établissements de ce genre ne pourraient agrandir leur rayon d'utilité.

en exerçant une influence non-seulement surTétude des animaux^ mais encore sur les services. que Thistoire naturelle peut rendre à Téconomie politique.

Le jardin zoologique d'Amsterdam est placée comme il convient, un peu en dehors de la ville. En été de magnifiques perroquets peuplent les allées d'arbres que traverse^ vers le milieu du jardin, une rivière artificielle. Les parcs, les chambres d'animaux vivants, les cages, tout cela respire cet esprit d'ordre et de propreté qu'on ne s'étonne plus de retrouver dans tous les ouvrages des Hollandais. Nous avons remarqué .un exemplaire à peu près unique en Europe de la grande salamandre. Une vaste et magnifique salle sert de café, de lieu de rafraîchissement et de réunion pour les membres de la société zoologique ; on y donne des concerts. Au-dessus de cette salle se déploie un muséum d'animaux empaillés : la collection n'est pas très -riche, mais les exemplaires sont rares et préparés avec goût. Là, sur le palier d'un large escalier de pierre, vous apercevez debout le squelette monumental d'un éléphant, qui appai'tenait au jardin, et qu'on fut obligé de tuer à cause de son caractère dangereux et irritable. Le succès de cet établissement fut bientôt de nature à exciter l'émulation delà Belgique,

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qui^ SOUS certains rapports^ surtout dans la partie des Flandres est encore la Hollande.

Il existe aujourd'hui dans le petit royauaie de Belgique trois sociétés d'histoire naturelle.

D'autres ont parlé de la ville d'Anvers au point de vue monumental ; nous ne di|*ons donc rien de la citadelle, ni de la cathédrale^ ni du Musée, ni de la Bourse; arrêtons-nous seulement au port.. Ces navires qui battent de l'aile comme des oiseaux voyageurs, cette population hftiée de matelots qui parlent diverses langues^ l'odeur exotique des bois, des épices et des autres marchandises qu'on décharge, la palpitation éternelle des cordages et des voiles qui apportent dans leurs plis un souffle des contrées lointaines, l'air vaillant de. ces mftts qui ont vu des mers agitées et peu connues, ces vergues, délicati monuments de l'industrie nautique, ce beau fleuve, l'Escaut ! et derière l'Escaut la melr, et derrière l'Océan l'infini, c'est-à-dire Tlnde, la Chine, le Nouveau-Monde, l'Australie, les pays qu'on connaît et ceux qu'on n'a pas découverts encore : tel. est Anvers ! On comprend tout tout de suite que la position de cette ville ait été favorable aux progrès de l'histoire naturelle. La connaissance des êtres vivants est intimement liée à la connaissance du globe terrestre : au moyen âge, quand il y avait une géographie fabuleuse, il y avait de même un règne animal fabuleux. D'après ces données, quiconque,, le doigt sur la carte de la Belgique, chercherait le point sur lequel le prenûer jardin zoologique a dû se fonder, ne

' ET LA VIB HOLLANDAISE. ftSt

manquerait pas de désigner ce port de mer^ qui sert d'entrepôt aux richesses naturelles de toutes les parties du monde.

Le jardin zoologique d'Anvers est situé près de la station du chemin de fer. L'entrée n'a rien de remarquable : une avenue longue^ sablée et bordée d'arbres^ conduit à une plate-forme d'où la vue s'étend bientôt sur. des feuillages, de l'eau et quelques accidents de terrain qui ne sont point sans grftce. L'été, c'est une jolie promenade, d'un dessin peu correct, mais qui ne manque ni de mouvement ni d'une certaine variété pittoresque. Les bAtiments qui méritent d'arrêter l'attention sont un musée d'histoire naturelle, construction magistrale et froide, un café dans le goût mauresque, et une charmante maison, en forme de chalet suisse, qui sert d'habitation au directeur. Le bâtiment principal contient une collection d'animaux empaillés qui, pour la plupart, ont vécu dans le jardin zoologique d'Anvers. Nous nommerions volontiers cette galerie les Champi-Élysées de l'établissement, car ces oiseaux et ces mammifères, quoique préparés avec art, ne sont plus que les ombres d'eux-mêmes. Le rez-de-chaussée de ce cabinet d'histoire naturelle est occupé par des loges de carnassiers vivants, entre lesquels nous avons noté un tigre, une tigresse, un lion du Sénégal, une panthère, un couguar du Paraguay et un guépard. L'avant-corps du bfttiment abrite les oiseaux des régions tropicales ; là jasent, sifilent, brillent et s'épanouissent au soleil du

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poéle la perruche jaune, la perruche ondulée de la Nou* velle-Hollande, Tara bleu d'Amérique, Tara maximilien, et quantité d'autres volatiles qui se recommandent par l'éclat de leur plumage. Dans un coin de cette salle, réservée aux oiseaux, repose engourdi, du 15 septembre au iS mai, le crocodile. Au milieu du jardin, une maisonnette exposée au midi a reçu deux girafes, deux éléphants, et de nombreux antilopes du Sénégal. Les ruminants se promènent dans des pares que limite un léger treillage ; nous avons remarqué parmi eux un bouc des Açores. Plusieurs cages logent une assez riche collection d'oiseaux de proie. Des volières construites avec goût sont habitées par la poule sultane du Sénégal, l'ibis sacré, l'ibis rouge du Brésil, le canard-mandarin, le pigeon couronné, la demoiselle de Numidie, et quantité d'autres oiseaux exotiques. Â côté d'eux se déploie une nappe d'eau dans laquelle nagent, barbotent, plongent et s'ébattent à l'envi tous les palmipèdes qui existent en Europe. Sous les arbustes, vous rencontrez sans ordre et à chaque pas des logesd'animaux plus ou moins élevés dans l'échelle des êtres. Voici le palais des singes: l'établissement possède un exemplaire du cynopithèque, singe très-rare des lies Philippines. Plus loin, c^est la fosse aux ours. Le dimanche, quand il fait beau, les femmes d'Anvers, dont le pinceau de Rubens a illustré la beauté haute en couleur, amènent là leurs enfants, les joues pleines de roses et les mains pleines de gâteaux, car c'est le caractère des jardins zoologiques de

ET LA VIR HOLLANDAISE. iSS

convenir en même temps à la promenade et à Tétude.

L'origine et la constitution économique de la société d^istoire naturelle d'Anvers sont des souvenirs qu'on aime à évoquer au milieu du jardin qui est sa création. C'était en 1843. Une société se constitua^ ayant à sa tête huit principaux membres. Un naturaliste, H. Kets, fut nommé directeur perpétuel de l'établissement qu'on allait fonder. Un emprunt de iOO^OOO francs, dont les actions furent souscrites parles habitants d'Anvers, *de- • vait être consacré à l'achat du terrain et à la construction des premiers bâtiments. Le terrain a été agrandi en 1847, et les travaux intérieurs se sont successivememt élevés. Yoilà pour la fondation; voici maintenant pour l'entretien actuel de l'établissement. Les frais du jardin zoologique d'Anvers montent aujourd'hui à ^rès de 100,000 francs par année. Cette somme est fournie : 1"" par la rétributÎMi d'un franc d'entrée que la société prélève sur les visiteurs; 2^ par la vente d'oiseaux. exotiques et d'autres animaux, pour la plupart nés dans l'établissement; 3® par une cotisation annuelle de 25 francs, que versent les sociétaires et par l'apport d'une somme de 20 francs, une fois payée à leur entrée dans l'association. Le nombre des visiteurs est considérable, et la société d'histoire naturelle compte maintenant deux mille cinq cents membres. On voit que la situation est prospère.

L'acquisition des animaux est favorisée par les relations établies entre certains sociétaires et les capitaines

«34 LA NftKRLANDK

(le vaisseaux. C'est à qui, parmi les membres de la société, se servira de ses influences pour obtenir à prix réduite les exemplaires vivants que les navires amènent dans le port ; plusieurs dons sont même arrivés par cette voie au jardin zoologique. Chacun des associés, se considérant comme copropriétaire de l'œuvre, met une sorte d'amour-propre à cultiver la prospérité de l'établissement, à accroître et à entretenir les collections. La police du jardin est faite par tous les membres intéressés ; les richesses d'histoire naturelle sont placées sous leur sauvegarde, et partout éclate, dans l'administration de ces richesses^ l'esprit d'ordre et de conservation que développe le sentiment de la solidarité. La surveillance d'une ménagerie est d'ailleurs chose délicate et minutieuse. Pour entretenir vivants des animaux nés sous des climats si opposés, il faut une connaissance pratique de leurs mœurs, de leurs caractères, de leurs besoins, et beaucoup d'exactitude dans le service. Les pertes faites par cette société d'histoire naturelle ont été peu considérables, et les résultats méritent encouragement, si Von considère surtout en combien peu d'années ils ont été obtenus. Anvers possède aujourd'hui une collection d'animaux vivants qui ferait honneur à toutes les villes maritimes.

L'exemple donné par les Anversois ne pouvait manquer d'imitateurs. Vers la fin de 4851, une société anonyme s'organisait à Gand pour^ fonder un jardin zoologique. Le capital social, qui était d'abord de 300,000

francs, fut porté en i853 à 450,000 francs. Le terrain, successivement accru, présente aujourd'hui une super* ficie de plus de cinq hectares. Les habitants de Gand, qui avaient d'abord répondu avec hésitation à Tappel du comité fondateur, se montrent maintenant très-jaloux et très-empressés de s'inscrire sur les registres de la société d'histoire naturelle. Le nombre des membres associés vient d'atteindre le chiffre de quatre mille. Le jardin zoologique dé Gand possède une collection d'environ sept cents animaux vivants (1); c'est peu sans doute, mais il faut se souvenir que cet établissement est né d'hier. La ménagerie a fait quelques pertes graves : un crocodile et un ours blanc se sont majestueusement laissés mourir, l'un par regret de son soleil, l'autre de ses glaces. Ces pertes sont inévitables au début d'une fondation ; l'entretien des animaux demande un sérieux apprentissage. Au reste, le jardin zoologique de Gand est en bonne voie. Le directeur, homme capable et dévoué, a établi des relations avec tous les pays d'où viennent les animaux rares. Les ressources abondent. En 1833, l'établissement a fait une recette d'environ 65,000 francs, et toutes les dépenses ne se sont guère

(1) Parmi les constractlons du jardin de Gand, ToBil distingue tout d*abord le bfttimeni principaU qui ne manque point de caractère^ — un élégant palais des singes, un kiosque qut s'élève, parmi les rocalUes, au-dessus d'une pièce d'eau où nagent des cygnes, des canards, des pélicans, — une charmante cabane pour loger les autruches, — des élables d'une architecture rustique, mais non sans style, . ~ une fosse aux oùni, — et de légères habitations pour les oiseaux de proie.

t36 LA ISÈERLANDE

élevées à plus dé 48^000 francs. Comme le jardin zoologique d'Aûvers, celui de Gand est en même temps un lieu d'étude^ de réunion et de divertissement. Dans la belle saison, des concerts de musique militaire attirent^ au moins une fois par semaine^ de nombreux visiteurs. Les femmes de la ville s'y rendent en toilette, un peu pour voiries animaux et un peu pour être vues.

La capitale de la Belgique, Bruxelles, est en retard sous le rapport de Thistoire naturelle. Son jardin zoolo» gique est encore dans Tenfance. Le terrain est assez vaste et heureusement planté; quelques constructions agréables s'y élèvent (i) ; les loges sont faites de manière à dissimuler sous quelques ornements naturels ce qu'a toujours de triste le spectacle de la captivité,, mais les collections sont pauvres. Les quadrupèdes nous ont surtout paru représentés au jardin zoologique de Bruxelles par le genre canisy et les oiseaux par les gallinacés* Les pertes ont été énormes et témoignent que l'art de conserver les animaux vivants est un art d'expérience et de pratique, a Yoici quarante ans que je m'occupe de cela, nous disait le directeur du jardin d'Anvers, et j'apprends tous les jours. » Notre conviction est pourtant que la société d'histoire naturelle fondée à Bruxelles triomphera là comme ailleurs des difficultés d'une ins-

(I) Nous citerons la fosse aux.oui-s et un bassin considérable, dans lequel s'ébat un peuple de canards et d'autres oiseaux nageurs. Ce bassin est alimenté par une machine hydraulique d'une forme s?elte et d'une grande puissance.

lallation toute récente. Déjà rétablissement attire des visiteurs^ e.t les acquisitions se multiplient.

Le mécanisme des sociétés d'histoire naturelle^ telles qu'on les trouve établies en Hollande et en Belgique, est, on le voit, extrêmement simple. Un comité organisateur se forme ; ce comité nomme un conseil d'administration et un directeur; un fonds social,, divisé en actions, est évalué et fixé sur les besoins probables de l'entreprise. De ce jour, l'établissement vit ; il a une tête, des membres, et, si l'on ose ainsi dire, des organes alimentaires. Dès que ces premières conditions satisfaites assurent une existence à la compagnie, on procède à l'achat d'un terrain. Le choix de l'emplacement est capital : il faut ube exposition au midi pour les animaux des contrées chaudes, une exposition au nord pour les animaux des contrées froides, et un fond marécageux pour les animaux aquatiques. Une fois ouvert, l'établissement vit de ses recettes et des souscriptions qu'il perçoit. L'achat des animaux est surtout confié au directeur, qui doit se mettre en rapport avec les voyageurs, les consuls et les capitaines de vaisseaux. Ces animaux obtenus, il n'y a qu'une connaissance approfondie de leurs mœurs et de leurs be^ soins qui puisse pourvoir à leur conservation ; il s'agit de reproduire artificiellement autour d'eux les conditions naturelles de leur patrie, de distribuer par conséquent aux uns le froid, à d'autres la chaleur^ à d'autres encore l'humidité. Il s'agit, en un mot, de faire des cUmats. Un comité fondateur, des actionnaires, des souscripteurs.

tSS LA NEEBLANDB

qui pour une somme annuelle deSOou i5fir. «cquièrent le droit d'entrée dans le jardin^ tel est le personnel sur lequel s'appuie au dehors rétablissement. Une administration dont les actes sont soumis à la surveillance des fondateurs et des actionnures^ tel est le pouvoir intérieur qui exécute.

En résumé^ les jardins zoologiques d'Amsterdam^ d'Anvers, de Gand, de Bruxelles, nous offrent un type d'institutions qui manquent à la France. Élevés par souscription, ils ne doivent rien à l'État, et ils puisent leurs propres ressources dans leur déveîoppement même. Il est question d'annexer aux collections d'animaux vivants une bibliothèque d'histoire naturelleet des cours publics. Tels qu'ils sont, si ces établissements ne professent point la science^ du moins ils apprennent à l'aimer. Il y a un demi-siècle à peine, la girafe, le kanguroo, l'ornithorinque, étaient pour la foule des bétes aussi paradoxales que la licorne et le griffon des anciens. Si quelques animaux exotiques étaient mieux connus, on ne les rencon* trait guère néanmoins que dans nos cabinets d'histoire naturelle, ces froides hypogées de la science. De tristes galeries dans lesquelles toute la netture était classée, étiquetée, empaillée et couverte de poussière, étaient plutôt faites pour répandre de l'ennui sur l'étude des animaux que pour lui donner de l'attrait. Aujourd'hui ces mêmes animaux vivent, s'agitent, se promènent, marchent, volent, rampent sous nos yeux. C'est un progrès. Les jardins zoologiques ont rendu de véritables services à l'histoire

naturelle^ en popularisant la connaissance des animaux^ et en donnant à la science un air de fête. Ils ajoutent à Tagrément des villes^ à Téducation publique, à la civilisation et à la morale; ce car, dit un ancien, Thomnie devient meilleur en étudiant les œuvres de Dieu. »

Malgré des services incontestables, on nous permettra de dire que le véritable caractère de ces établissements n'a point été jusqu'ici déterminé. Gréés par Tinitiative de quelques individus et par le concours d'une ville, les jardins zoologiques ne peuvent prétendre à être des foyers d'enseignement illustrés par toutes les lumières scientifiques d'un siècle. Ils ne feront jamais concurrence au Muséum d'histoire naturelle de Paris, que protège dans un grand pays le pouvoir central. Ces établissements ont néanmoins une place à prendre : qu'ils {)ropagent la connaissance des animaux, qu'ils rendent la science attrayante en la dépouillant de sa gravité morose, rien de mieux, mais là ne devrait point s'arrêter l'ambition de ceux qui les dirigent. Le jardin zoologique d'Amsterdam, les établissements analogues d'Anvers, de Gand, de Bruxelles, n'ont jusqu'ici qu'une valeur de curiosité ; ils pourraient s'élever au rang d'institutions utiles. Nous avons dit ce qu'ils sont ; il faut dire maintenant ce qu'ils devraient être.

La véritable destination des jardins zoologiques serait de servir de théâtre aux faits et aux expériences d'histoire naturelle. La recherche des lois en vertu desquelles les animaux passent de Tétat sauvage à Tétat domestique, les essais d'acclimatation^ le perfectionnement des races conquises et Téducation de celles qui restent à conquérir, tel est^ selon nous, le champ d'études pratiques dansl^ quel les jardins zoologiques devraient circonscrire leur enseignement. Comme dans cette voie le passé est destiné à éclairer Tavenir, il conviendrait d'abord de rassembler les faits qui constituent, pour ainsi dire, l'échelle du développement des anciennes races domestiques.

Le règne animal est pour l'observateur un cours de géographie vivante, car le génie des différents cliniais se personnifie dans les différents membres de la grande famille zoologique. Nous pouvons ajouter que, si à côté des espèces sauvages, on prenait le soin d'exposer les espèces domestiques, le règne animal deviendrait ud cours d'histoire universelle^ Reportons-nous aux origines de la civilisation. La nature n'avait émis que des forces, des éléments de production, des ébauches de choses: l'homme a créé le travail ; non-seulement il l'a crée dans sa race, mais encore ce travail, générateur de toutes les richesses positives, il Ta formé lentement et pénible-

ET I.A VIE HOLLANDAISE. %k\

ment chez les autres espèces vivantes. Ces êtres organisés^ doués comme lui d'instincts et de besoins^ il les appelle au secours de Téconomie naissante ; ces brutes^ il les élève à la dignité d'êtres utiles. Dans la lutte ouverte entre la force productive et la parcimonie de la nature^ I^homme développe des moyens successifs et gradués. A mesure qu'il perfectionne Tétat social^ il se réfléchit avec ses lumières et ses progrès sur le règne animal^ dont il augmente chaque jour les services. Auteur des bienfaits de la domesticité^ il se nourrit de son propre labeur dans le labeur des bêtes de somme ; dans les organes et les mouvements de ses muets auxiliaires^ il met de sa pensée, de sa volonté, de son courage ; Thomme crée ainsi un à un les instruments animés de l'industrie. Il y a là, nous le répétons, toute une histoire économique dont les monuments ne doivent point être cherchés dans les livres ni dans les traditions effacées des peuples î ces monuments, une administration intelligente pourrait les mettre sous les yeux du spectateur ; ce sont en effet les animaux domestiques, pris à différents degrés sur Téchelle de la civilisation du globe;

Sortons des généralités et abordons le terrain pratique de la question. Prenons pour exemple l'espèce domestique la plus connue, celle qui ajoute, sur toute la terre, des sens et des organes aux sens et aux organes de l'homme; prenons la race canine. Il ne suffit pas de montrer dans le chacal la souche probable de ilotre chien, il faudrait montrer par une série de spécimens

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